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la bataille avec des forces doubles. Une canonnière, armée en cliasse de trois pièces de fonte, — dont l'une de seize pieds de long était baptisée, en mémoire du gouverneur jadis expulsé de La Rochelle, le Chasse-Biron, — s'engage dans le chenal, soutenue par Guiton, Yignay, Cramagnolle, Boutecor et un autre capitaine rochelais. Mais Du Chalard est sur ses gardes : il riposte par une triple volée qui démonte le Chasse-Biron, brise l'éperon de la canonnière, coule la chaloupe amirale et loge huit boulets dans les bordages de Guiton : si ses deux matelots, Morleau et Boutonné, n'avaient touché sur un banc, si un troisième navire olonnais ne l'avait heurté et ne lui avait rompu la vergue de civadière en voulant lui porter secours, Du Chalard eût complètement battu son adversaire (1).
La semaine suivante, la division armée par la Bretagne pour la garde de ses côtes (2) apparut. Tandis qu'elle s'attardait à bombarder Saint-Martin-de-Ré, Guiton asscmlda quatorze bâtiments, commandés en sous-ordre par le viceamiral Théophile Vigier de Treillebois et par le contreamiral Jacques Forant le Chevelu, l'un d'Arvert, l'autre de Ré. Il manquait d'artillerie, bien qu'on eût embarqué jusqu'aux canons hors d'usage, qui tenaient lieu de bornes aux coins des rues. Job Forant l'aîné amena de Ré cinq autres navires, mais avec moins d artillerie encore, trois pièces pour un vaisseau qui en comportait le décuple.
Tout autre était l'armement des forces adverses, dont le moindre bâtiment avait au moins dix canons. Aussi le chevalier Isaac de Razilly (3), » général » des six garde-cotes
(1) Le P. FoiRMER, Hydrographie, éd. de 1667, p. 258. — La prise du secours allant par mer à La Rochelle, ensemble le grand et furieux combat arrive' près de Brouaqe contre leur admirai. Paris, 1621, in-V.
(2) Suivant contrat passé entre les commissaires du roi et les Etats rie Bretagne. 26 juillet (B. N., Cinq-Cents Colbcrt 292, fol. 35 v"; Franc. 8301, p. 394).
(3) Nommé général dos six vaisseaux garde-côtes par César de Vendôme,
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bretons (1), avec son frère Claude comme vice-amiral, opina-t-il pour une attaque immédiate, malgré l'avis contraire de René Veillon et de six autres capitaines olonnais ralliés sous son pavillon. Les matelots burent du vin d'Rspagne, se frottèrent de vinaigre la figure et, pour ne pas glisser dans le sang, parsemèrent de sel le pont de leurs vaisseaux.
Le 6 octobre, à huit heures du matin, comme Tescadre royaliste essayait de parer la pointe de la Tranche, les Razilly en flèche, le contre-amiral de La Pitonnière en queue, Guiton et la canonnière d'André David foudroyèrent la tête de colonne. Dans une vigoureuse riposte des frères de Razilly, plusieurs canons crevèrent à bord du Saint-Louis de Nantes et de la Marguerite de Saint-Malo, qui portaient leurs pavillons. Le duel continua toute la journée, sans résultats décisifs : du coté des protestants, la patache de Papault sauta, par une imprudence de fumeurs, dit-on. Mais en compensation, le capitaine Horry, envoyé pour reconnaître une flottille qui débouchait du Pertuis Rreton, capturait sept bâtiments chargés de munitions pour Brouage. Toute la nuit, les adversaires restèrent en présence, les confédérés en rade de Saint-Martin, les royaux au large.
gouverneur de Bretagne, le 2 août 1621 (Marquis de Rasilly, Généalogie de la famille de Rasilly : Touraine-Anjou-Poitou. Laval, 1903, in-4", p. 254).
(1) Le Saint-Louis, de Nantes, amiral, 400 tonneaux et 32 canons; la Marguerite, de Saint-Malo, vice-amiral, 300 tonneaux et 24 pièces; le Henry, de Roscoff, contre-amiral, 250 tonneaux et 16 canons; le Sauveur, de Roscoff, capitaine de Porlenoire; le Saint-Etienne, de Saint-Malo, capitaine de La Fosse, et l' Avant-Garde, du chevalier de Ray. Les bâtiments olonnais n avaient que 80 tonnes et 10 pièces.
