‹ Histoire de la marine française (volume 4)Chapitre 3 sur 75 · LINVASION PERTE ET REPRISE DES ILES LÉRINS · texte numérisé non relu

LINVASION PERTE ET REPRISE DES ILES LÉRINS

Dans une offensive de grand slyle, Espagnols et Impériaux débordaient partout nos frontières au printemps de 1636. Contenus en Alsace par La Valette, en Lorraine par La Force, en Franche-Comté par Condé, ils déferlaient sur Paris avec une violence qui semblait irrésistible. La perte du Gâtelet, de la Capelle, de Corbie avait fait brèche dans nos lignes : la Somme était atteinte. Les atrocités habituelles aux reitres, " bruslemens, pillages, violemens, tueries et massacres, » semaient une telle panique que les populations des villes et des campagnes se ruaient vers la capitale « en une procession de pauvreté et de calamité. » Il V en avait » quarante lieues durant, comme du chemin d'une foyre, entre Paris et Picardie f Ij » . On se vantait à Madrid d'avoir encerclé Paris, à treize lieues ei la ronde, d'un cercle de feu ("2). Les maréchaux de Ghauines et de Brézé allaient céder sous la pression de Piccolomini et de Jean de Werth. La situation en août était extrêmement grave.

Un homme à « l'âme très grande et très eslevée » la rétablit. Richelieu domina « la tempeste » et fit autour du souverain l'union sacrée. Paris fut mis en état de défense, des troupes levées en hâte; Louis XIII prenait position à Chantillv; Richelieu faisait venir du Havre des canons de marine; le régiment de la Marine se signalait par sa bravoure sur la ligne de la Somme; des régiments arrivaient

(1) Marcel PoSte, Une première manifestation d'union sacrée. Paris ■devant la menace étrangère en 1636. Paris, 1916, in-S", p. 108, 123. (2' 12 mai 1636 (Mémorial tiistôrico espanol, l. XIII, p. 411).

de toutes parts. » La grande armée » — cinquante mille hommes — s'ébranla en septembre, le roi en tête, et le 10 novembre reprenait Gorbie, où le flot de l'invasion expira, mais pour déferler ailleurs.

(I La plus belle frontière du royaume >» était violée le 23 octobre par les quatorze mille hommes du vice-roi de Navarre Yalparaiso, que secondait l'escadre de Ciudad- Réal. Saint-Jean-Pied-de-Porl , Saint-Jean-de-Luz, le Socoa, Baronne, « sept mille mariniers et deux ou trois cents vaisseaux (l) » tombaient presque sans coup férir aux mains des Espagnols (2). Et nos marins basques allaient demeurer pendant un an courbés sous le joug et « malheureux soubs un autre prince que le leur (3) « .

Nos marins provençaux, depuis 1635, étaient menacés du même sort. Cette année-là, Richelieu avait reçu une magnifique carte de la côte provençale, « en vélin, enluminée de lettres d'or, où l'on voyait en perfection représenté les ports, les plages, les caps, les îles " et la flotte de guerre. Sur cette œuvre splendide du professeur de mathématiques Jacques de Maretz ainsi que des ingénieurspeintres Augier et Flour 4j, Richelieu put se rendre compte de nos points faibles. Convaincu que l'ennemi frapperait au « centre de la coste » , le président de Séguiran avait proposé de poster une douzaine de galères à Toulon et des vedettes aux îles d'Hyères : une citadelle construite

(i) B. N., Dupuy 658, fol. 301. — Archives Nat., RK. 1216, fol. 15, 477. — J.-J.-C. Taczis, Un épisode de la çueire de Trente ans. L'attaque de la Guyenne, dans la Revue des Questions historiques, t. l^VIII (1895\ p. 434.

(2j Dont l'attaque était pourtant de longue date pressentie (Archives de Bayonne, EE. 89, n° 1 à la date du 15 mars 1634).

(3) B. N., Mélanges Colbert 130 bis, fol. 588 : J.-J.-G. Tauzis, p. 434.

(4) Elle est aux archives du service hvdrographique, 71. 3. 2. — Sur elle, voyez H. Bouche, Histoire chronologique de Provence. Aix, 1640 in-fol., t. II, p. 895. — Correspondance de Sgurdis, t. III, p. 221. — Cf. supra, t. IV, p. 624.

à rexlrëmité de la presqu'île de Giens commanderait le passage d'Italie en Espagne et gênerait les communications de nos adversaires.

C'est à exécuter ce plan stratégique que s'employaient, au début de l'année IG35, les ingénieurs Du Plessis- Besançon et Jean de Bonnefous (I . Il fut éventé par les Espagnols ou du moins par leur protégé, Honoré Grimaldi, seigneur de Monaco {"Ij : leurs convoitises, qui s'étaient effectivement portées sur les îles d'Hyères, changèrent d'objectif. Tandis qu'on se gaussait en France de la mésaventure d'AIvaro II de Bazan, marquis de Santa-Cruz, très éprouvé par un ouragan à la veille de nous attaquer (3) , le marquis s'entendait avec le général des galères d'Espagne, Garcia Toledo duc de Fernandina, pour exécuter contre nous un coup de main. Notre propre général des galères, François de Vignerot du Pont-Courlay, au lieu d'être constamment paré à « rendre quelque signalé service (-4; » , ne sut rien déjouer : le gouverneur de Provence, M. de Vitry, ne sut rien prévoir; il déclarait « le pays à couvert vers Sainte-Marguerite et Saint-Honorat (5). »

Sous le beau ciel de Provence, mollement étendues au pied des pentes de l'Estérel (6), ces deux îles tranchent

(i) " Mémoire des fortitications à faire en la coste de Provence « (Guerre, Archives historiques 23, fol. 187). — « Résultat de 1-a conférence faite... avec les sieurs d'Argencourt et Du Plessis-Besançon. " 14 jan- *ier 1635 (Guerre, Archives historiques 24, fol. 21, 25; Archives historiques 25, fol. 134, 427. — Cf. supi-à, t. IV, p. 163). — Mémoires de Du Plessis-Besasços publiés par le comte Horric de Beaucaire pour la Société de l'Histoire de France. Paris, 1892, in-8'', p. 12.

(2) Grimaldi au marquis de Santa-Cruz. 13 juin 1635 (Archives de Simancas, legajo 2656).

(3) Le 21 mai 1635 [La Dissipation de la flotte espagnole commandée var le marquis de Sainte-Croix. Paris, in-8").

(4) Louis XIII au marquis du Pont-Courlay. 19 juin (A. Jal, Abraham Du Quesne et la marine de son temps. Paris, 1873, in-8°, t. I, p. 54).

(5) Richelieu à Louis XIII (Aubery, t. II, p. 795).

(6) L ile Saint-Honorat était " grandement délicieuse en beaux jardins » , disait en 1643 le P. Fol'RMER, dans son Hydrographie.

par les sombres frondaisons de leurs pinèdes sur l'azur des eaux. Dans ce paysage de féerie, rien ne faisait supposer qvi'allait se jouer un des drames les plus longs de la f^uerrc de Trente Ans (1). Un archéologue parisien, qui venait de faire des fouilles à Sainte-Marguerite où « quantité de vieux bastiments ruinez h et pavés de mosaïque attestaient l'occupation romaine, n'avait noté dans l'île (1 qu'une petite forteresse bastie sur de vieilles ruines, » et à Saint-Honorat qu'un monastère pourvu » de quelques petites fortifications pour empescher les Turcs (2) « .

