PERTE DE DUNKERQUE
Le 18 février 1650, un des meilleurs généraux de l'armée espagnole, Ferez de Vivero comte de Fuciîsaldagne, avait
(1) Gùzette de France, année 1652, p. 812.
(2) Relation véritable de ce qui s'est passé à la levée du siège de Broûaqe, que le duc de Vendosme y avait mis, envoyée à M. le prince de Conty par le comte du Dog:no>. Paris, 1652, in-V — Jjettre de Nuchèze. 28 août (Guerre, Archives historiques, vol. 137, p. 383).
(3) Lettre de César de Vendôme. La Rochelle, 15 août (Guerre, Archives historiques, vol. 147, pièce 352).
(4) Avis de Dunkerque. 26 juillet (Guerre, x\rchives historiques, vol. 137, pièce 315).
(5) Helntion... de la défense de Dunkerque, par le maréchal o'EsTnAnES, p. 49.
(6) César de Vendôme à Le Tellier. La Rochelle, 21 août (Guerre, Archives historiques, vol. 134. pièce 249 : A. Jai,, Ahrahmn Du Qucsnc, t. I, p. iOl).
LA (;L'KHKK AVKC L'KSI'AGNE 189
Lenlé de surprendre Dunkerque : son coup de main avait échoué l). Les Espagnols récidivèrent le 5 septembre 1651 sous les ordres du marquis Sigismondo Sfoiidrati, auquel succéda l'archiduc Léopold. Contre eux, Godefroi d'Estrades allait renouveler l'héroïque défense qui avait illustré les bourgeois de Calais. Il devait Lcnir un an.
i^t que dire de ce gouverneur assez désintéressé, assez patriote au milieu des désordres de la Fronde, pour subvenir de sa poche à l'entretien d'une garnison de quatre mille hommes, sans « toucher d'argent du roy (^) • " Bien mieux! Sur le souhait exprimé « avec grande passion » par la Cour " qu'on pust y eslablir une escadre de vaisseaux (3), " le comte d'Estrades « s'engage par dessus la teste " pour équiper deux frégates : et à quoi les emploiet-il? à secourir une compagne d'infortune, Gravelines (4). Elles furent capturées par les croiseurs ostendais. Deux vaisseaux qu'amenait le chef d'escadre Dumé, ne purent accoster à cause des épaves coulées par les Espagnols à l'embouchure de l'Aa (5). Gravelines succomba le 19 mai 1652. Pour la sauver, Mazarin avait été jusqu'à sacrifier Dunkerque; il en laissait entrevoir aux Anglais la cession, s ils bousculaient les dix-huit vaisseaux et frégates de l'archiduc (6). Sollicité d'autre côté par une surenchère
(1) Gazette de France, année 1650, p. 309, 334.
(2) Relation inédite de la défense de Dunkerque (1651-1652), par le maréchal d'Estrades, publiée par Ph. Tamizey de Lauroqce. Paris, 1872, in-8", p. 30.
(3) Mazarin au comte d'Estrades. 15 janvier 1560 (Lettres de Mazarix, t. 111, p. 451).
(4) Godefroi d'Estrades au comte de Brienne. Dunkerque, 17 juillet 1652 ;B N, Franc. 20660, fol. 314).
(5) Louis XIV à Dumé. 20 avril et 9 mai 1652 (Borély, Histoire du Havre, t. II, p. 611).
(6) Mazarin au comte d'Estrades. 23 avril (Glizot, Histoire de la république d'Anqleteri-e (1861), t. 1, p. 474). — Lettre du comte d'Estrades. 29 juillet (Guerre, Archives historiques, vol. 137, fol. 315).
des frondeurs qui lui offraient Blaye et la Rochelle (1), Cromwell hésitait. La reconnaissance officielle de la République d'Angleterre, avec le don de Dunkerque, eût valu au roi l'appui de cent vaisseaux et dix mille hommes : Grom\vell s'en portait garant près du comte d'Estrades (2) auquel il promettait par surcroit une pension : « La place est au Roy, répliqua noblement le gouverneur; et j'ai vescu jusques à présent en sorte de préférer mon honneur à tous les biens du monde. " Dès lors, le sort en était jeté : les Anglais devenaient hostiles. Pour ne leur donner « aulcun subject de nous estre contraires, » les vaisseaux destines au secours de Gravelines n'avaient pas arboré « de grand pavillon (3). » Et la suite prouva que la précaution n'avait rien de superflu. On la renforça encore.
Confiscation de l'escadre de secours.
(14 septembre 1652.)
Depuis le mois de juin IG52, le comte d'Estrades clamait : " Au secours (-4). » La famine grandissait; les soldats combattaient » sans cbeniyses ny souliers (5) ; les fièvres pourpreuses » en couchaient beaucoup dans la tombe. Et la flotte de secours, malgré de nombreux exprès qui la pressaient d'arriver, ne quitta la Rochelle que le 29 août. Nuchèze qui la commandait, pendant que Vendôme gagnait en poste la capitale, avait ordre de ne point susciter « la
(1) Gdizot, t. I, p. 260.
