‹ Histoire de la marine française (volume 4)Chapitre 21 sur 75 · L'OOYSSÉE DE PRINCES FUGITIFS · texte numérisé non relu

L'OOYSSÉE DE PRINCES FUGITIFS

Un drame poignant venait de se jouer entre un monarque magnanime auquel on ne pouvait reprocher que la faiblesse de la clémence, et un de ces esprits remuants et audacieux qui semblent être nés pour changer le monde (I). Charles I" d'Angleterre avait perdu la partie et Olivier Cromwell l'avait mené à l'échafaud le 30 janvier I6i9. Longtemps, une fille de France avait soutenu, avec l'énergie qu'elle avait héritée de Henri IV, le trône chancelant de son mari. Puis, Henriette de France était venue abriter à la Cour de Louis XIV la misère et le deuil de son veuva{;c.

A la tète d'une escadrille restée fidèle, ses neveux continuèrent la lutte longtemps après que la monarchie anglaise eut sombré dans le sang. Chassés de leurs foyers par la guerre de Trente Ans, les princes palatins Rupert et Maurice n'avaient plus d'asile que sur les flots. Rien d'émouvant comme l'odvssée (2), à travers les mers d'Europe, de leurs onze vaisseaux pourchassés sans trêve ni merci par les soixante-cinq bâtiments des colonels Blake, Popham, Dean, Penn et Moiik, mués en amiraux par la république de

(1) BossuKT, Oraison funèbre d'Henriette de France, prononcée le 16 no%embre 1669. Paris, 1669, in-4°.

(2) Eliot WARnoRTOX, Memoirs »f prince Rupert and the cavaliers. I-ondon, 1849, in-8% t. III, p. 297.

Cromwell. A Helvoetsluys en Hollande, Rupert s'était dérobé à l'étreinte de War\vick;à Kinsale en Irlande, il était resté insaisissable; et le printemps de 1650 le vit dans les eaux du Tage, harcelé par Blake.

Malgré la prudente consigne de « vivre avec les Anglois, tant royalistes que parlementaires, comme avec des amis (1), " nos marins avaient pris le parti du malheur. Et pourquoi a trouver mauvais qu'ils armassent pour un roy légitime, parent et allié de leur roy (2), v alors que les républicains anglais commençaient contre nous « une espèce de guerre » sourde (3), alors par exemple que Blake cernait sous le fort de Duncannon en Irlande un vaisseau dunkerquois avec sa prise turque et forçait nos deux cent trente marins à hisser « le drapeau de soumission (4). »

Et voyez le contraste. De simples navires marchands du parti parlementaire refusaient à nos vaisseaux de guerre le salut. Le chevalier de La Ferricre n'était pas d'humeur à supporter la plaisanterie : attaqué pource fait, l'Atalantede trente-cinq canons, qui arrivait de Smyrne, prenait feu et sautait avec tout l'équipage, des passagers arméniens et le fils d'un ambassadeur d'Angleterre (5). Quatre autres navires anglais de même provenance, invités à exhiber leurs papiers, répondaient au chevalier Henri d'Anglure de Bourlémont » que leur commission estoit à la bouche

(1) Louis XIV au chef d'escadre Dumé. 7 décembre 1646 (Borély, Histoii'e de la ville du Havre, t. II, p. 607).

(2) Ainsi parlait le capitaine de vaisseau Henri d'Anglure de Bourlémont, 1649 (B. N , ThoisyQO, fol. 481).

(3) Mémoire touchant le commerce avec l'Angleterre par Colbert. 1650 (GuizoT, Histoire delà république anglaise. Paris, 186J, in-8°, t. I, p. 452- 465).

(4) Olivier Cromwell au speaker William Lenthall. Ross, 14 novembre 1649 (Thomas C\RLYLE, Olivier Cromwell, sa correspondance, ses discours, traduit par Edmond Barthélémy. Paris, 1911, in-7°, t. II, p. 254).

(5) Avis de Marseille. 30 janvier 1649 (Gazette de France, 1649, p. 108, 131). — Journal des voyages de M. deMoisconys, t I, p. 483 : cf. ci-dessus, p. 168, note 2,

de leur canon. » Henri d'Anglure l'y alla chercher et, après un rude combat qui lui coûta quatre-vingts hommes, il enleva le navire et la riche cargaison du capitaine Knowles de Londres (1).

