FIN DE L'EXPÉDITION DE CATALOGNE
En conformité du proverbe espagnol : « Les nouvelles sont comme les perdrix, appariées, l'une bonne et l'autre mauvaise (3), » le prince de Conti, qui avait trouvé dans la vice-royauté de Catalogne un emploi à sa turbulente activité, avait enlevé le 27 mai 1055 la petite place de Cadaquès (4) : les six vaisseaux de Louis de Vendôme, duc de
(1) Louis XIV au commandeur de ]?suchèze. 24 décembre (Ch. de Cuf:rgÉ, François de Nuchèze, p. 20. — B. N., Nouv. acq. franc. 4968, fol. 239). — Vittorio SiRi, t. XV, p. 8J6.
(2) Mazarin au comte de Carrés. Paris, 16 décembre (Affaires Etrangères, Mémoires et documents 1718, fol. 247).
(3) BinRiONCEvo, p. 294.
(4) La prise de la ville de Cap de Ouiers par le prince de Conty » (Gazette (le France, 1655, p. 617).
Mercœur, et les six galères du lieutenant-général Gaspard de Comminges de La Perrière (1) lui avaient, par un bombardement, facilité la lâche. Nous étions victorieux. Mais nos galères étaient condamnées. Elles disparurent corps et biens durant le voyage de retour. Une rame aux armes de La Ferrière, trouvée au milieu de cadavres épars, fut le seul vestige d'un terrible naufrage advenu le 17 jviin sur les côtes sardes (2) .
Gonti assigna pour le 10 septembre un nouveau rendez-vous au " généralissime des armées navales (3) » César de Vendôme, qui relevait son fils dans le commandement à la mer. Après une course infructueuse du côté de la Spezia où était signalée une flotte ennemie, Vendôme « se trouva à point nommé devant Palamos, mais fort inutilement, faute de pouvoir empescher les galères ennemyes de passer (4). ^ Il fallut abandonner, le 21, le siège de cette place forte pour se rabattre sur le fortin de las Medas, que nos troupes de débarquement occupèrent (5%
Sur l'avis qu'une grosse flotte arrivait de Naples renforcer l'escadre de Barcelone, Vendôme se porta au large de la capitale de la Catalogne : un fort coup de vent jeta hors de leur route huit vaisseaux sur dix-sept et trois brûlots
(1) Figurés par Be\uliec le Donjon dans le Plan de la ville rie Cap de Qiiieis eu Catalogne assiège' le joui- de may 1655 : B. IS., Estampes P il', fol. 245). — Revue des si.\ galères (Affaires Étrangères, Mémoires et documents 1718, fol. 359) : La Ferrière, Collongue, Boissise, Mercœur, Castellane, Monrèale.
(2) Gazette de France, 1655, p. 755. — H. Bouche, t. II, p. 989.
(3) C'est le titre que prend Vendôme dans les « Ordres et signaux » qu'il promulgua en prenant le commandement. 1655 (Bibliothèque du ministère de la marine, ms. 1, fol. 53. 59).
(4) Mazarin à Mercœur. 4 octobre (Affaires Etrangères, Mémoires et documents 1718, fol. 331). — D'Etemare à Mazarin. En rade de Palamos, à bord de l'amiral, 16 septembre (Affaires Étrangères, Mémoires et documents 897, fol. 172).
(5) Miguel Parets, Cronica catalana, dans le Mémorial histôrico cspanol, t. XXV, p. 225.
sur cinq (I). Avec le reste, Vendôme eut à tenir tête, le 29 septembre, aux douze vaisseaux, aux six frégates et aux trois brûlots de Luis Fernandez de Gôrdoba. Malgré son infériorité numérique, à l'instigation du chevalier Paul, il attaqua.
Bataille navale de Barcelone (29 septeiiibre-l^' octobre J655.J
De la montagne de Monjuich, on vit les vaisseaux de Paul, Gabaret, Fricambault et d'Aisnay fondre avec deux brûlots sur lavant-garde espagnole. Fernandez de Gôrdoba évila les brûlots, coula l'un, dégréa l'autre. Mais désorienté par notre fougueuse attaque, — le galion Saint-Martin et l'amiral de Dunkerque démâtés, — il battit en retraite sur Barcelone, où le renfort des six galères de garde le mit en état de reprendre l'offensive.