Le 13 septembre 1635, le capitaine garde-côtes de Saint- Marc Ghasteuil découvrait vingt-deux galères espagnoles, le cap sur les lies Lérins. iVussitôt, de sonner le tocsin et d'accourir bride abattue, à Cannes. A peine a-t-il occupé le fort de la Croisette et bordé la côte de mousquetaires tapis derrière des gabions, qu'un exprès vient à la nage de l'île Sainte-Marguerite quêter des secours. L'île était cernée. Quinze galères, du côté du continent, les autres, dans le chenal de l'île Saint-Honorat, la bloquent. Trois cents hommes de renfort expédiés de Cannes en barques se voyient barrer la route par la capitane de Pedro de Orellana. Jean de Bénévent de Marignac tire quelques volées de canon : mais trop faible pour soutenir l'assaut des maîtres de camp Juan de Garay et Miguel Pérez de Egea, il capitule le lendemain et sort du fort Sainte-Marguerite avec cent dix hommes (3).

(1) « Relacion de la toma de las dos Islas de Santa Maria y San Hono- .rato... enviada por la duquesa de Fernandina al padre Pedro Gonzalez de

Mendoza. 1035 >> (Mémorial hislôrico espanol, t. XIII, p. 279. — Bertrand, Prise (les îles de Lérins par les Espagnols en 1635. — Honoré Bouche, la Choror/raphie ou description de Provence. Alx, 1664, in-fol., t. II, p. 907).

(2) Les Confessions de Jean-Jacques Bouchard, parisien, suivies de son voyaqe à Rome en 1630, publiée pour la première fois. Paris, 1881, in-8", p. 204.

(3) Procès » aux capitaines qui ont rendu les isles de Provence, en

Dans l'île Saint-Honorat, commandait François Ainésv d'Usech. On voit encore, sur la rive qui regarde le larf;e,la vieille tour médiévale, moitié forteresse, moitié cloître, où il subit le premier choc : et l'on rencontre, comme alors, à Tombre des pins, des robes monastiques. Lors de l'inspection de l'île, Séguiran n'avait trouvé comme artillerie qu'une moyenne, trois petits vers, une bombarde et trois arquebuses. Les batteries du maître de camp p^énéral Lello Brancaccio en eurent vite raison. Les cent hommes de la garnison capitulèrent le 15 septembre et furent évacués à Cannes, où quelques volées de canon seules marquèrent la présence de l'ennemi.

Du rocher stérile de Sainte-Marguerite, du jardin fertile de Saint-Honorat, Brancaccio fit la place " la plus redoutable de toute la Méditerranée» . Cinq forts aux multiples formes, pentagone, carré, triangle, redoute, demilune, sertirent « le joyau de la Marguerite; » et cinq bastions reliés par des chemins couverts flanquèrent l'abbaye de Saint-Honorat (1). Des batteries barbettes commandaient le frioul entre les deux îles, qui servait de réduit à une défense mobile de seize galères et quatorze vaisseaux. Un Doria, duc de Tursi, commandait à l'armée de mer (2), Miguel Pérez de Egea et Juan Tamayo aux quatre mille hommes de la garnison. Ils attendaient encore douze vaisseaux avec huit mille hommes.

Situation angoissante, les Espagnols comme au temps de la Ligue avaient en Provence des affidés. Leurs escadres étaient pilotées par des Français : l'escadre napolitaine par le patron Reymond établi à Naples, la capitane

septembre 1635, au parlement d'Aix, pour nionstrer qu'ils sont suffisamment convaincus de lasciieté » (B. N., Franc. 10981, foi. 136. — Guerre, Archives historiques 33, p. 92.)

(1) Le P. FocENiER, p. 272.

(2) Mémorial histôrico espanol, t. XI II, p. 352.

de Sicile par André Colle de la Cioiat et Jean Bouguier de Marseille, la réale d'Espagne par le Marseillais Jean Gav établi à Malte, la patache du galion amiral par le patron Simon de la Ciotat; un des vaisseaux était même commandé par un Toulonnais, Jean Pantalin, qui avait sa famille à Toulon. Le vice-roi de Naples demandait à Jean Bouguier u s'il y avoit moyen de surprendre Tolon et Marseille. — Dans Marseille, il y a plus d'hommes que de mouches, et Tolon est très bien fortifié, » répliqua l'homme de la Canebière (1). L'ennemi méditait de surprendre Marseille le 13 mars 1636, avec la complicité de cinq cents « factionnaires (2) » , alors qu'un courtisan assurait Louis XIII que la ville était fidèle (3). Mais dans l'incertitude des événements, le maréchal de Vitry avait levé, pour garder la côte, toute la noblesse du pays.

Pour chasser les Espagnols, il faudra mobiliser les gros vaisseaux de l'escadre de Bretagne, les navires légers de l'escadre de Guyenne, les dragons et les hirondelles de l'escadre de Normandie, sept mille deux cent dix hommes (-4), quatre cents canons de marine et un parc de siège, les

(1) Relation anonyme de l'état des îles Lérins au 30 décembre J635 (A. Jal, Abraham Du Quesne et la marine de son temps. Paris, 1873, in-8», t. I, p. 59).

(2) Déclaration du sieur Meuredor de Saint-Laurent, qui tenait le propos du secrétaire du marquis de Santa Cruz. 6 juin 1642 '^Correspondance de SOURDIS, t. III, p. 103).

(3) Mascarox, Marseille aux pieds du Roy, 2° édition. Avignon, 1637, in-4».

(4) Quinze vaisseaux de l'escadre de Bretagne, 12 de l'escadre de Guyenne, 8 de l'escadre de Normandie, 6 brûlots et 12 flûtes, celles-ci chargées chacune de 300 soldats. Il y avait 12 vaisseaux de 500 tonneaux et 235 hommes, 8 de 300 tonneaux et 147 hommes, 12 dragons de 200 tonneaux et 115 hommes (» Estât des vaisseaux dont sera composée l'armée navalle du Roy sur l'Océan en la présente année 1636 » : B. N., Franc. 6408, fol, 168. — E. Bertrand, Un archevèque-amiral , Henri de Sourdis (1594-1645). Paris, 1912, in-8", p. 49 : extrait de la Revue maritime. — Le P. Fourrier, llydro^jraphie, p. 271).

GUERREDETRENTEANS 19

chefs les plus réputés, Des Gouttes, Mantin et Poincy, Beaulieu-Persac, le héros du combat naval de la Goulette, Giron, Técunieur des mers de Chine, « le général " Augustin de Beaulieu, qu'avait mis en vedette le voyage de Sumatra, des chevaliers de Malte et les rudes défenseurs de la Rochelle, devenus les défenseurs du roi (1 . Le commandant en chef, Henri de Lorraine comte d'Harcourt, — Cadet-la-Perle, — ne s'était encore distingué que sur terre, à Prague, au siège de la Rochelle et au pas de Suze. Mais sur le Saint-Louis où il avait hissé son pavillon tricolore, — blanc au grand mat, bleu à la misaine, rouge à la poupe (2), — il avait comme capitaine de pavillon « le Père de la mer '3) » Philippe Des Gouttes. Son coadjulpur, le " chef des conseils du roi en l'armée navale, » était un prélat, qui, en cas de malheur, était, par une lettre de service (4), investi du commandement (5).

