LE VIKING JACQUES PIERRE
Le normand Jacques Pierre. « Jacpier » était un personnage épique. C'était un honneur envié dans tout le Levant
(1) Marconnay au duc de Nevers. Vienne, 7 décendire 1617; et Cracovie, 21 décembre 1617 (Bibl. de Carpentras, ms. 1826, fol. 121).— « Catalogo de' prencipi et cavaglieri ch'hanno preso la (Iroce a Vienna il venerdi otto di uiarzo 1619 » (^Ibidem, Peiresc 125, fol. 217. — Mercure français, t. V, p. 225. — HÉLYOT, Histoire des Ordres 7-eligieiix. Paris, 1714, V" partie, chap. 49. — B. N., Franc. 17831; Franc. 15777, fol. 307).
(2) Châteaurenault au duc de Nevers. Pionie, 13 et 16 janvier 1618 (Hibl. de Carpentras, ms. 1826, fol. 125).
(3) « Brave discorso che il capitano Jacques Pierre da a Sua Serenità [la Piépul)lique de Venise] délie dissegni et imprese che ha el re di Spagna overo li suoi ministri in Levante et in tutto il paese délia Macedonia et la Morea « (B. N., Franc. 18044, fol. 258).
d'avoir servi sous les ordres du Capitaine^ ainsi l'appelaiton communément (1) ; ses conseils étaient des oracles ; son arbitrage tenait lieu de jugements. Dans tous les pays où l'entraîna sa carrière aventureuse, Toscane, Savoie, Sicile, Naples et Venise, il avait voix prépondérante au Conseil de guerre (2). Malgré cette diversité de commanditaires, sa vie offrait une belle unité. Depuis la bataille navale de Rhodes en 1G08, où il combattait avec Beauregard sous la bannière des chevaliers de Saint-Etienne (3), il n'avait point cessé de courir sus aux Turcs.
A quarante ans à peine, fortune faite, Jacques Pierre se reposait à Nice, quand un capitaine de vaisseau marseillais, Vincent Robert, lui apporta des offres d'engagement splendides au nom du vice-roi de Sicile. La tentation était trop forte : le capitaine émigra donc à Palerme avec sa famille, ses richesses et nombre de compagnons d'armes savoyards et provençaux. L'une de ses premières sorties sous pavillon espagnol, en 1613, fut pour porter des renforis au pacha rebelle de Saïda, dont il s'était fait l'interprète (4) ; la seconde pour secourir les insurgés du Magne f5). Au retour, il ramenait un convoi turc évalué à plus d'un million de ducats, que la population de Messine accueillit avec allégresse. L'an d'après, le 14 juillet 1616, dans les parages de Chypre, il tombait avec les six galions de Ribera sur les cin-
(1) Dès 1609, notre ambassadeur à Constantinople, Salagnac, écrivait au roi : « Le capitaine Jacques Pierre, assez longtemps au service du grandduc de Toscane, est Normand et un des meilleurs et estimés corsaires qui courent la mer » (B. N., Franc, 16146, fol. 283).
(2j Gregorio Leïi, Vita di don Pietro Giron, duca d'Ossuna, viceie di Napoli e di Sicilia. Amsterdamo, 1699, in-8°, t. II, p 246. 260, 321, 359; t. III, p. 43,97).
(3) Voir le chapitre : Autour de l'islam (p. 383).
(4) Mais les capitaines espagnols Francisco de Villanueva, Cristobal de Avala et Pedro de Mendoza refusèrent de servir sous les ordres d'un Français (Osuna au roi d'Espagne. Palerme, 28 novembre 1613 : Colcccion de docunientos incditos para la historia de Espaiia, t. XLVI, p. 565).
(5) Gregorio Lf-ïi, ouv. cité.
quante galères du capoudan pacha, qui l'enveloppèrent d'un cercle infernal. Ribera et Jacques Pierre avaient fait bloc de leur petite troupe, qui enfonçait dans la ligne ennemie les éperons de sa formation triangulaire (1). Et le soir, on vit ce spectacle inouï, le capoudan pacha en fuite vers Chio, et la petite troupe maîtresse du champ de bataille, où surnageaient les débris de sept galères turques. Il est vrai que l'on comptait 368 cadavres à bord des galions. En mars 1G17, Jacques Pierre allait reprendre la mer avec cinq vaisseaux battant neuf, qu'Osuna avait baptisés les Cinq Plaies^ lorsqu'il fit la connaissance du P. Joseph.
