‹ Histoire de la marine française (volume 4)Chapitre 11 sur 75 · LA PRISE DE DUNRERQUE · texte numérisé non relu

LA PRISE DE DUNRERQUE

u Environnée de l'antique fortification d'une muraille ipaisse, Hanquée de quantité de grosses tours, le long de aquelle l'Océan forme un port capable de contenir deux ;ents grands vaisseaux (2) », Dunkerque est restée depuis e début de la guerre le point d'appui des flottes espa- ;noles. Les courses de ses câpres intrépides, en obligeant es Hollandais à se couvrir par des croisières mulliples, nontrcnt de quel prix eût été pour nous sa chute projetée >ar le cardinal de Piichelieu (3). En août 1642, trente-six lavires essaient de sortir de Dunkerque, brûlots en tête, n forçant le blocus de Tromp « à (ju('lc|ue prix que ce ût H. S'ils échouent à ce moment-là, n la longueur des luits " à l'automne leur ouvre un passage et leur permet e tomber sur les convois qui arrivent de Moscovie et de

(1) K I-.a prise... de Pioiubino... et le siège de Porto-Longone » (Gazette e France, 1646, p. 957, — Mémoires du maréchal l>n Plkssis, p. 382). — rchives du service hydrographique. — Archives iNal., Manne B *,, .1. 244.

(2^ Sahiiazin, Histoire (lusièqc de Dunkerque. Paris, J()49, in-4°.

(3) Cf. p. 12.

France (1). Tromp, l'an après, pousse ses croisières à l'ouvert de la Manche, où deux « escadrons » dunkerquois battent l'estrade : et il s'avoue impuissant aies « attrapper, non seulement parce qu'ils avoient le dessus du vent, mais encore parce qu'ils estoient beaucoup mieux en voile (2) » .

Le pressant appel que nous adressâmes « aux généreux Belges )' pour « boucler » Dunkerque f3), allait donc trop au-devant de leurs intérêts pour n'être pas entendu. L'action conjuguée des troupes de La Meilleraye et Gaston d'Orléans et de la flotte de Tromp (4) aboutit, le 28 juillet 1644, à la capitulation de Gravelines (5"j. L'an d'après, le 20 juillet 1645, c'est Mardik qui succombe. Les maréchaux de Gassion et de Ranlzau ont été appuyés au large par la flotte hollandaise, le long du rivage par des frégates légères de Dieppe, Boulogne et Calais qui paralysent une escadrille dunkerquoise embossée près du fort (6). Point n'a été besoin, pour le faire sauter, d'un bateau monlé en machine infernale qui se fût approché de la place comme un n paquet-boat d'Angleterre (7) » . Six mois

(1) I. CoMMELYN, Histoire de la vie et actes mémorables de Frédéric Henry de Nassau, prince d'0)-an(^e, t. II, p. 120.

(2) Tromp aux marchands hollandais de la Rochelle. A bord- de V liinilia, Ouessant, 6 novembre 1643 (I. Commei.yx, t. II, p. 139). — L'an d'après, sur la plainte des négociants de Bordeaux, la Cour organise une croisière de si.v garde-côtes (Affaires Etrangères, Mémoires et documents 850, fol. 167.)

(3) « Courage. Donnes la main à nos François vos frères d'armes, vos bons amis et perpétuels alliés n (De la nécessité de prendre Duinkercke : aux Provinces Unies des Pays-Bas. In-4° (1645), p. 37).

(4) Suivant le traité de La Haye, 29 février 1644.

(5) I. COMMKIAN, II, p. 147, 149. — Vittorio SiRi, Del Mercurio, t. IV, p. 4, 29.

(6) Mardicii assiégé par les armées du Roy, commandées par AP le duc d'Orléans, le 21'^ juin, et rendu a l'obéissance de S. M. le 20 juillet 1645. A Paris par le S'' de Beachec, ingénieur ordinaire du Roy (Archives du service hydrogr^iphique, 34. 2. 7).

(7) Gerbier à Mazarin. Leyden, 9 juillet et août 1645, avec un dessin

après, tout est à refaire. Un hardi coup de main, le 4 décembre, a rendu Mardik à l'Espagne.