(2) Il Véritable récit de ce qui s'est passé éz combatz et batailles navales dans les costes de La Rochelle, entre les armées du Roy et des Rochellois " (B. N., Franc. 20784, fol. 515; Franc. 23339, fol. 98.)— Le P. ArcÈre. Histoire de la ville de Lm Rochelle. La Rochelle, 1757, in-4", t. II, p. 169. — Histoire générale de ce qui s'est passé entre les années navales de France et celles des Rochclois, es costes de Poictou, rivières de Bordeaux cl Cha-
Le lendemain matin, dans la brume, Razilly disparut. Contournant l'île de Ré par le Pertuis d'Antioche, il faisait sa jonction avec cinq vaisseaux de Brouagc et se mettait aux ordres du lieutenant-général rencontré entre Aix et Oléron. Saint-Luc arbora son pavillon sur le Saint-Louis : et le 9 octobre, à deux heures, il arrivait vent arrière sur les confédérés.
Guiton serrait la côte de Ré : sur le conseil de son capitaine de pavillon, Abraham Chevallier de Marennes, il mit en panne pour laisser passer son adversaire, dont il essuva de pied coi les bordées. Ainsi maître du vent, il chargea l'arrière-garde. Il jetait les grappins d'abordage, quand on lui crie que Forant le Chevelu est aux prises avec toute la division de Claude de Launay-Razilly, la Marguerite, l'Avant- Garde el le Saint-Etienne . Guiton, Treillebois, Forantl'Aîné, accourant au secours de leur conîre-amiral, trouvent échoués deux de ses adversaires : au moment d'être enveloppé à son tour, le Saint-Etienne se remet à flot en portant tout son canon à l'avant, et s'échappe grâce à une fausse manœuvre de Treillebois, dont le pilote lofa au lieu d'arriver. VAvant- Garde, moins heureuse, ne peut remuer : longtemps, elle soutient une lutte désespérée : plus de la moitié des matelots tombent en tenant tête aux compagnies d'abordage; quand le chevalier de Ray et son lieutenant Lhoste de Trougny demandent quartier, ils n'ont plus autour d'eux que quarante hommes valides.
Saint-Luc soulignaitson échec en battant en retraite vers (i l'une des plus belles, plus commodes et plus fortes places qui se puisse trouver en toute l'Europe, " vers le Port-
rente, es combats de M. de Guyse, depuis le mois d'aoust de l'année 1621 jusques à la publication de la paix au mois de novembre 1622 (Extraict sur les journaux de l'admirai des vaisseaux Rochelois). 1624, petit in-i". — Sur Jean Guiton, cf. Meschinet de Richeinfond, les Marins rochelais. Niort, 1906, in-S", 2' édition.
Louis, fondé depuis peu à l'embouchure du Blavet (1). Il savait y rencontrer cinq vaisseaux, le moindre aussi puissant que le meilleur des siens.
C'était l'escadre des chevaliers de la Milice chrétienne; Du Couldray (2), commandant le Sain l-Mi'chel ['^)^ et le commissaire [général Du Carlo, sergent-major de Brouage (4), en avaient fébrilement poussé l'armement, allant jusqu'au Havre lever des matelots (5), jusqu'à Bayonne quérir du canon (G).
Ainsi renforcé, Saint-Luc revint narguer son adversaire. Comme ses vingt-deux navires étaient mouillés entre les bouées du chenal de Brouage, une brusque attaque, dans la soirée du G novembre, jeta le désarroi parmi eux. J.e Saùit-F}^ançois et le Saint-Louis, deux jumeaux de 400 tonnes et 16 pièces, poursuivis par Guiton et Forant le Chevelu, s'échouaient avant d'avoir pu gagner l'abri du port. Le sergent-major Charles Le Ber Du Carlo (7), qui commandait le premier, s'enfuit. Son lieutenant, Abraham Lévesque, se battit au contraire comme un héros : cinq heures durant, il soutint, sans faiblir, l'assaut de l'amiral rochelais. De même, à bord du Saint-Louis^ Du Halde Bras-de-fer, lieutenant du capitaine Eusèbe de Campet de Saujon, faisait ferme sous les bordées de Forant; blessé, noir de poudre, il ne songeait
(1) Édit pour la création du Port-Louis. 17 juillet 1618 (B. N., Franc. 22343, fol. 294).