Quelque soin que prit la royauté de désavouer ces prises {"2], quelques :i défenses plus expresses qu'elle fit de servir le roy de la Grande-Bretagne, (3) " nos chevaliers de Malte se livraient à la chasse aux navires parlementaires comme s'il se fût agi d'une guerre sainte, tant et si bien que le grand maitre devra en 1651 la leur interdire (41. Le chevalier de Hauville y perdit la vie, le chevalier Louis de Forbin de Gardane ses officiers et quatrevingts hommes (5), deux autres chevaliers leurs vaisseaux, la liberté et la vie.

Les chevaliers Pierre Dumont de La Lande et Charles Dumont de Fonteny (6), partis du Blavet avec six navires de guerre f7), avaient pris la route de Gibraltar. C'est alors qu'une demi-douzaine de navires de guerre français,

(J) Jugement de bonne prise par l'aniiraulé royaliste de l'île de Jersey. 5 janvier 1650 (B. N., Thoisy 90, fol. 481).

(2) Ainsi la prise de la Licorne faite par les chevaliers Paul et de La Perrière, 1650 (Affaires Etrangères, Mémoires et docuvients 897, fol. 274.)

(3) Déclaration du capitaine H. de Bourlemont, 1650 (B. N , Franc. 18593, fol. 332 v").

(4) Vebtot, Histoire des chevaliers de Malte.

(5) D'Infreville à Brienne. Toulon, 22 novembre 1649 et 26 avril 1650 (Archives Nat., Marine B'',,, fol. 484, 526). — Sur les armements des chevaliers Mole et de Collongue, cf. B. N., Thoisy 91, fol. 37. — Le chevalier Mole, commandant le Soleil, enlève la Catherine dorée; le chevalier de Gardane, commandant la Pucelle, se rend maître de la Société; Fricambault, capitaine du Faucon, capture le Chevalier Vert (A. Jal, Abraham Du Quesne, t. I, p 210). — Le chevalier Paul capture l'Apollo, le chevalier de La Perrière la Licorne (Affaires étrangères. Mémoires et documents 897^ fol. 274), et le chevalier de Hauville le Chien L.evrier (B. N., Franc.

(6) 11 Estât des chevaliers de l'Ordre de Saint-Jean qui ont servy le roy dans ses armées de mer» (.archives Nat., Marine C?\).

(7) Ae Véritable courrier bordelais. 1650, in-4*, p. 7. — L^' Arrivée du sixiesme courrier bourdelois . 1650, in-4'', p. 7.

— leur escadre sans cloute, — livra un combat acharné par deux fois renouvelé à trois bâtiments britanniques venant du Levant, et les coula en se faisant «déchirer» (1). Elle allait succomber elle-même dans une suite de rudes combats. Fonteny tombait en juillet 1650 dans la division du contre-amiral Richard Badiley près de la baie de Lagos : attaqué par V A aventure d'Andrew Bail, il se faisait tuer; et sa flûte coulait bas en entraînant une partie de ses adversaires dans Tabîme (2).

Le Jules du chevalier de La Lande, beau vaisseau de trente-six canons et cent quatre-vingts hommes, eut plus d'infortune encore. Le 30 octobre 1650, il approchait sans méfiance du Phœnix battant pavillon amiral, qu'il prenait pour le vaisseau du prince Rupert; La Lande montait à bord... Il était prisonnier de Blake (3j.

Blake, lancé à la poursuite de Rupert qui venait de détruire près de Malaga une flottille anglaise, avait sept vaisseaux de guerre : Rupert, renforcé par plusieurs de nos corsaires, en avait un plus grand nombre, mais éparpillés de toutes parts. Le 12 novembre, Blake capturait près du cap Palos un vaisseau français de vingt canons, le Lmiis-de-France ; le lendemain, c'était le tour du Rœbuck, de trente-quatre canons ; le 14, le Prince-Noir, cerné à trois lieues de Garthagène, se faisait sauter; quatre autres navires royalistes s'échouaient dans la baie de Garthagène; avec les deux derniers (4) et quelques conserves, les princes Rupert et Maurice gagnaient la France, laissant à

(1) Nouvelles ordinaii-es de Londres, 1650, p. 66.

(2) Tlîoiiias Alfred Spaldisg, A Life of Richard Badiley, vice-amiral of the Fleet. Westminster, 1899, in-8°, p. 24.

