LES ARSENAUX ET LES PORTS
Brouage, Brest, Le Havre, tels sont les chefs-lieux de district pour nos trois escadres du Ponant. " Brouage ne respond plus à sa première réputation, qu'on la considère pour la guerre ou pour le commerce. Scituée en un acul, sans aucune alliance en la grande terre, sy petite qu'il n'y peult loger que les soldatz en garnison, les murailles de bouhe et de crachat, les deux tiers des maisons à un seul estage, point d'eau douce dans la place (2) " , voilà sa misère. En dépit du travail d'une machine et de quatre pontons achetés pour le nettoyer (3), « le port s'en va entièrement combler, à cause de la palissade qu'ont cy devant faicte les Rochelois. Les propriétaires n'y demeurent plus que comme simples concierges des officiers. » Des ingénieurs parlent bien de rendre au port la vie, en amenant, par un système d'écluses, les eaux de la Seudre, de la Charente, de la rivière de Pont-Labbé (4). En attendant, le port n'abrite qu'une
(1) Ministère de la marine, G ill. — Fac-similé d'un acte du 31 janvier 1650 accordant à Barrié la remise du dixième dû au surintendant de la navigation pour droit de bris sur les épaves repêche'es (Maurice Del- PECCH, la Navigation sous-marine, p. 25).
(2) 1630 (Affaires Étrangères 797, France 55, fol. 144).
(3) Etat de la marine de Ponant. 1635 (E. Sue, Correspondance de Sourdis, t. III, p. 495).
(4) » Estât de la despence faicte pour les fortiffications de Brouage. 1631 » (Affaires Etrangères 1475, Ancjoumois, fol. 149). — « Description
(iir. HISTOIRE DE LA MARINE FRANÇAISE
demi-douzaine de navires, avec un croiseur de };arde ù Yen- i trée de la rivière. i
Notre grand port militaire, désormais, c'est Brest. Du magasin de la marine, de la grange de François P', il ne | subsiste que les murailles; mais gouverneur, chef d'escadre, commissaire général rivalisent d'une noble émulation pour tout relever. L'ouvrage qui complète dans le système défensif du port la grande tenaille ou le bonnet de prêtre, porte encore comme une signature le blason du gouverneur Charles de Cambout, marquis de Coislin (1). Le commissaire André Céberet fait construire un magasin général avec dix hangars; le chef d'escadre Philippe de Longvilliers de Poincy y adjoint des ateliers, une corderie sur le fief de Kéravel (2), des étuves en bordure du bassin de Troulan, des forges dans l'anse de Pontaniou. De Hollande, on a mandé un maître charpentier, Glas Verussen, un maître cordier et un maître voilier. El sous la haute direction du constructeur de la Couronne, Charles Morieu, et de Laurent Hubac, chef d'une glorieuse dynastie d'ingénieurs, travaille tout un monde d'ouvriers, fabricants d'affûts, forgerons, serruriers, tourneurs ou poulieurs, tonneliers, menuisiers, sculpteurs, peintres, maîtres es ouvrages de fer blanc, voire « un plongeur ordinaire du Roy " . Il ne manque plus qu'une école de canonnage, avec canonnier et compositeurs de feux artificiels comme instructeurs (3).
Tendue entre le château et le corps de garde de Recouvrance, une chaîne ferme le port de guerre, où sont mouillés sur deux rangs une vingtaine de nos vaisseaux de
de devys et advys du s'' Régnier Jansse de Wyt, ingénieur hollandois, sur... Brouage ». 29 juillet 1632; Plan de Mathieu Menier, Rochelois, pour Brouage, avril 1635 (Ibidem, fol. 187, 339).
(1) P. Levot, la Marine française et le port de Brest sous Richelieu et Mazarin. S. 1. n. d. Coislin fut nommé gouverneur en janvier 1631.
(2) Le fief de Keravel fut acquis le 7 avril 1636 (Ibidem, p. 16).