(2) Dès le 15 janvier (Relation .. . de la défense de Dunkerque, par le maréchal d'Estrades, p. 36).
(3) Maréchal d'Aumont à Le Tellier. 1*'' mai (Guerre, Archives historiques, vol. 137, fol. U8).
{k) Relation véritable..
(5) Le comte fl'Estrades au comte de Brienne. Dunkerque, 24 juillet (B. N., Franc. 20660, fol. 304).
jalolizie » des Anglais, de ne point « s'ingérer « dans le différend qu'ils avaient avec les Hollandais, bref » de fuir devant eux plustost que de les combattre (1), » Pour le renforcer, Abraham Du Quesne armait des navires dans la Manche; et le lieutenant-colonel Genlillot allait en quérir en Hollande (2),
Le blocus de Dunkerque, assuré par dix vaisseaux seulement, était facile à rompre. L'ambassadeur d'Espagne à Londres, Gardenas, l'ayant pressenti, trouva le moyen d'v obvier. Offrant aux Anglais la coopération espagnole pour prendre Calais, il obtenait le 1 1 septembre qu'ordre fût donné à l'amiral Blake d'intercepter notre convoi (3), en représailles des dommages reçus par les navires anglais dans la Méditerranée (4).
Robert Blake guettait dans le Pas de Calais la Hotte de Ruytcr qui venait de battre l'amiral George Ayscue à rentrée de la Manche le 26 août. Mais Michel de Ruyter ne passa en vue de Dieppe que le 28 septembre et ne livra bataille que le 8 octobre aux forces combinées de Blake et de Penii (5). Entre temps, nos destinées s'étaient accomplies.
Le 11 septembre, le jour même où l'ambassadeur espagnol sollicitait l'intervention britannique, Dunkerque avait capitulé à terme. La mutinerie de trois cents soldats n'y était pas étrangère ((j). La place devait se rendre le 16, si
(1) I^ouis XIV à Nuchèze. 27 août; — Rapport de Menillct. Douvres, 18 septembre (Guerre, Archives historiques, vol. 136, pièce 130; vol. 137, pièce 546).
(2) Ibidem, vol. 136, pièce 147 : A. Jal, t. I, p. 202.
(3) Gardenas à Philippe IV. 20 septembre (Samuel Rawson Gaudinep, History of the Commonwealth and protectorate . London, 1897, in-8", t. II, p. 100).
(4) Gentillet à Servien. Calais, 17 septembre ('Gdizot, t. I, p. 480).
(5) Samuel Rawson Gmîdiner, Letters and pape?-s relatin(/ to the first dutch War (1652-1654), printed for the Navy records Society. London, 1900, in-8°, t. II, p. 142, 163, 195, 219.
(6) Lettre du maréchal d'Aumont. Boulogne, 11 septembre (Guerre, Archives historiques, vol. 137, pièce 406).
192 HlSTOIilK DE LA MAKINE FRA^ÇAISE
elle n'était secourde dans l'intervalle par une flotte et par deux mille hommes de renfort. Ce jour-là, Vendôme était arrivé deCompiègne à Dieppe pour passer en revue l'escadre de Nuchèze. Le surlendemain on frappait à sa porte : deux capitaines des Gardes lui apportaient le texte de la capiiulation. Sautant du ht, le grand maître manda au commissaire général Bochard de Menillet d'appareiller immédiatement avec la division en rade, huit vaisseaux et six hrùlols, plus douze doubles chaloupes et cinq corvettes chargées de douze cents hommes (l).Du Quesne avait refusé de suivre, vexé d'avoir vu passer lieutenant-général François de Nuchèze (2). A Calais, attendaient en chaloupes les régiments de Rambures, d'Espagnv. de Rouvray et de Béthune que l'escadre devait prendre au passage. « Dens demain jusques à midy, écrivait Vendôme, Donkerke sera secouru ou nos gens battus. »
Il n'arriva ni l'un, ni l'autre : ce fut bien pis. Le 14 septembre, Menillet avait à peine mouillé en rade de Calais qu'il levait l'ancre à la vue d'une flotte anglaise et fuyait à toutes voiles « droit en Zélande, sans se vouloir servir de la plasse de Calais » pour faire » expliquer les Anglois (3). I) Au large, il était enveloppé « sur les huict heures du soir n par une partie des cinquante-fjuatre voiles de Blake. Croyant à une méprise, Menillet arbora ses couleurs, mais en vain : invité à se rendre à bord de l'amiral anglais, il se vit refuser tout laissez-passer et fut emmené à Douvres pour obtenir l'agrément du Parlement.
(1) Vendôme à Le TelHer. Dieppe, 12-13 septembre (Guerre, Archives historiques, vol. 137, pièce 407). — David Asselise, les Antiquitéz et chroniques de la ville de Dieppe, t. II, p. 295.
(2) Lettre de Du Quesne. 20 décembre 1666 (A. J\l, Abraham Du (Juesne, t. I, p. 475).
(3) Le maréchal d'Aumont à Le Tellier. Calais, 15 septembre (Guerre, Archives historiques, vol. 137, pièce 416). — Béthune-Charost à Le Tellier. Calais, 15 septembre (Ibidem, pièce 414).
