LE SIÈGE DE FONT ARABIE
Chassés du sud-est, les Espagnols perdaient pied dans le sud-ouest presque en même temps. La prise de Biarritz par les pinasses bayonnaises des rudes marins qui avaient fondé au Spitzberg le Port-Louis et repris possession de Québec, Jean Vrolicq et Raymond de La Ralde (3), avait commencé par incommoder leurs garnisons du Socoa, de Saint-Jean-de-Luz, d'Urrugne et d'Hendaye (4) . L'approche de l'armée du duc de La Valette acheva de les désorienter.
(1) Gazette de France, 1638, p. 549. — A. RuKFi, t. II, p. 359.
(2) Gazette de Fiance du 9 octobre. — Gioffiiedo, Storia délie Alpi marittime, col. 1902.
(3) Kichelieu à Vrolicq, 20 mai J637 (Guerre, Archives historiques 42, fol. 245. — Cf. supra, t. IV, p. 638, 679)
(4) Richelieu au duc de La Valette, coinuiandant l'armée de Guyenne (AlBKHY, t. II, p. 921).
GUERRE DK TRENTE AXS 39
Le !25 octobre 1(537, un an jour pour jour après leur invasion, les Espagnols mirent le feu dans leurs huttes et se retirèrent en Espagne, ne « laissant autre marque de leur séjour que des restes d'une effroyable despense l; " .
Ils s'attendaient à une vigoureuse riposte en Guipuscoa, conjuguée avec une autre action navale en lloussillon. L'investissement de Saint-Sébastien par la flotte de Sourdis (2) et par l'armée de La Valette serait, pensaient-ils, précédé de feintes qui les obligeraient à immobiliser des troupes tout le long de leurs côtes (3). Et tel semblait bien être notre plan de campagne. La résistance obstinée d'une petite place forte en décida autrement.
Chaque année, le 8 septembre, la petite ville qui garde au bord de la Bidassoa l'entrée de l'Espagne, Fontarabie, est le théâtre d'une curieuse mobilisation. Aux matines de la nativité de la Vierge, des Basques en armes dévalent vers la ville. De coquettes vivandières marchent en tête de chaque compagnie; une colonne se forme sous les vieux remparts en ruines, que domine, imposant encore, le château fort du roi de Navarre Sancho Abarca; et chemises rouges et chemises blanches des miliciens improvisés s'acheminent, à travers les lacets montueux du Jaizquibel, vers le sanctuaire vénéré de Notre-Dame de Guadalupe. Il faut avoir assisté à pareille fête, — et les oreilles me bourdonnent encore des salves tirées dans la calle major dont les toitures débordantes rabattent et répercutent le son, — pour avoir senti battre le cœur de 1 Espagne. Voici le drame, vieux de trois siècles, qui le fait vibrer.
(1) De Novers au cardinal de La Valette. 31 octobre ylhidem, p. 103).
(2) INointné lieutenant-général de la flotte du Ponant le 4 mars 1638.
(3) Marchese Virgilio Malvkzzi, Succes.ti principali dcUa monarchia di Spatfiia nelianno 1639. Anversa, 1641, in-8% p. 89,
Le 1 " juillet 1638, Henri de Bourbon, prince de Condé, franchissait la Bidassoa à la tète d'une vingtaine de mille, hommes, culbutait un corps d'observation, entrait pêlemêle avec les vaincus dans Irun et occupait les abords de Fonlarabie, la montagne du Jaizquibel qui la domine et le fortin de la pointe du Figuier, qui commande l'embouchure de la Bidassoa. Bien mieux, sur l'avis qu'une escadre allait sortir du Pasajes, la colonne d'Espenan (1) précipitait sa marche, le 3 juillet, vers ce magnifique port enclos de montagnes, « où cent vaisseaux pouvaient en tous temps flotter à l'aise " . Tout fuit à notre approche, la garnison du goulet et les équipages des navires en rade : l'amiral Asensio de Arriola essaie d'appareiller; mais un boulet atteint son vaisseau comme il débouque de la passe, et le jette à la côte : six grands vaisseaux battant neuf, deux vieux galions, cent canons, six mille mousquets, une foule de munitions, de grandes piles de chevilles de fer, d'ancres et de cordages tombaient entre nos mains, avant même que notre flotte fût entrée en ligne (2).