'2) Dès 1586, un Fier-à-bras Du Couldray servait comme capitaine dans la marine royale (B. N., Nouv. acq. franc. 21260, fol. 26). Henri IV, en 1903, indemnise Mathurin Du Couldray pour les pertes qu'il a faites en mer à son service.
(3) Qui reçut du roi, le 11 juin 1621, l'ordre d'armer l'escadre (Le P. FouRNiER, Hydrographie, 2" édit., p. 257).
(4) Commission royale du 24 juillet (Ibid.)
(5) Que Du Couldray avait été quérir, suivant commission royale du 30 août (Ibid.J.
(6) Vingt-cinq pièces tirées de la place de Navarrenx, que le capitaine Lecomte avait été chercher (B. N., Franc. 23150, p. 277).
(7) Qui émargeait, dès 1610, comme capitaine de la marine royale (B. N., Franc. 999, fol. 39).
438 HISTOIRE DE l.A MARINE FRANÇAISE
pas plus que son collègue à baisser pavillon, malgré qu'à leurs bords ruisselât le sang de cent cinquante cadavres. Mais Saint-Luc ne parvint jamais à reformer sa ligne de bataille pour leur venir en aide; et les deux vaisseaux, avec une centaine de survivants, devinrent les trophées du vainqueur. Terrible punition d'une désobéissance! Car Saint- Luc avait pour consigne de ne point s'engager à fond avant l'arrivée de renforts.
Guiton pensait lui porter le dernier coup, en coulant dans le chenal de Brouage, le 26 novembre, dix pontons farcis de pierres. Gêné parles batteries de la Hotte et du Fort-aux-Coquilles, que Saint-Luc avait hâtivement construit sur la plage, il ne put dépasser la première bouée. Et le 12 janvier 1622, la sortie des garde-côtes de Razilly montra l'inanité de l'embouteillage. Lors d'une seconde tentative, le 3 mars, les feux croisés de la redoute et du Saint-Micliel empêchèrent les Ilochelais de pratiquer en bonne place l'obstruction.
Mais voyez les multiples conséquences de la maîtrise de la mer : la conquête d'Oléron le 9 novembre 1621, l'attaque des Sables d'Olonne, l'occupation de l'île d'Argenton, la levée de contributions de guerre dans la Gironde, à Bordeaux la connivence d'une trentaine de navires écossais : invités à rallier le pavillon du roi, ils ne daignèrent répondre que par un coup de canon. Le prince de Gondé, il est vrai, réprima énergiquement cette insolence. Le 12 mai 1622, une des batteries du Château-Trompette, dressée sur la rive, foudroya les Ecossais, tandis que trois navires de Blaye les prenaient en flanc et que les six pataches des chevaliers Pichon, Pontac,Arrérac, en colonne double, les assaillaient de front. La flottille calédonienne, bientôt en fuite, laissa derrière elle plusieurs épaves et quatre bâtiments prisonniers, dont l'amiral (1),
(1) Tm dfffaiclc incniorable de trente uainrci cscossoises, venaiil au
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Guiton, ce paisible armateur jusqu'alors occupé de commerce, ce pacifique échevin, avait organisé militairement son escadre, en la pliant aux règlements d'une sévère discipline (I). Une de ses divisions, avec le contre-amiral Forant le Chevelu, était affectée à la garde d'Oléron et des places de la Charente (!2) ; Jean Gaschot, qualifié général des galères (3), couvrait La Rochelle; et suivant la vieille tactique des guerres de religion, un détachement important (4) allait prendre l'offensive, sûr de trouver appui en Angleterre (5).
