‹ Histoire de la marine française (volume 3)Chapitre 85 sur 106 · IV · texte numérisé non relu

IV

pressions depuis 1607 (1) et marqua son empreinte dans les ouvrages du tem ps, les Us et coutumes de la mer (2) entre autres.

Mais ce traité de jurisprudence n'avait rien d'officiel. Le Code Michau, qui formulait en matière maritime quelques règles de droit, la réciprocité de traitement douanier, le monopole du cabotage pour notre pavillon.. ., ne fut pas promulgué (3), malgré la personnalité de son auteur, le garde des sceaux de Marillac. Le parlement, jaloux de ses prérogatives en matière législative, refusa de l'enregistrer. Et pour avoir sa charte organique dans une ordonnance générale, la marine devra attendre l'arrivée de Colbert au pouvoir.

Une grave question de droit international reste également pendante, que l'étiquette n'a point réglée : le salut du pavillon. Qui abaissera le premier son pavillon en cas de rencontre et, passant sous le vent, amènera ses voiles en guise de salut? (4) — Ce sera notre amiral, concèdent obligeamment les Hollandais (5); car pour eux, c'est là simple affaire de politesse. Les Espagnols ne font point difficulté non plus de s'incliner devant l'amiral duc de Guise (6). Mais il n'en est point de même des galères pontificales; pour n'avoir point à saluer en abordant à Marseille l'étendard de France, ce qu'ils estimaient contraire aux prérogatives de l'Eglise, leurs capitaines entrèrent un à un, à la dérobée, dans le port (7).

(1) Cf. J. M. Pardessus, Collection de lois maritimes antérieures au XVJIP siècle. Paris, 1831, in-4°, t. II, p. 369, 377.

(2) Par Cleirac. Bourdeaux, 1647, in-4°. — Thomas LefÈvre dd Grand Hamel, Discours de la navigation. Paris, 1632, in-8°.

(3) Articles 430-461 an l'édit de janvier 1629, dit Code Michau : amirauté, marine, droit maritime (Isambert et Taillandier, Recueil (général des anciennes lois françaises. Paris, 1829, t. XVI, p. 223).

(4) Le navire marchand envoyait de plus sa commission à bord de l'amiral. Pratique de la Guerre (décembre 1640), publiée par E. Sue, Correspondance de Henri d'Escoubleau de Sourdis, t. II, p. 481.

(5) Au traité du 8 février 1635, article 12.

(6) Le P. Fournier, Ilydroqrapliie, livre XIX, chap. vu, p. 260.

(7) Peiresc à Dupuy. Aix, 3 octobre 1633 (Lettres de Peiresc, édit. Ta:\iizey de Larroque, t. II, p. 613).

Avec les Anglais, il ne s'agit plus seulement de préséance, mais de liberté. Au Mare liberum de Grotius, Selden vient d'opposer la thèse que la mer, par le droit de nature et des gens, n'est pas commune à tous; et son Mare Clausum (1) en revendique pour l'Angleterre la souveraineté. Le nom du Sovereign ofthe seas, sorti des chantiers anglais la même année que la Couronne, symbolise cet état d'esprit. Mais nous ne pouvons reconnaître à nos voisins le droit de visiter nos vaisseaux : que chacun fasse sa police, déclare Richelieu (2) .

Le cardinal a encore en mémoire l'affront fait à Sully, (1 ces trois coups de canon, qui, perçant son navire, percèrent en même temps le cœur de tout bon François » (3) ; et un nouvel incident a ravivé notre blessure d'amourpropre. Mantin, au cours d'une croisière dans la Manche, est tombé sous le vent d'une ramberge britannique; et lui, le héros de Syracuse, qui a refusé d'incliner son drapeau devant la croix de Malte, est contraint de le faire devant le léopard britannique (i). Richelieu prend texte de l'affaire pour donner au chef d'escadre de Montigny les instructions suivantes : Aux côtes d'Angleterre ou, en pleine mer, si vous êtes sous le vent des bâtiments britanniques, vous les saluerez; en cas contraire, forcez-les au salut (5), d'autant que cette courtoisie est de coutume pour les navires qui passent devant nos forteresses (0). Mais en vain le grand maitre cherche-t-il à faire adopter à autrui son cérémonial,

(1) Selden, Mare Clausum seu de dominio maris. London, 1836, in-8°.

(2) Richelieu à Châteauneuf, ambassadeur en Angleterre. 24 septembre 1629 (Lettres... de Richelieu, t. III, p. 434).

(3) Mémoires de Richelieu, dans la collection de mémoires Michaud et Poujoulat.

(4) Le commandeur de Viueville, « Ordre des saluts des armées navales et vaisseaux ronds en l'Océan » : B. N., Dupuy 591, fol. 4.

(5) Instructions du 13 avril 1630 (Le P. Four.mer, p. 267).

(6) Louis XIII au baron de Baume, gouverneur du château d'If. Fontainebleau, 20 avril 1623 (Affaires Étrangères 1700, Provence 277, fol. 260).

OU, à défaut, le salut de l'armée la plus nombreuse par l'autre (1). La flotte des Anglais vient nous narguer sur nos côtes " et maintenir cette seigneurie de la mer qu'ils affectent sur toutes choses» (2). Averti que leur amiral a juré de nous faire mettre le drapeau bas, Richelieu ne sait plus comment prévenir le conflit : il a passé plus de dix ans de sa grande maîtrise à chercher des expédients qui sauvegardent notre honneur (3j. Et la consigne est désormais » de faire saluer, par tout ce qui se rencontre à la mer, le pavillon « (4). Que de sources de conflits pour l'avenir!

(1) Louis XIII à ses ambassadeurs en Angleterre, Senneterre et Pougny. 26 juin 1635 (B. N., Mélanges Colbert 28, fol. 122 v").

(2) Avis du 5 septembre 1635 (IbicL, foi. 148 v°).

(3j Richelieu à Bouthillier. \.^?>^ (Lettres et papiers d'Etat... de Richelieu, t VIII, p. 360).

(4) Sourdis au chef d'escadre de Mantin. Toulon, 3 novembre 1637 (E. Sue, t. Il, p. 397).

Page 1