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LE PARTAGE DE L AFRIQUE OCCIDENTALE ENTRE DES COMPAGNIES A CHARTE

C'était le moment où un de nos savants les plus avisés vaticinait notre avenir colonial parmi « les peuples de TAffrique les plus voysins de l'Ethiopie. Il ne tiendra qu'à nous d'y prendre pied, écrivait en 1633 Peiresc, et d'y maintenir un commerce fort fréquent et fort commode, au lieu de nous aller attacher dans l'Amérique, où la barbarie est plus {grande, les esprits plus volages, les traverses des Espagnols plus capables de destruire en peu d'heures les travaux de beaucoup d'années » (I).

De fait, Richelieu procédait au partage de l'Afrique entre de multiples sociétés. A la difficulté de créer une Compagnie nationale, il avait trouvé cette élégante solution, la répartition du continent noir en zones d'influence pour nos diffé-

(1) Peiresc au P. Gilles de Loches. iO juillet 1634 (Le P. Apollinaire de Valence, Correspondance de Peiresc avec plusieurs missionnaires et religieux de l'Ordre des Capucins (1631-1637), avec préface de Ph. Tamizey "de Larroque. Paris, 1892, in-8», p. 63).

rentes provinces. Tandis que liaunay-Razilly se faisait allouer les « échelles » mauritaniennes depuis Salé jusqu'au cap Blanc (l), Rosée et G'% de Rouen et Dieppe, obtenaient le monopole du trafic en Sénégambie (2). Les Malouins, dirigés par Jean-Briant-Larcy, l'un de leurs plus gros armateurs, recevaient l'octroi de la Guinée, de Sierra-Leone au cap Lopez (3). Les derniers à servir, les Parisiens eurent en 1635 le laissé pour compte des provinciaux. Pierre de La Haye et autres bourgeois de la capitale obtinrent en privilège la région saharienne, du cap Blanc au Sénégal, et le littoral demeuré sans adjudication entre la Gambie et Sierra- Leone (4); de telle sorte que, dès lors, la France avait fait main-mise sur tout le territoire qui est devenu notre Afrique occidentale. Mais seuls, Malouins et Normands mirent leur programme à exécution.

Dans une délibération motivée, la municipalité rouennalse ayant protesté contre ces monopoles attentatoires aux libertés publiques, s'atlira cette verte réplique de l'un des membres du conseil, fondateur de la Compagnie du Sénégal : » L'intérêt public m'a été en plus forte considération que le mien, déclarait Bulteau. Si j'avais cru que cette société fût préjudiciable au public, je n'y aurais point pris part. Mais s'il n'y avaitquelques particuliers pour maintenir la traite en Afrique, on donnerait lieu aux Hollandais d'en chasser entièrement les Français (5) . »

(1) En 1631 (Cf. ci-dessus, p. 688).

(2) 24 juin 1633. Monopole du trafic pendant dix ans au Sénégal, au Cap Vert et en Gambie (I^e P. Founxiï:ii, Hydrographie, 2^ édit., p. 268).

(3) Les droits de I\osée réservés toutefois. 14 janvier 1634 (Ibidem).

(4) Il est vrai que le privilège des Parisiens était de trente ans au lieu de dix. 31 octobre 1635 (Ibidem, p. 269).

(5) Délibérations du conseil de ville de Piouen. 7 et 11 mars 1634 (Arch. mun. de Rouen, A 25, à la date : copie dans B. N., Nouv. acq. franc. 9339, fol. 56 : inipr. dans Ch. de Rorillard de Be\ukepaire, Inventairesommaire des archives communales antérieures à 1790: ville de Rouen. Rouen, 1887, in-4», t. I, p. 310).

Simple effet oratoire, direz-vous? Non. Rosée, Baudry et C" venaient de perdre une cargaison de quatre cent mille livres, interceptée par le corsaire hollandais Compan (1). Quelques années auparavant, Razilly déclarait, en présence d'un désastre analogue, que, si on n'y apportait un prompt remède, notre trafic en terre africaine était perdu ^2), tant il subissait de dommages. Barbaresques et Anglais et jusqu'aux Danois semblaient être d'accord pour l'atteindre, quand les Normands réagirent à leur tour. En juin 1629, la Bénédiction de Londres se trouvait en traite au Sénégal. Avisé du fait par les marins du James, autre bâtiment anglais qu'il avait enlevé à l'abordage, le dieppois Jacob Bontemps se porta contre elle. Et ce magnifique vaisseau de 30 pièces de canon, dont les statues dorées de poupe et de proue, les galeries chargées d'ornements éblouissaient les nègres, ne put soutenir longtemps les feux croisés du Saint-Michel de Bontemps, qui avait 24 pièces, et du James de Dupré. Les vainqueurs ramenèrent à Dieppe deux vaisseaux, neuf cents nègres, trois cent mille livres (3).

(1) Plainte de Jean Rosée, Paul Baudry et C'", marchands de Rouen et de Dieppe. 4 septembre 1628 (Affaires Etrangères 789, France 46, fol. 185).

(2) Mémoire d'Isaae de Razilly cité, 26 novembre 1626 {Revue de Géographie, année 1884, p. 374, 453). En 1618, le Fidèle /^?-ançoi5, capitaine d'Aigremont, armé pour la Guinée, était capturé par les Danois (Arch. nat., Z"» 6, fol. 64).

(3) David AssEi.iNE, Les Antiquités et chroniques de la ville de Dieppe, publiées par Michel Hardy, Guérillon et l'abbé Sauvage. Dieppe, 1874, in-8°, t. II, p. 237. — Desmarquets, Mémoires chronologiques pour servir a l'histoire de Dieppe. Paris, 1785, in-12, t. I, p. 354 — Mais comme la paix venait d'être signée avec l'Angleterre, Humphrey Slaney et Nicholas Crisp réclamèrent la restitution de leurs vaisseaux. 1630 (Saiksbury, Calendar of State papers, colonial séries (1574-1660), p. 114). Louis XIII prescrivit en conséquence au lieutenant d'amirauté à Dieppe de faire le récolement des inventaires du James et de la Bénédiction. 18 avril 1630 (British Muséum, Harleian manuscripts 6845, p. 139 : Ministère de la marine G 193, pièce 31). Le 1^'' mars 1632, Guillaume De Caen réclamait la délivrance des marchandises qui se trouvaient à bord (Arch. nat., Z'"* 8, fol. 181). — Il fut stipulé que la France paierait 64 246 livres pour les marchandises du James

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