Et quelle ne fut point la stupéfaction générale de le voir soudain quitter Naples, — nouvelle résidence d'Osuna, — avec toutes les marques d'un violent dépit contre le viceroi, et gagner Venise! Jacques Pierre entraînait à sa suite le capitaine d'artillerie des galères Langlade, les capitaines Vincent Robert, Laurent Brulard, Brainville, Antoine Jaffré, d'autres Français encore. De Venise, il réitéra au duc de Nevers ses offres de service, en lui dévoilant les prodigieuses menées d'Osuna pour enlever à la France et à la république de Saint-Marc l'empire de la Méditerranée, ses traités d'alliance avec les grands seigneurs de Macédoine, de Morée et de Saloniqae, ses intrigues à Constantinople : il offrait de marquer les points fortifiés où les Espagnols comptaient s'établir (2). Et la république, dont il était l'hôte, fut mise au courant de tout (3).
(1) i< Se diede cabo por los costados très » , écrivait Francisco de Ribera (Cesareo Ferxa>dez Duno, Osuna e su marina. — Julian S. Gorbett, England in the Medileiranean (1603-1713). London, 1904, in-8°, t. I, p. 3i, note 2).
(2) Jacques Pierre au duc de Nevers. Venise, 4 octobre 1617 (Coleccion de docunicntos ineditos para la historia de Espaiïa, t. XLVI (1865), p. 520).
(3) « Brève discorso chc il capitano Jacques Pierre da' a Sua Serenita délie disse^jni et iinprcse chc ha el rc di Spagna in Levante» (H. N., Franc. 18044, fol. 258).
Nevers agréa les offres du viking, en enrôlant "nombre de cappitaines de marine et de bons pilottes excellemment expertz en toute la navigation du Levant, François pour la pluspart (1) 11 ; de Jacques Pierre, le vice-amiral de Manlin disait que c'était « le meilleur homme de tout le Levant et tous ses vieux corsères, les plus expérimentés et les plus braves » marins du monde (2). Et Mantin, qui se connaissait en bravoure, songeait à le rallier avec une division française ; une lettre de Venise avisait que Jacques Pierre serait en partance dans un mois, quand soudain...
Le 11 mai 1618, un de ses compagnons, son « ami intrinsèque» , demandait à faire au Conseil des Dix une révélation d'importance extrême. Et voici quelles effrayantes nouvelles apportait Antoine Jaffré (3). Venise était à la veille d'être détruite. Une conjuration formidable, dirigée par le Capitaine, allait éclater : presque tous les officiers franco-hollandais (4) à la solde de la République en étaient. Le jour des mystiques épousailles du doge avec la mer, tandis que le chef de l'Etat serait sur le Bucentaure, Jacques Pierre occuperait la place Saint-Marc, et, laissant en bataille les troupes du sergent-major Durand, il s'emparerait du palais des Doges : Brainville se rendrait maître des Procuratie, Renau d'Arnau de l'arsenal. Des patrouilles sillonneraient des canaux, mettant la ville à feu et à sac. Les brigantins du duc d'Osuna, appostés près de là, leur prêteraient main-forte. Cela fait, Jacques Pierre livrerait bataille à la flotte vénitienne et amènerait dans les ports du royaume de
(1) Châteaurenault au duc de JNevers. Rome, i3 et 16 janvier 1618 (Bibl. de Carpentras, ms. 1826, fol. 125).
(2) Mantin à l'amiral duc de Guise. 20 mai 1618 (B. N., Franc. 20559, fol. 111).
(3) « Sommario délia congiura contro la citlà di Venetia del capitano Jacopo Pietro, con l'intelligenza del duca d'Osuna, vice-re di Napoli » (B. N., Dupuy 300, fol. 30 : Vittorio Siri, Memorie fécondité delianno 1601 sino al 1640. Paris, 1677, t. IV, p. 447).
(4) De Josghe, Ncderland in Venetie, p. 86.
Naples les navires qui n'auraient pas été détruits. Deux lettres confidentielles d'Osuna, qu'il avait en poche, montraient assez quel était son inspirateur (1).
