L'INSURRECTION DE NAPLES
Orhetello, Piombino, Poi to-Longone ne sont que des étapes vers les Deux-Sicilcs : « La perte d'un seul de ces rovaumes-là seroit un coup mortel à la monarchie d'Espaigne (1). « Un court intermède a ramené en 1647 l'escadre du grand prieur Des Gouttes sur les côtes delà Catalogne pour exécuter » ce qui serait ordonné par M. le prince de Condé {'2). » Mais là, l'ombre s'est étendue sur la gloire du vainqueur de Rocroy; et la levée du siège de Lérida, le 18 juin 1647, reporte vers l'Italie les visées cardinalices et l'intérêt des opérations navales.
Le chevalier Paul, détaché en observation du coté de Naples, avait eu l'audace d'enlever sous le môle plusieurs felouques espagnoles. Le lendemain 3 avril 1647, dix galères et six vaisseaux se lançaient à la poursuite de nos cinq vaisseaux (3). Pour mieux contempler leur victoire, le vice-roi Rodrigo Ponce de Léon, duc d'Arcos, montait avec le cardinal Trivulzio sur les hauteurs de ce magnifique observatoire d'où 1 on aperçoit tout le panorama du golfe, sur le Pizzofalcone. Paul laissait avancer l'ennemi, les vaisseaux à la remorque des galères, jusqu'au moment
(1) Mazarin à Condé. 25 août 1647 (Duc d'Admale, Histoire des princes de Condé, t. V, p. 546).
(2) « Ordre à celuy qui commandera l'armée navalle. » 20 mars 1647 (Guerre, Archives historiques 103, fol. 189 v"). — « Instruction donnée à ^f^le prince de Condé s'en allant commander l'armée du Roy en Catalogne, du 6'= avril 1647 .. (B. N., Nouv. acq. franc. 4968, fol. 79).
(3) « La course faite par sept vaisseaux français jusques dans le golfe de Kaplcs : » Gazette de France, 1647, p. 341, 366. — Lettre de Henri Arnauld, abbé de Saint-jNicolas, 22 avril (ChÉruel, Histoire de France pendant la minorité de Louis XIV, t. II, p. 363).
OÙ la houle empêcha celles-ci de douhler Pile d'Ischia : alors, de tomber sur les vaisseaux espagnols, en essayant de les accrocher avec ses deux brûlots. La menace suffit pour amener leur retraite immédiate.
Humilié et furieux. Ponce de Léon duc d'Arcos signifia au capitaine général Doria de retourner vaincre ou périr. Trois jours durant, les galères ne cessèrent de nous canonner il;, mais aussi de subir de meurtrières bordées. Le 7 avril, de nouveaux renforts portèrent les forces de nos assaillants à treize vaisseaux (2) et onze galères. Satisfait de les avoir tenus toute une semaine en échec, d'avoir tué ou blessé quatre cents hommes, mis à mal une partie des galères et provoqué parmi la populace si mobile de Naples une commotion dont les effets ne devaient point tardera paraître, le chevalier Paul ne voulut point pousser l'audace jusqu'à la folle témérité. La nuit venue, au lieu de garder ses feux allumés comme il l'avait fait jusque-là pour narguer ses adversaires, il éteignit tout à bord et, s'éclipsant, revint au golfe Juan rallier le gros de notre armée navale.
Il Non content d'avoir augmenté par un si fameux exploict la réputation de noz armes, Paul excita aussi par sa courtoisie et sa libéralité envers les Napolitains qu'il Ht prisonniers de guerre, une si forte estime pour le nom français dans les esprits de ces peuples-là, que c'est véritablement à luy qu'est deue la meilleure partie du mérite
(L) Le Grand-Anqlais de 600 tonneaux commandé par Paul, le Saint- Thomas d' Aquin (800 tonneaux) du chevalier de La Perrière, le Triton, le Dauphin, le Faucon (400 tonneaux chacun) dos capitaines Fricainhaull, d'Hcnneville et de La Marthe. Les deu^ premiers avaient deux cent cinquante et deux cent quatre-vinjfts hommes d'équipage, les autres cent quatrevingt-dix (Archives Nat., Marine B''^, fol. 23, 24).
