BATAILLE NAVALE DU PERTUIS BRETON
La division anglaise fut signalée dans la nuit du 14 septembre. Pour ne point donner l'éveil sur l'arrivée de ces renforts, Montmorency envoya dire au commandeur François Faucon de Ris de ne point le saluer et de le rejoindre sans bruit (5). A l'aube, il quittait les Sables d'Olonne à
(1) Histoire de Toiras, p. 35. — L. Anquez, Un nouveau chapitre de t histoire politique des réformés de France (1621-1626). Paris, 1865, in-S", p. 184.
(2) Le P. ArcÈrfj, Histoire de la ville de La Rochelle, t. II, p. 210.
(3) Dont les vaisseaux malouins Marçuerite et Saint-Louis, de 3 et 400 tonneaux achetés 50 000 livres (Arch. nat.. Marine BH, fol. 61).
(4) Bp:rnard, livre X, p. 481. — Un grand vaisseau de La Rochelle perdit une cinquantaine d'hommes dans un engagement d'arrière-garde contre deux ou trois petits bâtiments royaux. Lettre du baron de Danevous embarqué à bord du vaisseau amiral de Montmorency. Les Sables d'Olonne, 27 août (B. N., Franc. 3347, fol. 134).
(5) Sourcï;.s royauste.s pour la bataille navale des 15, 16 et 17 septembre
destination de l'ile de Ré. Avec ses collègues Haultain et Mantin, affectés au corps de lîalallle et à rarricre-gardc, il conduisait trente-cinq vaisseaux de ligne (1), les vingt bâtiments légers de La Trémoille et douze » sorciers " de feu. Franchissant à marée haute la pointe du banc de Lordenais, il arrivait à grande allure sur les vingt-huit bâtiments de Soublsc, qu'il menait battant jusque dans » l'acul " de la fosse de Loix. Launay-Razllly, Vauvert, Montmorency- Boutteville et Saint-Julien, pilotés par Richardière et Morissière, serraient de près les fuyards ; mais des sorciers, lancés de part et d'autre tout en flammes, séparèrent les
1625 : Rapport fait au roi par M. de Fo.ntekay, surnommé Coups d'Épée. Fontainebleau, 20 septembre (B. i\., Dupuy iOO, fol. 161). — « Discours de l'armée, et véritable, tant sur mer que sur terre » (B. N., ])upuy 100, fol. 157). — « Relation de la deffaictc de la flotte du sieur de .Soubize et des Rochelois et de la prise de l'isle de Ré» (B. N., Franc. 3668, fol. 34). — La deffaite cjénéralLc de iaimce navallc du sieur de Soubize par Monseigneur de Mont-Morancy, admirai dg France, la prise de douze de leurs vaisseaux et de tiois mille hommes. Paris, 1625, petit in-4''. — Histoire journalière de tout ce qui s'est faict et passé en l'armée navale, commandée par Monseigneur de Montmorency. Paris, 1625, in-4°. — Relation véritable de tout ce qui s'est passé es armées du Roy contre les rebelles, conduits par le sieur de Soubize, tant sur mer que sur terre, envoyée par Monsieur de Torax. Bourdeaus, 1625, petit in-4". — Récit véritable de tout ce qui s'est passé en la fuite du sieur de Soubize, par le sieur de La BounGOsniÙRE. Fort-Louys, 20 septembre. Paris, 1625, petit in-4''. — L'Ordre du combat naval oit M. de Montmorancy, admirai de France, attaqua les Huquenots rebelles, qu'il mena battant jusqu'à la fosse de Loye, où ils s'eschouèrent le 15 septembre 1625. Dessigné par Du Cafilo, inpénicur et géographe du Roy. Paris, 1625, in-folio. Deux planches représentant les différentes positions des escadres le 15 et le 16 : Du Carlo commandait une galiote.
(1) Commandés par François de Montmorency-Bouteville et le chevalier de Saint-Julien sur le même vaisseau, le comte de Vauvert et Claude de Launav-Razilly, les chevaliers Longvilliers de Poincy, d'Anglure, de Montigny, de Rhodes, de Cangé, de La Villeneufve, de Miraumont, de Mailly, de Poutrincdurt, de Leigle et de Rouveré, le marquis de Bressieux et le commandeur de Ris sur la Vanguard, Monfan, La Fosse-Bénard, le baron de Jussé, les capitaines Rigault, L'Étié, de L'Arbrisse, Le ]Sé, de Beaulieu, Hardy, Le Mée, Chauvin de Tonnetuit, le capitaine des gardes de Soudeilles, les capitaines de galiote d'Arpentigny et Du Carlo, les Hollandais Dorp, Quast, Béguin, Jean Evertsen, Guillaume Bloch.
combattants par une barrière de feu. Et la Hotte royale alla jeter Tancre vis-à-vis de Saint-Martin.
