ENGOUEMENT DES PARISIENS POUR LES COLONIES
De tous temps, les expéditions coloniales avaient excité i Paris une sympathique curiosité. De nombreux enfants ie la capitale étaient tombés pour la défense de Saint- Louis de Maranhâo en 1614. Et Richelieu avait trouvé :)arnii les bourgeois de Paris la plupart de ses commandiaires pour la Compagnie des voyages au long cours. Le :riste lieutenant-général de l'Acadie, La Tour, était le fils l'un maçon du boulevard Saint-Germain ; le lieutenantjénéral de la France Equinoxiale, un » Néron » en costume écarlate, Poncet de Brétigny, était aussi un Parisien, 3omme cet autre Poncet qui avait fondé, pour la découi^erte du détroit polaire, la Compagnie du Pôle Arctique (2).
En un temps où les désordres de la Fronde donnaient la nausée de la vie, où Condé dégoûté de tout rêvait d'habiter a quelque île nouvelle (3), " ce fut une vogue dans la capitale d'émigrer aux colonies. Aux Antilles, « de jeunes dames parisiennes » allaient rejoindre leurs maris (4); et d'alléchantes affiches représentant comme un éden, doté (i d'un perpétuel printemps, " la Guyane! réservaient à nos citadins les plus cruelles mésaventures.
(1) Le 30 janvier 1654 (F. -X. Garneau, Histoire du Canada. 5"= ctlition, revue et annotée par Hector Garneau, préface de M. G. Hanotaux. Paris, 1913, gr. in-8°, t. I, p. 195 (Bibliothèque France-Amérique).
(3) Lavis.se, t. VII ', p. 56.
(4) Histoire véritable de l'embrasement d'un vaisseau arrive' à la rade de Dieppe, chargé de trois cents personnes. Paris, 1649, in-4°.
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Sans se laisser rebuter par Téchec de Poncet de Brétigny en Guyane (1), des Parisiens y abordaient le 26 mai IG48. Au départ de Saint-Nazaire, le baron de Dornielles, leur chef, les ayant abandonnés, et à Berbice, leur lieutenantgénéral, M. de La Fontaine, ayant disparu le jour même du débarquement, ils n'eurent d'autre ressource que de se rendre à la Martinique avec le sous-lieutenant de Châteaufort. Par surcroît d'infortune, le capitaine Maurice, qui ramenait les navires, fit naufrage aux Açores.
A l'instigation du capitaine de Maucourt, la Compagnie se reconstitua. La colonie à fonder aurait pour u patriarche )) un savant astronome, l'abbé de Marivau.>L. Mais au quai d'embarquement, l'astronome, " portant avec lui ses livres et instruments, tomba en l'eau et ne put jamais estre garanti d'être noyé, » fâcheuse aventure dont le bonhomme La Fontaine a tiré une fable. Ce jour-là, le 19 mai 1652, a il y eut au-dessus du Pont-lSeuf bien du bruit et happement des bateliers à l'embarquement de trois cents personnes destinées pour le Cap du Nord, en la terre ferme de l'Amérique (2). " Les Parisiens partaient sous la conduite d'un gentilhomme du Pays de Caux, Le Roux de Royville, avec le doux rêve de fonder une république féodale et avec tant de conviction que leur chef, ayant voulu jouer au » général perpétuel » et substituer la dictature u à la multiplicité des seigneurs et à leur incapacité, " fut poignardé au cri de : " Vive la liberté! » Et lorsque » la mer, quittant sa couleur de purée, reprendra sa céleste parure, " aux approches de Cayenne, ils décideront que le défunt sera solennellement exécuté en effigie,
(i) Paul BOYER DU Petit-Puy, Véritable relation de tout ce qui s'est fait et passé au voyage que Monsieur de Brétiqny fit a l'Amérique Occidentale. Paris, l(i54, in-8°, p 284. — Cf. supra, t. IV, p 67i.
(2) Journal des querres civiles de Dubuisson-Aubenay (1648-1652), éd. G. Saige. Paris, 1885, in-8°, t. II, p. 226.
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son " pliantosme » écartelé et la sentence gravée sur l'airain au sommet d'une pyramide (1).
|ja place n'est pas libre. Elle appartient à une Compagnie rouennaise (2). Mais en temps de guerre civile, que pèse le droit d'autrui! la force seule fait loi. Les Parisiens ont devancé la frégate du capitaine Courpon, qui amène à la garnison de Gayenne un renfort de cinquante-huit Normands. A la première sommation, le sergent î^avarre leur fait remise du fort Seperoux, « petite éminence un peu moins haute que Montmartre, escarpée de tous costéz, » oii le nouveau gouverneur, Vertaumont, fait hisser une batterie de six pièces : trois barques, apportées de France « en fagot, » contiendront les Indiens du voisinage, Galibis, Arouagues ou Palicours. Troupes et colons débarqués, les capitaines de Maucourt et d'Aigremont retournent en France (3) recruter de nouveaux engagés... et aussi des actionnaires.
Un bluff insensé, la promesse d'un dividende de 300 pour 100, le mirage d'un coffre-fort dont les directeurs de la Compagnie exaltent l'énorme contenu... sans avoir jamais ensemble les trois clefs nécessaires pour l'ouvrir, exercent sur les esprits un effet magique. Le médecin même du roi, Nicolas Papin, a donne dans le panneau, » avance des fonds et remet en état d'appareiller à Nantes les deux vaisseaux de la Compagnie. Mais de celle-ci, le
(1) Relation du voyage fies François fait au cap de JSord en Ainéiicfue, dédiée et Madame la duchesse d'Esquillon, par I. de Laon, sieur d'Aigremont, ingénieur du Ilov et capitaine clans les troupes de France Equinoctialie. Paris, 1654, in-8°. — tactum pour les associez et intéressez, en la Compagnie de iestablissement des colonies françoises dans les terres fermes de V Amérique, deffendeurs contre les parens du feu sieur Le Roux de Rojvillc, soy disant nommé par Sa Majesté général pour ledit establissement. 1()53 (B >'., Tlioisy 89, fol. 237).
(3) Le 30 novembre 1652, à liord de la Charité et du Grand Saint- Pierre. Les promoteurs de l'expédition étaient l'intendant Dolu et l'abbé de risle Marivaux.
crédit s'effondra dès que le Sésame s'ouvrit... La caisse élaitvide (l\.