(3) Mémoire anonyme (B.N., Franc. 4826, fol. 35 : Franc. 11320, fol. 57).
lij^ne (l) : la Couronne en tête avec un poste d'une trentaine crhommcs, dort au pied du château ; et vingt autres matelots, sur le dernier navire, gardent la queue de la colonne (2) . Un lieutenant, spécialement chargé d'avoir l'œil sur les vaisseaux, couche chaque nuit à bord de l'amiral. Et chaque jour, Il l'escouade de calfats et matelots " affectée à la garde d'un bâtiment, procède à sa visite, qui n'a rien d'une sinécure (3) : les câbles longtemps immergés cèdent; les vaisseaux dérapent ; et une tourmente, en jetant le Saint-Louis sur la Forlune, la Fortune sur l'Furope, faillit nous priver en un instant de toute une division (4). Et pourtant, «le château et la colline qui le couvrent sont beaucoup plus élevés que le pavillon des plus grands mâts, de sorte que les vents n'y donnent point. L'on y peut mettre les vaisseaux aussi près l'un de l'autre que des chevaux dans une écurie. C'est pourquoi on l'appelle la chambre de Brest (5) » .
Les chantiers de construction n'étaient point là, mais dans l'ile d'indret sur la Loire. Aux offres d'achat ou de location, le propriétaire de l'île, Du Plessis de Genonville n'avait pas voulu prêter l'oreille; quitter sa confortable demeure, flanquée de quatre tours et de jardins en terrasse d'où l'on pouvait apercevoir à l'horizon la ville de Nantes, lui était trop pénible. Il fallut que le commissaire général de la mail) Le P. FoTJHMER, Hjcho graphie, 2' édit., p. 70 : « Comment les vaisseaux du Roy sont conservés dans leurs ports " . — La « topographie de Brest, par P. Petit (1640) » , nous donne du port une physionomie très nette (B. N., Ge. D 3302. — E. Sue, t. III).
(2) A Brest, le commandeur Des Gouttes, « chef des gardes des vaisscîuxii , a 147 hommes, officiers et matelots, pour 21 vaisseaux désarmés; Du Chalard en a 46 pour 8 vaisseaux à Brouage, non compris les 44 hommes (le la Renommée, qui garde l'entrée de la rivière; Le Havre a 30 gardiens pour 14 navires. 1633 (B. N., Franc. 11320, fol. 25, 26 v°, 30, 100).
(3) B. N., Franc. 11321, fol. 95.
(4) Kermerho, lieutenant du Saint-Louis, à Richelieu. Brest, 11 septembre 1629 (Affaires Etrangères 795, France 52, fol. 98).
(5) Méinoires du comte de Souvigny, lieutenant-général des armées' dii roi, publiés par le baron Ludovic de Contenson. Paris, 1906, in-8'', t. I, p. 149 (Société de l'histoire de France).
rlne Le Roux d'Infreville se présentât, le 31 mai 1639, avec une lettre de cachet pour en prendre possession. Mais les portes du logis restèrent closes ; les serviteurs, le frère, les dix enfants de Genonville ne répondirent point aux sommations et ne voulurent point décliner leurs noms au procèsverbal qui fut dressé.
L'expropriation pour cause d'utilité publique n'en fut pas moins déclarée. Et dans un vaste hangar, dans une ancienne orangerie propre à contenir des bois-d'œuvre qu'on faisait venir du Bourbonnais, Le Roux laissa un garde-magasin et un archer (l). Le 5 octobre suivant, c'étaient les officiers généraux Sourdis et Des Gouttes qui arrivaient à Indret avec six charpentiers hollandais chargés de la construction des vaisseaux. Après de minutieux sondages, les établissements de la marine y furent définitivement installés (2).
Des fonderies de canons furent créées au Havre et à Brouage (3) : afin que les pièces de marine ne fussent plus distraites de leur affectation, elles furent marquées d'une ancre avec le nom du cardinal et la devise : Ratio ultima regum (4). Richelieu n'avait que trop souffert d'une pénurie qui avait immobilisé dans un moment critique l'escadre du duc de Guise et qui obligeait de recourir aux fondeurs de Sedan (5), de Ghâleaulin (6), de Bordeaux (7), de
(1) Procès-verbal de Le Houx d'Infreville. 1639 (B. N., Franc, 6408, fol. 525).
(2) Procès-verbal de pilotage [Ibidem, fol. 543).
(3) Ordonnance du 31 mars 1627 (Arch. nat., Z "» 8, fol. 130). C'est dans ces deux ports que l'armurier Beoquicourt fait ses livraisons d'armes. 1627 (Guerre, Arch. hist. 13, p. 79).
(4) Richelieu à Faye d'Espesses. 26 avril 1627 (^Lettres... de Richelieu, t. II, p. 440).
