‹ Histoire de la marine française (volume 4)Chapitre 14 sur 75 · MONTGLAT · texte numérisé non relu

MONTGLAT

(6) Instruction au commissaire De Gorris d'armer les frégates Marquise et Charité avec une flûte pour amener 400 soldats à Calais, 3 avril 1648 (Archives Nat., Marins, B*.^, fol. 60). — « Estât des vaisseaux de guerre qui servent à l'escorte " des convois de sel pour Brouage et des convois de vin pour Bordeau.x : le Saint-Michel, 20 canons, 70 hommes, capitaine Charles Le Kov Dumé; le Don-de-Vieu, 26 canons, 100 hommes, Adrien Godefroy de Nipiville; V Affection j-enaissante de Dieppe, 16 canons, 70 hommes,

rennemi, servi par les menées de la duchesse de Chcvreuse, méditait un coup de main du côte de la Rochelle ou de Saint-Malo (I). Il fallut >< en grand secret » constituer une petite flotte pour paralyser, par le blocus de Nieuport, l'appareillage des contingents ennemis (2).

La marine hollandaise n'était plus aux côtés de la nôtre. Au congres de diplomates qui depuis quatre ans s'efforçait en Weslphalie d'asseoir le statut de l'Iùirope, l'Espajnie avait fini par reconnaître, le 30 janvier IG4H, un fait de longue date acquis, l'indépendance des Provinces-Unies. La crainte de l'hégémonie maritime de la Suède dans les mers du Nord, où le traité d'Osnabruck allait lui donner la Poméranie, avait rapproché de l'Espagne les Étatsgénéraux (3). Et la Hollande s'était faite le courtier marron de l'ennemi. Les vaisseaux qui s'assemblaient à Nieuport pour jeter deux ou trois mille Espagnols sur nos côtes, avaient été secrètement frétés en Hollande (4). L'un des bâtiments qui avait combattu devant Naples contre le chevalier Paul, était hollandais (5). Et de riches cargaisons se dérobèrent à nos coups en se plaçant sous le pavillon neutre (6).

L'éclipsé de notre alliée avait eu de plus graves conséquences encore. Avant d'avoir traité avec elle, l'Espagne

Jacques de Sennes , 2 frégates île 26 et 12 pièces. 150 hommes, Jacques Carel de Meautrix (B. N., Mélanges Colbert 62, fol. 431).

(1) Mazarin à Condé. 6 juin (Duc d'Admale, t. V, p. 588). — Mazarin au comte du Daugnon. 14 juin (^Lettres du cafdinal Mazabin, t. III, p. 139) — L. Batiffol, la Duchesse de Chevreuse. Paris, 1912, in-8'').

(2) Mazarin à Condé. 9 septembre (Duc d'Aum.\le, t.V, p. 639).

(3) Mazarin à Servien. 5 juin 1648 [Lettres du cardinal Mazaiun, i. 111, p. 129).

(4) Mazarin au comte Du Daugnon. 14 juin (I/)iilevi, p. 139).

(5) Le Chat Dore, intercepté plus tard par Du (Juesne. Dépêche <le Du Quesne à bord du Jupiter, Cap de Gâta, 10 novembre (B. iS., Nouv. acq. franc. 22736, fol. 146).

(6) L'Apollo, par exemple, transportait une cargaison espagnole d'un million Dépêclie de Le Boux d'Infroville. 17 mars 1649 (B. N., Nouv. acq. franc. 9390, fol. 25).

inclinait à parler de paix avec nous et à nous abandonner les présides de Toscane, Piombino et Porto-Longone. Après le 30 janvier, le plénipotentiaire Penaranda reçut de tout autres directives (1). Il quitta le congrès de Westphalie. Alors que l'empereur d'Autriche, sous la pression des armées de Turenne et de Wrangel, consentait le 24 octobre 1648 à nous reconnaître comme frontière le Rhin, le roi catholique refusait de souscrire à l'abandon de Dunkerque et du Roussillon.

« Avec les Espagnols, le flegme, la patience et une prudente dissimulation, toutes qualités peu ordinaires au Français, sont du tout nécessaires, » disait Richelieu à Mazarin (2). Le cardinal italien avait négligé l'avis. Outrant la pensée de son illustre prédécesseur, à nos plénipotentiaires en Westphalie il avait donné comme consigne d'obtenir, par la dévolution des Pays-Bas espagnols, l'extension de nos " frontières jusques à la Hollande et, du côté de l'Allemagne, jusques au Rhin, formant à la ville de Paris un boulevard inexpugnable (3). " La réponse avait été une tentative d'invasion. Dans une vigoureuse riposte, Condé répétait dans les plaines de Lens, le 20 août 1648, sa victoire de Rocroi. Mais déjà l'Espagne retournait contre nous l'arme dont l'avait frappée Richelieu : la guerre civile. L'une des premières victimes en sera précisément le vainqueur de Lens.

(1) Mazarin à Sersien. 29 mai 1648 [Lettres du cardinal Mazap.is, t. III, p. 122).

(2) Fin janvier 1642 [Lettres de ^icii^i^iv.^: , t. VII, p. 898).

(3) 20 janvier 1646 {^Lettres du cardinal Mazarin, t. II, p. 710).

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