(2) Entre autres le Chat Doté, de 500 tonneaux et vingt-quatre canons, navire hollandais à la solde de l'Espagne ^^B. N., Nouv. acq. franc. 2273(5, fol. J46). — Don Angcl de S.\avkdra, Insurrection de Naples en II) 17. trad. llervey de Saint-Denys. Paris, 1849, in-S", p. 26.
des révolutions arrivées depuis parmy eux (l). » L'agitation devenait générale; par on ne sait quelle cause mystérieuse, au moment d'appareiller, la capitane espagnole périssait corps et biens le 12 mai.
Or, le jeune duc de Richelieu, à la tête de vingt et un vaisseaux et de treize galères, cherchait à atteindre les dixhuit vaisseaux et les douze galères de la flotte napolitaine avant leur jonction avec Tescadre de Cadix. Aperçues le 14 juin près des Bouches-de-Bonifacio, plus tard par le travers de Galvi, les galères de (jianettino Doria eurent le temps de se mettre à couvert dans le port de Savone, après avoir débarqué à Final deux mille soldats. Richelieu, qui les suivait, offrit de se battre galère contre galère en combat singulier. » Nous pourrons nous rencontrer un jour, et à l'oeuvre on reconnaîtra l'ouvrier (2), » répliqua Doria. La rencontre eût été immédiate, si Richelieu, — et » son jeune aage " eût été son excuse (3), — avait violé la neutralité et forcé l'entrée du port : mais la droiture dii bailli de Valençav, autant que l'impossibilité de franchir sous le feu des batteries une passe où deux galères entraient difficilement de front (^j, nous fit respecter le droit des gens.
Henri d'Estampes bailli de Valençay, parent de cet ft original aussy fier que brave " que Louis XIII avait baptisé le Mesdisant éternel (5), avait « pris place sur l'admirai pour y servir sans bruict ni esclat (6) ■.> comme l'homme
(1) Lettres de Louis XIV. Novembre 1649 (H. Oddo, p. 96).
(2) « Journal de ce qui s'est fait par les vaisseaux et gallères qui composent l'armée navalle du Roy, despuis le 15'^ avril 1647 que M^' le duc dei Richelieu, assisté de M. le grand prieur d'Auvergne, s'est embarqué » (Affaires Etrangères, Mémoires et documents 858, fol. 63, 70). Lettre de Du Quesne, etc. (fol. 158).
(3) Mazarin au bailly de Valençay. 4 juillet (Ibidem, fol. 196).
(4) Valençay à Mazarin. Toulon, 16 juillet (Ibidem, fol. 227),
(5) Achille d'Estampes, bailli de Valençay, qui commandait la flotte royale en 1628 au siège de la Rochelle Tallema>t des RÉ-\ux, t. II, p. 472),
(6) Valençay à Mazarin. Du bord de l'amiral en rade de Piombino, 14 août (Affaires Étrangères, Mémoires et documents 858, fol. 281).
H sur c|til Sa Majesté se reposait de tout le soin de la marine » . Un règlement des préséances promulgué pour « prévenir les contestations entre les chefs, " lui réservait une place d'honneur au conseil de guerre.
L'état-major général était ainsi composé : Richelieu, général des galères, commandant en chef; Philippe Des Gouttes, lieutenant-général des vaisseaux. Le pavillon de vice-amiral flottait à la misaine du commandeur Jules de Montigny, chef d'escadre de Normandie, ou, à défaut, de Jacques Dunié, chef d'escadre de (Tuyenne (l). Au plus ancien des capitaines de vaisseau, à Jean-Louis de Montagnac chevalier de Lignières. revenait le pavillon de contre-amiral; les chefs d'escadre de Bretagne, Provence, Dunkerque et Catalogne, — Launay-Razilly, Garnier. Du Quesne et Montade (2), — portaient cornette à lartimon. A. terre, les capitaines de Manicamp et de Fontenav-Rollet faisaient fonction de lieutenant-général et de maître de camp (3).
Pour nos forces navales, que des renforts avaient portées à vingt-sept vaisseaux, dix flûtes et brûlots et vingt galères (-i), s'offrait un splendide objectif : Naples. L'escadre qui la couvrait, — dix-huit vaisseaux et vingt et une galères, — avait été joindre à Cagliari l'escadre venue de
(1) Jacques Duiné amenait du Ponant la Lune, le Tigre et le Léopard. Des instructions en date du 23 mars i647 lui prescrivaient d'éviter toute 11 brouille avec les Anglais pour les saluts et honneurs de la mer à cause du pavillon " (BorÉly, Histoire du Havre, t. Il, p. 609).
(2j Oui proteste contre I attribution d'un pavillon à un simple capitaine comme Lignières.