La tournure élégante, l'ovale du visage coupé par des moustaches galamment retroussées au fer et la royale affinant le menton, Henri d'Escoubleau de Sourdis avait l'allure d un mousquetaire beaucoup plus que d'un prélat. Archevêque de Bordeaux à trente-quatre ans, en 1628, il avait montré son humeur batailleuse en tenant tète à » un homme dont on ne parlait qu'avec une sorte de vénération craintive, " au vieu.x duc d'Epernon, gouverneur de Guyenne. Il en avait reçu des coups de canne, qui avaient valu au vieillard l'humiliation de s'age-

(1) cf. supra, t. IV, passiin.

(2) B. N., Franc. 6408, fol. 177 v", 385. C'est le vaisseau splcndide, — 1 000 tonneaux et 52 canons, — que tigurent une planche de V Hydrographie du P. FouRMER, lequel était à bord (Cf. supra, t. IV, p. 594), et une autre de Cleirac, Explication des termes de marine (1630).

(3) Suivant l'expression d'une lettre de Richelieu du 10 novendjre 1640 (A. i.KL, t. I. p. 105).

(4) Suivant commission du 15 mars.

(5) Du 27 août (^Correspondance de Sourdis, t. I, p. 76).

noulller devant sa victime en pénitent (I). Initié aux termes de marine par un ouvrage qui lui était spécialement dédié (2), familiarisé avec la mer par la défense de Ré, avec les armements par le siège de la Rochelle, le prélat avait le pied marin : « un bateau tapissé » sur la Gironde lui servait de « maison navale " . Et de « l'Archevéque-amiral » on disait :

France, je crains qu'ici-bas Ton église si magnanime Milite et ne triomphe pas (3).

«Souvenez-vous, lui écrivait Richelieu, qu'il faut faire des actions dignes de la bruscosité des Sourdis et de la prudence que je péropte en l'archevêque de Bordeaux [â). » L'archevêque venait de préconiser une vigoureuse offensive contre la Gorogne, le Vigo, Cadix ou Gibraltar (5). Les premiers objectifs défilèrent sans qu'on s'y arrêtât.

(i Après avoir costoyé toute la Galice et tout le Portugal sans avoir rencontré une seule barque de pescheur, tant l'effroy de nostre armée avoit frappé le cœur des ennemis, » nous nous apprêtions, le 16 juillet 1636, à forcer le passage du détroit de Gibraltar. Conviés au voyage « par lettres expresses et obligeantes » du comte d'Harcourt, l'académicien Faretet le poète Saint-Amant, — dans l'intimité le Vieux et le Gros, comme le comte était le Rond, — s'attendaient à voir » jouer des cousteaux; » la flotte se présentait en bataille, enseignes déployées, avec « plus de

(1) Léo MODTON, le Duc d' Épernoii et l'archevêque de Bordeaux. Paris, 1915, in-8°, extrait de la Revue des Etudes historiques.

(2) [Gleirac,] Explication des termes de marine. Paris, 1636, in-S".

(3) G. L\i;ocn-G\vE'r, la Marine militaire de la France sous les règnes de Louis XIII et de Louis XIV (1624-1661). Paris, 1911, in-8», p. 82.

(4) Affaires Etrangères, Mémoires et documents 826, fol. 226.

(5) Janvier 1636 (Correspondance de Sounms, t. I, p. 14).

taffetas au vent que de toile; " déjà le poète accordait sa lyre (Ij :

Matelots, taillons de l'avant; Nostre navire est bon de voile :

Ca, du vin pour boire à l'estoile Qui nous va conduire au Levant ..

Ce Marrane au teint de pruneau, Ce fanfaron de Ferrandine... Qu'il y vienne un peu, le ^lauvais^ Avec ses cinquante galères!...

A la vérité, Fernandina n'avait pas cinquante galères, mais dix-neuf; il ne devait pas engager de combat, mais ramasser nos traînards (:2) . Et son collègue Antonio d'Oquendo, tapi dans la baie de Cadix, tremblait « d'aventurer sa réputation » contre nous (3). Sourdis conseillait d'attaquer ses dix vaisseaux. — « Cela n'est pas dans l'instruction du roi 11 (4), objectèrent les esprits timorés qui rejetèrent de même, faute de troupes, la proposition d'enlever Gibraltar (5;, une position que a de vaillants hommes de Saint-Malo » déclaraient de nature à devenir u imprenable (6) » . Seules, les îles Lérins étaient en cause.

(1) Préface du Passage fie Gibraltar, dans les OEiivr-es du sieur de S.ust- Am.\kt. Paris, 1642, in-4", 2° partie, p. 53. Saint-Amant célèbre, dans les vers du Passage de Gibraltar, les divers vaisseaux de la flotte, le Saint- Louis, vaisseau amiral, l'Europe, vice-amiral, la Fortune, contre-amiral, l'Ange du sceptre, le Saint-Michel, le Cygne, la Renommée, le Coq, l'Aigle, le Griffon, la Licorne, le JAon, la Levrette, i Espérance, le grand patron des moines le Saint-Jean .

(2) Avis de ^ladrid, 5 août {Mémorial histôrico espanol, t. XIII, p. 464).

(3) Antonio d'Oquendo au roi d'Espagne. Cadix, 26 juillet (^Ibidem, p. 467).

(4) Instructions du 20 avril (Correspondance de SocROLs, t. I, p. 25). — « Registre du conseil de l'armée navale » (Archives Nat., Marine B*,, fol. 85).

(5) 28 juillet {Correspondance de Sourdis, t. I, p. 48.)

(6 Le Malouin Pierre Gouin préconisait dès le 29 mars 1636 l'attaque de Gibraltar et de Cadix (Archives Nat., F^'.j : G. L.^cour-Gayet, la Marine militaire de la France sous les rèynes de Louis XIII et de Louis XIV, p. 92).

Poète, accorde ta lyre, mais pour chanter des exploits... d'huissier, des « querelles d'Alemant « que cherche au comte d'Harcourt le maréchal de Vitry, gouverneur de Provence (1) ; de » fort mauvais tours et rudes charitéz » de l'archevêque de Sourdis pour le général des galères Du Pont-Courlay (2) ; l'aversion du général pour son lieutenant Forbin; celle de Forbin pour le baron d'Allemagne, commandant les vaisseaux ronds; celle du baron pour l'évêque de Nantes, Gabriel de Beawvau, promu chef des conseils dans l'armée navale du Levant (3). La mauvaise organisation du commandement supérieur allait paralyser l'action de la marine. Personne ne voulait obéir et tout le monde voulait commander (4). Richelieu, par une faute encore plus lourde, avait placé à la tète de nos deux divisions du Levant (5) deux ennemis mortels, deux hommes dont les parents (6) s'étaient entre-tués dans un duel au couteau, les bras gauches liés l'un à l'autre. La haine de Jean-Louis Du Mas de Castellane baron d'Allemagne pour Jean bailli de Forbin s'avivait d'une blessure d'amourpropre : supplanté par lui dans la lleutenance générale des galères de France, le baron s'était expatrié plutôt que de servir en sous-ordre, et il avait conquis le grade de général des galères de Savoie (7) . Rappelé par Richelieu (8) ,

(1) Sourdis et Harcourt à Richelieu (Affaires Étrangères, Mémoires et documents 1705, fol. 125, 160).

(2) Du Pont-Courlay à Du Plessis-Besançon (Affaires Etrangères, Mémoires et dovuments 824, fol. 260).