Comme si Ton n'aurait pas dû, an préalable, » avoir parole de l'Angleterre de ne pas se maisler de nos affaires avec les Espagnols (1) ! i> Toute notre escadre, à part deux brûlots assez bons marcheurs pour s'échapper vers Flessingue ('2), à part le Berger et les chaloupes dieppoises (3), demeurait prisonnière. Ravis sans combats, sept vaisseaux (4 et trois brûlots restèrent plusieurs années conuiie un gage entre les mains des Anglais (5), qui avaient aus sitôt relaxe les équipages, afin de bien montrer que ce n'était point là acte d'hostilité, mais action de représailles (G).
Toute la nuit, le comte d'Estrades avait anxieusement épié du haut des remparts l'apparition de notre escadre. Le terme de la capitulation venait à échéance. C'en était fait de Dunkerque. La place fut remise à l'archiduc.
Crom\vell tenait sa vengeance, et les frondeurs leur revanche. « Nous voilà maîtres absolus de la mer, écrivait leur chef à son agent en Angleterre (7) ; vous n'avez point de temps à perdre pour prendre ou brusler dans les ports
(1) Rapport de Menillet et de ses capitaines. Douvres, 18 septembre (Guerre, Archives liistoriques, voL 137, pièce 546). — J.\l, Abraham Du Qiiesne, t. I, p. 203. — Gentillot à Servien. Calais, 17 et 24 septembre; Vendôme à Blake et au Parlement d'Angleterre. 23 septembre (GrizoT, Histoire de la i-épublique d' Angleterre, t. I, p. 480).
(2) Journal du vice-amiral hollandais Witte Cornelisz de Witt (Samuel Rawson Gardixkr, Letters and papers relatinç to the firsl Duteh War (1652-1654). London, 1909, in-8°, t. H, p. 346).
(3) David AssELiXK, t. II, p. 295. — Nouvelles ordinaires de Londres.
(4) Le Triton, commandé par Menillet, la Duchesse par La Roche- Saint-André, le Fort par La Messelière, le Don-de-Dieu par La Carte, le Saint-Louis par de Gorris, le Croissant par V^illedo, le Chasseur par La Gisclave (Guerre, Archives historiques, vol. 137, pièce 546j.
(5) « Projet d'instruction pour envoyer à M. de Bourdeaux, ambassadeur en Angleterre. » Décembre 1654 (Affaires Etrangères, Aiu/lctcrre 63, fol. 655).
(6) B. N., Franc. 25026, fol. 152.
(7) Gondé à Pierre Lenet. Septembre 1052 (Mémoires de Pierre Lenkt. éd. .Michaïul et Poujoulat, p. 575).
les vaisseaux qui restent (1). » Comparez à ce langage d'un prince du sang, d'un Condé! celui d'un Italien. De l'étranger où il avait pris pour la seconde fois le chemin de l'exil, Mazarin écrivait à Vendôme (2) : » Les diligences que i'ay faictes pour tascher à sauver Dunkerque et la passion que j'ay pour tout ce qui regarde le service du Rov, vous peuvent faire juger à quel point la perte de cette place m'a esté sensible, et quel surcroit de douleur ce m'a esté de la voir accompagnée des vaisseaux destinez à son secours. " — « Je crois impossible d'empêcher la suite de nos malheurs, si les Français continuent d'être contre la France (3i. > Vendôme n'y voyait d'autre remède qu'une ligue avec les Hollandais (4).
Le souvenir de ces heures tragiques laissera dans l'esprit de Louis XIV (5) une trace profonde : « II y a longtemps que la France seroit la maîtresse du monde si la division de ses enfants ne l'avoit trop souvent exposée aux jalouses fureurs de ses ennemis. » Un maître frondeur, le cardinal de Retz, en convenait : u Le bonhomme M. de Fontenai, deux fois ambassadeur à Rome, déploroit avec moi la léthargie dans laquelle les divisions domestiques font tomber même les meilleurs citoyens à l'égard du dehors de l'État. L'archiduc reprit, cette année-là, Gravelines et Dunkerque. Gromwell prit, sans déclaration de guerre et avec une insolence injurieuse à la Couronne, sous je ne
(1) Le Berger, qui s'était échappé, le César, la Vierge, i Anna de Suède, restés à Dieppe, le Jupiter, l'Elbœuf, le Sourdis, la Sainte-Agnès, la Sainte- Anne, et quatre brûlots qu'un coup de mer avait séparés des autres durant la traversée de la Rochelle à Dieppe. Lettre de César de Vend une. Dieppe, 12-13 septembre (Guerre, Archives historiques, vol. 137, pièce 407).
(2) Bouillon, 30 septembre.
(3) ChÉrtjel, Histoire de France sous le ministère de Mazarin, t. I, p. 276.
(4) Mazarin à Le Tellier. Bouillon, 30 septembre [Lettres de Mazarix, t. V, p. 306.)
