‹ Histoire de la marine française (volume 3)Chapitre 80 sur 106 · LA FLOTTE DU LEVANT · texte numérisé non relu

LA FLOTTE DU LEVANT

Pour réformer notre marine du Ponant, Mantin avait fait de larges emprunts, — et il ne s'en cachait pas, — aux règlements maritimes de « Messieurs les Eslats " des Pays- Bas. Dans le Levant, Richelieu prit comme modèle la marine de la Religion et chargea le chevalier Des Roches d'aller à Malte procéder à une minutieuse enquête : coût d'une galère, vocabulaire des commandements avec leur traduction en langages du Levant et du Ponant, devoirs des officiers, signaux, tactique, plans des places fortes méditerranéennes, salut à la mer, tels étaient les chapitres du formidable questionnaire confié au capitaine de la galère cardinalice (2).

(1) 11 Ordres pour une alarme de nuict dans une armée navale, s du temps de Sourdis (B. N., Franc. 8022, fol. 39 v").

(2) « Instruction à M. le chevalier Des Roches estant à Malthe sur les

Son chef direct, le général des galères, avait tentéd'avance d'y répondre (1). S'étalant d'abord avec complaisance sur les séances du conseil de guerre, où il avait pour assesseurs son lieutenant général et le chef d'escadre des vaisseaux, pour vis-à-vis son secrétaire, il décrivait toutes les phases d'une action navale, et d'abord le branle-bas : les antennes abattues, les pavesades renforcées de câbles, les officiers prennent chacun leur poste de combat, le capitaine près de l'étendard, le lieutenant à l'avant près des pièces, les mousquetaires partout, l'arme appuyée sur les filarels : un peloton de réserve demeure sous la main du capitaine pour fondre sur l'ennemi et le refouler en cas d'abordage.

Les ordres de marche et de bataille sont assez flous : ou la flotte chemine en deux corps d'armée, les galères serrant la côte, les vaisseaux vers le large : ou le vice-amiral va de l'avant à une lieue du gros de l'armée, dont le contre-amiral couvre les derrières, ou les galères composent les deux premières lignes et les vaisseaux l'arrière-garde. Pour envelopper l'ennemi, on épouse sa formation de combat, ou bien on dispose la flotte « en croissant ou telle autre figure " . Une bannière blanche est le signal d'attaque à portée de canon, — verte, à portée de mousquet, — bleue, à portée de pistolet.

Mais de quelle superbe les hidalgos ne regardent-ils point notre général des galères, le gênerai de la comedia, disent-ils par opposition à leur pompeux generalissimo de la ivar (2) . C'est qu'à nos treize ou quatorze galères, ils peuvent

informations à faire de la construction et entretenement d'une gallère » (Affaires Etrangères 797, F/an ce 55, fol. 160).

(1) « Estât général qui contient la réception du général des galères dans sa charge,... l'armement des galères et vaisseaux, l'ordre des conseilz de guerre..., la visite des galères et vaisseaux,... les divers saluts..., les ordres de marcher et navigation..., les ordres de combattre » (Affaires Étrangères 812, France 70, fol. 328).

(2) Rapport de Férau ou Féraut à Richelieu (B. N., Franc. 17308.

opposer quatre escadres au moins claies, celles de Garthagène, de Naples, de Gênes et de Sicile (1).

Ces treize galères (2) et les vaisseaux de ligne de l'amiral | gouverneur (3), Richelieu les a trouvés en Provence dès son entrée en fonctions; car la marine du Levant, constamment obligée de faire face aux Barbaresques, est restée moins déshéritée que sa sœur. Et le cardinal, après avoir parlé d'avoir « toujours en nos ports quarante galères " (ij, ne s'occupa d'en porter le nombre à vingt-quatre (5), qu'à la vedle de la guerre avec l'Espagne, en 1635. L'année même, il pouvait en mettre en ligne vingt et une, avec neuf mille sept cent cinquante-cinq hommes, dont trois mille sept cent trente-quatre liraient l'épée ((>j. Joignez-v la demi-galère du sergent de bataille, commandant éventuel des brûlots et des galiotes, un Ijrigantin subtil, quatre l)rûlots, quatre felouques, et les vingt compagnies du régiment des galères (7), spécialement créé à la requête du lieutenant-général de Forbin (8), qui se rencontrait en cela avec Richelieu.