(3) Le 6 juin (Affaires Étrangères, Mémoires et documents 824, foi. 293).

(4) Vicomte G. d'Avenel, Richelieu et la monarchie absolue. Paris, 1887, in-8», t III, p. 175.

(5) " Eslat de l'armée navalle de Provence projetée par M. de Nantes, n 1636 (B. N , Franc. 6408, fol. 233) : 12 galères et 24 vaisseaux.

(6) Annil)al de Forbin et Alexandre Du Mas de Castellane. Le duel avait eu lieu en 1612.

(7) Qu'il portait dès 1626 (Affaires Étrangères, Mémoires et documents 781, fol. 92).

(8) Sou pavillon flottait sur le galion Notre-Dame de la Victoire (B. N.,

le baron rentra aussitôt enconilit avec le bailli. «Le baron d'Alemagne, — susurrait celui-ci, — homme très vigilant, courageux et plein d'afesion, n'aura rien sur le cœur à rcsevoir les ordres de moy. " A quoi le baron répliquait tout au contraire qu'il avait à en donner. Au lieu de trancher le différend, le ministre de la guerre chargé de la marine du Levant, Servien, décida que les deux chefs resteraient indépendants l'un de l'autre en attendant l'arrivée du général des galères (1).

Autre conflit, autre faute : des capitaines de galères (2), destitués pour avoir refusé de se laisser supplanter par des officiers du régiment des galères, obtiennent de Richelieu leur réintégration avec un blâme pour " l'impudence i> de leur général (3).

Durant ces « brouilleries, ni les galères, ni l'escadre de Marseille, ni les hommes du maréchal de Vitri (4) » ne rallient la flotte du Ponant. Et Garcia Toledo, duc de Fernandina, de s'en jouer avec ses galères agiles et d'entrer « sans contradiction » le 29 août dans le frioul des îles Lérins (5) . 11 eût été » très important de se rendre maistre » de ce passage : mais « il ne se trouva jamais ny pilottes ny matelots " qui fussent capables d'y conduire des vaisseaux de ligne (6).

Franc. 6408, fol. 228). — Forbin montait la Bèale (Affaires Étrangères, Mémoires et documents 817, fol. 74, i27).

(1) Forbin à Abel Servien. Marseille, 30 décembre 1635; Servien au baron d'Allemagne. 5 février 1636 (Guerre, Archives historiques 33, fol. 156, 163; et 41, fol. 86 : A. Jal, Dictionnaire critique, art. Allemagne).

(2) De Vincheguerre, d'Esguilly, de Ternes, de Baillebault et d'Aumont, Comte d'Harcourt à Richelieu, à bord de l'Amiral en rade des îles d'Hyères, 17 août 1636 (Affaires Étrangères, Mémoires et documents 1705, fol. 129.)

(3) Richelieu à Du Voni-ConrlA-^ (^Correspondance de Sourdis, t. I, p. 70).

(4) Sourdis à Richelieu. 13 août (Affaires Étrangères, Mémoires et documents 1705, fol. 122).

(5) Relation de Sourdis (^Correspondance de Socrdts, t. I, p. 58).

(6) Mémoires de Guillaume d'Alméras communiqués par Mme Bosso-

Et Fernandina, quittant le frloul le 4 septembre dans le moment où le maréchal de Vitry porte « des brindes à la santé du roy « à bord de l'amiral (l), s'esquive devant nos vaisseaux lancés à sa poursuite [2], puis se retourne contre eux le 9 pour en « escroquer quelquesuns ». Mais Cadet-la-Perle a cette fois des galères, qui le remorquent hors de la rade de Menton; « il fait tête, sonne la charge » et, en deux heures, a raison de (i la rodomontade " : la capitane d'Espagne y perdit ses trompettes et la capitane de Florence ses gabiers (3). Douze galères et trois vaisseaux infligent un nouvel échec à Fernandina et l'obligent à rompre à San-Remo, en laissant « force " cadavres sur l'eau (4). Mais la diversion espagnole a réussi : la reprise des Lérins est manquée (5).

Richelieu résumait d'un mot la campagne : « La flotte n'a rien fait cette année (6). " Outré de « mauvaises rencontres qui le font mourir (7) » , il prend comme bouc émissaire le chef des conseils de l'armée du Levant : l'évéque de Nantes est révoqué (8). Rien de tel qu'un acte d'énergie pour ramener la discipline. Pont-Courlay fait la paix avec Forbin (9) et jure de " ne plus verbaliser qu'à

laschi, de Pézenas, à l'archiviste de la marine P. Margry : extraits dans B. N., Nouv. acq. franc 9390, fol. 62 v°).

(i) Lettre de M. de Loynes. Cannes, 6 septembre [Correspondance de SounDis, t. I, p. 112).

(^2) Le vice-amiral de Mantin en tête. Sourdis à Richelieu. 5 septembre (Affaires Etrangères, Mémoires et documents 1705, fol. 82).

(3) Relation de Sourdis (^Correspondance de Sourdis, t. I, p. 61).

(4) Le P. FoDRSiER, p. 292.

(5) De Noyers à Sourdis. 14 septembre (Correspondance de Sodrdis, t. I, p. 119).

(6) Richelieu à Sourdis. 12 septembre (Correspondance de Souedis, t. I, p. 117).

(7) De Noyers à Sourdis. 20 septembre (^Ibidem, p. 125).

(8) 12 septembre (Ibidem, p. 116).

(9) Toulon, 9 octobre (Affaires Étrangères, Mémoires et documents 824, fol. 271).

coups de canon ([) " . Vitry rassemble des tartanes pour embarquer des troupes; Du Plessis-Hesançon y joint des transports d'un nouveau genre (2). Un ordre formel d'attaquer les îles Lérins est venu de la Cour : « J'entends, a écrit Louis XIII, que toutes les forces de mon armée navale et tous les gens de guerre qui se pourront tirer de mon pays de Provence, y soient employés (3). "

Un malheureux incident compromit tout. Réunis en conseil dans le château de Cannes, le G décembre l(>;i(j, les chefs de l'armée discutaient les derniers détails de la descente et la façon dont le général des galères contiendrait (4) la contre-attaque éventuelle de Fernandina (5), lorsque le maréchal, invité par l'archevêque à faire sortir ses domestiques, le traita de cagot et s'oublia jusqu'à lui donner un coup de canne (6). L'émotion fut intense; elle entraîna la débandade des soldats, le désarmement des galères incapables de « subsister plus longuement à la mer (7), l'anéantissement du dessein des isles » .

Pour en « réparer la honte, Sourdis portera un prompt et puissant secours " au duc de Parme notre allié (8). Mais

(1) 22 novembre Ibidem, fol. 277\

(2' Relation véritable (Coriespoutlniice Je SoruDJS, t. I, p. 211 et

(3) Louis XIII à Sourdis. 12 octobre (Ibidem, p. 53).

(4) Avec ses 12 gairres, 4 brûlots, 15 vaisseaux et 30 tartanes. « Ordre qui sera suivy et observé par les capitaines de galères h , signé de Pont- Courlay. En rade de Théoulle, 1" décembre (Affaires Etrangères, Mémoires et documents 825, fol. 141).

(5) Ordre signé du comte d'Harcourt. A bord de l'amiral, Théoulle, 3 décendire (Ibidem, fol. 149j.