(3) Réminiscences of Richard GinsoM (1649-1665), apud S. Rawson Gin- DINKR, Letters and papers relating to the first dutch ivar, NavY records Society, 1899, in-8°, t. I, p. 3. — Nouvelles ordinaires de Londi-es, 1650, p. 88, 99. — Julian S. Corbett, Enqland in the Mediterranean,\. I, p. 211/

— GuizOT, t. I, p. 452.

(4) La Reformntion et l' Hirondelle.

Fermentera, sous une pierre que signalait un drapeau blanc, des inslrucLions pour leurs partisans (1).

En les voyant paraître le 5 décembre 1650 en rade de Toulon, le chevalier Paul fut des plus embarrassés. La consigne élait « d'obliger ces princes avec de belles apparences, " tout en les éconduisant » aftin de n'attirer point les parlementaires dans nos ports (2). » Mais en vain, de son bord, le chevalier Paul fit-il représenter aux fugitifs l'insécurité de Toulon. Ils entrèrent dans le port avec six vaisseaux. Le sort en était jeté. Une réception solennelle h l'iiùtel de ville au bruit des salves d'artillerie, un banquet à bord de la Reine tirent des accrocs à notre neutralité (8). Le prêt de vingt-cinq canons tirés de l'arsenal et de soixante milliers de poudre (4) la compromit davan- :agc. Et lorsque, le 7 mai 1651, après avoir passé l'hiver à Foulon, où dix-sept vaisseaux des parlementaires les tenaient bloqués (5), les princes reprirent à travers les Dcéans leur course vagabonde, nos gouverneurs des An- ,illes les hébergèrent ; l'odyssée du prince Rupert finit par an échouage dans la Loire, en aval de Nantes, où fut îcoulé le produit de ses captures. Bien plus, comme le jarti royaliste venait d'être délogé des iles Normandes, 'amiral duc d'York transféra à Brest l'amirauté jersiaise îhargée de prononcer sur les prises (6).

Le Parlement anglais fit entendre de vives protestations.

(1) llapport du capitaine Saltonstall, cotiimandant le John dans la flotte le Blake. Les dates de ce rapport sont ramenées au style nouveau (2souellcs ordinaires de Londres, p. 105-112).

(2) Le chevalier Paul à Mazarin. Toulon, à bord de la Reine, 17 et l3 janvier 1651 (Affaires Etrangères, Mémoires et documents 878, fol. 13, ■2. — Archives de la ville de Toulon, BB. 60, fol. 177-191).

(3) Warbdrton, Memoirs of prince Rupert, t. III, p. 318.

(4) Louis XIV à César de Vendôme. 14 avril (xlffaires Etrangères, Mémoires et documents 1717, fol. 169).

(5) Avril 1651 (Journal des guerres ciuiles de Dubuisson-Adrenay, éd. T. Saige, t. II, p. 54).

(6) Warbcrton, t. III, p. 387, 419. — Corhett, t. I, p. 227-234.

Déjà, le 5 janvier 1651, notre chargé d'affaires avait été chassé de Londres. Nous n'avions point su « prendre de sûretés par de nouvelles conventions avec le régime présent d'Angleterre (1), » que l'Espagne avait eu l'habileté de reconnaître. Cette indécision nous vaudra bientôt un désastre naval.

L'ORMEE BORDELAISE

La Fronde des princes n'avait pas de chef. Mazarin lui en donna un. En février 1651, après un an de détention, Condé sortait de la citadelle du Havre : le cardinal luimême en avait ouvert les portes avant de prendre le chemin de l'exil. Mazarin succombait sous l'aversion générale. Mais la faveur de la reine Anne d'Autriche lui restait fidèle. Vovant qu'il n'avait point d'ascendant sur elle et a craignant un second emprisonnement (2), » le Grand Condé quitta la Cour le 13 septembre pour gagner son gouvernement de Guyenne. Il appela à lui le comte de Marchin, commandant des troupes de Catalogne, et se mit à la tête des mécontents.

Placée dans une situation critique, Anne d'Autriche lança contre Condé un édit de lèse-majesté. Le nom de Condé était un drapeau. Les La Tréraoille et La Rochefoucauld le mettaient en possession de la Saintonge. La noblesse normande prit fait et cause pour lui. Le duc de

(i) Déclarait Golbert. 1650 (Grizox, t. I, p. 452). — Le Mémoire de Golbert « touchant le commerce avec l'Angleterre " a été publié par P. Grimblot dans la Revue Nouvelle du 15 novembre 1845.

