NAVIRES A AUBES
Depuis longtemps, on cherchait un propulseur plus économique que les rames, plus maniable que la voile (3) : telle, cette liburne antique reconstituée par un ingénieur militaire du quatorzième siècle, avec éperon, aplustre et acrostole, où trois paires de bœufs substituées aux rameurs actionnent autant de couples de roues (4) : tel, ce bateau à roues, démontable, imaginé en 1472 par Valturio; et les navires à aubes de San-Gallo, Lascaris et Blasco de Garay.
Dans une œuvre publiée à Paris en 1588, Ramelli, ingénieur ordinaire du roi Henri III, figurait une sorte de canot automobile blindé et percé de meurtrières pour les arquebusiers : ce véhicule amphibie, chariot sur la terre, canot sur
(2) « Estât général qui contient... l'arinement des galères « (Affaires Étrangères 812, France 70, fol. 328).
(3j Cf. supra, t. II, p. 486, (4) Cf. la gravure ci-contre.
CHARIOT- C A N O T A A l B E S , BLINDÉ. (Agobtiuo Fiainelli, Le diverse machine. Parigi, 1588, ia-fol,, fol. 250.)
l'eau, avait deux roues aux palettes recourbées qu'un homme faisait tourner à la manivelle (l). Peut-être inspira-t-il le château flottant, à l'épreuve du canon, que des Hollandais parlaient de gouverner « tant par voille que par certain instrument » (2) et qu'ils réalisèrent dans V Arche de Deljt.
Un ancien capitaine des armées de Henri IV, devenu commandeur de Malte, Antonio Torelli, réussit à faire marcher à la vitesse de trois nœuds, chronométrée à l'ampoulette, deux navires à aubes : le premier, une tartane de trois cents salmes, évolua vent debout le 25 mars 1619 en présence du grand maître de Malte et de l'amiral Benzo; le second, fort vaisseau de deux mille cinq cents salmes, remonla le courant du Phare de Messine le 17 décembre 1621, sous les yeux du général de la mer Emmanuel-Philibert de Savoie (3). Par une série de perfectionnements, en rapprochant par exemple du bordage les trois couples de roues, Torelli pensait arriver à la vitesse de quatre nœuds. Et donnant comme garants des progrès accomplis le commandeur Des Gouttes et l'ambassadeur à Rome Philippe de Béthune, il offrit à Richelieu son moteur. Sans se laisser décourager par la froideur que lui témoigna en 1629 le cardinal, avec une ténacité qu'on n'eût guère soupçonnée chez un septuagénaire, il revint plusieurs fois à la charge. Mais il ne parvint pas à convaincre le grand maître, malgré les
(1) Le diverse et artificiose machine ciel capitano Agostino Ramelli dal Ponte délia Tresia, ingegniero del Christianissimo re di Francia et di Pollonia, composte in lingua Italiana et Francese. A Parigi, 1588, in-fol., fol. 250.
(2) Ce château flottant, de 20 pièces de canon, aurait eu 110 pieds de long sur 46 de large et 5 de haut de la flottaison à l'overloop (pont). Une large galerie était suspendue aux trois mâts militaires (« S'ensuit la déclaration du château flottant proposé par Henrich Michielssen et Christoffle Prévost » : B. N., Lorraine 465, fol. 19).
(3) i< Fedi délie prove fatte del moto de navili con bonaccia a Malta, con una tartana di trccento salmc, et a Mcssina, con una urea seu navili di doi mila cinquecento salmc « (Affaires Étrangères 794, France 51, fol. 214,- Affaires Étrangères 798, France 55, fol. 51).
économies à réaliser, malgré l'avantage de réduire à trente hommes une chiourrae de trois cents rameurs (Ij.
Un inventeur français imagina même un moteur qui ne nécessitait plus en fait d'équipage que quatre hommes. Dans son navire fusiforme exécuté à Rotterdam en 165-3, un mouvement d'horlogerie actionnait une roue à palettes et permettait de marcher huit heures, sans que le ressort fût remonté. De Son, l'inventeur, se disait capable de a détruire cent vaisseaux en un jour, en un jour faire le trajet de Rotterdam à Londres, aller et retour, en six semaines se rendre aux grandes Indes » (2).
Déjà se faisait jour l'idée du sous-marin, comme de la navigation aérienne du reste {S), dans l'ouvrage d'un mathématicien célèbre par ses controverses avec Descaries. Le sous-marin, disait en 1634 le P. Mersenne, sera en cuivre, avec des hublots pour la vision et des ventilateurs ayant prise d'air à la surface : des sacs latéraux en cuir permettront l'entrée et la sortie des plongeurs. Sous l'eau, le navire se guidera à la boussole. Pourvu de tarières pour percer les vaisseaux ennemis, il relèvera au besoin, au moyen de moufles, les objets tombés au fond de l'eau (4).
Et voilà que, le 9 janvier 1641, on passa de la théorie à la pratique. Jean Barrié, dit de Pradine, se fait délivrer un brevet et un privilège valable douze ans, pour aller » pescher au fond de la mer, avec sa potache allant dans l'ean, toutes choses qui s y trouveraient » . A la suite d'expériences
(1) u Miglioramenti dali ultimamente ail' inventione del moto de navili > (Affaires Étrangères 793, France 50, fol. 185; Affaires Étrangères 798, France 55, fol. 41).
(2) B. N., Estampes I c 4, reproduit par .Maurice Delpeuch, la Navigation sous-marine à travers les siècles. Paris, 1902, in-8°, p. 17, 19. — Lieuwe Vax Aitzema, Saken van Staet en Oorlogh. S Gravenhage, 1669, p. 837, 935.
(3) Lettre du P. Mersenne sur un aéroplane en construction à Paris, publiée dans le Bulletin de la Société de l histoire de Paris (1908).
(4) Phœnomena hydraulica. 1634.