(6) D'une « canne d'Inde » (^Mémoires de M. le président de Gaufridi, dans les Mémoires pour servir à l'histoire de la Fronde en Provence. Aix, 1870, in-S", p. 128j, — Correspondance de Socrdi.s, t. I, p. 1J)0, note. — H. Bouche, la Chorographie de Provence, t. II, p. 900.

(7) Du Pont-Courlav à Du PIcssis (Affaires Etrangères, Mémoires et documents 824, fol. 260). — Registre des conseils de l'armée navale (Archives iSat., Marine R*^, fol. 97).

(8) M. de ÎNoyers, Louis XIII et Fabio Scotti à Sourdis. 21, 22 et 26 décendire (Correspondance de Sourdis, t. I, p. 227, 229, 231.)

il en va du secours de Parme comme de l'entreprise des iles (1) : tout « dépend de la diligence qu'on y apportera (2) ". Le temps s'écoule; et le destin s'accomplit. Farnèse, duc de Parme, a été contraint de signer un accommodement avec l'Espagne 3;.

a Je veux espérer, écrit Louis XIII à Sourdis (4), qu'enfin le bonheur de mes armes vous mettra en main quelque occasion de les employer plus utilement. » En Sardaigne, qu'on prétend n plus prête à se rendre qu'à combattre " (5), Porto Conte et Cagliari seraient faciles à enlever n soit par le pétard, soit par les escalades auparavant que l'alarme fût donnée dans l'île (6) » . Et le maréchal de camp de Gastelan de s'autoriser des instructions rovales pour réclamer « avec des violences inimaginables (7) un scourebande ') en Sardaigne (8). En plein hiver, sans babils ni souliers (9), ses troupes embarquèrent à bord de quarante-cinq vaisseaux.

Le 23 février 1637, tandis que Portenoire, capitaine du dragon Sainte-Marie, canonnait la grosse tour qui commande la rade d'Orislano (10) et qui fut évacuée après épui-

(1) M. de Noyers à Sourdis. 17 janvier 1637 {Ibidem, p. 252.)

(2) Victor-Amédée de Savoie à Sourdis. 23 janvier [Ibidem, p. 259).

(3) Le duc de Parme à M. de Sabran (Ibidem, p. 26i). — Nos marins en eurent de l'émoi. Toulon, 10 février (Registre des conseils de l'armée navale : Archives Nat., Marine B^^, fol. 138).

(4) 23 février [Correspondance de Sourdis, t. I, p. 292).

(5) Sabran à Bouthillier. 10 janvier [Ibidem, p. 24-4').

(6) Instructions reçues par Sourdis le 20 avril 1636 (Ibidem, p. 29).

(7) Sourdis à Richelieu. Des iles d'Hyères, 15 février 1637 (Ibidem, p. 284).

(8) Mémoires de Du Ples.sis-Bes.\sçox, éd. Horric de Beaucaire, p. 14.

(9) « Registre des conseils de l'armée navale. >i Toulon, 30 janvier (Archives Nat., Marine B*.,, fol. 138).

(10) «l\elation de ce qui s'est passé au voïage de Sardaigne» , par Sourdis. En rade de Loristan, 28 février (Affaires Étrangères, Mémoires et documents 1705, fol. 230 : Correspondance de Socrdis, t. I, p. 301). — Harcourt à Richelieu. A bord de l'amiral, en rade de Loristan, 28 février

sèment des munitions par le sergent-major Gaspar Sanna, nos commandants en chef remontaient le Tirso « avec tout ce qu'il y avoit de bateaux et de chaloupes dans l'armée » . A quelques lieues du golfe, était l'archevêché sarde d'Oristano.

Le capitaine général Antonio Ximenez de Urrea v Enriquez dépécha le gouverneur de Gagliari, Diego de Aragall y Gervellon, pour nous barrer la route, et des exprès à Palerme, Naples et Gènes pour réclamer des secours, à Majorque pour demander l'intervention des galions d'Antonio d'Oquendo. La clef de la défense était le château de San Miguel. Pour nous donner le change, les Espagnols firent défiler plusieurs fois à nos yeux, tels des figurants de théâtre, les quatre-vingts hommes de la garnison grossie d'un cortège de clercs et d'étudiants, en attendant les douze compagnies de Francisco Zapata et d'un ancien capitaine de la cavalerie impériale revêtu du froc, Frère Giusto, aliàs Diego duc de Estrada. Un Parisien capturé à bord d'un de nos bateaux de munitions, n Charles de Rossiel " , avait déclaré que nos forces étaient de cinq mille hommes de troupes, sept régiments, quarante-cinq vaisseaux et qu'il y en avait encore vingt-deux avec quatorze galères en réserve à Toulon (1).

Le mardi 24 février, nos troupes entraient à Oristano. Nous occuperons la ville, déclarait Sourdis, en compensation et jusqu'à restitution des îles Lérins... (2). L'occu-

(Ibidem, fol. 232). — Un levé de la racle d'Ori.stano fut exécuté une trentaine d'années plus tard parle capitaine Cogolin (B. N., Franc. 13372).

(1) fAntonio C.vnales de Vega], Invasion de la armada francesa del arzobispn de Bordeus y Monsieur Enr?-i(jue de Lorena, conde de Harchout, heclia sobre la ciudad de Oristan. Caller, 1637, in-i", p. 67.

'^) Sonrdis au sergent-major Gaspar Fana, alicis Sanna [Comcntarios del deseiiqanado, 6 sea vida de I). Diego duque de Estiud.\ escrita por e'I misino, dans le Mémorial historico espanol, t. XII, p. 121). — lielacion verdadera de la entrada que hizo en Cerdeha en la ciudad de Oristan la armada de Francia. Sevilla, 1637, in-4°.

nation dura l'espace de deux matins. Les miliciens du duc de Estrada et les cavaliers de Francisco de Villa Padierna nous refoulèrent vers le port, où riiéroïque défense de la presse tour par une compagnie bretonne et les canons du vaisseau vice-amiral couvrirent notre rembarquement le 26 février. Nous laissions aux mains de nos adversaires une batterie d'artillerie, trente-six prisonniers, neuf chaloupes canonnières et sept cents mousquets (1). Un marin prenait philosophiquement l'aventure, — et Richelieu partageait l'avis de Forbin (2j : « L'on ne peut rien entreprendre en Sardaigne en esté, tant à cause de la difficulté des eaux que du mauvais air de l'isle (3). •>

Ces épisodes étaient autant de diversions à la reprise des îles Lérins. Aux dix-huit cents hommes, « malades, morfondus, maltraités des injures de la saison (4-] » , qui les occupaient, un galion solitaire apportait des munitions, quand le lieutenant Mondreville, l'accostant de nuit, répond en italien qu'il arrive de Naples, y cramponne son brûlot; et l'Admirante de quarante-sept canons, commandé par le chevalier Gentile, périt dans les flammes (5).

Le moment était mûr pour reprendre l'attaque des deux îles. Le comte d'Harcourt en fut chargé. Un fortin carré à la pointe orientale, le fort d'Aragon vis-à-vis deThéoule, la tour de Batiguier, le pentagone du P'ort-Royal et le quadrilatère de Monterey constituaient les défenses de Sainte-Marguerite (Gj. Le 27 mars 1637, les troupes de

(1) Et sept cents tués et blessés selon les Espagnols (D. Antonio Ca>-ales DE Vega), bruit dont notre agent à Gênes se faisait l'écho {Correspondance de S0URD1.S, t. I, p. 313).