(3) 11 Règlement du Roy sur le fait de la marine. » Amiens, 22 juillet 1()47 [Archives >'at., Marine B-g, fol. I, et B*o, fol. 39. — Kdits, déclarations, règlcnjens et ordonnances du roj sur le fait de la manne. Paris, 1077, in-4°, p. 9).
(V) Archives Nat., Marine B*o, fol. 32. — i. Journal de ce qui s'est passé en l'armée navalledu Roy despuis le 21""' juillet 1647 qu'elle s'est remise à la mer jusques au 17'"* d'octobre qu'elle est arrivée aux isles d'Hyères » (Ibidem, fol. 43).
Cadix. Nous comptions contraindre « la flotte espagnole à suivre les routes de la Françoise; et alors la vraye intelligence du mestier eût fait cognoistre si l'on devoit bazarder le combat (1) » . De Gênes le cardinal Grimaldi, de Piombino le gouverneur de la place nous incitaient à paraître immédiatement devant Naples.
Un événement considérable venait de s'y passer. Aux paysans napolitains qui refusaient de verser l'impôt ayant vendu jusqu'à leur dernier meuble, le duc d'Arcos avait répondu : « Vendez vos femmes et vos filles, et pavez (2). <> La populace exaspérée l'avait pavé le 16 juillet en le massacrant. Un pêcheur nommé Masaniello, diminutif de Tomaso Aniello, et un armurier, Gennaro Annese, étaient à la tête de l'insurrection. Au lieu de profiter de ce coup de fortune pour venir en allié occuper Naples, le bailli de Valençay n'y vit qu'un motif de s'en éloigner.
Il C'est un fruit qui n'est pas encore meur, disait-il, je ne voy que deux moyens de profiter de ces rébellions : préparer une armée pour faire la conqueste à vive force; ou joindre de la peau de renard à celle du lyon, en atendant de voir un party formé de la noblesse contre le peuple, et prendre le costé du plus foible. L'on entretiendra une guerre civile qui nepeutestre qu'avantageuse à la France.» En attendant, pour que « l'armée travaille avec solidité, elle ira en diligence en Catalogne; elle y consolera par sa présence ces peuples; et qu'ensuitte elle aille sur les eaux de l'armée navale d'Espaigne et à sa queste; quoi qu'il arive, ce voiage sera glorieux '> . Or, qu'indiquait-on
(1) Valençay à Mazarin. Toulon, 8 juillet (Affaires Etrangères, Mémoires et documents 858, fol. 199). — Du Hamel à Mazarin. Toulon, 21 juillet (Ibidem, fol. 235).
(2) Joseph Reinach, Recueil de.t insti-uctions données aux ainbassadeias et ministres de France. Naples et Parme. Paris, 189«3, in-8°, p. csx.
(3) A Mazarin. « Du bord de l'amiral, en rade de Pioinbino, ce 14 aoust» (Affaires Étrangères, Mémoires et documents 858, fol. 281).
comme le but possible de la campagne? Le port de Peniscola en Catalogne, une « petite place sur une péninsule voisine de Bineros (l) » . Pour un armement aussi formidable que le nôtre, c'était une dérision. L'emploi qu'on en fit fut plus dérisoire encore; deux mois se passèrent à évacuer ;i la Spezia les troupes de la garnison de Piombino (2), jusqu'au moment où l'on apprit la jonction des escadres ennemies (3). Don Juan d'Autricbe avait profité de notre inaction pour passer de Tarragone à Naples, sans avoir à livrer bataille (4). Et il tentait aussitôt d'intimider par un bombardement la populace napolitaine. Il ne réussit qu'à l'e-xaspérer. Le 24 octobre 1647, la République était proclamée.
Il Des larmes de sang aux yeux », les Napolitains se tournèrent vers la France pour la défense de leurs libertés (5 . i> On examina dans le Conseil en présence de
(i) Le chevalier Garnier à Mazarin. Golfe (]c la Spezia, 6 septembre (Affaires Etrangères, Mémoires et documents 858, fol. 316).
(2) Valençay à Mazarin. Golfe de la Spezia, 5 septembre (Ibidem, fol. 308).
(3' Valençav à Mazarin. Golfe de la Spezia, 28 septembre (Ibidem, fol. 351;.
(4) Par un ordre daté de Tarragone, le 26 juillet, il avait pris toutes ses dispositions en vue d une rencontre avec notre flotte (F. DuRO, Armada espanola, t. IV).
