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de la navigation et commerce pour les voyages de long cours es Indes, pesche de corail en Barbarie, establissement de collonnie es Nouvelles-Frances que pesche des balleines et autres amesnagemens (1) . Mais que de vicissitudes attendent sa grande société !
Une commission, nommée le 30 mars 1613, en a examiné l'avant-projet : les Etats généraux, les amiraux, le général des galères prodiguent leurs encouragements : la chambre de commerce (i) émet, le 8 août 1617, un avis favorable qne ratifie le Conseil d'Etat (3). Le roi apporte à la Compagnie son appui moral : on prête même à Louis XIII l'intention de s'intéresser pour moitié aux armements (4). Des circulaires royales, expédiées à toutes les villes, les engagent à coopérer à l'entreprise, soit en nature, soit en deniers (5). Le prévôt des marchands la recommande chaudement à ses collègues de province, échevins, jurais et capitouls (6) : il la fait bannir à son de trompe, afficher sur les murs, publier aux prônes (7).
C'est que la Royale Compagnie de navigation^ en prenant Paris pour siège, lui paiera un magnifique écot, un parc près du Louvre, une vaste allée avec galeries du bois de Boulogne au bois de Yinccnnes, un réseau de canaux autour des remparts, un canal de Pans à Rouen, qui raccourcira de vingt lieues la navigation. Mais la capitale ne sera pas
(i) Mercure françois (1621), p. 800.
(2) JNommée spécialement aux tins d'examen le 20 novembre 1(316 (B. N., Dupuy 549, foi. 152).
(3) 24 octobre 1620.
(4) Ottaviano Bono, ambassadeur de Venise, au doge. Paris, 17 novembre 1617 (B. N., Italien 1771, p. 502).
(5) 24 novembre 1620 et 31 décembre 1621 (B. N., Franc. 17329, ïo\. 260, 265. — Mercure français (1621), p. 800).
(6) Lettre de Messieurs de iHostei de ville de Paris aux villes maritimes et autres de ce royaume. 25 octobre 1622 (B. N., Franc. 17329, fol. 216).
(7) « Faict au bureau de la ville, le lundy premier jour de mars 1621 « [Ibidem, fol. 263).
seule à participer aux bénéfices. A l'instar de la Compagnie des Indes néerlandaise, qui a pour chaque province une chambre particulière, les bonnes villes auront des succursales. Elles équiperont chacune un vaisseau dont les profits leur seront exclusifs; les armateurs au long cours seront tenus d'entrer dans la Compagnie, qui disposera pour eux d'une cinquantaine de lettres de noblesse. Bref, dans un laps de trois ans, la Compagnie aura sur mer quarante-cinq vaisseaux. Les trois millions du fonds social seront couverts par diverses combinaisons : octroi de foires franches, ferme des jeux, emprunts en viager ou à fonds perdus, poursuite des usuriers. Matelots rappelés, étrangers naturalisés, mendiants valides assureront le recrutement des équipages et des colons, dont François du Noyer compte peupler en Amérique un degré de territoire. Tout au nord, par le détroit de Davis, nos Hottes au printemps gagneront la Chine (l). En Bretagne, où la Compagnie de navigation établira ses têtes de ligne, le contrôleur général vient développer son programme. Le 22 décembre 1622 devant les États de Nantes (2i, il fait ressortir l'urgence de protéger une province que les forbans conduisent à la ruine : n'ont-ils pas capturé depuis peu d'années six cents navires. Or, la Royale Compagnie emploiera un tiers de ses vaisseaux à la garde des côtes, le reste aux lignes commerciales de l'Océan Indien, du Spitzberg, de la Nouvelle-France. Là, les Hollandais nous ont interdit soit l'accès des Moluques, soit la
(1) Moyens pour le Boy pour faire le fonds d'un million d or (B. N., Franc. 17329, fol. 252 v"). — Offres et articles sur iceux accordez, au Conseil, au raport de M. le président Violle d'Athis, pour iestablissenient de la Royale Compagnie de la navigation. Rennes, 1623 (Ibidem, fol. 246).