(5) Richelieu au commandeur de La Porte. 30 juin 1627 (B. N., Nouv. acq. franc. 5131, fol. 100).
(6) Claude Marigo de La Villeneuve de Quimperlé et Michel Donnevin offrent de livrer 200 pièces de canon des forges de Quimperlé. 12 janvier
(7) Fonte de 200 canons à Bordeaux pour la marine (Affaires Étrangères 797, France 55, fol. 260).
Saintes (l), aux sieurs de Ghâteauneuf, de Mongonmery, de Poillé (2), aux villes de Saint-Malo, de Bayonne, de Saint-Jean-de-Luz, voire aux Suédois (3), et encore pour avoir des pièces de trop faible calibre ou de mauvaise fabrication. — Quant aux mâts, un Rayonnais s'était engagé à » en fournir à perpétuité la France» . Jean Seignan les tirait des montagnes de la Navarre. Mais le gouvernement espagnol en interdit l'exploitation, ce qui montrait une fois de plus que nous devions nous suffire, sans recourir à l'étranger (4).
Le Havre était le port d'attache de l'escadre de Normandie, comme Brest l'était pour l'escadre de Bretagne et Brouage pour l'escadre de Guyenne. Une déposition des capitaines, maîtres et pilotes du Havre nous donne l'état précis du port, au moment oîi le cardinal en confia la direction au commandeur de La Porte. Enquis si les vaisseaux de 500 tonnes y pouvaient entrer, les marins répondirent que c'était possible par les grandes marées, avec vent d'amont, pourvu que l'on approfondît le chenal : ce qui était l'affaire d'une semaine pour une équipe de quatre cents hommes. Mais le travail serait à recommencer, et le chenal serait " incommodé » de gravier, tant que des écluses, jetées et épis ne le garantiraient pas contre le vent d'aval. En attendant, les vaisseaux de fort tonnage s'abritaient au Hoc, petite anse à une lieue de Honfleur, qui pouvait en contenir une quinzaine (5).
Or, du Havre, on voulait faire un port mixte, « le plus
(1) Ibidem, fol. 138.
(2) 11 février 1630 (Guerre, Arch. hist. 13, fol. 154).
(3) 300 pièces achetées par Lopez. 1634 (B. N., Franc. 11321, fol. 91).
(4) Affaires Etrangères 812, fol. 355. — Guerre, Arch. hist. 33, fol. 280. — Vicomte D'Avenp:l, Richelieu et la moiiarcliie absolue, t. III,
(5) Enquête faite au Havre, le 6 novembre 1626. Il s'agissait de recevoir cinq grands vaisseaux que le roi avait fait construire en Hollande (Archives de Rasilly à Beaumont, publiées par le marquis de Rasilly, Généalogie de la famille de Rasilly (1903), p. 262).
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commode, le plus seur et le plus célèbre de l'Europe (I). " Accessible aux plus grands navires et protégé par un nombre suffisant de vaisseaux de guerre pour que la sécurité fût complète, il serait relié à Harfleur par un canal bordé de maisons de plaisance, de manufactures, de raffineries : et l'on attirerait les étrangers en exonérant de tout droit " les navires passagers» , qui ne déchargeaient aucune marchandise. Cette immunité, qui est le propre du port franc, avait justement fait la fortune de La Rochelle au détriment du Havre.
De là, date la prospérité de notre grand port normand; car le plan d'Alphonse de Lopez fut adopté. Un édit exempta les marchandises transitées au Havre de tout -- droit pour ledit abord ou pour les changer de vaisseaux, pourveu qu'elles fussent transportées hors de France (2). » L'escadre légère, — dragons et hirondelles, — fut affectée à sa garde (3). Puis Richelieu se fit adresser nie toisé général " de la place, avec le plan des fortifications faites et ù faire; canons et armes, déposés dans la citadelle, seront astiqués de telle sorte, disait-il, que l'aspect en soit toujours plaisant. « C'est lui qui donna aux remparts et aux constructions publiques leur aspect original et gai, venant du mélanjje de la pierre et de la brique de Hollande. " Et après avoir décoré la ville selon son goût (4), il voulut la doter d'un bassin à flot (5), avec un système d'écluses
(1) " Mémoire de 1 estât auquel Alplionce de Lopès a trouvé la ville et port du Havre de Giace, et des moyens qu'il estime neccessaires pour remettre ladite ville et port, et particulièrement d'y establir le négoce » . Janvier 1627 (Bibl. de Carpentras, ms. 1775, fol. 202).