(5) Adresse du peuple de Naples et de Gennaro Annese au duc de Guise. 24 octobre 1647 (Les Mémoires de feu Monsieur le duc de GciSE. Paris, 1668, in-8°, p. 55). — Mémoires du comte de ModÈne sur la révolution de Naples en 1647, éd. par J.-B. Miellé, 3' édition. Paris, 1827, 2 vol. in-S". — A. CnÉRUEL, le Bue de Guise à Naples. Paris, 1875, in-S". — J. I.oiSELKL'B et G. B.\GUENAULT DK PrciiESSK, l'Expédition du duc de Guise à Naples : lettres et instructions diplo7nati</ues de la Cour de France (16-17- 1648). Paris, 1875, in-S", p. 205. — Galeazzo Gu.aluo Priorato, Histoire des révolutions et mouvemens de Naples arrivées pendant les années 1647 et 1648. Paris, 1654, in-4''. — Relazione délia i/uerra di Napoli .. nella ter:.a rivoluzione a 5 ottohre 1647, éd. par Camillo Mi.meri Riccio, dans l'Archivio storico per le provincie napoletane, t. II {1877\ p. 6(). — Diario di Francesco Capecelatho contenente la storia délie cose arvcnute nel reame di Napoli neqli anni 1647-1650, éd. dal marchese Angelo Gra.mïo. Napoli, 1852, in-8°, t. II, p. 350.
la rcyne lequel des deux partys seroit plus avantageux, ou que les Napolitains se donnassent au Roy ou que ils eslussent un Roy particulier soubz la perpétuelle protection de la France. » Mazarin songeait au vainqueur de Rocroi, de Fribourg et de Nordlingen, à Condé. Mais déjà, un homme n de peu d'expérience et de pratique dans le maniement des affaires» avait pris position (I).
Le petit-fils du Balafré, un ancien ecclésiastique plusieurs fois marié, Henri de Lorraine duc de Guise, s'était embarqué avec une poignée d'hommes à Fiumicino, avait esquivé la poursuite des galères de garde aux îles Ponza et, passant audacieusement au travers des croiseurs espagnols, avait débarqué tout seul au milieu des insurgés qui lui firent un accueil triomphal. Quelques semaines plus tard, il tient la campagne et propage le mouvement insurrectionnel le long du golfe et du côté de Capoue.
« L'arrivée de notre armée navale sera la crise de la maladie qui sauvera l'infirme ou l'achèvera i'2). » Sur l'ordre pressant de INIazarin (3), le duc de Richelieu est disposé à livrer bataille : il a fixé » par escadres " l'ordre de combat (4), ayant lui-même la consigne de " déférer entièrement " aux avis de sej conseillers, Valençay et Des Gouttes (5). Mais il n'a plus ni les galères, paralysées par la saison hivernale, ni les galions portugais, en radoub à Livourne. Il n'a que vingt-sept voiliers, Don Juan d'Au-
(1) Mazarin au marquis de Fontenay-Mareuil, ambassadeur à Rome. 7 octobre et 28 novembre 1647 (A. Chércel, p. 9).
(2) Hugues de Lionne à Fontenay-Mareuil. 16 décembre (A. Chérukl, Histoire de France pendant la minorité de Louis XIV, t. II, p. '*0%),
(3) Au bailli de Valençay. 4 octobre (Affaires Etrangères, Mémoires et documents 859, fol. 10).
(4j «Ordres par escadres que doibt observer l'armée navalle de Sa Majesté 4ant pour la marche que pour un combat » , signés du duc de Richelieu à bord de l'amiral, 24 novembre (Ibidem, fol. 130j.
(5) Louis XIV au duc de Richelieu (Mémoires du comte de ModÈne, éd. J.-B. Miellé, 3' éd., t. II, p. 117).
GLKRllE DE TItKNTK AXS 137
triche en a quaranlc-liull el viii.;jt-cleux galères (I i en faction près du Gastel-Nuovo et du Château de TOEuf, derniers soutiens à Naples d'une domination branlante.