Dans la pensée de Richelieu (3), notre flotte devait
(1) Koger (le Bussolts, comte d'Espenan.
(2) Le P. FoDRMER, Hydrographie, éd. de 1667, p. 73.
(3) Les sources de l'hisloire du siège de Fontarabie sont les suivantes : Sources françaises : Correspondance de Henri d'Escouhleau de SouRuis, éd.
Sue, t. IL — Le P. Fourrier, Hydrographie, édit. de 1667, p. 281 : il était à bord du Corail, un des vaisseaux de Soiirdis. — « Estât des vaisseau.\ du roy » formant l'armée navale de Sourdis. 1638 (B. N., Franc. 6408, fol. 247, 250; et Franc. 6409, fol. 313, 315, 327). — «Relation de ce qui s'est passé en l'armée navale du roi depuis l'arrivée de M. l'archevêque de Bordeaux» {Correspondance... de Sourdis, t. II, p. 21). — «Délibérations du conseil de l'arniée navale. » 14 août-21 septembre 1638 (Archives Nal., Marine B*(, fol. 189j. — Procès criminel du duc de La Valette, avec la relation de ce qui s'est passé au siège de Fontarabie (B. N., Franc. 18431, fol. 200 : Franc. 18462). — « Manifeste de M. de L\ Valette sur la levée du siège de Fontarabie » Londres, 5 février 1639 (B. N., Franc., 10210, fol. 17). — Affaires Étrangères, Espagne 19 (1638-1639). — Abbé J.-J.-C. Tauzin, li'attaque de la Guyenne, dans la Revue des questions historiques, t. LVtlI (1895), p. 448. — E. Be«tka>d, Un archcvèque-amiial. Henri de Sourdis
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garder entière liberté d allures, sauf à servir à Condé de flanc-garde. 8e suffisant à elle-même avec les régiments de La Meilleraye, de la Couronne et des Vaisseaux, elle multiplierait les coups de main sur Saint-Sébastien, San-, tander, Bilbao, la Corogne. Et comme l'émeute grondait en Portugal, elle aiderait les rebelles à secouer la domination espagnole, non sans s'assurer de quelque bon port, de Sétubal ou de Bélem, en guise de base d'opérations.
En réclamant la coopération de la flotte pour enlever Fontarabie, Condé mit à néant ce magnifique programme. Henri de Sourdis objecta vainement (jue la rade du Figuier était impropre à un ancrage, qu'une flottille de pinasses, suffisait au blocus ; et cette flottille, de di.\ pinasses bayonnaises, était déjà en service (l). Aux instances du prince, la Cour céda, inconsciente du terrible conflit qu'elle préparait. Condé avait pour lieutenant-général un ennemi mortel de l'amiral archevêque, Bernard de Nogaret de La Valette, fils de ce duc d'Épernon qui avait frappé à coups de poing et à coups de bâton l'archevêque de Bordeaux : et le fils avait à tel point épousé la querelle du père que, le 30 juin, en conseil de guerre, il refusa de donner la main à Henri de Sourdis. La Valette fit encore pis : aj)rès la prise du Pasajes, il décida en l'absence de Condé d'incendier
(1594-1645). Paris, 1912, in-8" : Extrait He la licvue Diaritinic. — DucÉRÉ, Rechercher historiques sur le sièqe de Fontarabie en 16.18. Bayonne, 1880, gr. iii-8".