(2) Edit de Louis XIII accordant de grands privilèges au Havre. Janvier 1627 (Bibl. de Carpentras, ms. 1775, fol. 204).
(3) Voyage fait par le sieur d'Infreville. 1629 (E. Sue, t. III, p. 176. — BoRÉLY, Histoire du Havre, t. II, p. 372).
(4) Mémoire de Richelieu à Sourdis, archevêque de Bordeaux, allant an Havre. 27 mars 1632 (Lettres de Richelieu, t. IV, p. 264. — G. Hano- Tàux, l'Énerqie française, p. 247j.
(5) État de la marine du Ponant. 1635 (E. Sue, t. III, p. 495).
qui renforçât la défense, en noyant les alentours de la place (l).
Une commission technique, formée d'un commissaire général, du major général de la flotte, d'un capitaine de vaisseau et d'un ingénieur (2), reconnut, d'accord avec la municipalité, qu'il fallait creuser l'entrée du port, prolonger la jetée du musoir et celle du sud-est, ainsi que le grand épi des corderies, amener dans le havre la rivière de Harfleur en la faisant passer entre la grande barre et la citadelle; cela fait, on creuserait le bassin à flot dans le marais proche de Saint-François (3).
Y avait-il toutefois sur les côtes de la Manche, de Calais à Cherbourg, un endroit plus propice? La commission, après examen, écarta Calais, capable tout au plus de fournir dans le grand Paradis un refuge pour une douzaine de navires légers; la communication se ferait avec le Courgain par un passage voûté sous les remparts. Etaples et Saint- Valéry étaient hors de question, à cause de leurs sables mouvants. Mais en achevant d'Eu au Tréport le canal commencé par les comtes d'Artois pour redresser le cours sinueux de la rivière, on aurait à l'embouchure un bassin à flot assez vaste pour contenir quatre-vingts vaisseaux. Un autre emplacement possible était la vallée de Clacquedan, au débouché de la rivière de Veulettes, où soixante vaisseaux de fort tonnage se pourraient loger (ij. IMais le devis
(1) Richelieu à M. de Foitescuière, commandant en la citadelle du Havre. 16 août 1632 (Lettres de Richelieu, t. V, p. 986).
(2) Le Roux d'Infreville, De Caen, Daniel et Régnier Janssen le jeune. Instructions de Richelieu à eux adressées. 14 novembre et 10 décembre 1639 (Lettres de Richelieu, t. VI, p. 640).
(3) Qu'on se reporte au plan du Havre (1583). donné plus haut (p. 41V
(4) Procès-verbal, signé des commissaires, avec vingt plans dressés par les ingénieurs Régnier Janssen le jeune et de Saint-Clair (R. N., Franc. 8024). — Au dépôt des cartes et plans de la marine, ms. 81(970), on trouvera un autre atlas de cartes des ports normands et picards, relié à la devise et aux armes de Richelieu.
des travaux à exécuter, double jetée, écluses, évantelle, magasin, fort, atteignait un million et demi dans le premier cas, un million dans le second (1).
Les commissaires ne ratifièrent point le choix d'un autre lieutenant de Richelieu, dont l'idée géniale nous eût plus tard évité un désastre. La Hougue, écrivait ce lieutenant, est un port « très important pour son assiette et facile à fortiffier, duquel nous avons fait dresser le plan pour estre représenté à Mgr le cardinal » (2) . — Important sans doute, mais d'une entrée trop dangereuse, déclara péremptoirement la commission, qui enterra le projet.
Dans le Levant, la flotte dispose de deux points d'appui, Marseille et Toulon. Malgré qu'on y projette un arsenal capable de contenir trente bâtiments de guerre (3), malgré qu'elle eût le bagne et l'hôpital des forçats construit aux frais de la charité publique (4), Marseille se laisse peu à peu éclipser par sa rivale.
Toulon lui dispute l'honneur et le profit d'être notre grand port militaire. Place forte des royalistes durant la Ligue et munie comme telle par La Valette de nombreuses défenses du côté de la terre, Toulon n'était point par mer à l'abri d'un coup de main (5). Après inspection minutieuse, l'ingénieur Jean de Bonnefous déclarait urgent de clore le
(1) Respectivement 1494 692 livres et 1038 436 livres.