Un coup de surprise faillit nous rendre maîtres de la position. Le 18 décembre 1647, les Napolitains avaient aperçu dans le lointain des vaisseaux qu'ils prirent pour une escadre espagnole. Le château de l'OEuf, les navires en rade saluèrent. On ne répondit pas. C'étaient les Français -2 . Flanqué à droite de Dumé et Garnier, à gauche de Montade et Du Quesne, le duc de Richelieu se déplovait en bataille près du château de l'OEuf, a portée d'une vingtaine de vaisseaux à demi désarmés (3). Les soldats de garde aux tranchées, les compagnies espagnoles (jui tenaient tête aux insurgés dans la via di Toledo, de pauvres diables alléchés par une promesse de deux ducats s'embarquaient en hâte sous le commandement de Francisco Diaz Pimienta et Doria d'Avello. Emu de la gravité de la situation, le Conseil avait supplié Don Juan d'Autriche de ne point s'exposer.
Au lieu de brusquer l'attaque, le bailli de Valençay palabra avec les insurgés. Une fausse manœuvre, — l'annonce que la France voulait substituer au régime républicain un gouvernement aljsolu, — jeta parmi eux l'émoi (4). — Battez d'abord la Hotte espagnole, lui dirent-ils (5). Et
(1) Chiffres tlonnés par l'annaliste napolitain édité par MiMKni lliccio.
(2) D'après le même annaliste.
(fj) « Journal de ce qui s est faicl et passé par I armée navallc cin l{oy commandée par M^f le duc de Richelieu au voiajje de ISaples » (Archives Kat., Marine B^o, fol. 5i : publié par J.-B. Miklle, Mémoires du comte (le MoDÈNE, 3* éd., t. II, p. 133). — Les combats donnés sur mer entre l'armée navale de France commandée par le duc de Richelieu, général des (jallères de France, et i armée navale d' Expagne, commandée par Don Juan d'Autriche, novembre 1647-janvier 1648. In-fol. — Galeazzo Gtaluo Prio- BATO, p. 92.
(4) Le P. Flaminio Magnati au cardinal lirancaccio. Naples, 23 décembre (Capkcel.\tro, t. II, p, II, p. 236)
(5^ Teodoro a Meyden au cardinal Rranca(;cio (Ibidem, p. 247).
Henri de Guise de se proclamer défenseur de la Liberté, généralissime et duc suprême de la République (1), pour éviter qu'on lui « enlevât le jeu des mains " .
La surprise est manquée. Par surcroit, l'ouragan chasse notre flotte vers le fond du golfe : la division Dumé (2) attaque, le 21 décembre, trois vaisseaux de guerre et deux transports que cinq galères d'escorte ont abandonnés à Castellamare di Stabia. Epaulés par les troupes du maître de camp Miguel d'Almedia, les équipages espagnols, qui appartiennent à la redoutable brigade de Dunkerque et à la division de 1 amiral Balague de Raguse (3), soutiennent pendant deux heures notre feu : le chevalier Garnier vient à la rescousse du vice-amiral Dumé avec le chevalier Louis Charbonneau de L'Eschasserie, capitaine du Soleil, dont un boulet emporte la tête. Mais les Espagnols sont à bout : les trois vaisseaux de guerre, qui ont à bord cent cinq bouches à feu, se font sauter : des transports qui appartiennent à Yincenzo de Médicis, l'un s'échoue, l'autre est pris. Furieux d'avoir vu massacrer des parlementaires envovés par eux, les marins français bombardent Castellamare que nos mousquetaires aidés des insurgés d'Ippolito Pastina vont enlever, quand dans la nuit la Hotte ennemie est signalée.
Feux allumés et vent en poupe, Don Juan d'Autriche vient avec toutes ses forces, à l'exception de neuf galères que la houle a empêchées de quitter l'abri de Baio. « Avec une vitesse merveilleuse, » Richelieu coupa la ligne ennemie en deux, isolant des vingt-quatre vaisseaux de Borja et Doria de Tursi le petit groupe qui entourait Don
(J) Proclamation du duc de Guise. Naples, 24 décembre (Ibidem, p. 248''.
(2) La Lune, le Triomphe, le Triton, le Cardinal, le Tiqre el l Elheuf, l'oniniandés par Jacques Duuié, Menillet, Villeinoulin. Du Cluseau, Vieux- Marchais et Montenay.
(3) Capecelatro, t. II, p. 361. — Lettres de Mazabis, t. II, p. 559, note. — Mémoires du comte de ModÈne, 3'^ éd., t. II, p. 294.
Juan d'Autriche, l'amiral Francisco Diaz Pimicnta, (iiuseppe Caracciolo, prince d'Athènes, commandant la Réale, quatre bâtiments dunkerquois et un l)rù!ol ,1).