(5) Mémoires de Louis XIV, t. I, p. 90.
sais quel prétexte de représailles, une grande partie des vaisseaux du Roi. Nous perdîmes Barcelone et la Catalogne et le chef de 1 Italie avec Casai. Nous vîmes Brisach révolté, les drapeaux d'Espagne voltigeant sur le Pont- Neuf, les écharpes jaunes de Lorraine dans Paris (1). " Le roi en effet avait dû quitter la capitale sous la protection de l'armée de Turenne, tandis que l'allié des Espagnols, Condé, y faisait son entrée le 1"' juillet 1652. Le corps d'armée du duc de Lorraine, en avançant jusqu'à Villeneuve-Saint-Georges, avait prêté aux frondeurs son appui. Mazarin s'était exilé. Il ne devait rentrer dans la capitale qu'en février IG53.
CHUTE DE BARCELONE (11 octobre 1652.)
Depuis le mois d'août 1(>51, Barcelone était assiégée. Le capitaine général de l'armée de Catalogne, Don Francisco de Orozco, marquis de Mortara, et Don Juan d'Autriche avaient obtenu du craintif gouvernement de Madrid que la citadelle de l'indépendance catalane fût investie (2). Le marquis de Caracena, gouverneur du Milanais, avait promis le concours de régiments italiens et allemands que de nombreux officriers espagnols allèrent quérir à bord du Marabout et du Samson. Ces vaisseaux de cinquante-deux et quarante canons, partis d'iVIicante en novembre I65I, rencontrèrent entre Majorque et Iviça le Brézé ei le Soleil des chevaliers de La Perrière et Du Parc. Trois heures
(1) OEuvres du cardinal de Retz, éd. Feii-let et Gourdaclt dans !a Collection des Grands écrivains, t. IV, p. 307.
(2) Toutes les péripéties du siège de Barcelone d'août 1651 à 1652 sont longuement relatées dans la Conquista de Cataluna por el marques de Olias Y Mortara, p. 67-183.
durant, ils livrèrent bataille, mais succombèrent. La Perrière enleva le Marabout, Du Parc le Samson- pour cent hommes hors de combat que leur coûtait la victoire, ils faisaient perdre à l'ennemi sept cents hommes et surtout les cadres des troupes d'Italie (1).
Par mer. Don Juan d'Autriche et Francisco Diaz Pimienta, le général des galères et le général de l'Océan, unissaient leurs forces pour bloquer Barcelone. En dépit des navires de guerre, au mépris de châtiments terribles, de la pendaison ou de la mise au.v galères, d'obscurs dévouements de matelots permirent à Barcelone de tenir quatorze mois (2). Ils se jouaient des navires de blocus, et contraignaient générau.x et capitaines de vaisseau à des rondes nocturnes et à un perpétuel qul-vive ;3).
A la requête du maréchal de La Mothe-Houdancourt, la Cour a décidé de dépêcher à Barcelone une escadre (4) avec mille hommes de troupes. Exactement averti (5), l'ennemi envoie bloquer Toulon par les galères d'Albuquerque que cinq des nôtres, aidées de deux brûlots, forcent à déguerpir (6). Mais une tout autre cause qu'une
(1) \vis de Toulon, 28 novembre 1651 (Gazette de France, 1651, p. 1396). Parmi les blessés figuraient le capitaine Ranos et le chevalier de
Martené. , . . . , j^
^2) Le 12 décembre 1651, quatorze barques chargées de vivres tentent de forcer le blocus et neuf v parviennent; en janvier 1652, trente barques françaises chargées du régiment de Vendôme poussent jusqu à Blanes; dans la nuit du 6 février, treize grandes embarcations jettent des vivres dans Barcelone; le 3 mai, un brigantin sur deux et neuf barques sur quatorze réussissent la même opération: le 7 juin, six autres barques entrent de nuit, etc. (Connuista de Cataluha, p. 8o, 89, 9o, IV-).
(3) Ainsi le 8 juin 1652, pour intercepter une felouque qui apporte des nouvelles de France (/è^/em, p. 118). , , ,, oa
(4) De six vaisseaux de Toulon. Louis XIV à M. de Menou. 30 novembre 1651 (Guerre, Archives historiques 127, fol. 241 v°).
(5) Les Espagnols pensaient que nous armions douze vaisseaux (Conqmsta
de Cataluna, p. 88). , . ,t t ..
(6) Louis XIV aux consuls de Toulon. 29 décembre (Gustave L.uidkrt, Histoire de Toulon. Toulon, 1899, in-8', t. III, p. 336j.
menace ennemie va immobiliser à Toulon les huit vaisseaux du chevalier de La Perrière.
L'anarchie de la Fronde a mis aux prises les Sabreurs avec les Cam'vets, les fauteurs des princes avec les partisans du roi. Les " Sabreurs » ont le dessus sur « les taille-plumes. » Consuls en tête, la populace balaie l'administration maritime, force l'intendant Gravier à se cacher dans un tonneau, cherche à couler une galère au nom et au propriétaire exécré, la Mazarine, s'empare des cinq autres, en confie le commandement à des conseillers du parlement et au chevalier de Vincheguerre, et menace de brûler les vaisseaux. Tandis que le chef d'escadre de La Perrière parle de réduire l'insurrection par la force ou par la famine (l), son collègue, le chevalier Paul, que " le vaquarme » a tiré du lit où le clouent ses blessures, essaie de la persuasion (2). Éconduit à son tour, écœuré de voir pactiser avec » Monseigneur le duc d'Orléans " les factieux, le glorieux blessé quitte la ville en litière pour attendre ailleurs les ordres du roi, jurant de « les exécuter jusqu'à la dernière goutte de son sang (3). » Nos forces navales sont paralysées. Pour qu'on puisse achever leur armement, pour que les officiers entrent en ville, pour que la flotte sorte du port, il faudra que le roi en sollicite de ses sujets rebelles l'autorisation (4).