(2) Colonel BiLTAZiR, Histoire de la guerre de Guienne commencée sur la fin du mois de septembre 1651 et continuée jusqu'à l'année 1653. Cologne, 1694, in-12 : réimpression par Charles Barry. Bordeaux, 1876, n-8° , p . 1 .

LA GUERUK AVEC L'ESPAGNE l'O

Nemours s'apprêtait à le joindre avec des troupes levées dans le Nord. Des Pays-Bas espagnols, une armée allait venir.

(' Le prince de Condé (1), pour lequel l'éloquence la plus sublime est trop rampante quand elle ose entreprendre de le louer, ne fit jamais rien d'indigne de sa glorieuse naissance que lorsqu'il vint en Guyenne porter ses armes contre le Hoy. "

Condé et Gonti n'avaient pas rougi d'ouvrir à l'Espagne les portes de la France. Par le traité du (J novembre 1G51 signé à Madrid (2), les princes livraient la Gironde moyennant l'octroi d'un demi-million de palagons : une armée navale de trente vaisseaux espagnols avec quatre mille hommes de troupes vint, aux termes du traité, occuper la place de Bourg qui commande l'entrée du fleuve. Et bientôt leurs officiers " se promenèrent dans Bordeaux aussi librement que s'ils eussent été en Espagne (3). " Le 10 décembre, Louis XIV mettait les Bordelais hors la loi; au Parlement de Paris, Gaston d'Orléans le traitait dédaigneusement de " roi de Bourges (4). »

Bordeaux essaimait la révolte et comptait des filleules comme aux temps passés. Un mathématicien avait c veu dans les astres que Bourdeaux devait estre une puissante république (5). » Singulière république qu'une cité où se disputaient, les armes à la main et sous les veux de l'étranger, de multiples factions, où la Grande Fronde des princes, aux prises avec la Petite Fronde du parle-

(1) Baltazab, préface au lecteur.

("2) Abrku y Bekïodano, Coleccion de los tratados de paz. Madrid, 1751, in-4.«, t. VI, p. 110.

(3) Jean Vallier, t. III, p. 50, 105, 111.

(4) H. CounTEAUi.T, Un journal inédit du Parlement de Paris pendant la Fronde (1" déc. 1651-12 avril 1652), dans V Annuaire-Bulletin de la Société de l'histoire de Fr&nce, 1917, p. 184, 226.

(5) Lenet à Condé. Bordeaux, 1"' juillet 1652 (Gosnac, Souvenirs du rèqne de Jmuîs XIV, t. IV, p. 290).

ment, avait trouvé pour rebondir l'appui des trublions de rOrmée. Ainsi nommée de l'orme entouré d'un serpent qui lui servait d'emblème, de même que le bouquet de paille était le signe de ralliement des frondeurs, l'Ormée avait ses lois, ses magistrats, sa force armée, ses diplomates (I). Elle rééditait, au profit de Condé et de Gonti, la rébellion advenue un quart de siècle auparavant à la Rochelle avec l'appui de Soubise.

Une page poignante dépeint notre détresse : « Ainsi s'acheva l'année 1651 dans une confusion incroyable de toutes parts, chacun tâchant de venir à bout de ses desseins par quelque moyen que ce fût, et même en trompant son compagnon. L'ambition et l'intérêt particulier régnoient si absolument partout, et le désordre étoit si général, et la licence des gens de guerre si effrénée dans toutes les provinces que la France étoit à la veille de sa ruine (2j . »

» L'oubli de ses devoirs (3) " avait jeté dans le parti de la Fronde un homme qui était à la fois gouverneur d'un de nos ports de guerre dans le Ponant et général des galères dans le Levant, un Richelieu! La défection d'Armand-Jean duc de Richelieu entraînait celle de son lieutenant-général Philandre de Vincheguerre qui, au soir d'une noble et glorieuse carrière, se faisait révoquer (4) ; puis, la gangrène de l'insurrection gagnait le corps des galères presque tout entier (5). Forbin, placé à la têle des marins restés fidèles, devait recourir au concours des consuls de Mar-

(1) A. GoMMUNAY, iOrmée a Boideaux d'après le journal inédit de J. de Filhot. Bordeaux, 1887, in-8».

(2) Journal de Jean Vallier (164-8-i()57), éd. H. Courteault, t. III, p. iil.

(3) Louis XIV aux consuls de Toulon. 10 avril 1652 (A. Jal, Abraham Du Quesne, t. I, p. 195).