La mêlée commencée près de Capri fut très violente. Le Saint-Louis de Garnier attaquait à portée de pistolet deux bâtiments; et son artillerie admirablement dirigée par ringéi-iieur Blondel coulait le vaisseau portant le guidon de l'escadre de Dunkerque. Pimienta, dont un boulet parti du Soleil avait abattu le pavillon, pensa atteindre le duc de Kichciieu en lui détachant dans le flanc v\n brûlot. Mais le chevalier Paul, l'un des matelots de l'amiral, mit son Grand-Anglais en travers pour couvrir son chef (2). Richelieu fonçait sur Don Juan d'Autriche : à son bord, une foule d'officiers supérieurs le secondaient, Des Gouttes, Yalençay, Lusseraye, Rhodes, Rothelin, la Marte, Hautefeuille, La Ghesnaye, La Rochefoucauld, Du Hamel, Boisdauphin, etc. ; il ne fut pas jusqu'à un volontaire de quinze ans, d'Inquessand-Hocquincourt, qui ne se distinguât pendant l'action. Mais Don Juan d'Autriche rompait vers î^aples, le mât d'artimon cassé, la Réale très éprouvée par la mise hors de combat de nombreux volontaires 3). Le Haufrage du San Juan sur les récifs du château de l'OEuf et d'un autre à la Chiaja porta les pertes des Espagnols à sept cents hommes : nous, nous n'en perdions que cent vingt.
Glorieuse sans doute, livrée ^ sans avoir ni ports ni
(1) Aux termes des instructions données par Don Juan d'Autriche, les vaisseaux amiraux étaient couverts chacun par deux matelots. Tarragonc, 26 juillet 1647 (F. Duro, t. IV, p. 382). — Galeazzo Gualdo Pbioeato, p. 97.
(2) L'escadre propre à l'amiral framais comprenait le Grand-Aniflais, le Dunker(juois de Cabaret et l' Emineut de Bassompierre, avec le brûlot le Saint-Fernattd (Affaires Étrangères, Mémoires ut doeinnents 859, toi. 130).
(r>) Capechlatro, t. II, p. 370. — Flaminio Magnati et Alberto Brancaceio au cardinal Brancaceio. Naples, 23 et 26 décembre {Ibidem, t. Il, p. il, 235, 237).
mouillages » à des forces triples (l), l'action n'avait rien de décisif. Invité à la recommencer et à attirer l'ennemi au large pendant que le duc de Guise attaquerait en ville, Richelieu esquissa par deux fois, le 29 décembre 1647 et le l" janvier 1648, une attaque puis une retraite vers l'île Nisida et vers Castellaniare. Mais chaque fois, Don Juan évita le contact. Et faute d'abri, ce fut Richelieu qui se trouva forcé, le 5 janvier, de quitter le golfe, sans avoir débarqué la batterie offerte par la France aux insurgés, sans leur avoir fait savoir qu'il avait dix-huit cents hommes pour les appuyer. L'objectif de la campagne était manqué.
Mazarin en fit d'amers reproches à A^alençay (2) : « N'avoir point desfaict l'armée ennemie, — comme nous pouvions le faire à l'abord, — de peur du canon des forteresses, avoir fait mystère aux Napolitains du fait que toute l'armée estoit à leur disposition, estre parti de ces mers, sans donner cœur au peuple par l'espérance de nous revoir bientost, enfin avoir laissé l'armée d'Espagne aux postes d'où il y avait ordre de la chasser ou de ^ périr, estoient de justes sujets de plaintes. »
L'issue de l'aventure ne le prouva que trop. Notre prestige était ruiné à Naples. On faisait courir le bruit — et ces populations crédules y ajoutaient foi — que notre flotte venait recevoir « l'argent caché sous des fruits que Dom Juan d'Autriche envoyait à Mazarin (3) h . Le 6 avril 1648, la restauration espagnole à Naples était un
(J) Louis XIV au duc de Richelieu. 24 janvier 1648 (Affaires Étrangères, Mémoires et documents 860, fol. 30, 31).
(2) Le 1" février (Affaires Etrangères, Mémoires et documents 859, fol. 206). — Brienne au marquis de Fontenay. 24 janvier (Loiseleur, P-26i).
(3) Lettre d'un gentilhomme romain à un Français dans le Recueil de diverses pièces qui ont paru durant les mouvemens derniers de Vannée 1649. 1650, in-4», p. 518.
GUERRE DE TUEMi: ANS Ui
fail accompli au cri de u la I^aix! Point de {jabelles! " Le duc de Guise, alors à Nisida, prenait la fuite, mais tombait prisonnier il i .