Le plan de campagne, signé du maire et capitaine de la ville, Isaac Blandin, témoignait d'une parfaite connaissance des forces adverses et de leur position à la fin de l'hiver de l'an l(3!22 : les divisions mandées du Levant étaient encore, l'une à Marseille, l'autre à Lisbonne; en Hollande, s'apprêtaient des vaisseaux achetés par le roi; en Normandie, en Bretagne, l'embargo était mis sur tous les terre-neuviers, la presse sur les matelots, afin d'équiper en guerre nombre de vaisseaux; le rendez- vous général était à Brest, « le havre le plus propre pour faire un gros d'armée » . Partant
secours de La Rochelle, par Monseigneur de Coudé, le nombre des vaisseaux gaignéz et des capitaines tant tuez que prisonniers. Paris, 1622, in-S". — il Mémoires de M. de Vignollp;s touchant les affaires de Guyenne de 1621 et 1622 .. (B. N., Franc. 18751, fol. 20).
(1) Règlement faict par nous, Isaac Blasdis, escuyer, sieur Des Herbiers, conseiller du Roy, maire et capitaine de La Rochelle. .. pour obvier aux désordres, dissentions et insolences (jui se pourroyent commettre en l'armée navale. La Rochelle, 3 novembre 1621. Placard imprimé (B. N., Dupuy 100, fol. 94).
(2) Les navires Saint-Louis, capitaine Jacques Chapperon ; Don-de-Dieu, de Papault; Galère, de Roussel; Royale, d'André Camus; Petite-Anne, de Joseph Ouvrard ; Fleur de LJs, de Pierre de Lhoumeau ; la palache Concorde, de Rulland, dit Beaufils; la galiote d'Oléron, de Jean Paquenet; le
, flouin de Fougeron ; la Bonne-Adventure, de Pierre Guitard (Arch. delà Charente-Inférieure, E suppl. 18).
(3) Lhid.
(4) Vingt vaisseaux.
(5) M. A. EvERETT Green, Calendar of State Papers. Domestic Séries (1619-1622).
de là, Blandin prescrivait rarmcmcnt de vingt vaisseaux de guerre, des meilleurs et des mieux montés, en dehors des garde-côtes destinés à faire face aux navires de I5rouage et de Bordeaux. Soubise en fournirait huit, des plus beaux de ceux qu'il avait pris aux Sables d'OIonne;la Uochelle armerait le reste, u Tous ces vingtz navires en corps d'armée, faisant voille vers la Manche d'Angleterre, selon les advis (ju'ilz auront, empescheront le raliement des vaisseaux ennemis et, par ce moyeu, rompront leurs desseings (1) » .
Mais à stratagème, stratagème et demi. La flotte rochelaise approchait des Sables d'Olonne le 17 avril 1022, sans se douter de l'effroyable défaite que Louis XIII venait d'infliger, non loin de là, dans l'île de liiez, à l'année de Soubise. Entre les Sables et le château de la Chaume, un vif comljatd'arliUcrie semblait engagé : le château tenait contre la ville, les protestants contre les royalistes. " Si nous avions ici 1 amiral, le vice-amiral et le conlre-amiral avec leurs grosses pièces, nous aurions bientôt chassé » les troupes royales, mandèrent les défenseurs du château. Et Guiton dépêcha en reconnaissance le contre-amiral Eorant.
Or, toute cette mise en scène n'était qu'un leurre. François de La Rochefoucauld était maître du château comme de la ville; Forant avait été attiré dans un guel-apens. Reconduit vers le port entre deux eslafiers, pistolet au poing, il eut ordre de crier aux capitaines de quatre grands vaisseaux d'approcher. Mais avant que les navires fussent sous le feu des batteries royales, il lança son chapeau en l'air et se précipita dans les flots, en criant : « Sauve qui peut! » Blessé par les balles de ses geôliers, il parvint néanmoins à
(1) Instructions signées de Blandin et Guillaudeau, prescrivant le départ de cette flotte pour le « quinziesaie ou fin d'apvril « 1622 (Arch. de la Charente-Inférieure, E suppl. 18 : publié par M. de Richemokd, dans V Inventaire sommaire des arc/nues départementales antérieures à 1790 : J)cparlenie)il de la CJiarente-Inférieure, série JL suppl. (Arch. communales) : ville de La Rochelle. Paris, 1892, in-4°, p. 10).
regagner son bord (1). Guiton et lui allaient-ils prendre leur revanche? Toutes les forces navales des protestants étaient en effet massées en bloc compact (2), tandis que les escadres royales, au contraire, se présentaient dans Tordre dispersé, par échelons.