(4) 13 juin 1651 (A. Jal, Dictionnaire critique, p. 1276).

(5) Louis XIV aux consuls de Toulon. 1.3 octobre 1651 (Affaires Etrangères, Mémoires et documents 1717, fol. 252).

seille et de Toulon (I), de même qu'au Havre c'était aux échevins que recourait la royauté pour désigner un capitaine de vaisseau (2). Tel est notre désarroi que » de trente ans, il ne fauldra plus faire estât d'armée navalle en France. »

Dans le Ponant, le personnage ondovant et divers qu'était le vice-amiral Du Daugnon, après avoir oscillé (3), avait trahi : il avait passé avec quelques capitaines au service de la Fronde. Au lieu de bloquer Bordeau.x, il la couvrait. La Rochelle contrastait par sa ferme attitude avec Bordeaux. P'ile s était soulevée le 27 novembre 1651 contre Foucauld Du Daugnon qui l'offrait à Cromwell (4) ; et elle l'avait vomi. L'île de Ré l'avait expulsé. Condé, « presse de touts costés, » obligé de désarmer ses propres vaisseaux à Bordeaux, ne pouvait venir en aide au comte Du Daugnon « qui n'était point homme à se payer de galimatias; » et il quêtait pour lui des vaisseaux espagnols et de l'argent (5), au moment où l'on armait « pour raccourcir les longes de cet oiseau de proie (6). "

L'oiseau de proie, dans son aire de Broua^je, avait douze navires et six galiotes à l'affût le 6 juillet 1652, quand Benjamin de La Rochefoucauld d'Estissac parut à la tête de seize vaisseaux et neuf galiotes de la Rochelle (7).

(i) Louis XIV aux consuls de Marseille. 5 juin 1652 [Ibidem 1718, fol. 85).

(2^ I.,ouis XIV aux échevins du Havre. 3 novembre I(j5i (Borély, t. II, p. 584).

(3) En mai 1651, il négociait avec Condé l'échange de Brouage contre le duché de Châteauroux (Dunuisso.N-ArnE.xAY, t. II, p. 70).

(4) Par son émissaire Conan. Londres, 10 novembre 1651 n. st. (^Samuel Rawson Gabdineb, llistory of the Coinmonwealth and protcctorate, t. II, p. 90).

(5) Bergerac, 4-10 février 1652 (Duc d'Acmale, t. VI, p 509. — Georges BeRI IIOMIKIl, p. 36)

(6) Jean Vallier, t III, p. 48. Louis XIV avait mandé à César de Vendôme d'armer dix vaisseau.x. 9 décembre 1651 (Affaires Etrangères, Mémoires et documents 1717, fol. 287).

(7) L attaque avait été préconisée par le marquis Du Plessis-Bellière. Du

Accueilli par le feu convergent des batteries de terre et de mer, accroché par trois adversaires, Estissac se rendit : trois de ses bâtiments étaient en flammes et quatre sous les flots. Foucauld Du Daugnon n'accusait comme pertes que deux navires, onze officiers, quatrevingts matelots (1). Et c'était lui qui retournait contre la Rochelle, avec l'appui de la flotte espagnole et des Allemands du baron de Vateville (2), le blocus dirigé contre lui.

La situation devenait sérieuse. Des flottements se produisaient dans l'état-major de la marine. Le commandant d'une division armée à Nantes, Henri Danton de Pontézière, passait au parti des insurgés (3). Un capitaine de brûlot désertait en pleine manœuvre. Le capitaine de vaisseau de Fricambault prenait un commandement dans le régiment des chevau-légers d'Enghien à Bordeaux (â). Le capitaine de Meautrix, en Normand madré, se défilait (i pour affaires particulières (5) » et ne « rentrait dans l'obéissance » que la tourmente passée (6). Les matelots rebelles ne se laissaient pas intimider par « le grand fracas » d'une proclamation qui menaçait d'exil leurs femmes et leurs enfants (7). On croyait si peu à l'entrée en campagne de la flotte royaliste que les Rochelais di-

Plessis-Bellière à Le Tellier, 4 mai 1652 (Cos>'AC, Souvenirs du règne fie Louis A7 F, t. III, p. 229).

(1) Relation véritable de la dcffaite de l'armée navalle muzarine près Broûaqe par le comte Du Doqrton, ensemble la liste des morts et prisonniers, avec la prise du butin et de dix vaisseaux, et six galliottes coulez a fonds. Paris, 1652, ia-4°.