(2) Richelieu à Sourdis. 1"' mars [Ibidem, p. 303).

(3) Avis du bailli de Forbin (Archives Nat , Marine B*,, fol. 180).

(4) Sabran à Sourdis. Gênes, 2" luars-i'' avril [Ibidem, p. 316, 334). — Le P. FoiiciiEH, p. 293.

(5) Mémoires de Du Ples.sis-Be.sa>(;o>', p. 14.

(6) Relations de l'attaque de l'ile Sainte-Marguerite (Correspondance de

débarquement voguaient en six groupes vers la pointe orientale sous la protection des escadres de Mantin et Poincy. Servies par les chefs d'escadre eux-mêmes, nos pièces de marine démontaient les batteries à fleur d'eau et ouvraient un passage aux brigantins du chevalier Des Roches qui balaient deux châteaux forts aux angles garnis de canons, aux bastingages à l'épreuve du mousquet, au pont-levis assez large pour laisser passer de front six hommes. « Les Plattes » de l'ingénieur du Plessis-Hesançon portaient chacune quatre cents soldats (I). Mais voilà qu'une bourrasque force vaisseaux et bateaux à se r<^fugier qui au Golfe Juan, qui à Cannes, où les plattes, inertes et incapables de tenir seules sous le feu de trois brigantins ennemis, sont incendiées par les troupes qui les montent (2).

L'attaque reprend le 28 mars. Cangé, Goupeauville, Montigny, Chastellux, six autres capitaines de marine écrasent de " salves de canonnade " les batteries espagnoles. Sourdis vient observer l'attaque. En attendant que le vaisseau-amiral, en réparation à Toulon (3), l'ait rallié, il saule sur le pont de la Licorne en s'aidant de la main que lui tend Montigny : dans l'instant même, un boulet coupe sous ses pieds l'échelle de corde.

SoDuuiij, t. I, p. 318, 323). — Le P. Foi nisfiEn, p. 293. — H. Bouche, Histoire clirono/ogique de Provence, t. II, p. 902, carte. — « Description des isles S'' Margrite et S' Honorai, et des forts et redoutlos que les Espagnols y ont faitz, et la reprise de partie desditz forts et redouttes par l'armée navalle de S. M. commandée par M. le comte de Harcoiir, désignée par Svint-Cl.uu, ingénieur de S. M. » (B, N., Géographie vol. 319, fol. 11). — lienri Moins, V Abbaye de Lériiis, Histoire et nioninnents. Paris, 1909, in-S", p. 265. — E. Bertrand, Un (trcfierèque-amiral, Henri de Sourdis, p. 63.

(1) Mémoires de Pu Plessis-Bes.'InçON, p. 17.

(2) Mémoires du président de Ga.ufridi, dans les Mémoires pour servir à l'histoire de la Fronde en Provence, p. 129.

(3) Emprunt de 3 000 livres pour équiper le vaisseau amiral qui doit rallier l'armée navale. Toulon, 7 avril (Archives municipales- de Toulon, BB. 56, fol. 606).

Au signal de donner, les enfants perdus débarquent sous la mitraille et emportent le Fortin. Les régiments de Vaillac et de La Tour chassent l'ennemi vers le fort Monterey aux remparts « de boue et de crachat», les marins de Guitault, Senanles, Dumé, Miraumont, Conrsan suivent avec les chefs d'escadre; le parc d'artillerie de La Roullerie est mis à terre : avant qu'il soit en position, le 29, la garnison du fort Monterey s'enfuit vers le Fort Roval.

Sourdis veut aller droit au fort d'Aragon. Quatre mille hommes à terre, deux mille en réserve suffisent pour l'assaut. Le maréchal de camp de Castelan préfère la prudente tactique des cheminements, où il « s'amuse » , si bien que Gonzalès de Crespo ne sortira du fort que le 20 avril (1). Cinq nuits auparavant, une galère génoise avait failli lui amener du secours. Avertis par quinze feux de signal qu'autant de galères ennemies, celles de Borja, étaient derrière elle en soutien, Mantin, Montigny et Coupeauville (2) s'étaient fait remorquer pour leur barrer la route : et ils avaient réussi. Le 24 avril, la tour de Batiguier se rendait. Réduit au Fort Roval, n'ayant plus « ni logement, ni tour où seulement on put habiter, » le gouverneur de l'île Sainte-Marguerite, Miguel Pérez de Egea, capitula le G mai avec neuf cent quatre-vingt-six personnes, soldats, a femmes, valets et autres canailles !! » (3j.

Le 13, Juan Tamavo, sommé de rendre Saint-Honorat, répondit qu'il mourrait sur la brèche. L'amiral et le général des galères Tattaquèrenl du côté du Levant, le vice-amiral de Mantin et le contre-amiral de Poincy à la

(i) Sourdis à Richelieu. 6 avril (Correspondance de Sourdis, t. I, p. 342).

(2) Goinmandant i Europe, la Licorne et la Renommée (le P. Fourmer, p. 616). — La 1' Description des isles... désignée par Saint-Glur » figure l'escadre de Mantin à l'est du frioul et celle de Treillebois à l'ouest ; Poincy borde au sud l'ile Sainte-Marguerite.

(3) Correspondance de Soordis, t. I, p 373 — Le P. Focrmer, p. 274, 615.

pointe du Ponant : une grêle de boulets qui « bruyoicnt » de toutes parts, couvrit la descente de huit régiments (l). « Pendant l'escrime, » les batteries Saint-Pierre, Saint- Pancrace, Saint-Sauveur, Saint-Michel, Saint-Cypricn et de la Trinité étaient enlevées le 14 mai. Le lendemain, Tamayo évacuait le monastère avec les derniers survivants des huit cents défenseurs de l'île (2). Sourdis et les siens avaient remporté une victoire décisive : soixante-dix canons, huit pierriers, huit drapeaux qui furent déposés à Notre-Dame (3), restaient entre leurs mains. « Que Dieu vous bénisse tous d'avoir rétabli 1 honneur et la réputation des armes du Roi et de votre Patrie (4) ! d

Melchor de Boija tenta une rescousse contre Saint-Tropez le 15 juin. Mais ses vingt et une galères durent reculer (i comme larrons pris en flagrant délit (5) » devant deux simples pataches et deux petites frégates (G) qui gardaient l'entrée de la rade sous les ordres de Poincy et que soutenait le feu de la citadelle. De curieuses peintures à la mairie de Saint-Tropez retracent les phases du glorieux

(Ij Vaillac, Cornusson, La Tour, les Iles, Vitrv, Saint-André, RoussilTon, Castrevieille. llelatlon de Soukdis (t. I, p. 375).

(2) Cent trente-cinq hommes (H. Bocche, t. H, p. 907. — Le P. Fouii- NiKR, p. 273, 610).

(3) Les Cérémonies du Te Deum chanté à Notre-Dame et des drapeaux qui y ont esté portez en suite de la reprise des isles sur les Espa(jnols. Paris, 1637, in-8».

(4) De Noyers à Sourdis. — En novembre 1637, l'escadre de Mantin fut détachée vers Alger pour demander satisfaction des pirateries commises (Cf. supra, t. IV, p. 694).