Parti de Marseille Tété précédent, immobilisé de longs mois à Lisiîonne par la vaine attente des galions de Mantin (3), le général des galères, Philippe-Emmanuel de Gondi, ne parut dans la Gironde que le 12 juin 1G22. Ses dix galères attaquèrent aussitôt le fort d'Argenton, dont les trois bastions et la demi-lune dominaient l'entrée de la rivière. De Blaye, le duc de Luxembourg lui envoya des hommes et des vaisseaux et, sans se laisser divertir par une contre-attaque de Guiton sur la place de Talmont, le général enleva la redoute. Le 15 juillet, il se rendait encore maître d'un grand vaisseau qui conduisait aux insurgés une cargaison de soldats hollandais et de gentilshommes normands. Guiton, attiré par la canonnade, ne put lui arracher sa proie, l)ien qu'il amenât quinze bâtiments à la rescousse. Il ne réussit pas davantage à enrayer la marche du général vers la Loire : seule, la galère du chevalier de La Valette, vigoureusement assaillie par les capitaines Horry et Jouneau, rebroussait chemin vers la Gironde (i).
(V) Memuirt's du coinlc DE Souvigny, lieutenant général des années du roi, publiés pour la société de l'histoire de France par le baron Ludovic de CosTENSox. Paris, 1906, in-8", t. I, p. 93.
(2) Soubise avait été invité par le corps de ville de La Rochelle à placer la division navale de la Gironde sous les ordres de l'amiral rochclais. 9 mai 1622 (Arch. ldstori(/ucs du Poitou, t. VIII, p. 324).
(3) Voici litinéraire des dix galères de Gondi : 13 septembre 1021, départ de Marseille; 29, hivernage dans le Tage; 4 mai 1622, départ de Belem; 12 juin, arrivée à Bordeau-v (Affaires Etrangèi-es 817, Fiance 75, fol. 95). — 11 L'Estat des officiers des gallères » pour 1622 se trouve à la B. N., Franc. 24917, fol. 131.
(4j Le combat mémorable fait entre l'ai-mée navalle du Roy et l'armée des rebelles Rochellois, eiisemble la prise de trois grands vaisseaux et de 25 gcntilhommes rebelles de Normandie, allant par mer à La Rochelle. Paris, 1622, in-8°. — n Véritable récit» : B. N., Franc. 20784, fol. 539.
Les galions de Théodore de Mantin, retardés par la nécessité de montrer carène et surtout par l'attente du grand galion de Malte dont Louis XIII avait demandé le prêt (I), parurent à leur tour. Kl l'arrivée de cette terrible brigade de six vaisseaux, trois cents bouches à feu (2j, eut quelque chose de foudrovant. Une division rochelaise fut culbutée et chargée avec tant de furie que cinq navires sombrèrent ; trois furent capturés, les deux derniers portèrent à La Rochelle la nouvelle du désastre (3). Un suprême effort de Guiton pour arrêter à Belle-Isle les galions, le 26 septembre, n'eut aucun succès.
Le 19 du même mois, il avait enregistré un autre échec, n'ayant pu intercepter l'escadre du marquis de Rouillac, au moment où elle sortait de Brouage. Malgré la supériorité de ses forces, quatorze bâtiments contre onze, malgré la fausse position de son adversaire, engravé avec six vaisseaux, l'amiral rochelais dut se replier après une demi-journée de combat; il débarqua dans l'ile d'Oléron une cinquantaine de cadavres. Pendant ce temps, La Rochelle était serrée de
(1) En envoyant lout exprès à Malte le commandeur de Cliattes-Gcssan (Vertot, Histoire des chevaliers de S. Jean, édit. 1727, t. V, p. 175). — Alof de Vignacourt, grand maître de l'ordre, accorda le galion, mais refusa 200 prisonniers huguenots que J^ouis XIII lui offrait comme forçats. Malte, 14 mai et 14 juin (R. N., Fr. 16166, fol. 68).