(2) Advis et résolution de ce qui s est passé aux Estais derniers tenus à Nantes, sur le faict de la Royalle Compagnie de la navigation et commerce pour les voyages de long cours, sur les propositions faites en iceux par François Du Noyer.. A Renne?, 1623, in-4" (B. N., Franc. 17329, fol. 215).
484 HISTOIRE DE LA iMARINE FRAiNÇAlSE
pêche des baleines : ici, les Anglais postés en Virginie nous menacentd'expulsion ; etalors, que deviendraitle commerce des pelleteries, la pêche des morues, un trafic qui rapporte annuellement une douzaine de millions et occupe un millier de vaisseaux? 11 est besoin, et c'est ce que fera la Compagnie, de former là-bas une colonie puissante et de renforcer notre poste en Acadie, d'autant que les villes pourront se débarrasser du paupérisme en y exportant les mendiants valides.
Le contrôleur général espérait émouvoir les Bretons; s'ils adhéraient à son programme, « ils feraient la planche aux autres. » Mais les Malouins étaient hostiles à tout groupement qui enchaînerait leur liberté ; et les députés aux Etats, dépourvus de pouvoirs pour en délibérer, se bornèrent à voter l'impression du compte-rendu. Les Normands s'étaient montrés aussi sceptiques sur les moyens de former « une Hotte innombrable et d'employer quantité de jeune noblesse qui demeurait inutile en s'abastardissant » (1).
Circulaires, conférences, appât du gain, rien n'avait eu prise sur l'opinion, qui s'était montrée pour les questions maritimes d'une désespérante indifférence. François Du Noyer se retourna vers le Conseil et, dans un langage inspiré du plus noble patriotisme, il parla de l'honneur du pavillon laissé à la merci des pirates; que la royale Compagnie de navigation existât, et le roi serait maître de la mer, la noblesse fournirait des capitaines et des soldats, la France aurait des colonies (2).
(1) Advis à Messieurs de l'Assemblée [de Rouen]. 1617, p. 22 (B. N. Portefeuilles Fontanieu 471, fol. 188 v°).
(2) Expositions des offres de François Du Noyer au Roy et a Nosseigneurs de son Conseil (B. N., Franc. 17329, fol. 236).
A son appel éperdu, une voix répondit. Le chef du Conseil en personne allait se substituer au contrôleur. Les avatars de François Du Noyer avaient montré combien l'initiative individuelle demeure parfois stérile sans l'autorité qui brise les obstacles et assouplit les résistances, sans une volonté de fer au service d'un puissant esprit d'organisateur. La volonté, froide et dure jusqu'à l'abolition de la pitié, une volonté à la Louis XI, telle était précisément la qualité du premier ministre, Armand-Jean Du Plessis, cardinal de Richelieu. Sous le titre nouveau de grand tnaitre, chej et surintendant générai de la navigation et commerce de France^ il fut investi en octobre I6!26 de l'autorité suprême en matière maritime : les offices d'amiraux et vice-amiraux étaient du même coup abolis (Ij.
" La navigation depuys longues années délaissée, vaisseau errant, à la mercy des vents, démasté, par miracle » échappé au naufrage (2), voilà l'épave lamentable que le grand maître entreprenait de conduire à bon port. Et tout de suite, s'imposa la conviction qu'il allait être
u A la France dans l'orage
Ce qu'au navire est le fanal » (3).
Comment un cardinal se réveilla du jour au lendemain
(1) Le P. Anseljie, Histoire généatoginue de la maison de France, t. VII, p. 914.
(^2) Ce sont les termes employés par Isaac de Razilly dans le mémoire dont il sera question plus loin.
(3) Marc-Antoine de Gérard de Saint-Amant, OEuvres. Paris, 1629, in-V", p. 30.