Un corps d'armée, formé des régiments de Champagne et de la Bergerie, suivait en barques. Après une feinte vers La Palice, l'ordre fut porté tout le long de la ligne de virer de bord vers le fief d'Ars, fixé pour le débarquement. Le sergent-major Jean de Saint-Bonnet de Toiras avait admirablement combiné la descente : chaque régiment était réparti en quatre groupes de barques, enfants perdus, avant-garde, corps de bataille et arrière-garde, avec un guidon de couleur variable pour chacun d'eux. Un dernier détachement était affecté aux chevau-légers du sergentmajor. Sept transports chargés de munitions escortaient la flottille, avec les galiotes de Saint-Luc et La Rochefoucauld en serre-file.
Les enfants perdus, puis les troupes, prenaient pied au Gros-Jonc, culbutaient trois bataillons postés dans les dunes et enlevaient un vaisseau de dix canons échoué près de là. Dix-huit cents hommes en affrontaient trois mille, Launaylîazilly, avec l'agrément de l'amiral, eût voulu leur porter de nuit des renforts; mais la distance était trop grande de Saint-Martin au Gros-Jonc pour arriver à temps en chaloupes.
Et le lendemain, l'action recommençait : au débouché du bourg d'iVrs, les deux régiments de Toiras tombaient sur les masses adverses, avançaient résolument en formation d'échiquier, et, par une charge vigoureuse, enfonçaient les troupes de Soubise, qu'ils rejetaient, avec une perte de douze cents hommes, sur Saint-Martin. Une colonne de huit cents marins, conduite par le marquis de Bressieux et Montmorency-Bouteville, l'un maréchal, l'autre maître de camp, tournait la position : le 17, les débris de l'armée rebelle, avec leur « pardarchiar » [le capitaine P. d'Archiac], capitulaient dans Saint-Martin.
Une division rochelaise (1), commandée par le comte de Laval, avait tenté de leur donner main-forte; mais au moment où elle sortait du port, le contre-amiral de Mantin, posté au Chef de Baye avec trois vaisseaux et neuf pa taches, lui avait barré la route.
Restait la flotte protestante. Montmorency la croyait <i amortie dans son trou " de la Fosse de Loix. Quelle ne fut pas sa stupeur de la voir se relever le 16 et exécuter une manœuvre vite éventée par Barillière, un transfuge huguenot qui avait dirigé le coup de main du Blavet : les vingttrois navires de Guiton tentaient une percée pour gagner La Rochelle. Une saute de vent d'ouest au nord permit aux royaux de prendre chasse, en laissant six vaisseaux de garde au Pertuis-Breton.
Lorsque la nuit tomba, le Saint-Michel, battant pavillon vice-amiral des protestants, était échoué à un quart de lieue de Saint-Martin. La Vierge de Guiton, en virant de bord pour lui porter secours, s'engravait sur le banc de Lordelais, où elle fut gardée à vue par Brcssieux et Rhodes, à la tête d'une douzaine de navires. Montmorency s'était lancé à la poursuite des autres fuyards, en tirant des coups de canon et des fusées pour prévenir la division détachée à Chef de Bave. Ainsi les fugitifs se trouvèrent pris entre deux feux : Mantin en captura un, le commandeur d'Oisemont deux et en brûla un autre. Le Centu)io?i, le Lion d'Or..., neuf des plus forts bâtiments des rebelles succombèrent cette nuit-là. Le Saint-Michel mit pavillon bas devant Montmorency-Bouteville, sans tenter la lutte contre la puissante artillerie de la ramberge Vanguard, qui « fauchait comme de l'herbe (2) » : Soudeilles,
(1) De six \aisseaux de guerre (Récit véritable de tout ce (/ici s'est passé en la fuite du sieur de Soubizc, par le sieur de La BourgondiÈre. Fort- Louys, 20 septembre. Paris, 1625, petit in-4°).
(2) Clowes, The Royal Navj, t. II, p. 59.
capitaine des gardes de Montmorency, l'occupait aussitôt.