Une enquête rapidement menée révéla l'imminence de la catastrophe. Tout un arsenal fut trouve dans le palais de l'ambassade d'Espagne. Deux émissaires de Jacques Pierre adressés à Osuna furent saisis; la flotte napolitaine conduite par Ribera se trouvait à Brindes dans l'expectative (2). La répression du complot fut rapide. Chaque nuit, des conjurés étaient jetés, cousus dans un sac, au canal Orfano. Une estafette dépêchée au généralissime de la mer arriva au port de Lésina, au moment où Jacques Pierre prenait congé avec sa division. Mandés par le généralissime Barbarigo, Jacques Pierre et Langlade furent poignardés, une cinquantaine de leurs compagnons jetés par-dessus bord. La conjuration était étouffée.
L'Ordre de la Milice chrétienne, étranger au complot, en fut la victime. Il y perdit le chef éventuel de sa Hotte et son plan de campagne. Venise se hâta de faire tenir au sultan les papiers de Jacques Pierre, c'est-à-dire les secrets de la croisade (3).
(1) Jacques Pierre se serait réconcilié avec Osuiia pour recouvrer sa femme et ses enfants retenus en otages en Sicile (Le marquis de Bedrnar au roi d'Espagne. Milan, 10 juillet 1618 : Coleccioti de documeiitos ineditos para la historia de Espana, t. XLVI, p, 467).
(2) Le 31 mai, Osuna lui donnait ordre d'attendre le choc de la flotte vénitienne qui s'avançait, mais de ne pas engager l'action la première {Ibidem, p. 434).
(3) Lettres de Denis de Marqucmont. Rome, 11 août 1618 (B. N., Franc. 18044, fol. 334 v»); de Monteleone et Contarini Paris, 13-14 juillet 1618 (G. F.^G.Mtz, t. I, p. 177).
LES MÉSAVENTURES DE l'eSCADRE DE LA MILICE
Sans perdre courage, Nevers avisa le vice-amiral de Mantin qu'il se pourvoyait d'une escadre et qu'il embarquerait six mille hommes (1). Ses galions, voués à la patronne de l'Ordre, au chef de la Milice chrétienne, au père des ordres religieux, au saint patron du duc et au poverello d'Assise dont le cordon enveloppait l'image de la Madone dans l'insigne de la milice, étaient la Vierge, le Saint- Michel, le Saint-Basile, le Saint-Chardes et le Saint-François (2), en attendant que de plus amples ressources permissent d'atteindre comme effectifs dix vaisseaux, dix galères et dix mille hommes (3).
(i N'oubliez pas en vos prières le voyage de cinq vaisseaux de la Sainte-Milice que l'on a faict faire exprès en Flandre, écrivait le P. Joseph : l'espoir de tout le saint œuvre est enfermé là-dedans (4). » Cet espoir fut encore déçu; car, à l'heure du départ pour la croisade, au printemps de I62I, l'escadre massée au Blavet fut réquisitionnée pour combattre les protestants de La Rochelle.
(1) u Mémoire donné à M. de Manty, » 29 octobre 1619 (B. N., Franc. 4725, fol. 281). — Il Pour la levée el conduitte jusques dans les vaisseaux de 6 000 hommes de pied. « Tours, 3 août 1619; Mémoire pour la nourriture de 6 000 hommes pendant six mois. Amboise, 10 août 1619 (B. N., Franc. 4725, fol. 45, 96).
(2) «Calcul d'un embarquement des cinq galbons. » Charleville, 11 novembre 1620 (B. N., Franc. 4726, fol. 110 v°). — « Despence pour l'embarquement de mile soldatz sur les cinq galbons construitz en Hollande " (B. N., Franc. 4724, fol. 1).
(3) B. N., Franc. 4726, fol. 330. — Mémoires de Michel de Marolles... Paris, 1656, in-fol., p. 56.
(4) Le P. Joseph à la prieure de Lencloître. 31 janvier 1621 (G. Fagmez, le P. Joseph, t. I, p. 175, note 5).
l'ordre de la milice chrétienne 421
Quand la guerre civile s'assoupit, quand la Milice releva son pavillon, sa flotte n'était plus qu'une ombre (1). Deux de ses vaisseaux étaient tombés au pouvoir des Rochelais; et le délégué du duc de Nevers, le capitaine Eusèbe de Canipet de Saujon, eut peine à en obtenir la restitution (2). Reconstituée enfin (3), accrue même du Lion-cTOr, beau vaisseau d'Amsterdam (4), l'escadre de la Milice comptait six vaisseaux et une patache en rade du Blavct, lorsque au printemps de lG2i, elle parut enfin prête à passer dans le Levant; les équipages étaient enrôlés, les vivres à bord : on embarquerait en Provence un millier d'hommes (5), entre autres les déserteurs de l'armée de Mansfeld (6). Déjà, un vaisseau du duc de Guise, parti de Marseille avec ses gardes du corps, attaquait aux Dardanelles un gros galion turc, u si près des Châteaux que l'on entendoit de là le canon et que l'on en voyait l'esclair par les lunettes. » Tout
(J) Voy. ailleurs Y Histoire des guerres contre les Rochelais (p. 437).