(2) Galion amiral (i 000 tonneaux), le galion vice-amiral de Mantin (800), le Saint-Pierre-et-Paul (700), la Notre-Dame (500), l'Ours d'Or et le Lion d'Or (350), commandés par les chevaliers de Valençay, de l'Isle, d'Oraison et de Cuges, la patache de Roquebrune, et enfin le grand galion de Malte (B. N., Franc. 20559, fol. 125. — Arch. nat., Marine, B* 1, fol. 53. — Bibl. du Dépôt des cartes et plans de la marine, 7288, fol. 5
(3) La victoire emportée sur l'armée navalle de La Rochelle par le grand gallion du Boy, commandé par Monsieur le duc de Guise. Rouen, 1622, in-8°. — La défaite de dix navires de la flotte de La Rochelle par les gallères de France et le grand gallion de Venise {sic pour Malte) au port de Léiia. Paris, 1622, in-S". — Le P. Fovrxier, Hydrographie, 2"^ édit., p. 259. — Suite de l'histoire journalière de tout ce nui s'est passé en France depuis le départ du roy... le 20'' du mois de mars 1622 : Cimber et Daxjou, Arch. curieuses de l'histoire de France, 2^ série, t. II, p. 314.
près par l'armée royale : un ingénieur envoyé par le Pape, Poinpeo Targone, cherchait à barrer le port d'une longue chaîne que trente-cinq charrettes avaient à peine suffi à porter (I). Qu'allait devenir (juiton?
Son adversaire, l'amiral duc de Guise i2j, avait maintenant sous ses ordres les divisions Rouillac, Gondi, Mantin, la Milice Chrétienne avec Du Couldray (3), vingt vaisseaux malouins, montés des quatre mille hommes (4) » du valeureux et magnanime sieur de Vinceguerre (5) d et de son lieutenant, le chevalier Isaac de Razilly (6).
En regard de ces forces imposantes (7), que pouvait aligner l'amiral rochelais? Des navires fatigués, que nul lenfort n'avait relevés de faction. Benjamin de liohan-Souhise avait bien été quérir du secours en Angleterre; mais la veille du départ, le \" septembre, la tourmente avait fracassé neuf de ses bâtiments sur les écueils de Plymouth : deux cents hommes sur huit cents avaient trouvé la mort dans le naufrage (Hj.
(1) CiMBER et Danjou, ibidem, p. 298, 301. — Les inventions et machines admirables du s' Pompée Tarqon contre la Rochelle. Paris, 1622, in-8°. — B. N., Franc. 17329, fol. 199; Franr. 23150, fol. 126.
(2) Qui avait reçu d'amples pouvoirs le 17 mars 1622 (B. N., Franc. 17329, fol. 199; Franc. 23150, fol. 126).
(3) Bihl. de Carpentras, nis. 1826, fol. 232.
(4j Dont on trouve la liste dans y Estât de l'armée navale, de Bonc-SÉGUi- RAX citée plus bas. — La Bretagne avait vidé ses places de guerre pour l'ariiiement des vaisseaux (B. N., Franc. 4721, fol. 26).
(5) Jacques Dobemet, De l'antiffuite' de la ville et cite' d'Aleth, réédition Joijon des Longrais, p. 59 : l'escadre malouine appareilla le 10 août.
(6) Suivant lettres patentes du 4 mai 1622. Aux termes d'une commission précédente (10 avril), Razilly commandait spécialement une division de six vaisseaux malouins (Marquis le Rasillv, Généaloijie de la famille de Rasilly, p 255).
(7) « L'Estat de la despence de l'armée navalle commandée par M. de Guise » détaille les différentes provenances des 46 vaisseaux et 16 pataches de la flotte (Arch. nat., Marine B^ 1, fol. 53. — Bibl. duDépôt de la marine 7288, fol. 5 y")
(8) Récit véritable de ce qui s'est passé au départ de Monsieur de Soubize sortant d'Angleterre, par le sieur de La Chesnaye. Paris, 1622, in-8°. — J . Bruce, Calendar of State Papers. JJomestic Séries (1619-1622), p. 453, 507.