A une portée de canon de là, gisait la Merge, que défendait l'énergique Chevalier, capitaine de pavillon de l'amiral Guiton. Au point du jour, le 17 septembre, elle devait recevoir le coup de grâce. Le Harlem du chevalier de Villeneuve l'accrocha par les haubans, les capitaines Fussay et Veillon l'accostèrent d'autre part; du Saint-Louis, se détachaient deux chaloupes armées avec le lieutenant Deubastes, pour enlever à l'équipage investi tout espoir de relraile. Mais voilà qu'une traînée de poudre, «'allumant sous les pas de Villeneuve et de Veillon, arrête leur élan. Au.x deux capitaines mortellement blessés, succède Launay-Razilly, commandant du Saint-Louis, avec le comte de Vauvert.
Vauvert a donné ordre de courir droit aux poudres, en criant : " La vie, et qu'on se rende " ; une balle le jette bas; l'avalanche humaine s'arrête, de nouveau enrayée. Le sergent-major de la flotte arrive en barque. Un dernier assaillant, le Saint-François, engage son beaupré sur le tillac de l'amiral rochelais; une bordée lui abat vingt hommes; mais les soixante matelots du baron Kerguéserde Jussé n'en sont que plus furieux et avides de vengeance; ils brisent le dernier effort des protestants, qu'ils pourchassent. De la saintebarbe où ils se sont blottis, Bernicard et Durand, de l'île de Ré, crient aux vainqueurs : " La vie , ou vous ne tenez rien. — Non? n — Leur brandon s'abattit sur les poudres. La Vierge sautait. Ses adversaires n'avaient pu se détacher d'elle : elle leur fut une tunique de Nessus (I).
(Ij Le Grand combat où Monseigneur de Montmoi-ency, admirai de France, continua sa victoire sur les Huguenots rebelles devant Saint-Martin de Ré; deuxième journée. Dessigné par Du Carlo, ingénieur et géographe ordinaire du lloy. A Paris, chez Melchior Tavernier, 1626, in-fol. ; gravure à la B. N., Estampes I e 2, fol. 43. — Mémoires du duc de Roha>, L. III, p. 550, dans la Collection de Mémoires Michaud et l'oujoulat. — L. Anqukz, Un nouveau chapitre de ihistoire politique des réformés de France (1621-1626), p. 202.
476 HISTOIRE DE LA MAIÎlNE FRAINCAISE
Vainqueurs et vaincus périrent côte à côte. Peu d'hommes échappèrent : du Harlem, il ne survécut que six personnes, dont Taumônier (1) ; Kerguéser de Jussé gagna une chaloupe à la nage; Chaligny, gentilhomme poitevin, projeté en l'air la jambe fracassée, fut recueilli par un canot; Vauvert, lancé de même, expira à bord de l'amiral hollandais. Dix-huit officiers tués ou blessés, nombre de volontaires, deux cents soldats, tel était le coût de la victoire royaliste : les pertes des Rochelais étaient bien supérieures. Le flot rejeta sept cent trente-six cadavres sur le rivage. Demi-nu, (1 sans-pourpoint, chausse, manteau, ni épée, » Guiton s'était sauvé à La Rochelle (2).
La puissance navale des rebelles est brisée. Les coups pour eux succèdent aux coups : après Ré, Oléron. Montmorency somme le Château de capituler : et l'état d'esprit de la garnison est tel que, malgré ses six cent cinquante hommes, le Bossu de Mayenne, Saint-Just, s'empresse de capituler. Sur l'avis certain que leur adversaire est en rade d'Olonne, les Rochelais enjoignent, le 20 septembre, à tous soldats et marins de s'embarquer au plus vite (3). Il ne s'agit plus de tenter la fortune des armes : Soubise prend la fuite vers l'Angleterre, serré de près par les dix vaisseaux de Mantin et d'Evertsen. Si le gouverneur de Falmouth ne lui avait donné asile, en abritant le Saint-Jean et sa patache à Penryn, si la population n'avait couru aux armes, Soubise était pris (4) .
(i) B. N., Dupuy 100, fol. 157.
(2) L. Meschinet de Richemond, les Marins rochelais. Niort, 1906, gr. in-8°, p. 22.
(3) Archives de la Charente-Inférieure, E suppl. 291 : Areh. inun., ville de La Rochelle.
(4) Mantin à Blainville, ambassadeur en Angleterre. Falmouth, 6 décembre (B. N., Franc. 3694, fol. 21, 23 v"). — Déposition des capitaines Evertsen et Bloch. Flessingue, 16 février 1626 (B. N., Franc. 3686, fol. 141).