(1) En 1624-, l'escadre de Carthagcnc cl Dénia coiiiprenait 20 galères, et celle de Naples 22 : Doria avait 14 galères à Gènes, et les vice-rois de Sicile et de Sardaignc, autant : ce qui faisait en tout 70 galères (Le commandeur DE ViREViLi.E, <i Pratique de la guerre et des salus es armées navales de la nier Méditeiranée » : B. N., Dupuy 591, fol. 7).

(2) En 1625 (Affaires Étrangères 817, France 75, fol. 96).

(3) La Notre-Dame dite In Pélicorne, la Vierge, la Salamandre, cf. l'enquête de Séguiran en 1633 (E. Sue, Correspondance de Henri d'Eseoubleau de Sourdis, t. III, p. 237).

(4) En 1625 (Lettres et papiers d'État... île Richelieu, t. II, p. 163). Cf. plus haut.

(5) Louis XIII est «résolu d'augmenter le nombre de ses galières de unze qu'elle veult estre incessamment construictes pour parfère le nombre de vingt quatre. " Mars 1635 (Affaires Étrangères 817, France 75, fol. 38). « Estât des vingt-quatre galères que le Rov a ordonné estre entretenues. » 1635

(7) 2 000 hommes, plus la c-ompagnie dite la Céne'rale de 134 hommes (Affaires P]trangères 817, France 75, fol. 194).

(8) Forbin ne demandait qu'un régiment de i 000 hommes (Affaires Étrangères 797, France 55, fol. 171). — Dès 1625, Richelieu SQngeait à

L'état-major général comprenait, outre Gondi, Forbin et leurs capitaines, l'argousin réal, le capitaine des arsenaux, le comité et le pilote de la Réale, le maître de hache principal, le rémolat de l'arsenal, trois commissaires généraux, autant de trésoriers généraux, deux contrôleurs, le médecin, le chirurgien, l'apothicaire, l'aumônier réal (1) : le dernier était « Messire Vincent de Pol, presbtre, bachelier en théologie » (2), saint Vincent de Paul, qui ne trouvait que trop l'occasion d'employer au soulagement des forçats sa brûlante charité.

Des officiers du même genre, mais de grade inférieur, se trouvaient à bord de chaque galère, qui ne comptait pas moins de vingt-six officiers principaux, dix officiers de maistrance, soixante de navigation. Et c'était peu quand on songe que la Réale n'avait pas moins de six cent soixante et un hommes à bord. De deux cent soixante-dix forçats sur les galères ordinaires, subtiles quinquérèmes, la chiourme atteint le chiffre de quatre cent cinq hommes sur la Réale, à raison de sept hommes par banc (3). Tous, depuis le vigoureux passe-avant jusqu'au chétif cague-rageole, rythment leurs mouvements sur les coups de sifflet que module le comitc, comme un maître de chapelle qui bat la mesure (4) .

Il est question d'accroître encore leur nombre jusqu'à concurrence de cinq cent quarante-huit hommes, soit huit hommes par banc, à bord des galéasses : prévue dans un

affecter aux galères un <( millier de vieux soldais» (Lettres et papiers d'Etat... de Richelieu, t. Il, p. 167).

(1) Il Division de lestât major du générai des galères. " 1634 (Affaires Etrangères 812, France 70, fol. 378).

{t) Ibidem, fol. 379.

^3) La Réale avait 28 officiers principaux. 8 de maistrance, 100 officiers et matelots pour la navigation, 120 soldats, 405 forçats, la Régine 585 hommes, les galères ordinaires 447 (Affaires Etrangères 817, France 75, fol. 66, 77).

(4) Vicomte D'AvENEL,.fiû.7ie//e!t et la monarchie absolue, t. III, p. 163.

devis des travaux à exécuter à l'arsenal de Marseille (1), aussi leste que la galère, aussi forte que le vaisseau, avec ses trois cents combattants et vingt-quatre grosses pièces, la galéasse valait une douzaine de galères : il n'y avait point de vaisseaux qui ne prissent la fuite à son approche. On lui avait conservé l'ingénieuse disposition qui avait fait la fortune des ramberges anglaises, l'accouplement à l'avant de deux grosses coulevrines à longue portée : « Quand l'une était en batterie, l'autre se chargeait (2). » Mais à l'adoption des galéasses, il y avait un obstacle : l'énorme chiffre de la chiourme nécessitée par la manœuvre.

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