‹ Histoire de la marine française (volume 3)Chapitre 60 sur 106 · LA REVOLTE DES SEIGNEURS · texte numérisé non relu

LA REVOLTE DES SEIGNEURS

Aux mains débiles d'une femme, Tinsurrection, menée par le cousin du roi, arrache les trésors amassés par Henri IV en vue d'une guerre contre l'Espagne. Les traités de Sainte- Menehould (15 mai I6I4), de Loudun (3 mai 1616) ne sont que des primes à la révolte des grands seigneurs (l). L'arrestation de Condé ne peut plus enrayer un mouvement insurrectionnel, dont Nevers prend la direction à la place du prisonnier. Dans l'édifice encore inachevé de la monarchie bourbonienne (2), une nouvelle fissure se produit : « le parti protestant reconstitué en parti d'agression rompt en visière avec la royauté (3). Dans son désir de ménager une cause qui avait été la sienne et dont son sentiment n'était peut-être pas entièrement dépris, Henri IV avait laissé à ses successeurs une solution bâtarde. La question religieuse restait pendante (4). « Le protestantisme inquiet fit cause commune avec la féodalité renaissante.

Sur mer, les hostilités n'eurent pas la même intensité que sur terre : elles se localisèrent d'abord en Guyenne et Saintonge. Muni d'un congé des princes rebelles, Blanquet, capitaine de Marennes, équipa une patache et courut sus aux navires de Brouage, qu'il emmena prisonniers à La Ro-

(1) BouciilTTÉ, Négociations, lettres et pièces relatives à la conférence de Loudun, clans la collection des documents inédits. Paris, 1862, in-4". — Duc d'Aujiale, Histoire des princes de Condé, t. III.

(2) Cf. la jolie comparaison que fait M. Haaotacx (t. I, p. 233) entre l'état du royaume et celui du palais du Louvre.

(3) L'Assemblée de ISimes (27 novembre 1614) décide de prêter appui au prince de Condé.

(4) IIaxotaux, t. I, p. 532.

chelle (1). Bientôt maître de quatre vaisseaux et trois pataches, il s'installa à l'embouchure de la Gironde pour dévaliser les convois. Emu à juste titre, le vice-amiral Jaubert de Barrault fit choix des meilleurs bâtiments en rade de Bordeaux, les arma en guerre et donna aux capitaines des instructions pour l'ordre de marche et de combat. Ses six vaisseaux et ses deux pataches (2) avaient à couvrir un convoi de cent cinquante voiles, qui sortait de la Gironde. A leur aspect, les bandits quittèrent précipitamment leur embuscade proche de Royan, pour cingler au large, puis vers la Seudre. Barrault, son convoi à l'abri, chargea à pleines voiles sur eux. C'était le 30 juin 1617. Les pirates en fuite s'échouèrent presque tous dans la Seudre. Laissant au capitaine de Salebœuf le soin de réduire trois bâtiments échoués à une portée de canon en amont, Barrault attaqua Blanquet au canon, puis à quinze pas, au mousquet. Gomme ses hommes, mains jointes ou chapeau bas, demandaient merci, Blanquet le coutelas ou la pique au poing relevait leur courage. Mais un boulet le renversa : le capitaine Vedeau montait à l'abordage, des feux d'artifices à la main : Blanquet se rendit avec seize bandits encore debout. Des autres capitaines, Treillebois, Pontenille et Gaillard seuls s'échappèrent au large. Encore (raillard, qui était de Royan, fut-il rattrappé par les pataches des sieurs de Lisle et Montignac, lancés à sa poursuite. Attachés au mât, les deux captifs furent menés à La Rochelle et, après la parade

(1) 7 janvier 1616 (Diairc de Jacques Merlin, dans les Archives historiques de la Saintonge et de VAunis, t. V, p. 278).