(5) La définition des navires de guerre du temps est donnée en quelques mots par Jean-Jacques Bouch.^rd dans ses Confessions (p. 190) : la palache était le diminutif du galion, comme le brigantin l'était de la galère. La frégate avait neuf bancs de rameurs, alors que le brigantin en avait seize. La barque avait trois mâts et autant de voiles latines; la tartane deux, gréées de même; la polacre se distinguait de la barque eu ce que la voile du grand mât était carrée et non triangulaire.

(6) La Réale de Poincy et la Cardinale de La Rivière d'Auray, armées chacune de 8 canons et 92 hommes ; les frégates de llazet et Cabaret (Correspondance de Sourdis, t. I, p. 424).

combat. A Saint-Raphaël, où veillait le comte d'Harcourt, elles furent aussi rudement reçues (1). La partie était définitivement perdue pour elles. Mais pour décider ou non de leur supériorité sur mer, il leur restait à se mesurer avec les nôtres (2). L'an d'après, Texpérience était faite...

Forbin préconisait une offensive hardie, soit contre les forts de la Spezia pour intercepter la navigation entre Gênes et Livourne, soit contre Nice qu'on pouvait enlever par surprise (3). La flotte espagnole nous épargna la moitié du chemin en se portant du côté de Saint-Tropez.

Bataille navale de Gênes.

(i" septembre 1638.)

Le général marquis François de Yignerot Du Pont- Gourlay, à qui le comte d'Harcourt avait laissé le soin de la poursuivre (4), la rejoignait le 31 août 1638. Six galères de Sicile et neuf d'Espagne, aux ordres du lieutenantgénéral Rodrigo Gutiérrez de Velasco et Juan de Orellana, avaient à bord trois mille hommes de troupes qu'elles amenaient à Final : ce renfort leur donnait l'avantage sur nos galères qui, par une singulière rencontre, se trouvaient être également au nombre de quinze. Los tomaremos

(i) « L'EntreprioC faillie par les Espagnols sur Saint-Tropez et Saint- Rapheau, d'où ils ont esté repoussez par les François « : Gazette de France, 1637, p. 374. — Sourdis à Sabran. 22 juin {Correspondance de SouiiDiSj t. I, p. 426). — Les archives communales de Saint-Tropez, à la date du 5 juillet 1637, mentionnent le combat (G. Lacolr-Gayet, p. 112, note).

2) ^'ingt galères, plus 1 demi-galère, 1 brigantin, 4 felouques, 4 brûlots. Ordonnance de 1637 (Affaires Etrangères, Mémoires et docinnents 824, fol. 300). — u Estât des gallères. " 1637 (Archives Nat , Marine B*^, fol. 144).

(3) « Dessein fait par M. le bailli de Fourbis touchant ce qui est néces saire à faire en Provence, u 1637 (Archives Nat.. Marine B''^).

(4) Ses vingt-quatre lourds vaisseaux ne pouvant la rattraper.

como galinas^ " Nous les prendrons comme des poulets, » goguenardait de nous Velasco (1).

L'égalité des escadres dicta à François Du Punt-Courlav son ordre de bataille, que le marquis de Grimaud, en chaloupe, alla porter partout : A chaque galère d'aborder un bâtiment adverse : une seule décharge, et aussitôt les {M-apgins d'al)ordage : « s'arrcmber « , puis " s'arrisser " : l'adversaire une fois réduit, on porterait secours à ses voisins. — Toute la nuit du 31 août au 1" septembre, les troupes furent sous les armes, « en joly ». A l'aube, l'escadre s'ébranla vers Gènes afin de gagner le vent, que l'ennemi tachait de garder en courant la même erre à toutes rames, M à passe-vogue » . L'action se déroulait assez près de Gênes pour qu'on pût la suivre du phare de la Lanterne (2) .

Vers midi, les capitanes, flanquées chacune à droite et à gauche de sept galères, s'abattirent comme deux oiseaux de proie l'une sur l'autre, rostre contre rostre.

Et toutes les galères, affrontées deux à deux, se livrèrent

(1) Antoine de IIiffi, Histoire de la ville de Marseille, 2° édition. Marseille, 1696, in-fol., t. II, p. 358.

(2) SocnCKS Fn.\xç.\isKS pour la bataille navale du 1" septembre 1638 : « L'Ordre que debvoicnt tenir les 15 galères de France au condjat faict

contre les 15 d'Espagne » : dessin représentant de la façon la plus précise les différentes phases de la bataille (H. N., Franc. 15483, fol. 40). — « Le furieux combat » et « les particularitéz du sanglant combat donné entre le général des galères françaises et celui des galères il'Espagnc » (Gazette de France, 1638, p. 537 et p. 549). — Le P. Forii.MEU, llydro<jrapltie, éd. de 1667, p. 274. — Lettres-patentes de Louis XIII pour le chevalier Antoine de Margaillet (Guerre, Archives historiques, vol. 62, p. 349), qui mourut grand sénéchal de Toulon (Robert de Bhi.\;n(;ox, L'e'tat de la Provence. Paris, 1693, in-12, p. 323). — «La vie de M. le bailly de Valbelle, chef d'escadre des armées navalies de France, par M. Despbés, capitaine de brûlots " (Bibliothèque d'Ai.v-cn-Provcnce, manuscrit 1194, fol. 10.)

SouKCES ESPAGNOLES : Lettre de Juan Judice Fiesco. Gènes, 6 septembre {Colecciôn Sans de Barutell, art. 21, num. 15). — Autres lettres d'acteurs et témoins de la bataille (Madrid, Academia de la historia, Colecciôn de Jésuitas, t. CXIX, num. 258; Biblioteca ÎNacional, Colecciôn Navarrete, t. VII, num. 5).

autant de combats singuliers. Un croquis du temps nous les montre en ligne, soit de droile à gauche (l) :

la Servienne vis-à-vis de la Santa Barbara,

la Générale la Montréale la Baillebaude la Rie /le lieu la Patronne la Vincheguerre LA Réale la Cardinale FAiguebonne l'Esguilly la Valbelle l'Êpernonne la Maréchale la Séguirane

la Santa Anna,

la Santa Fernanda,

la Cauva,

la Santa Francisca,

l' Henriquez,

la Bas s < ma,

LA Capitane de Sicile,

la Patronne d'Espagne,

la Santa Maria,

la Santa Clara,

la San Antonio,

la San Pedro,

la Santa Catarina,

la San Juan.

Dès la première bordée, Pont-Courlay démonta les canons de la Capitane de Sicile. Gutiérrez de Yelasco n'en fut que plus ardent à l'abordage; il le dirigea lui-même, épée d une main, targe de l'autre, à la tête de quatre cent cinquante soldats et matelots aguerris. A la proue de la Guisarde qui servait de Réale, le lieutenant marseillais Guillaume de Félix (2), la jambe brisée, une balle dans la cuisse, soutenu sous les bras par des forçais turcs qu'il relayait au fur et à mesure qu'ils tombaient, refusait d'aller se faire panser, disant : « Le roy est créancier de nos vies (3). »

(1) B. jN., Franc. 15483, fol. 40. — La Réale avait un équipage de 743 hommes, les autres 502. La première était « septirame » , les autres " quinquérames » . Seule, la Régine était « sestirame » avec 660 hommes (Archives ÎSat., Marine B*^, fol. 144).

1%) Dit aussi Félix de Luxembourg.

(3) [Claude Malogre], Histoire du règne de Loujs XIII. Paris, 1646, in-S", p. 677.