(2) 13* et 17^ Courrier Bourdelois. Paris, 1652, in-4°.

(3) Relation véritable de tout ce qui s'est fait et passé à la chasse donnée aux Espagnols par Messieurs de Bourdeaux . Paris, 1651, in fol.

(4) A. Jal, Abraham Du Quesne, t. I, p. 181.

(5) 15 juillet 1652 (A. Jal, t. I, p. 196).

(6) 30 septembre (Ibidem, p. 205).

(7) Du Plessis-Bellière à Le Tellier, Marennes, 4 mai (Cosnac, t. III, p. 229. — B. N., Cangé 79, fol. 28.)

iaient ironiquement : • On sème encore le chanvre pour ui faire des cordages (l). »

Bataille navale du Pertuis d'Antioche.

(9 août 1652.)

C'est que la confiance ne se commande point : César de V^endôme n'avait rien pour l'inspirer. Il écrivait humblement au chef d'escadre de Normandie : « Je souhaiterais jue votre santé vous permît de venir faire la charge de v^ice-amiral en ce voyage : je recevrais vos instructions et leçons avec joie (2). " A défaut de Dumé, trop malade pour rejoindre, Vendôme embarque le commandeur François de Nuchèze (3) et le chevalier anglais Georges Carteret (i), des marins de carrière. Et pour avoir demandé conseil, il vaincra. Les instructions royales le pressent de « dresser la manœuvre de la flotte droit où celle des ennemis se fait voir " pour la forcer à combattre ou à se retirer (5) " du blocus de la Rochelle.

Quittant Brest le 29 juillet 1652, Vendôme rallie en route la division nantaise armée par le duc de La Meilleraye, aux Sables deu.\ cents hommes du lieutenant-colonel de Fratteau, au fort de la Prée les fantassins de La Louche, à la Rochelle des volontaires et les galiotes du capitaine Pineau, et à la tête de dix-huit vaisseaux et frégates, cinq galères et galiotes, quatorze brûlots, flibots et traver-

(1) Mémoires de la vie et des aventures de Nicolas Gargot, p. 111.

(2) César de Vendôme à Dumé, 20 juin (Borély, Histoire de la ville du Havre, t. II, p. 400).

(3) Qui sera promu lieutenant-général le 1" octobre (Guerre, Archives historiques 132, p. 149).

(4) Un beau portrait en a été publié en tête du Journal de Jean Chevalier. Jersey, 1907, in-4° : il venait de gouverner Jersey pour le parti royaliste.

(5) Louis XIV à Vendôme. 19 juin (Archives Nat., Marine B^o, fol. 65).

siers ( l), huit mille hommes, entre dans le Pertuis-Breton.

A l'approche de la flotte royaliste, le 5 août, la

flotte espagnole (2) quitta le mouillage du Chef-de-

(i) » Liste des navires dont est composée l'année navalle du Roy » , et 11 Estât au vray de ce qu'il faut pour un mois de nourriture aux équipages des vaisseaux du Roy » :

Es(:adre de l'amiral :

Le CÉSAR, amiral, capitaine Truchot Des Forgettes 600 hommes.

la galère Sainte-Anne, François Thiballicr de Thurelle. . . . 285 —

l'Anna, Guinant 345 —

le Sourdis, Cachac 245 —

le Triton, François de Livenne chevalier de Verdille 225 —

le Don-de-Dieu, François Thibault chevalier de La Carte. . 255 —

le Fort, Gaspard Frotlier chevalier de La Messelière 190 —

le Croissant, Truchot de Villedo, tils de Truchot Des

Forgettes 190 —

le Neptune, de La Grandière, major de l'armée 165 —

la frégate la Duchesse, Louis de La Roche-Saint-André... 130 —

le flibot de Forant 52 —

Escadre du vice-amiral :

IjA Vierge, commissaire général Bochard de Menillet 295 —

le Jupiter, Du Quervin 345 —

le Berger, Guy d'Allogny commandeur de Boismorand. . . 225 —

l'Elhœuf, Pasdejeu 190 —

le Saint-Louis, Paul de Gorris 165 —

les frégates Saint-Georges, de La Gisclaye 130 —

— Beaufort, Hector Des Ardens 130 —

— de Calais [la Saint-Patrycj, Besnard 130 —

De plus, les galiotes de Pineau, l^ileau, Corby et Boudet,

90 hommes chacune 360 —

2 traversiers, montés chacun de 18 hommes 36 —

10 brûlots, montés chacun de 17 hommes 170 —

6 barques longues, à 25 hommes chacune 150 —

2 flûtes de transport, dont l'une, la Cardinale, avait 120 —

Au total, les équipages seuls de la Hotte royale atteignaient 5 300 hommes.