(2) Commandés par les sieurs de Cornier, capitaine de pavillon, de Salebœuf, vice-amiral, Larmet, de Boissonnière, de Montignac, de Lisle, de Marsan, Massignac, Albert Gourdin (Discours véritable du combat naval et de la desroute des capitaines Blanquet, Gaillard et autres pirates et rebelles au Hoy, faicte par Monsieur de Barrault, vis-admiral de Guyenne le dernier juin 1617 : réiraprirué dans Cimber et Da>joc, Archives curieuses de l'Histoire de France, 2*^ se'rie, t. II, p. 181. — Diairc de Merli^', p. 329).

triomphale, roués vifs (1). Deux ans après, le navire d'un autre forban, le Grand Océan de Richardière, était brûlé dans le même port : mais faute de garde-côtes, c'était au vice-amiral de Zélande Légier Pietersen, qu'avait été confiée la mission de le saisir (2).

L'insurrection gagnait de plus en plus; " le mal est dans notre sang, dans nos entrailles (3) » ; la mère et le fils, en IGlî), se livrent bataille; Marie de Médicis est révoltée contre son roi, Louis XIII contraint de marcher contre sa mère. Une paix éphémère (i) ne sert qu'à renforcer le parti de la reine mère et des princes, ses alliés. En vain, un honnête homme, sans souci de leur rancune et convaincu que (i le salaire des bonnes actions consiste en la satisfaction qu'il y a de faire son debvoir » , a-t-il donné l'alarme : c il importe beaucoup à Votre Majesté, disait-il, de ne leur donner les places les plus importantes comme Blavez et Concarneau, qui les rendent maistres de la mer, quand ils tiennent desjà les clefs des rivières comme Amboise et Nantes (5). » Louis XIII n'a pas compris. Et maintenant, la révolte, maîtresse du littoral, enveloppe, menace la capitale comme d'un immense croissant : Longueville à Rouen et à Dieppe, Villars au Havre, Vendôme en Bretagne, La Trémoille et Retz en Poitou, Aubeterre à Blaye, Rohan et les protestants du Midi sont prêts à se soulever au moindre signal qu'ils recevront d'Angers, de la reine mère.

A ce moment critique, Louis XIII agit en roi. Il a dit :

(i) Les oriqines de la marine française et la tactique naturelle. Le sièqe de La Rochelle, par le vice-amiral Jurien de i.a Gravière. Paris, 1891, in-12, chap. vi.

(2) 22 juin 1619 (B. N., Franc. 15958, fol. 368).

(3) Disait Siilcry à l'ambassadeur de Venise (Haxoï.\ux, t. II, p. 410\

(4) Le 30 avril 1619, à Angoulème.

(5) Une lettre lie Philippe Fortin de L^a Hoquette au roi Louis XIIL {niRvi- 1620), publiée par Philippe Ta^iizey de Larroqie, dans \es Notices et documents publiés par la Société de l'histoire de France. Paris, 1884, in-8°, p. 381.

marchons au danger le plus proche; et, le 10 juillet 1620, Rouen lui ouvre ses portes, le 17, Caen. La Normandie soumise, toutes les places du nord-ouest à discrétion, il marche sur Angers, culbute le 7 août aux Ponts-de-Cé les troupes de Marie de Me'dicis et fait aussitôt avec sa mère la paix. L'aventure servira à jamais de leçon au conseiller de la reine, Armand Du Plessis de Richelieu (1). Restaient les protestants. Une promenade militaire du roi dans le Béarn ne suffit pas à les calmer.

" L'assaut était livré dans toute l'Europe par la grande armée protestante à la grande armée catholique. Bouillon et les princes de Nassau étaient écoutés à La Rochelle aussi bien qu'à Heidelberg. L'affaiblissement du pouvoir en France, la jeunesse du roi, la médiocrité et la versatilité du favori, tout pouvait faire croire que la situation et les événements du seizième siècle se reproduiraient avec plus de chance de succès (2). »

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