Voilà comment le chevalier Gaspard de Comminges de La ï'errière, invité en février 1652 à forcer le blocus de Bar-
(1) La Ferrière à Mazarin. A bord du Bièzé, en rade de Toulon, 11 février 1652 (Affaires Etrangères, Mémoires et documents 1716, fol. 454). — Ad. Crémiedx, Marseille et la royauté pendant la minorité de Louis XIV, t I, p. 421.
(2) Le chevalier Paul à Mazarin. Toulon, 12 février (Ibidem, fol. 457).
(3) Le chevalier Paul à Le Tellier. Ai.x, 14 avril (Guerre, Archives historiques 133).
(4) Louis XIV aux consuls de Toulon. 1" mars, 1" avril, 17 mai (Affaire» étrangères. Mémoires et documents 1718, fol. 34, 54, 77).
celone (I), ne fut en mesure d'agir qu'en juillet. Il savait la difficulté de sa tâche : mais « puisque c'est la volonté du roi et qu'il y va du salut de tant de peuples, je suis fort résolu à avaler le calice. Ce qui m'embarrasse le plus, c'est que j'ay des barques à conserver et pas un bâtiment à rames pour les rallier. » Son escadre ne comprenait pas plus de trois vaisseaux de ligne et cinq autres bâtiments, des prises pour la plupart, trop «mal artillés pour répondre aux coursiers des gallères. "
Or, la flotte de blocus à laquelle il allait se heurter — , il l'apprit à son arrivée à San Feliu de Guixols, — ne comprenait pas moins de seize vaisseaux de guerre, vingt-trois galères et cent brigantins ou barques longues (2). Elle venait de détruire, à l'endroit même où il était parvenu, un de nos convois dont les équipages, pendus aux antennes des galères, avaient ainsi défilé devant les regards horrifiés des défenseurs de Barcelone.
Avisé dans la soirée du 2 août de l'arrivée de notre petite escadre, Francisco Dlaz Pimienta fit tirer le coup de canon de partance. Il emmenait quatorze vaisseaux, quatorze galères et d'autres navires légers, aux équipages renforcés de deux mille cinq cents soldats (3). Du galion San Martin
(1) Louis XIV aux consuls de Toulon. 15 février (Archives de Toulon, série AA. — Gustave Lambert, Histoire de Toulon, t. IIL p- 337. — Lettres de Mazabin, t. V, p. 53).
(2) La Perrière à Le Tellier. A bord de l'amiral devant San Feliou de Guixols, 30 juillet (Guerre, Archives historiques 137, p. 325, 331. — A. Jal, Abraham Du Quesne, t. l, p. 196).
(3) Conqiiista de Cntaluna, p. 135. — Comparée à ces deux divisions homogènes, l'escadre du chevalier de La Perrière était des plus disparates : elle comprenait le Brézé battant pavillon amiral, de 46 pièces, armé de 14 pierriers dans les hauts, le Soleil d'égale force, le Chasseur, deux bâtiments génois capturés, le Marabout et la Charité, deux anciennes frégates dunkcrquoises, le Samson et le Pêcheur de baleine, un vaisseau marseillais de 40 canons, 4 brûlots et 12 barques (Don Prancisco Pabro Bremund.vn, Historia de los hechos del serenissitno seiior Don Juan de Austria, p. 316. — La Perrière à Mazarin. A bord du Brézè, en rade de Toulon, 11 février: Affaires Étrangères, Méandres et documents 17l6, fol. 454).
OÙ il était prisonnier, le brave capitaine Gargot allait suivre avec vin intérêt passionné les péripéties de la rencontre. Un de nos capitaines de vaisseau, qui s'était glissé en chaloupe à Barcelone, avait rapporté, le 31 juillet, que la flotte serait à couvert le long du môle derrière une rangée de gabions et sous l'abri de cent pièces de canon (l).
Le 3 août, comme les Espagnols s'avançaient à la remorque de leurs galères, La Perrière se replia pourtant dans le sud-est; en éloignant l'ennemi de terre, il permit à son convoi de douze barques de se glisser dans le port de Barcelone. Au crépuscule, les deux flottes n'étaient plus qu'à une portée de canon, quand une grande houle se leva vers 1 est; le vent devint si furieux que les Espagnols durent amener les huniers et serrer les canons des batteries. De trois jours, ils ne purent rallier la rade de Barcelone. La Perrière perdit son temps à courir après un de ses vaisseaux (2).
ic De deux choses Tune, disait de lui le vice-amiral Banuelos, ou il n'est pas soldat ou il n'est pas marin. Soldat, il aurait tenté la fortune d'un combat, afin de secourir une place dont la conservation était de si grande conséquence pour son maître. Marin, il serait venu d'aval prendre la brise du soir le long de terre et, malgré nous, il aurait secouru Barcelone (3) » en mouillant entre le môle et le fort de Montjuich. Déjà tours et remparts se pavoisaient à notre approche : déjà pour nous guider, des barques sortaient du port.