(B. N., Franc., 31432, fol. 146).

(2) Escadre dd vick-amiral Du Daugnos :

La Lune, amirale, capitaine Salenove,

Le vaisseau de Gabaret, deu.x autres vaisseaux, cinq brûlots.

Escadre de Du.nkerque :

La Conception, amiral Antoine Mény,

Le Saint-Sauveur, vice-amiral Antonio Dios,

Bave (1) pour se poster dans le Pertuis d'Antioche. Rien de disparate comme cet assemblable bigarré, oîi l'on parlait français, basque, espagnol, portugais, Hamand et italien, où quatre vaisseaux et cinq brûlots français du vice-amiral Uu Dangnon voisinaient avec sept vaisseaux de l'amiral diinkerquois Antoine Mény, deux d'Arteaga de ISiscaie et dix de l'escadre de Naples, que menait Marino de Masibradi. Au total, les confédérés disposaient de vingtdeux navires de guerre et six brûlots, "assez mal montés. " Leur position reconnue par Carteret et par Montesson, lieutenant-général de l'artillerie, Vendôme quitta le Cheide-Baye le 9 août à quatre heures du matin [2], et, toutes

ESC\DRK DE DUNKERQCE :

Le Saint-Ignace, Jean Basselaert,

La Natividad, Antonio Gonzalès,

La Touche, Mathieu Mas,

Le Bon-Succès, lloch INicasio,

Le Pi-ince d'Orange, Manuel iNiquelan,

Escadre d'Espagse :

Le San Felipe, Arteaga de Biscaie,

Le San Pedro, Don Joseph de tJallasse,

Escadre de Aaplks :

La Cox(;Ordia, amiral Marino de Masibradi,

Le Saint-Charles, vice-amiral Antonio Stouvaulia,

L'Adam et Eve, Scanio Bonnardi,

Le Lion Rouqe, Pietro Jouan,

Art Sainte- Barbe, Vicenzo Leoni,

Les frégates des capitaines Domenico et (Tcronimo, el une troisième,

/,« Sainte- A (/nés, Antonio Rodriguez,

Le brûlot Saint-Antoine.

(l) B. N., Franc. 25026, fol. 132 v°.

(ij Sur la bataille navale du Pertuis d Antioche, cf. <> lîelation vérilalde de la bataille navale donnée sur les mers de Mé et Oléron entre les armées de France et d'Espagne, avec les particularités de la victoire remportée par Monsieur le duc de V^endosme le neutiesme aoust 1652 : » (Guerre, Archives historiques, vol. 463, pièce 8 : A. Jai., Ahraham Du Quesne, t. I, p. 197. — Relation de la bataille navale donnée... le 9 aoust 1652. Paris, N. et J. de La Coste, 1652, in-S"; reproduite par Go.sn\c, Souvenirs du rèçjne de Louis XIV, t. IV, p. 461). — Avis de la Rochelle, 8 et 15 août lij(M(Gaielte de France, année 1652, p. 778 et 790). — Journal de

voiles dehors, ses deux escadres foncèrent sur les confédérés. Ceux-ci tentèrent de gagner le vent en rasant Tile de Ré du côté de la mer Sauvage, mais serrés de près, revirèrent vers le Pertuis d'Antioche pour se mettre, au sud, à l'abri d'Oléron. A sept heures, ils étaient rejoints. De la poupe du César, où le secondaient « avec une merveilleuse prudence » le commandeur de Nuchèze (1) pour la manœuvre, le comte de Montesson pour le tir du canon, et le capitaine des gardes de Droullly pour la mousquetterie, Vendôme dictait ses ordres d'attaque aux quatre galiotes porte-avis. Sous le couvert d'une violente canonnade, les brûlots que la flotte royale avait en abondance, allaient droit aux vaisseaux amiraux. La Conception d'Antoine Mény, commandant l'escadre de Dunkcrque, esquiva la " carbonnade » du brûlot de Thibault qu'elle coula. L'amiral napolitain Masibradi feignit de demander quartier pour échapper aux machines incendiaires de Michault et Riboullot, qui le serraient de très près; le danger écarté, il se croyait sauf, quand sa Concordia se trouva prise sous le feu des capitaines de Boismoraud, Pasdejeu et La Roche (2), qui la mirent rapidement a à la raison " et la forcèrent à capituler avec l'amiral et trois cents hommes. La Roche-Saint-André avait accompli une autre action d'éclat par la capture de