SorucKS KSPAGNOLKS : Coleccinn Varqas Ponce, leçjajo de ahniranfes^ n° 438, etc., dans G. Fernandez r)riiO, Armada espanola, t. IV, p. 172. — Antonio Bernai de O'Kkim.y, Biittrria Guipuzcoana y sitio de Fuenterrahia (1474-1521-1635-1638). San Sébastian, 1872, in-16. — Pablo dk Goho- SABEL, Noticia de las casas memorahiles de Cuipuzcoa. Tolosa, 1900. () vol in-S". — El R""" P. José DK MoiiKT, F.mpenos del vator y hizarros deseni-, penos 6 silio de Fuenterrahia, tiaducido al castellano ano de 1703 por Manuel Silvestre de Arlegui. Tolosa, 1893, in-8". — Juan de Pai.akox y MelSdosa, Sitio y so(-orro de Fuenlarahia y succesos del anno 1638. Madrid, 1793.
(1) Archives de Bayonne, EE 56 : Dl-cérk, p. 01.
tous les galions que nous avions capturés et d'évacuer le port; mais l'énergique opposition de quelques officiers de marine l'obligea à en référer et permit au capitaine de Saint-Étienne de garder le port avec son vaisseau, en attendant qu'une division navale expédiée d'urgence par Sourdis (1) prît possession et du Pasajes et des prises (2).
Derrière les gigantesques boulevards de Fontarabie, hauts de soixante pieds et larges de trente, Miguel Pérez de Egea défiait nos attaques. Ancien commissaire général de l'artillerie, auteur de Preceptos mililares qu'il avait mis en pratique lors de la défense des îles Lérins, il retrouvait devant lui lamiral-archevéque qui Tavait délogé du littoral de Provence. Il n'avait pas plus de sept cents hommes pour garnir les remparts, lorsque, le 3 août, à la pointe du jour, les vigies signalèrent une quarantaine de pinasses qui forçaient d'allures vers la place : c'était l'amiral de Castille en personne, Juan Alonso Enriquez, qui amenait six cents hommes de renfort, sous la protection de huit grandes barques armées en guerre. Mais Sourdis, arrivé l'avant-veille à la pointe du Figuier, jeta toutes ses chaloupes à la poursuite du convoi; trois vaisseaux de guerre gagnèrent le vent et forcèrent l'amiral Enriquez à revirer de bord vers Saint-Sébastien, non sans abandonner plusieurs barques chargées de munitions.
La flotte que Sourdis amenait de Ré (3) comprenait soixante-trois bâtiments et « six mille hommes bien faicts » , la division Des Gouttes qui avait fait le tour de l'Es-
(1) Le chevalier de Cangé, La Chesnaye, Du Quesne et Paul, avec huit compagnies d'infanterie.
(2) Les galions San Juan, Annonciation et Visitation, pris au Pasajes, étaient le i" septembre 1638 dans la Seudre où le commissaire' Paul de Gorris les faisait garder (B. N., Franc. 6408, fol. 369).
(3) Il l'avait pourvue d'un code de signaux en rade de l\é le 27 juillet (B. N., Franc. 6408, fol. 250).
pagne (1), et la division Menillet-Coupeauville venue de Hollande (2). Le Cardinal^ auquel le Triomphe et la Victoire faisaient escorte, avait comme devise ces mots : H Pelagi decus addidit armis. " La devise était prophétique-
bataille navale de Giietaria.
(22 août 1638 )
Au lieu de nous asséner un coup de massue avec « toutes leurs esquadres assemblées en un corps d'armée, » les Espagnols ne détachèrent contre nous que l'escadre de la Corogne. Chargée du service de liaison entre TEspagne et les Elandres, elle venait d'enlever en deux campagnes une quarantaine de bâtiments franco-hollandais (4). Lope de Hocés, qui la commandait, avait les plus beaux états de services; à Tordre de se porter d'urgence au secours de Fontarabie, il répliqua pourtant : « Autant me faire couper la tête! Avec douze vaisseaux de ligne, comment forcer le blocus? Donnez-moi comme renforts l'escadre de Lisbonne ou celle de Cadix, et j'espère répondre du succès. — Non, lui fut-il répondu : l'une doit partir pour le Brésil, l'entrée en ligne de l'autre est trop lointaine; poussez jusqu'à Guetaria : là, vous trouverez des instructions de l'amiral de Castille (5). »
Or, une de nos divisions venait de recevoir la même
(1) Dix-liuit vaisseaux et trois brûlots {Ibidem, fol. SiO).