L'attaque fut reprise, le 18 août I04G, par Gaston d'Orléans. Des troupes de relève arrivaient chaque jour de Dunkerque, puis après vingt-quatre heures de garde, y allaient au repos; le contre-amiral hollandais Kats interdit ce va-et-vient en s'embossant dans le canal qui relie les deux villes. Les frégates du maréchal de camp de Clanleu et de M. de Monchy, lieutenant à Gravelines, attaquaient en même temps des frégates dunkerquoises près du fort de Bois ei en capturaient deux. Privé de secours, le défenseur de Mardik, Fernando Solis, capitulait le 24 août ( l).

Rien ne protégeait plus Dunkerque contre nos coups (2).

— Rien autre que son enceinte, que les grosses tours de la vieille ville, les douze bastions de la ville nouvelle, le fort ie Léon du côté du havre, le fort de Bois du côté des Flandres; rien autre que les fantassins de Caracena et de Lamboy, des cavaliers, des bourgeois en armes et des Tiatelots, neuf mille hommes. Trois colonnes d'attaque, quinze mille hommes, débouchèrent le 19 septembre l(J4()

igurant Mardik, Dunkerque et la machine infernale (BiblidilièciiK' (iu ninistère de la marine, nis. 358 (G. :202), pièce 1).

(1) Les Mémoires de M' Jacques de Chastenet, seigneur de Puyskgur. Paris, 1690, in-12, t. II, p. 322. — Viuorio Sun, Del Mercurio, t. VII, ). 641 — Gazette de France, 1646, p. 758.

(2) Saruazin, Histoire du siège de Dtinkerque. Paris, 1649, in-4''. — « Le journal du siège de Dunkerque » : Gazette de Frawe, 1646, p. 758, r78, 903. — Plan du siège et prise de J)ungiiergue assiège le 19 septembre )ar l'armée du Roy Très Chrestien Louis XIIII, commandée par M' le lue d'Anguien, rendus à l'obéissance de S. M. le 11 octobre ensuivant L646. A Paris par le sieur dk HKArnKi; (Archives du service hydrogra- )hique, 34. 2. 1). — « Chemins que l'armée a tenu depuis Calais jusque» i Mardiik « (Ibidem, 34. 1. 1) - Pierre Faiixoxmkk, Description histo. •igue de Dunkerque. Bruges, 1730, in-fol., p 184-189. — Henri Mai.o, Les corsaires dunkerquois et Jean Bart. Paris, 1913, in-8°, p. -413. — DeslAROrKTS, Mémoires chronologiques pour servir à l'Itisloire de Dieppe. .785, in-8°, t. I, p. 374.

devant Dunkerque et, le i4, ouvrirent la tranchée. Sous le prince de Condé, les maréchaux de Rantzau et de Gassion et le lieutenant-général de Yillequier conduisaient les opérations.

Par mer, Tromp nous prélait son appui avec dix vaisseaux; dix-huit frégates de Boulogne, Calais et Dieppe, menées par D'Andonville et Claude Dablon, s'étaient rangées sous son pavillon. Tromp leur avait assigné les (i postes à garder, le long de la cosle à venir de Nieuport, par le travers de la rade à venir de haulte mer, et du costé de Mardic entre le banc et le port (1) » . Pour lui, barrant la route à sept vaisseaux de guerre britanniques chargés de munitions pour l'ennemi, il assura le passage des «batteaux d'aniunition » pour notre armée (2). Ce sévère blocus obligea le 7 octobre le marquis de Lede à capituler devant Condé.

Une médaille commémorative, Dunkerca expugnata, figure un matelot agenouillé qui présente à la France un gouvernail. Huit corsaires étaient encore dans la place au moment de sa reddition. Une. conquête qui enlevait « aux pyrates leur azyle (3), » ne laissait plus « nos havres à la merci de leurs brigandages. Nos mers étaient libres, nos côtes affranchies, notre commerce rétabli, la racine de nos maux coupée, la Flandre ouverte, l'embouchure de ses rivières captive (4) " .

(1) D'Andonville à Conilé. Rade de Dunkerque, 23 septenil)re (Duc D AUMALE, t. V, p. 486).

(2) Tromp à Condé. « Dedans nostre navire Aeinilia devant Dunquerque » , 14 et 23 septembre (Ibidem, p. 485).

(3) Gazette de France, 1646, p. 919.

(4) P. Counktli.k, fiodoquiie : épitre dédicatoire à Condé (1646).

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