■486 HISTOIRE DE LA MARINE FRANf:AISE
un de nos meilleurs hommes de mer, ce fut, mystère de Tatavisme! qu'il appartenait à la marine par toutes les fibres de son être. Son lusaïeul, le vice-amiral Guyon Le Rov Du Chillou, qui avait couru les mers pendant un demi-siècle à la poursuite des Anglais (1 ', des Espagnols (2) et des Turcs, assistait à la première bataille de Lépante ('^\ et dota la France d'un beau port de guerre. Le Havre, ainsi fondé par le bisaïeul de Richelieu (4), protégé par le vaisseau de son grand-père, le capitaine de marine François II Du Plessis (5), fut repris aux Anglais par son père François III Du Plessis, un grand prévôt de l'hôtel assez avisé pour commanditer de fructueux armements en course (6), assez patriote pour recueillir lors de la Ligue la dernière épave qui surnage de notre débâcle maritime (7). Par son oncle maternel enfin, par le commandeur Amador de La Porte, Richelieu était initié à la marine méditerranéenne; et la campagne de son frère aîné au Maranhâo l'avait familiarisé avec les questions coloniales.
En France, on n'est que trop enclin à demander à l'Etat
(1) Dès 1484, Guyon Le Roy faisait campagne contre les Anglais (Arch. nat., X-°52, fol. 1). — En août 1491, vice-amiral de Bretagne, il commande une division navale en observation au.x abords de f^a Hougue (Arch. nat., X''8321, fol. 339, publié par Auguste Dum.\s, Etude sur le jiiqement des prises tnaritimes en France. Paris, 1908, in-8°, p. 324).
(2) En 1496, il mène la Louise au secours de Gaète (Cf. supra, t. III, p. 32).
(3) La Louise se signale, en août 1499, à la bataille navale de Lépante livrée aux Turcs par les Français et les Vénitiens (Cf. supra, t. III, p. 42).
(4) En 1517 (Cf. supra, t. III, p. 174. — Gabriel Hanotaux, l'Enerçjie française. Paris, 1902, in-8°).
(5) Stephano de Merval, Documents relatifs à la fondation du Havre, p. 205.
(6) En 1579, le prévôt de l'Hôtel participe à l'armement du Charles, armé en course contre les Portugais (Ch. et P. BbÉard, Documents relatifs à la marine normande, p. 25).
(7) Il possède, en 1586, la Roberge, qui appartenait jadis au vice-amiral de Landreau (B. N., Nouv. acq. franc;. 21260, trésorerie générale de la marine de Ponant).
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une panacée universelle dans des moments d'aboulie; et l'un de nos ambassadeurs osa alors préconiser, comme remède à notre désarroi maritime, la mainmise de l'Etat sur les vaisseaux des particuliers. Maitre d'organiser le négoce, le roi ne le laisserait plus en proie aux attaques des écumeurs de mer; avec deu;^ cents bons vaisseaux aptes, le cas échéant, à être équipés en guerre, il enlèverait aux factieux toute velléité de dresser des armées navales ([).
Dans un autre programme de socialisme d'Etat, des directeurs de la navigation, officiers et fermiers à la fois, eussent fourni aux capitaines des correspondants et des interprètes, aux armateurs des polices d'assurances et des congés de navigation; ils auraient fait face à leurs frais, en levant uu droit de 1 pour 100 sur la cargaison, un autre de lj'2 pour 100 sur les assurances maritimes, que nos armateurs étaient jusqu'alors forcés de contracter à l'étranger, faute de ressources sur les places de Bordeaux, Nantes, Saint-Malo, Rouen et Marseille. Le prêt sur fret, au taux de 1 pour 100 par mois, eût ajouté à ces bénéfices, qui eussent permis de verser un fermage annuel de 200 000 livres au grand maître de la navigation (2). Et de fait, la marine de guerre fut un moment mise en régie entre les mains d'un financier. L'adjudicataire des cinq grosses fermes, Jean de La Grange devait assurer la sécurité des mers avec dix navires et quatre pataches garde-côtes (3), inspectés chaque trimestre parles officiers de l'amirauté.
(1) « Advis en suitte et conséquence de celuy qui a esté envoyé au Roy par le sieur Du Fargis le 24"^ aoust 1626, semblablement adressé à Sa Majesté et Messieurs de son Conseil et envoyé le mesme jour 24 aoust 1626 » (B. N., Nouv. acq. franc. 9318, fol. 11," 15).