(2) « Procès verbal du reffuz faiet par les Rochellois de rendre le Saint- François et le Saint-Louis. » 8 mai 1623 (B. N., Franc., 4724, fol. 86).
— Louis XIII leur avait pourtant donné ordre d'opérer celte restitution (B. N., Franc. 4721, fol. 60), que Guiton finit par exécuter moyennant un cadeau de 7 500 livres (B. N., Franc. 4725, fol. 27).
(3) Le lieutenant général Timoléon de Saint-Luc remit au capitaine Nicolas Le Roy Dumé, délégué ducal, vaisseaux et munitions. 1'"'' juin 1623 (B. N., Franc. 4724, fol. 119).
(4) r>e dix-huit canons de bronze, quinze pierriers et deux fauconneaux. i< Breff inventaire faictz dans le Lion d'Or à Henbond, le 30'' de janvier 1624, en présence d'Abraham Lévesquc, pillote au gallion de la Vierge " (B. N., Franc. 4724, fol. 100).
(5) Note concernant le passage en Provence des vaisseaux ta Vierge, Saint-Michel, Saint-François, Saint-Jean, Saint-T^ouis et de la patache L.ouise{B. N., Franc. 4727, fol. 193). — « Estât pour un armement de six mois de seize cents hommes sur les six gallions et patache. Faict le 29 décembre 1623, à Rome. i> — « Dépance nécessaire en cette année 1624 pour le pasage etcource de sept veseaux en Levant. Fait le 10 juillet 1624, à Paris .. (B. N., Franc. 4725, fol. 35 et 41; Franc. 4726, fol. 111 et 113 V").
(6) Pesaro au doge. Paris, 22 décembre 1623 (G. Fagniez, t. I, p. 176).
— Fournitures pour les vaisseaux par Le Brun (B. N., Franc. 4724, fol. 134). — Rôle des matelots du Saint-Charles et de la patache Louise, capitaine Du Mont (B. N., Franc. 4727, fol. 208, 220).
àcoup, il sauta en l'air : le feu s'était mis aux poudres fl) .
Mais c'était le commandant en chef, le capitaine de la Vieifje (2), qui n'était plus prêt. Louis de Gotli, marquis de Rouillac, toujours « soigneux d'acquérir de la réputation chez les étrangers » f3j , avait jugé urgent de faire un apprentissage préalable en Hollande, car on ne peut apprendre, disait-il, le métier maritime « en lieu du monde si bien que là» (4).
Un gentilhomme grec (5) et un extraordinaire aventurier, qui se donnait pour l'infant de Fez (G), s'accordaient à nous conseiller l'île Sainte-Maure comme la meilleure des bases d'opérations. Mais le nerf de la guerre manquait, en dépit des sacrifices pécuniaires des marquis de Rouillac et de Bressieux (7). Faute d'argent, tous les rêves s'écroulaient. Les Grecs le signifièrent brutalement. L'Hellène Pierre de Médicis, que Nevers envoyait de l'avant vers l'ile de Zanle avec ses fourriers, déclara que « ny luy, ny pas un de son pays ne viendroient avec nous, qu'ilz n'eussent leur table entretenue selon leur qualité et grandeur » (8).
(i) Lettres de Gédovn, consul d'Alcp, 25 mai et il juin 1624 (B. N., Franc. 5643, fol. 106,' 114, 144).
(2) Le duc de Nevers, amiral général de la Milice, lui avait donné, avec le brevet de capitaine de la Vierqe, le commandement en chef. 22 octobre 1623 (B. N., Franc. 4723, fol. 91).
(3) Tallem.\st des Réaux, les Historiettes, 2' édit. de Monmerqué, t. IX (1840), p. 5.
(4) Rouillac au duc de Nevers. Port-Louis, 14 août 1624 (B. N., Franc. 3347, fol. 136).