(2) Douze vaisseaux achetés à Amsterdam {Ibidem, fol. 399, 400).
(3) J'ourdis à Chavigny. 23 août (Affaires Étrangères, Espaçfiie 19).
(4) Dont sept navires d'une flottille française à destination du Canada (Madrid, Direccion de Hidrogratia, Coleccion Xavarrete, t. V'III, n* 8 ; Fernandez Dciio, t. IV, p. I71j.
(5) Lettre de Lope de Hocés. Tolosa, 14 septembre (Madrid, Academia de la liistoria, Coleccion de Jesuitas, t. CXXXII, n" 36, imprimée dans le Mémorial histôrico espafiol, t. XV, p. 41, et dans Fernandez DuiiO, t. IV, p. 174, 178).
destination. Le 17 août, comme elle passait au large de Saint-Sébastien, elle aperçut dans l'ouest quatorze galions et quatre frégates marchant en ordre de bataille. En prévision d'une attaque immédiate, le contre-amiral de Montignv tira un coup de canon qui était pour ses dix bâtiments le signal du ralliement. Mais quel ne fut pas son étonnement de voir Hocés renverser sa manœuvre, virer de bord et jeter l'ancre à Guetaria. Montigny ne le perdit plus de vue, attendant Sourdis.
Laissant au blocus de Fontarabie le vice-amiral Claude de Launay-Razilly, arrivé depuis peu avec la gigantesque Couronne (1), l'amiral-archevêque accourait. Le 19 août au soir, jonction faite avec Montigny, il alignait en vue de Guetaria vingt vaisseaux et treize pataches ou brûlots.
Sur les côtes du Guipuscoa, il n'y avait qu'un port bon et sûr, Pasajes; et il était à nous. Des autres, Guetaria était le moins mauvais; assez profond pour recevoir des galions de mille sept cents tonneaux, il était couvert au nord-ouest par le mont San Anton, qui forme la pointe d'une péninsule : un môle, d'autre part, en protégeait 1 entrée. Un conseil de guerre, où furent appelés généraux, amiraux, maîtres de camp et pilote-major, reconnut qu'un seul parti était à prendre : s'embosser près de terre sur une ligne (:2j soutenue par le feu des pièces de marine débarquées sur le môle, braquées à fleur d'eau ou dispo-
(i) Pour sortir la Couronne de la Seudre, Launay-Razilly n'avait pas employé moins de trois semaines à faire baliser par vingt barques les couraux d'Oléron (Bibliothèque du Service hydrographique de la marine, ms. 87», t. IV, p. 4).
(2) Compte-rendu officiel de ce Conseil de guerr , dressé par le héraut d'armes Andrés Martinez de Lausa Garreta. Guetaria, 30 août 1638 (Madrid, Academia de la liistoria,. Coleccion de Jésuitas, t. CXIX, n" 201 : Fernandez Duiio, t. IV, p. 176, note i). — Le général Francisco Mejia au roi d'Espagne. Guetaria, 26 août. (Simancas, Guerra Mar y tierra, legajo 1242: Copie dans B. N., Nouv acq. franc. 4976, fol. 127). — « Discurso sobre la pérdida del armada de D. Lope de Hocés en el puerto de Guetaria » (Madrid, Direccion de Hidrogralia, Coleccion Aavanete,t. VIII, n° 11).