(2) B. N., Franc. 18596, fol. 23.
(3) Moyennant 150 000 livres à déduire de son fermage. Arrêt du Conseil, 31 décembre 1624 (H. N., Franc. 18202, fol. 389 v°). Le fermier des droits d'entrée sur l'alun (Ibid., fol. 235 v°)^ Nicolas de Bauquemare avait aussi promis d'équiper dix garde-côtes, sous la condition d'en être le lieutenant-général (B. N., Franc. 17329, fol. 430).
Mais voici à quoi rêvait Richelieu. A une noblesse brillante qui avait reçu en héritage des siècles passés un mépris hautain du commerce (1), il présenterait le négoce comme une source exclusive d'honneurs; il aurait sa milice, ses chevaliers, l'Ordre et milice de la Sainte-Trinité, dont la devise, suh lus commercia florent, dirait assez le rôle social. « Commander aux flottes, porter la foy aux idolâtres et le commerce par tout le monde, » assumer moyennant trois millions le souci des affaires maritimes, l'entretien de dix vaisseaux, des constructeurs, des maîtres d'hydrographie, des canonniers instructeurs, telle serait la tâche des chevaliers du triangle, un triangle irradié où la croix flamboyait entre l'ancre et l'épée (2).
Loin d'être une réminiscence puérile d'un autre âge, l'Ordre de la Sainte-Trinité s'inspirait des préoccupations de l'époque : l'Ordre de Saint-Louis, imaginé dès 1G15 par le maître de camp René de Verdelay-Coulonges pour I doter la France d'une troupe d'élite et de trois escadres garde-côtes (3), t Ordre de la Milice c/wétienne, qui se procura sans bourse délier une escadre (4), répondaient à cet axiome qu'il n'y avait « rien de plus nécessaire, après le service de Dieu, pour le restablissement de l'Estat, » que l'anoblissement des armateurs (5). Les commerçants enri-
(1) Barclay, Euphormionis Satyrici Icoii animorian (1628j, in-12, p. 387. — Hanotaux, t. I, p. 541. — Captain A. -T. Mahan, Influence de la puissance maritime dans l'histoire, trad. E. Boisse. Paris, 1901, in-8", p. 68.
(2) Projet d'édit de Louis XIII pour la création de l'Ordre et Milice de la Très Sainte-Trinité : questionnaire relatif au but et à la constitution de l'Ordre (B. N., Franc. 4870, fol. 118, 144).
(3) Rapport fait là-dessus par de Mesmes. Paris, 16 janvier 1621 (B. N., Franc. 18781, fol. 254).
(4) Voir le chapitre consacré à et-, i Jre (p. 411).
(5) Avis de Jean Le Cler, bourgq^jg ue Paris et C'"'. 19 mars 1626 (B. N., Franc. 18781, fol. 226). — « Advi» et très humbles remonstrances au Koy sur l'ordre et restablissement du commerce et navigation, en suitte de la proposicion cy devant faicte à Sa Majesté sur ce même subjet » (B. N., Franc. 19579, fol. 124). Ce programme préconisait la création de baliseurs,
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chis de Paris, Lyon, etc., venaient d'introduire un recours en Conseil d'Etat pour être sur un pied d'égalité avec les marchands en gros de Marseille, dont les femmes étaient damoiselles et les fils chevaliers de Malte (I). L'historiographe de la marine posait même en principe que les armateurs, dès la seconde génération, avaient droit aux lettres de noblesse (!2).
Seraient-ils chevaliers ou sénateurs? Au Sénat de Thérjée, qu'on parlait de fonder pour eux, les pères conscrits eussent fait preuve d'une activité dévorante, s'ils avalent dû organiser l'exportation et l'importation, la pêche des morues, la conquête de Thégée (la Nouvelle-France), le trafic du Brésil et de la Guinée, la colonisation des Indes-Orientales (3). D'une Compagnie universelle « aux reins assez forts i> pour résister aux pirates (4), Richelieu ne voyait eu effet que l'utilité et non l'utopie; allait-il se fourvoyer dans cette impasse?