Six fois, Vclasco revint à la cliarjjc; six fois il fut repousse. Aux côtés de notre vaillant lieutenant, avait péri le capitaine d'infanterie Qucrvillc; le chevalier Thomas de Villages, le baron de Saint-Ivor, La Brossardière, d'Aiguebonne, Saint-Martin et Bellée, le jeune écuyer du général des galères, gisaient blessés. Leur valeur avait décidé de la victoire; une blessure mortelle de Velasco précipita l'issue du duel; sous une fougueuse contre-attaque des nôtres, la Capitane de Sicile succombait. Le sieur de Saint- Martin avait tué de sa main le mestre de camp Henriquez. A notre aile droite, le succès se prononçait franchement. Le commandeur Philandre de Vincheguerre emportait la Bassana; la Patronne de France amarinait la Patronne de Sicile; et la Richelieu^ énergiquement menée par le baron de Ternes, réduisait à merci la Santa Francisca; le vieux marin qui conxmandait notre Patronne, le chevalier de Montolieu, payait de sa vie la victoire, qui coûtait aux capitaines Alonso Montalve et Francisco Suarez la liberté. D'autres galères espagnoles, la Cauva et la Santa Barbara fuyaient vers Gênes après un vif engagement avec Louis de Dresnel de Baillebault (1). Toutefois, à notre extrême droite, la galère de notre ministre de la guerre, la Servienne^ commandée par François de Colin de Janet, de Lambesc (2), tombait au pouvoir des deux derniers bâtiments de la gauche espagnole (3), les seuls qui eussent remporté quelque avantage en repoussant la violente attaque de notre Montréale (4).

(1) Capitaine de la Baillehaude, qu'il coininanclait depuis 162(5 (Affaires Etrangères, Mémoires et docmnents 781, fol. 92). II eut, entre autres tués, les cadets de Béolon et de ^lonstiers.

(2) Guerre, Archives historiques 26, fol. 129; 27, fol. 35. — Robert DE BnuN(;oN, p. 532.

(3) La Sauta Anna et la Santa Fernanda,

(4) Qui perdit, entre autres, le cadet de Forville et un gentilhoniuie du cointat, M. Du Tronquet.

A notre gauche, le résultat était loin d'être aussi décisif. Im Cardinale, qui servait de matelot à notre Capitane, pliait sous l'attaque furieuse de la Patronne Iléale de Juan de OrcUana. Le chevalier Des Roches, si prisé de Richelieu, le lieutenant Ferraporte, le pilote, les comités, les canonniers, nombre de soldats tombaient frappés à mort; la chiourme composée de Napolitains se soulevait; les Espagnols avaient sauté à bord — Un galérien sauva la situation. Un chevalier de Malte, condamné le 15 mars précédent aux galères pour avoir enlevé sa nièce, avait été déchaîné au moment du combat pour défendre la rambade : dans la position critique de l'équipage, Frère x\ntoine de Margaillet prit résolument le commandement et refoula l'ennemi (l). Un galérien, à coups de mousquet, abattait trente adversaires; un autre, couteau au poing, en éventrait vingt autres. IJ hpei^nonne accourait au secours de sa compagne en détresse et changeait si bien le sort de la bataille que la Patronne Réale d'Espagne se rendait et, avec elle, Juan de Orellana blessé. La Santa Man'a, capitaine Miguel del Barrio, succombait également sous l'attaque du chevalier Nicolas de Villages ("2).

Mais la manœuvre de lÉpernonne^ puis la retraite de FEsgidlly et de notre galère de pointe qui abandonnèrent leurs postes de combat à la suite des blessures des capitaines d'Esguilly et Séguiran de Bouc, ouvrirent des créneaux dans notre ligne. Découverte à sa droite et à sa gauche, la Valbelle hii assaillie par la Santa Clara et la San Pedro, puis par trois autres : malgré ses soixante-cinq ans,

(1) Mémoires de M. le président de Gaufridi publiés par la Société historique de Provence, Mémoires pour servir a i histoire de la Fronde en Provence. Aix, 1870, p. 139. — lléhabililation accordée par Louis XIV à Margaillet. 1640 (Guerre, Archives historiques 62, p. 349).

(2) Commandant la Générale qu'aidait VAiguebonne : la victoire leur :coûtait leurs lieutenants, le baron de La Garde et le sieur d'Arsac

(A. Ri-FFi, t. IL p. 359).

GUERRE DE TRENTE ANS ;i7

le vieux Gosme de Yalbelle, dont les aïeux étaient de père en fils depuis quatre générations capitaines de galère (1), défendit longtemps, l'épée au poing, l'entrée de la coursie : atteint de douze coups de feu ou de hache, il se fit attacher au niàt pour dicter ses derniers ordres : trois de ses. neveux avaient été tués à ses côtés; son fils Jean-Philippe était gravement blessé; et les Espagnols ne se rendirent maîtres de la Valbelle cpi'en franchissant leurs corps :. u l'aumônier, l'écrivain, le chirurgien, tout passa par le fil de l'épée; plus de deux cens forçats furent hachés en pièces; » âgé de onze ans, Jean-Baptiste de Valbelle fut sauvé par le lieutenant de la San Antonio^ Antonio Capestan, qui le prit sous son bras (2). Cernée par les galères de l'extrême droite espagnole, la Maréchale devenait aussi leur proie, après que le capitaine Antoine de Panon fut tombé en homme de cœur. Mais au prix de trois galères perdues, notre victoire était complète. Richelieu tint à honneur d^en corriger lui-même la relation (3).

Les débris de la flotte espagnole, dont quatre galères seulement restaient en état de combattre, gagnaient péniblement l'abri du port de Gènes où elles peuplèrent de blessés les hôpitaux. Six galères, la Capitane, les Patronnes, l'étendard, huit cents combattants, des centaines de forçats restaient entre nos mains. Dans cette sanglante bataille où les coups se tiraient à brùle-pourpoint, les Espagnols avaient perdu quatre mille hommes, nous moitié moins : encore " l'humanité françoisc avait-elle

(1) Maymer, Histoiie de la principale noblesse de Provence. Aix, 171'.), in-V, p. 270. Cf. les preuves de noblesse de son fils Jean-Baptiste, dans le uis. de DKSPnÉs, fol. 16.

(2) Dkspiiks, fol. 10 : De nombreux volontaires marseillais, Monier, d'Arène, le baron de Reaumelle, parents du capitaine, le baron de Glandevès, le lieutenant d'Autier, étaient parmi les tués et blessés.

(3) Richelieu à Chavigny. 17 décembre {Lettres de Rh.hkhki , t. VI, p. 180).

pardonné à tous les malheureux » prisonniers sans être payée de retour. Ceux de nos officiers qui n'avaient pas fait leur devoir, — un nombre infime, — furent tondus et mis à la chaîne, à la place des forçats qui s'étaient bien battus et qui furent libérés à raison de six par galère (l). L'une de nos prises, la Patronne Réale, ayant rompu la remorque qui la liait à V tpernoriîie, parvint à s'échapper et à gagner l'abri d'Alassio, puis de Gênes. Sur quoi, le comte d'Harcourt, arrivant avec dix-sept vaisseaux à la rescousse, somma les Génois de restituer une prise qui était demeurée plus de vingt-quatre heures en notre poU' voir et qui, par suite, était nôtre. Sur son ordre, Beaulieu- Persac alla mouiller avec sept vaisseaux au milieu du port et n'en quitta qu'après avoir obtenu satisfaction (2).

IIÎ

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