Nous i^ardions Tillusioa que « délivrés de Tembarras de M. de Guise, les choses pourraient se renouer avec plus de succès qu'auparavant {2) », qu'un prince à l'esprit délié comme Thomas de Savoie réussirait et que son intrépidité suppléerait à son ignorance de la marine (3). Au duc de Richelieu furent adjoints, <i pour sonder le gué, » un prélat italien et un maréchal de camp comme diplomates : le cardinal Grimaldi et Bernard de Besançon sieur Du Plessis. Nos forces, celle fois, étaient bien supérieures à l'escadre de couverture qui protégeait Naples. Nous avions dix-neuf galères contre les dix du j)rince d'Avello, douze vaisseaux contre dix. Mais aucune commotion ne se produisit à l'apparition de notre Hotte le i juin.
L'insurrection avait été décapitée; « les esprits, quoique fort émus, demeuraient sans agir; » Doria d'Avello se contentait de suivre nos évolutions sans s'engager. Le chevalier Paul, une fois de plus, mit en relief a son bon marinage, sa vigilance et sa résolution» légendaires. Le 8 juin, il coupait la route à deux vaisseavix, en acculait un sous le canon de Pouzzoles et l'approchait à portée de mousquet; malgré le feu d'une batterie amenée de Naples et d'un millier d'hommes qui bordaient la côte, il l'enlevait après deux heures d'un combat où la frégate de Vieux- Marchals lui avait prêté un énergique appui. L'autre vais-
(1) Cf. la Prise des villes fie Salerne, Nocera, la Cava, de la tour de la Nonciata, de Pozzunlo et de plusieurs autres dans le royaume de Aaples par M. le duc de Guise es années 1647 et 16 18. In-fol.
(2) Du Plessis-Besançon à Mazarin. Toulon, il avril (Mémoires de De Plkssis-Besani.ox, éd. du comte lloniiit; dk Hkaicaihk. Paris, 18U1, iii-8", p. 301).
{^^) Mazaiin au cardinal Grimaldi. 8 mai [Lettres de Ma/.aiu>, t. III, p. 114).
seau, un transport également, avait été capturé par la frégate d'Apremont (l).
Ce fut le seul fait saillant d'une croisière de quinze jours. Yincheguerre et Baillebaut avaient représenté au conseil que, « si on n'avait pas la terre à faveur, » lès galères risquaient d'être drossées par la tourmente; or, avec les seuls détachements des régiments de Montpezat et Perrault, on ne pouvait enlever la place de Casteilamare, que défendaient six cents Espagnols.
Le duc de Richelieu revint donc attendre à Tile d'Elbe le prince Thomas de Savoie, commandant suprême des forces de terre et de mer (2), qui amenait vingt-trois vaisseaux, huit brûlots et deux flûtes f3), deux mille cinq cents fantassins et cent soixante-dix cavaliers (4). Pour armer cette grosse flotte, Mazarin avait « demandé comme l'aumône à des particuliers (5) » ; une crise de chef lui faisait quêter des conseils au prince de Gondé (6). Mais il attendait, en retour, une action décisive qui " réduirait les Espagnols à consentir à la paix généralle " : et il se berçait de l'espoir que » leur domination violente ne pourrait estre davantage suportée par le peuple très fidèle de Naples qui réclamait incessamment nostre
(1' Du Plessis-Besançon à Mazaiin. De la rade du Pausilippe, 7 juin — Casteilamare, 11 juin (Mémoires de De PLESSis-BESiMios, p. 309). — Pennautier à l'abbé de Saint-Nicolas. Du Brézé, dans le golfe de ^^aples, 12 juin (LoisELEUR, p. 336, note). — « Instruction de M^'' le cardinal au sieur Du Plessis-Besançon s'en allant à 2^aples, en mars 1648 » (Joseph Reinach, p. 16).
(2) Suivant lettres patentes du 8 mai (B. N., Franc. 4223, fol. 14).
(3' Le Rou.x d'Infreville à Mazarin. Toulon, 6 juillet (Archives Nat., Ma7ine B3^ fol. 347).
(4) Une liste des détachements embarqués en mai à Toulon, cavaliers de Brissac, puisses de Reding, fantassins des régiments de la Marine du Levant, Du Gua, d'(J.\elle, se trouve dans le ms. B. ?s., Mélanges Colbert 62, fol. 433.
(5j Mazarin à Gondé. 30 avril et 21 mai (Duc d Aumale, t. V, p. 572 et 575).