Mais La Perrière avait été dissuadé d'y aller : son pilote
(1) Mémoires de la vie et des advetitures de Nicolas Garçot, capitaine de marine, p. 88. — Lettre du chevalier de La Ferrière. A bord de l'amiral, aux îles de Marseille, 25 juin 1652 (B. N. , Franc. 20660, pi. 364). — Vitlorio SiRl, Del Mercurio ovcro historia de' correnti tempi. Firenze, 1682, in-4°, t. XV, p. 697.
(2) Rapport du chevalier de La Ferriùre (B. ^\, Franc. 21432, fol. 236j. (3} GiRGOT, p. 95.
catalan Mi(;uel prétextait que les vaisseaux n y étaient à l'abri ni du vent, ni du feu des assiégeants. A. San Feliu de Guixols, un conseil de guerre tenu le 10 août avec le régent de Catalogne décida une attaque générale par terre et par mer contre les lignes d'investissement; l'attaque fixée au 14 jetterait trois mille hommes dans Barcelone. Mais nos équipages voulaient des « effectz » , des vivres, de l'argent et non « pas des paroles seullement. » En vain, l'intendant de l'armée de Catalogne fit-il appel à un patriotisme ébranlé par la Fronde : iv Les Catalans, disait-il, ne se veulent pas mettre la corde au col : ilz traicteront le jour que vous lèverez l'ancre (l). » En vain, le clergé de Barcelone offrit-il aux capitaines de vaisseau Fricambault et La Marthe le trésor de la Madona de Monserrate (2). Notre division navale ne tenta plus rien et le chevalier de La Ferrlère reprit la route de France, au moment où ses adversaires, réduits à de " la frisoppe, à des miettes de biscuit où il y avait la moitié de crottes de rat (3),» étaient presque aussi affamés que les assiégés. La constance de Don Juan d'Autriche et du marquis de Mortara eut sa récompense. Après quinze mois de siège, Barcelone capitulait le 11 octobre 1652 (4), entraînant par sa chute la reddition de Palamos et Cadaquès. Presque seule sur la côte, Rosas tenait encore (5).
L'escadre de La Ferrière, quelques semaines auparavant, le 13 septembre, avait forcé une autre ville à capi-
(i) L'intendant de l'armée de Catalogne au chevalier de La Perrière. Girone, 16 août (Guerre, Archives historiques 137, fol. 353). — Saint- André Montbrun à Le Tellier. 18 a.oût [Ihiclern, fol. 358).
(2) Conquista de Cataluna, p. 137. — Vittorio SiRl, t. XV, p. 697.
(3) Gargot, p. 95.
(4) Le texte de la capitulation est dans Abreu y Bertodano, Colcccion de los tratados, t. VI, p. 178.
(5) Les vaisseaux de Fricambault, Verdille, La Carte et Fresnoy réussissent, le 24 mai 1653, à y introduire un convoi en combattant huit galères d'Espagne [Gazette de Fiance, 1653, p. 568).
tuler. Mais par un de ces » tristes avantages qui changent nos palmes en cyprès, » celte ville était française. C'était Toulon que nos marins, secondés par deux régiments du duc deMercœur, arrachaient au parti de la Fronde : Toulon, qui prétendait a marcher de pas égal avec Marseille, ville orgueilleuse n'ayant jamais reconnu qu'en apparence l'autorité royale (l). "
» Le cardinal était accoutumé de tout accorder à la peur et de tout refuser à la raison (2). « Du Daugnon en fut le saisissant exemple. La menace de livrer Oléron aux Espagnols et la Rochelle aux Anglais lui valut non seulement l'amnistie (3), mais encore « cinq cent mille livres d'argent comptant, un haston de mareschal et l'Ordre du Saint-Esprit (4). « En retour, a ses vaisseaux, ses galères, plusieurs hrulots, hrigantins et autres petits bastiments augmentèrent de beaucoup l'armée navale du roy et la peuplèrent de matelots et de pilotes (5). » Ils passèrent sous les ordres de l'énergique défenseur de Dunkerque, Godefroi d'Estrades, qui reçut le gouvernement de
(1) Cahier de doléances présenlé par Toulon le 16 février 1653 (Ad. Crkmieux, t. I, p. 164). — Mémoires de Charles de Gbimaldi, marijfitis dk RÉGCSSE, publiés par la Société historique de Provence dans les Mémoires oour servir à l'histoire de la Fronde en Provence. Aix, 1870, in-8°, p. 55. — Gazette de France, 1652, p. 925. — Gustave Lambert, Histoire de Toulon, t. III, p. 352. — V. Brdk, Guerres maritimes de la France : oort de Toulon. Paris, 1861, in-S», t. I, p. 31.