(5) Stasios Morenos, gentilhomme de l'ile Sainte-Maure au duc de Nevers. Nyssa, 14 mars 1623.
(6) « Gaspar Benemarin, l'infante de Fez, » au duc de Nevers. Naples, 10 juillet 1621, 1" et 11 novembre 1623, 3 et 6 avril 1624 (Buchon, pièces 12-13; Crosxier, p. 296; R. N., Franc. 4723, fol. 179).
(7) Qui avançaient 60 000 livres. Paris, 28 mai 1624 (B. N., Franc. 4725, foi. 27, 63).
(8) R. de Saincte-Jullite au duc de Nevers. «A Messines, faisant voile au Zante, 25 mars 1624 » (B. N., Franc. 4722, fol. 87). — Les Grecs firent pourtant plus tard un platonique appel à Richelieu : s Fac ut tuae commissa tutelae [Graecia] in pristinum restituatur splcndorem ac libertatem » (Simon
L'ORDRE DE LA iMILICE CHRETIENNE 423
Pour l'ordre agonisant, une escadre était dès lors une charge, pour notre marine un trésor. Le roi en offrit I5(H)00 livres; le marché était conclu, la livraison allait s'effectuer, quand une nouvelle infortune s'abattit sur la Milice, vouée, semblait-il, à toutes les catastrophes de la fatalité antique. En plein temps de paix, le 18 janvier 1625, lescadre fut surprise dans le Blavet par un grand seigneur rebelle et emmenée prisonnière (1).
Le fondateur de la Milice Chrétienne abandonnait la lutte, le P. Joseph, point: le Pierre l'Hermite de la croisade avait, lui aussi, ses soldats. Il choisit cent de ses Capucins pour les lancer, cette même année 1625, à l'assaut. Préfet des missions du Levant, du Maroc et du Canada (2), hanté « de vastes projets et de desseins à perte de vue (3), » il attaquait dans leurs retranchements le mahométisme et le fétichisme à la fois. Ses missionnaires, maigrement subventionnés par l'État (4), s'établissaient comme chapelains dans toutes les villes où il y avait des consuls de France, Smyrne, Alep, Le Caire, Alger, Tunis, au mont Liban, voire à Constantinople. Le roi de Géorgie les réclamait, l'archevêque de Naxos vint en quérir, afin d'avoir ainsi le palladium de notre protection pour les chrétiens de l'Archipel (5). « Il y avait quelque chose de miraculeux » dans la rapidité de cette expansion. L'appui que les Jésuites avaient fourni aux con-
PoRTius, Grammatica liiiquœ graecaeviilgaris. Paris, 1638, dédicace, édit. de la Bibl. de l'École des hautes études, fasc. 78, p. 3-4).
(1) Voir le chapitre sur les guerres civiles (^p. 464).
(2j En avril 1625 (Richard, Le vérilable Père Josef, Capucin, dans CiMBER et Danjov, 2" série, t. IV, p. 165, 175).
(3) Po^Tis.
(4) 3 000 livres furent affectées aux missions de Constantinopie, de Grèce et de l'Archipel; 2 000 à celles d'Alep, de Mésopotamie, de Perse, des Indes, de Chypre et d'Egypte; 1000 aux missions de Syrie et de Palestine. J625 (" Mémoire sur les diférens des R. P. Capucins et des autres missionnaires français du Levant : « B. N., Clairambault 1016,
(5} Richard, Ibid.
quisladors, rÉmincncc Grise l'apportait à son tour à nos pionniers.
Sur tous les points du globe, dans la France Equinoxiale comme dans la Nouvelle-France, aux Antilles comme dans les iles multiples de l'Archipel, en Mésopotamie et en Perse où ils se glissent sur la route de l'Inde, tout le long des côtes d Afrique enfin, les Capucins du P. Joseph marchent aux côtés de nos marins, de nos marchands, de nos pauvres captifs (1). Martyrisés en Ahyssinie, à Marrakech ils périssent sous le bâton : ils fondent des postes sur les rivages brûlants de la Sénégambie, des écoles au iNIaranhâo, en Acadie, aux Antilles (2), et consolident par là l'œuvre de colonisation que Valtei^ ego du P. Joseph va entreprendre.
(1) Gustave FAG>fiEZ, le Père Joseph et Richelieu, p. 283; chap. vi, les missions françaises et étrangères.
(2) Je renvoie aux divers chapitres de mon volume qui traitent de ces resions.