(6) Mazarin '^'Condé. 28 mai {Ibidem, p. 526).
GU El! HE DE TRENTE ANS I43
secours (l) ». Le j)riiice de vSavoie avait ordre de livrer bataille, même s'il avait une demi-douzaine de vaisseaux de moins que ses adversaires (2). Et à l'estime de Mazarin, même réunies, les Hottes de Naples et de Cadix ne dépassaient guère la nôtre (3).
Sur ces espoirs chimériques soufHa la triste réalité. Du vaisseau amiral, le maréchal de camp Du Plessis-Besançon écrivait (4) : « Pour conquérir une si belle pièce » que le royaume de Naples, nous manquons de troupes. <* Dix mille hommes effectifs, le quart de bonne cavalerie, une somme notable d'argent comptant et un général de réputation, " voilà ce qu'il faudrait. Il aurait fallu Condé. Mais Condé était à l'armée du Nord.
L'imposante démonstration de nos soixante-dix voiles devant Naples, le 6 août, ne provoqua « ni émotion, ni soulèvement » . L'île de Procida à l'entrée du golfe fut occupée comme base d'opérations (5); et la flotte prit, le 9 août, la route de Salerne. La montagne borde comme une muraille la côte nord : dans l'une des rares brèches qui s'y ouvrent, à Vietri, débarquèrent dix-neuf cents matelots de Montade et des capitaines de galères de Sainte-Maure et de Vins, que suivirent avec deux pièces lourdes quinze cents hommes des régiments de Sault, Perrault et Montpezat. Nos matelots, poussant les Espagnols l'épée dans les reins jusqu'à trois cents mètres des remparts de Salerne, s'installaient à cheval sur la route
(1) Lettres de Louis XIV nommant commandant en chef le prince de Savoie, 8 mai (B. X., Franc. 4223, fol. 14; Guerre, Archives historiques 3786, fol. 236).
(2) Ordre de Louis XIV. 15 juin (Giiei-io, Archives liigtoriques 107. fol. 314).
(3) Quarante vaisseau.x, 8 brûlots et 29 galères d'Espagne contre 40 à 42 vaisseaux, 10 brûlots et 21 galères de France (Mazarin à Condè, 28 mai).
(4) Rio, ile d'Elbe, 3 juillet: et Porto-Longonc, i'i ^uiWct (Mémoires de Du Pl?:.<sis-Besam:ox, p. 324, 331).
(5) Mémoire pour la Cour. Procida, 7 août (Ibidem, p. 333).
qui mène à la Gava. Montade était blessé, le capitaine de vaisseau de Lusseraye était tué, les capitaines de vaisseau François de Bassompierre, de Salenove et de Mesgrigny avaient des blessures. A part le concours de la bande de Polito Pastina, nous ne rencontrions que de » la froideuru parmi la populace. Avisé que trois mille hommes arrivaient de la Gava au secours de la garnison de Salerne, le prince Thomas de Savoie décampa dans la nuit du 13 au 14 (1). Puis il évacua Procida et revint à Toulon.
La démoralisation avait gagné nos marins : ils se mutinèrent et blessèrent à bord de l'amiral deux capitaines (2). Le fàcheu.x exemple que donnaient par leurs altercations le général des galères et le contre-amiral de Montade, n'était point de nalui'e à maintenir la discipline (3). Il ne pouvait plus être question » d'aller chercher l'armée ennemie pour la combattre et agir ensuite aux costes de Gatalop'ne (4) )) . Il fallut désarmer.
Ainsi huit l'aventure napolitaine où nous avait lancés Mazarin. « Si le cardinal de Richelieu eût été vivant, elle eût eu une bien plus grande suite (5). »
Elle avait immobilisé toutes nos forces navales, quelques frégates garde-côtes exceptées (6), dans un moment où
(i) Mémoire pour la Cour. De la rade sous Procida, 16 août {Mémoires de Du 1^lkssis-Bks\nc;on, p. 335).
(2) Fricanibault et La Boche. Dépêches de Le Roux d'Infreville. Toulon, 5 et 12 octobre (Archives Nat., Marine B^;, fol. 383 : B. N., Nouv. acq. franc. 9390, fol. 15).
(3) Louis XIV au duc de Richelieu. 8 août (Affaires Etrangères, Mémoires et documents 860, fol. 117, 120).
(4) Ordre du 15 août rapporté le 2 septembre (Ibidem, fol. 140).