(2) Le chevalier de Todias à la princesse de Condé. 10 septembre 1650 (Lenet, t. II, p. 329).
(3) Le 18 mars 1653.
(4) Lenet à Louis de Haro. 13 avril 1653 (G. Hkuthomier, p. 58).
(5) B. N., Franc. 6714, fol. 221.
Brouage et de la Rochelle l). Abraham Du Quesne, mécontent « des personnes de faveur que Ton introduisait dans le commandement » au dam des « vieux ofHciers, » avait offert ses services à la Suède (2j.
Avec l'appui du comte d'Estrades et du duc de Caudale, Vendôme va reprendre les villes rebelles de la Gironde (3). Une circonstance fortuite le servit. L'escadre espagnole avait quitté le fleuve à la suite d'une altercation de Charles de Vatteville avec un agent de Gondé. Vendôme, s'embossant prestement à sa place, construit deux forts en Médoc et dans le pays d'Entre-deux-mers et, par là, barre l'accès de Bordeaux. Le 26 mai 165;i, tandis que deux de ses vaisseaux canonnent les postes avancés des frondeurs bordelais, sa flotte contraint la garnison irlandaise de Lormont à capituler (4). Le 4 juillet, c'est le tour de Bourg, que défendait la garnison espagnole de Joseph Osorio. Vendôme est aux portes de Bordeaux, sans que le comte de Marchin et le lieutenant-colonel Baltazar puissent l'arrêter; et, le 31. les bourgeois capitulent (5). « Le peuple n'a esté pour nous qu'autant que nous avons tout fait ce qu'il a voulu, " avouait un frondeur.
Mais Vendôme courait un grand danger; trente-cinq navires de Manuel Bafiuelos et Alvaro de Bazan de Santa- Cruz, mandés d'urgence par les princes (6), l'embouteil-
(1) Le 12 avril 1653.
(2) Au maréchal Wrangel. 1^'' janvier 1653 (A. Jal, Dictionnaije critique, p. 1020).
(3) Mazarin an comte d'Estrades. 2 mai 1653 (Maréchal d'Estrades, Relation... de la défense de Dunkercjne, édition Tamizey de Larroque p. 14). Le comte de Candale avait nom Louis-Charles de Nogaret La Valette.
(4) Vendôme au maire et aux échevins de Bavonne. Blaye, 12, 17, 20, 23 et 30 mai (A. Co.mmunay, p. 213, 219. — Gazette de France', 1653, p 521).
(5) Baltazar, Histoire de la guerre de Guienne. Cologne, 1694, in-12, p. 89,94, 129, 139. 150; réimpression avec notes de Charles Babiîv. Bordeaux, 1876, in-8°, p. 113, 126, etc.
(6) Conti à Condé. Bordeaux, 15 mai et 30 juillet (Duc d'Aumale, Histoire des princes de Condé, t. VI, p. 647, 661).
laient dans la Gironde. Leurs promenades « dans la rivière jusques à la veiie de Blaye échauffaient » les esprits, mais laissaient Vendôme « fort froid pour le combat (1). » !^llait-on une fois de plus manquer l'occasion de ruiner le prestige espagnol; allait-on réitérer l'erreur commise au lébut de Tannée en n'autorisant point un raid du capitaine 3argot [2") au Pasajes, où la Hotte espagnole gisait délarméc?
Non. Il y avait aux côtés de Vendôme un homme résolu i faire « quelqvie action de vigueur avec nostre armée lavalle. » Le comte d'Estrades offre de monter lui-même e vaisseau -amiral avec cent de ses meilleurs soldats, imène de Brouage neuf cents matelots, conseille d'embarjuer « le plus d'infanterie qu'il se pourrait » et décide k'^endôme et Nuchèze à livrer bataille : «Nous sommes tous l'avis qu'il faut combattre, écrit-il (3) ; nous avons autant le vaisseaux qu'eux. Nous avons cinq galères; ils n'en ont )oint. Ils n'ont en tout que onze brûlots; nous en avons '^ingt-huit, conduits par les plus braves et les plus déterûinés hommes du monde qui sont de l'isle de Ré et d'Oléon, dont quatre m'ont dit qu'ils vouîoiententreprandre de )rusler l'admirai d'Espagne. »
On pouvait croire que l'action serait chaude : les royaistes avaient à prendre une revanche sur le comte de (larchin. Avant établi une base d'opérations dans l'île de jasaux, il avait surpris dans Mortagne le maréchal de arap de Bonneval, six brigantins et trois galiotes. Mais es amiraux espagnols, impressionnés par la belle attitude le la flotte rovaliste qui descendait en colonne de combat
(1) D'Estrades à Mazarin, Bordeaux, 23 octobre (Maréchal d'Estrades, Relation..., p. 7i).
(2) Qui ne demandait pour cela que deux frégates et trois brûlots Méritoires de la vie et îles adventures de Sicolas Gargot, p. 122).