Dans la nuit du M) septembre, ses feux se trouvèrent mêlés aux nôtres, si bien que le Triomphe d'Hector Des Ardents, erovant rallier notre pavillon, tomba dans l'ar-
(1) La gravure du siège «le Cadaquès par BEàOLiEr lk Donjon figure une partie de la Hotte : la Lune, amiral, le Mercœur, vice-amiral, le César, l'Anna, le Drarjon, le Samuel et deux barques, outre les six galères alors en ligne.
{%,) Sur la bataille navale des 29 septembre et 1'^ octobre 1655 : Sources fraxuaises et catalanes : « Les particularitéz du grand combat donné près de Barcelone entre l'armée navale du Roy commandée par le duc de Vendôme et celle des Espagnols» (Gazette de France, 1655, p. 1225).
— L'évêque d'Orange à ^lazariu. Toulon, 2 novembre (Affaires Etrangères, Mémoires et documents 897, fol. 191). — Avis de Marseille. 19 octobre (Affaires Étrangères, Mémoires et documents 897, fol. 187). — Miguel Pareïs, Cronica Catalana, dans le Mémorial historien espanol, t. XXV, p. 225. — H. Oddo, le Clievalier Paul, p. 117. — Chêrufl, Histoire de France pendant le ministère de Mazarin, t. II, p. 332.
Sources espagnoles : Sangrienta batalla que tuvieron seis navios de la armada real de Espana a las ordenes de Don Luis Fernandez de Côrdoba contra 17 bajeles de yuerra y (juatro de fuego de la armada de Francia <jue gohcrnaba et ducjue de Vandoma. Sevilla, Jnan (îomez de Blas, 1655, in-i".
— C. Fernandez DuRO, t. V, p. 13.
rière-garde espagnole et fut enveloppé. Vendôme enfonça les assaillants, dégagea le Triomphe et, par une violente canonnade, refoula Gôrdoba. Le Soleil de Fricambault et le César du chevalier d'Aisnay avariaient le vice-amiral espagnol, au point qu'il dut se faire prendre en remorque par les galères pour esquiver le brûlot de Cléron. Cabaret tenait en respect Tamiral de Dunkerque que la galère Santa Maria dut retirer, tout avariée, » du mitan de Tarmée de France; " le vice-amiral de la même escadre, maltraité par quatre de nos vaisseaux, tirait le canon d'alarme. L'amiral Juan de Matos était tué, ainsi que soixante hommes; quatre-vingt-six étaient blessés. Gôrdoba, à trois heures, vira de bord vers Garthagène.
La victoire nous coûtait la frégate la Magdeleine, que l'impéritic du chevalier de Roussel avait laissé couler bas (l), et quelques blessés, dont le contre-amiral Gabaret et le capitaine de pavillon Forant. De ce modeste succès, Vendôme tira gloire en inscrivant sur ses jetons de marine la devise : ceuit et imperat, au-dessus d'un vaisseau pavoisé (2) .
Nos opérations navales n'eurent plus en Méditerranée qu'un intérêt é[)isodique, malgré nos promesses de » procurer la liberté à la noblesse et au peuple napolitains opprimés par les Espagnols » . " Nostre sœur la reyne Ghristine de Suède, écrivait Louis XIV (3) en 1658, doit se porter en nos armées de mer et de terre à ladite entreprise de Naples, en suitte de ce que nous sommes convenus ensemble. » L'assassinat odieux de son écuyer Monaldes-
(1) L'c'vêque d'Orange à Mazarin. Toulon, 2 novembre (xlffaires Etrangères, Mémoires et documents 897, fol. 191).
(2j 1656 (F. Feuabdent, Collection Feuardent. Jetons et méreaux. Paris, 1904, in-8«, t. I, n« 1187).
(3) Au duc de Mercœur, lieutenant-gén,éral de l'armée navale. 10 mars 1658 (Guerre, Archives historiques 153, foj. 74).
LA GUERRE AVhC L'ESPAGNE 21'
chi (l) l'avait rendue indésirable à la Cour : et Louis XlV l'expédiait en Italie pour se débarrasser d'elle. L'escadre française, que montait la reine de Suède (2), ne dépassa point Viareggio où elle menait comme renforts pour le duc de Modène les régiments des princes d'Esté (3). Christine de Suède fut hébergée par les princes d'Esté dans leur délicieux palais de Sassuolo, après quoi elle alla fixer sa résidence à Rome (4). L'expédition de Naples n'était qu'un leurre. 2^ous avions de tout autres préoccupations.