‹ Histoire de la marine française (volume 3)Chapitre 71 sur 106 · LES VICISSITUDES DE LA COMPAGNIE POUR LES VOYAGES DE LONG COURS · texte numérisé non relu

LES VICISSITUDES DE LA COMPAGNIE POUR LES VOYAGES DE LONG COURS

Le troisième chapitre était en voie d'exécution. Le 31 mars 1G26, en un conciliabule tenu chez le cardinal de Richelieu, les Parisiens Jean-Bapliste Du Yal, Nicolas Le Mareschal, Antoine Regnaultde Montmoret le Breton Guillaume de Bruc jetèrent les bases d'une « Compagnie pour le commerce général tant par mer que par terre au I^onant, Levant et voiage de long cours. » C'étaient les termes mêmes employés par le précurseur de Richelieu, François Du Noyer; c'était son rêve qui prenait corps. Il pensait le réaliser en Bretagne; et justement le siège social était fi.vé dans le havre du Morbihan, avec les lies et seigneuries

(1) C'est ainsi que Richelieu baptisa les garde-côtes conçus par Ilazilly. Richelieu au commandeur de La Porte. 30 juin 1627 (K. N., Nouv. acq. franc. 5131, foi. 100).

(2) AvBKHY , Mémoires pour l' histoire du cardinal duc de Richelieu. Paris, 1660, in-fol., t. I, p. 296.

d'alenlour, Rhuys, Musillac, Sucinio. La Compagnie du Morbihan était autorisée à en faire un port franc et autonome, soustrait à la juridiction du parlement de Rennes, sous la garde de ses propres vaisseaux. Là, pas d'autre redevance qu'un abonnement de trois cents livres à la recette de Rretagne; pas d'autre condition de foi et hommage, pour les colonies à fonder outre-mer, que le paiement d'une couronne d'or à chaque avènement (1).

La Compagnie fut reconnue et consacrée par l'édit de juillet 1626, dont une nouvelle rédaction, en août, substitua au nom primitif la raison sociale : Compagnie des Cent Associés (2). Mais son monopole, ses privilèges suscitèrent en Bretagne un véritable toile (3). Les bonnes villes y voyaient un motif de ruine, le parlement un attentat à ses pouvoirs; et les partisans de l'amiral-gouverneur César de Vendôme, ennemi juré du cardinal, attisaient les passions contre le grand maître et son œuvre. Malgré les instances du délégué Machault (i), et sur la requête des habitants de Nantes, Vannes, Hennebont et Saint-Malo, le 15 mars 1627, le parlement de Rennes renvoya l'édit à l'examen des trois Etats de Bretagne (5), qui l'admirent en principe, mais s'élevèrent contre tout monopole, tout commerce prohibitif, toute juridiction d'exception (6).

(1) Affaires Étrangères 782, France 39, fol. 110. — B. N., Franc. 4826, fol. 58; Cinq-Cents Colbert 203, fol. 197. — H. Pigeonneau, Histoire du commerce de la France. Paris, 1889, in-8", t. II, p. 427.

(2) Bibl. de Garpentras, ms. 1775, fol. 174. — B. N., Dupuv 646, fol. 219; Franc. 18596, fol. 33. — Mercure français, t. XII, p. 44. — FoRiiONNAKS, Recherches sur les finances de France. Baie, 1758, in-4", t. I, p. 572. — ■ Dugast-Matifeux, le Commerce honorable et son auteur, dans les Annales de l'a société académique de Nantes, t. XXV (1854), p. 73.

(3) Affaires Eltrangères 792, France 49, pièce 8.

(4) Richelieu à Machault. 20 janvier 1627 (Avenel, Lettres... de Richelieu, t. II, p. 346).

(5) Registres, secrets du Parlement de Bretagne, à la date (Archives d'Ille-et-Vilaine, impr. par Dugast-Matifeux, p. 86 : Cf. B. N., Nouv. acq. franc. 736., fol. 299).

(6) Nantes, 27 janvier 1628 (Affaires Étrangères 1503, Rrelagne,

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