Jean Valueh, éd. H. Courteault, 1. IV, p. 17. — Luis Mendez de Haro à Pierre Lenet. Septembre 1652 (C. Fernandez Duro, Armada Espnnola, t. V, p. 6, note 2). — Pierre Lenet à Condé. 12 août(B. N., Franc. 6709, foL 85. — Georges Berthomieh, Louis Foucauld de Saint-Gei-main- Beaupré, comte du Bognon, p. 46).

(1) A bord du César, se trouvaient les capitaines Des Forgettes, (Juerebat et Janiin, les cent gardes du grand niaitre aux ordres de Drouillv postés sur le pont, ses domestiques et les volontaires placés aux galeries de poupe avec La Colombière et Boisferme, des officiers, des gentilshommes, le comte de Montesson, Goulaine, La Louche, La Monnerie, Fratteau, Vigneux, Launay, Bonneville, les deux Chabot.

(2) Commandant les vaisseaux le Berger, l'Elhœuf et la frc'giite la Duchesse.

la frégate Sainte-Agnès d'Anlonio Rodriguez. Enfin sous l'escorte du vaisseau de Pasdejeu et de la redoutable jalcre de Thibaliier de Thurelle armée de douze pièces :omme les galéasses vénitiennes, le brûlot de Cléron avait ïccroché la Xatividad de l'escadre dunkerquoise et avec tant de bonheur que ce beau vaisseau de cjuarante-deux pièces s'embrasa en un instant. De trois cents hommes, le capitaine Antonio Gonzalès et six matelots seulement se sauvèrent. Toute l'escadre ennemie se disloqua dans sa hâte de se soustraire aux bordées de l'épave incandescente. La division du comte Du Daugnon se dérobait. A bord de la Lune, l'équipage refusait au capitaine de Salenove de » se battre contre l'armée du Roy " et, en pleine révolte, voulait charger les Espagnols. Vendôme n'avait perdu qu'une trentaine d'hommes, l'ennemi six cents et trois vaisseaux.

Les Espagnols fuyaient vers le nord, poursuivis jusqu'à l'île d'Yen par la flotte royale : Du Daugnon sur qui ils rejetaient la cause de leur défaite, fuyait vers le sud. vers la Gironde où des mousquetaires d'Enghien vinrent mater ses équipages révoltés. Vendôme tenait la victoire.

Veni, vidi, vici était la devise du nouveau César. Nec virlus nec déficit aetas porte un jeton commémoratif de la victoire fl), où un aigle éployé décèle une autre réminiscence de l'antiquité.

Vendôme avait détaché la galère de Thurelle, les quatre galiotes et le Croissant contre une petite division réfugiée dans la Seudre, à la Tremblade, et composée d'une galère, d'un brigantin et d'un traversier. Le détachement, quittant le 17 août à minuit le Chef-de-Baye, surprit les rebelles qui s'échouèrent à Ghaillevette et s'enfuirent à terre. La galère, armée de cinq grosses pièces, et ses

(1) Dans la collection de l'amiral marquis de MilSord llaven à East Cowes.

conserves tombèrent entre les mains de Thiballier de Thurelle avant que son adversaire, Osée Blanchart, eût le temps de metlre le feu aux poudres (1).

Comme Vendôme reprenait contre Brouage ropération manquée par Estissac, il fut contre-attaque à la hauteur de Ré par Foucauld de Saint-Germain-Beaupré, frère du comte, et par une demi-douzaine de vaisseaux (2). 8e débarrasser du » voisinage des armées navales des Espagnols et Du Daugnon " lui paraissait le corollaire inéluctable de sa victoire (3). Mais à toutes ses escales, à Brest (4), à Nantes (5), à la Rochelle, il avait trouvé Tordre de se porter sans » perdre un moment de temps " au secours de Dunkerque. Il ne pouvait plus différer d'obéir, a En se mettant à Taumône (6j, " il ramassa tout ce qu'il put de vivres pour la place à sauver.

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