(3) D'Estrades à Mazarin. Bordeaux, 23 octobre : Cf. aussi sa lettre du 12 Maréchal d'Estrades, Relation..., p. 70, 71).
la Gironde, effrayés à l'idée d'être cramponnés dans une passe étroite par nos brûlots, délogèrent de Royan et, le 31 octobre 1653, gagnèrent la haute mer (1). Banuelos et Santa-Gruz ne tinrent point davantage devant Saint-Marlin-de-Ré que Marchin offrait d'emporter et de garder avec trois mille hommes. Ils retournèrent au Pasajes où le roi d'Espagne les fit aussitôt arrêter (2).
C'est que leur retraite avait entraîné la perte d'un magnir fique vaisseau de soixante-dix pièces qui leur amenait de Saint-Sébastien un millier d'hommes : la Règle, tombant près de Blaye au milieu de la flotte de Vendôme, était investie et enlevée, avant d'avoir reconnu sa méprise (3). Les Espagnols partis, la Fronde d'Aquitaine était frappée à mort. Un «pays tellement désespéré, et la noblesse mesme, des concussions des gens de guerre qu'il y avait lieu à craindre une révolution (4), » ne devait reprendre son équilibre moral que sous l'égide de la royauté. Heureux quand il trouve comme représentant de l'autorité un homme aussi droit que le brave d'Estrades!
Un des protagonistes de la Fronde, le cardinal de Retz, s'évadait l'an d'après du château de Nantes, échappait à la poursuite des deux barques longues du maréchal de La Meillerayc, esquivait la croisière des vaisseaux de Nuchèze et gagnait Saint-Sébastien. Un capitaine de vaisseau, La Gisclaye, lui avait prêté son concours jusqu'à Belle-Isle, mais sans vouloir aller plus avant, ni » se
(1) D'Estrades à Mazarin. Du bord de l'amiral devant Castillon, 2 novembre (Maréchal d'Estrades, Relation..., p. 75).
(2) « Relacion de la armada real que asiste en la ria de Burdeos en 21 de octubre de 1653 » (Madrid, Academia de la Historia, Coleccion Salazar, K 19, fol. 30). — C. Fernandez Duno, Armada espailola, t. V, p. 10.
(3) I>e 2 novembre (Baltazar, p. 194). — «Relacion de la armada real que asiste en la ria de Burdeos en 21 de octubre de 1653 » (Madrid, Academia de la Historia, Coleccion Salazar, K J9, fol. 30).
(4) D'Estrades à Mazarin. Bordeaux, 26 novembre ^Maréchal d'Estrades, Relation..., p. 79, note 3).
criminaliser par ce commerce avec les Espagnols (l). » De lassitude des ruines accumulées, de déjjoùt d'ellemême, la Fronde était morte. N'ayant plus d'appui sur nos côtes, les opérations navales des Espagnols se réduisirent à des coups de main ([ue le chef d'escadre Abraham Du Quesne considérait comme au-dessous de lui de déjouer. N'étant point dans son « élément d'être inutile, » il Ht savoir au maréchal Wrangel qu'il disposait de » plus de c!n(juante pièces gagnées sur les ennemis (2). » Mais ses avances à la Suède restèrent lettre morte.
Un essaim de frégates se bornait à couvrir nos côtes; les unes, allachées au port de Calais (3), enlevaient des transports chargés de troupes espagnoles fi), les autres, — le Protecteur et le Saint-Piei're, — escortaient les convois Et c était un simple commissaire de la marine, Jacques Regnault, qui remplissait les fonctions de « chef d'escatire des navires en guerre pour la conservation des costes de Normandie 5); » les vaisseaux du baron d'Asti défendaient les côtes de Bretagne (6); une division nantaise enfin, commandée par Henri Danton de Pontézière, portait l'attaque sur les côtes ennemies (7). Mais aucune de ces divisions n'était armée aux frais du Trésor. La première îppartenait au gouverneur de Calais; la seconde avait pour
(1) OEiivres du cardinal DE Retz, éd. Fe;llet et Gourdault, t. IV, p. 530.
(2) Du Quesne à Wrangel. J" janvier 1653 (A. Jal, t. I, p. 207).
(3) « Rolle et noms des soldatz espagnolz amenez dans ce havre par les Frégates de M. le comte, la Réalle et l'Aigle-d'or. " Calais, 3 mais 1654 [b. IN , Franc. 21432, fol. 12).
(4) Le San Antonio, capitaine Clément de Linarcs, chargé de J81 sollats espagnols.
(5) 11 avait quatre navires de guerre aux ordres des capitaines Raisin, Loyseau, Mahiet et Corpon (B. N , Thoisy 90, fol. 321. — J. Félix, Voyage à la Nouvelle-France du capitaine Daniel, p. 43).
(6) Lettres de Louis XIV. 6 décembre J 653 (B. N., Franc. 8301, ûl. 395).
(7) 1653 (A. Jal, t. I, p. 209). Voir, plus l)as, l'histoire do cette divi-
commanditaire un banquier parisien et un marchand rouennals; la troisième relevait des États de Bretagne, et la quatrième du maréchal de La Mcilleraye. Le grand maître de la navigation, Vendôme, n'en avait aucune en mains au moment où une complication redoutable se produisit.