(2) Inspection des ports de Normandie par Nicolas Langlois, lieutenant du grand maître de la navigation. 22 mars-22 mai 1627 (B. N , Franc. 18596, fol. 1). Plus d'un port, selon lui, était à améliorer, tels, Dieppe en allongeant la jetée du Polet et la palissade du côté de la ville, Honfleur, en redressant le cours de la rivière : deux jetées étaient à construire à Fécamp et Cherbourg. — De cette date de 1627, nous possédons une K description hidrografique de la France, » de Calais à Saint-Jean-de Luz (B. N.. Franc. mOi, fol. 199).
(3) 1630 (Affaires Etrangères 797, France 75, fol. 177).
(4) Par les Minimes, qui en obtiennent en conséquence l'administration. 1637 (Guerre, Arch. historiques 42, fol. 252).
(5) Enquête de Séguiran en 1633 (E. Sue, Correspondance d Escoublcau de Sourdis, t. III, p. 223).
port d'une muraille tant au levant qu'au ponant (1). En dehors des deux petites plateformes garnies de canons qui gardaient l'entrée de la darse, le parapet de l'enceinte était si bas que les galères pouvaient mettre le nez dessus; les canons y dormaient « le ventre à terre " (2) ; et les consuls de Toulon écrivaient désolés : « il vauldroit beaucoup mieux que jamais le feu roy n'eusse commencé de nous fortiffier, si Sa Majesté doibt laisser ceste fortiffication en Testât imparfaict qu'elle est » (3) : maîtres de la grosse tour qui était à l'entrée de la rade, les ennemis pourraient réduire la ville à merci, en construisant vis-à-vis une autre citadelle (■4). Mais résolue de « s'attirer la perpétuelle résidence des galères " , la municipalité s'ingénia ; elle fît creuser le port (5) ; et comme une agression espagnole était imminente, comme les projets de l'ennemi sur la côte provençale n'étaient un mystère pour personne, les ingénieurs royaux Du Plessis-Besançon et Jean de Bonnefous eurent ordre d'achever en diligence les fortifications du port, de la presqu'île de Giens et des îles d'Hyères (6).
C'est là en effet que Séguiran avait noté le point faible de la défense côtière. Tandis que Marseille avait pour forts de couverture le château d'If, le fort Ratonneau et la tour de Pomègue, tandis que La Ciotat était défendue par un don-
(1) Rapport de l'ingénieur Jean de Bonnefous à l'amiral duc de Guise. Marseille, 1" mars 1625 (Affaires Étrangères 1700, Provence, fol. 294).
(2) Lettres adressées à Richelieu par le maréchal de Vitry, gouverneur de Provence (1632); Corbeil, gouverneur de Toulon (12 juillet 1634-); le gouverneur de la forteresse-Iez-Toulon (27 octobre 1634) (Affaires Etrangères 1702, Provence, fol. 29, 238, 321.)
(3) 30 octobre 1634 (Ibid., fol. 332).
(4) Plan du port de Toulon (Ibid., fol. 334).
(5) Affaires Étrangères 797, fol. 149. — Arch. de Toulon, BB 53, 56; AA 36. — Vicomte d'Ave:sel, Richelieu et la monarchie absolue, t. III, p. 195.
(6) « Résultat de la conférence faite... avec les sieurs d'Argencourt et Du Plessis-Besançon. » 14 janvier 1635 : ordre conforme de Louis XIII. 16 janvier (Guerre, Arch. historiques 24, pièces 21, 25, 132; — 25, pièces 134, 427).
jon couronné d'un phare, Bandol par la maison crénelée de M. de Bover, Saint-Tropez par une citadelle toute neuve et les îles Lérins par deux forts, il n'y avait dans la presqu'île de Giens qu'une maison capable de a soutenir une attaque à la main » . Une citadelle construite à l'extrémité du promontoire, au Pradeau, en croisant ses feux avec ceux du fort de l'île Ribaudas, nous eût rendus maitres du passage le plus fréquenté « pour trajecter de Levant en Ponant, et particulièrement d'Italie en Espagne. " Renforcer le réduit central, « le centre de la coste, » en postant à Toulon une douzaine de galères dont les vedettes de grand'garde seraient aux îles, tel était le plan stratégique préconisé par Séguiran (1). Et il produisait à l'appui une " carte de deux ou trois cannes de long, en vélin, enluminée en lettres d'or, où l'on voyait en perfection représenté les ports, les plages, les caps et les îles » (2) .