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sées en deux étages sur la montagne. Hocés s'adossa à la plate-forme du môle : près de lui, cinq généraux d'armée navale, ses collègues et ses pairs, cinq amiraux se battaient comme de simples capitaines à la tête des vieilles troupes d'infanterie castillanes, venues renforcer les paysans et les bergers galiciens embarques comme soldats à la Gorogne. Deux jours durant, les préparatifs de défense purent se faire en toute sécurité; des cbaloupes espagnoles, à notre vue, pratiquaient le va-etvient entre Saint-Sébastien et Guetaria : notre flotte, immobilisée {)ar un calme, restait impuissante. Le dimanche :22 août, on crut à sa retraite. Voyant tomber à ses côtés deux de ses hommes, Sourdis avait reconnu qu'il serrait la côte de trop pi'ès; des bâtiments espagnols, des côtes garnies de spectateurs, une bordée de sifflets, de bravades, de moqueries avait salué sa j)seudore traite.
Mais voilà que « les ondes blanchissent au loin; la houle croît et fait rouler avec majesté nos vaisseaux; le vent promet une victoire certaine " . La prière dite, vers onze heures, l'action s'engage suivant le plan concerté entre l'archevêque et le commandeur Des Gouttes. Comme le front d'atta.que est trop étroit pour déployer la flotte, le contre-amiral Jules de Montigny et le chef descadre Hercule de Gange mènent de l'avant cinq vaisseaux, avant chacun à sa hanche un brûlot et à sa poupe un navire de soutien : trois autres vaisseaux avec le chevalier de Gonflans sont en serre-file, six en réserve avec le sergent de bataille Guillaume de Caen (l).
(1) Le contre-ainiial île Montijjny avait avec lui l'Europe, qu'il ooniniandait, le Crqne <lu chevalier de Cangé, la Licorne de La Cliesnaye, le Coq de Chasteiius, la Vierf^e de Le Roy Duiné et la Fortune de Cazcnac; plus, cinq brûlots.
I^s navires de soutien étaient : la Madeleine du chevalier de Senantjs,
Bravant Touragan de fer qui part des batteries de terre et de mer, notre ligne approche à portée de mousquet. Là seulement, Monligny, Gange, La Ghesnaye, Ghastellus, Dumé, Cazenac lâchent leurs bordées; les boulets tombent aussi dru que des balles; les vaisseaux de soutien prennent part à l'action, telle la Madeleine du chevalier Louis Havart de Senantes, qu'au bout de deux heures, Conflans et Du Quesne devront assister pour la relever au vent. A travers l'épaisse fumée qui couvre le champ de bataille, deux éclairs, puis trois autres, des brûlots! passent et atteignent la ligne ennemie qu'en un instant des torrents de feu embrasent. Les bouffées de flammes s'élèvent au plus haut des hunes; les mats s'écroulent. Sous la pluie de feu qui les aveugle, sous la grêle de plomb qui les écrase, les marins espagnols courent comme des fous. Et point de salut. Toute retraite vers la côte est coupée par les chaloupes de Jean Rogier du Gruzet, lieutenant de l'amiral; leurs propres canons les foudroient; le feu prend aux soutes; les tillacs volent en l'air. Le viceamiral de Galice et les galions les plus proches ne sont plus : la Teresa Covadunga et el ISettuno gisent évcntrés sur les roches de la côte.
Épaulé par les batteries du môle, Lope de Hocés luttait désespérément. A la vérité, son magnifique galion de mille sept cents tonnes avait pour adversaire un modeste vaisseau de cinq cents, la Fortune de Gazenac. Mais le moment vint où le môle, balayé par nos projectiles, fut intenable;
l'Hermine du chevalier de Linières, l'Espérance du chevalier Garnier, le Neptune du chevalier Paul et le Dauphin du chevalier de Boisjoly.
En serre-file, le chevalier de Gontlans menait l'Intendant, Abraham Du Quesne le Saint-Jean, le baron de Marçay la Coureuse.
La division de réserve était formée du Triomphe du sergent de bataille De Caen, de la Reine d'Arrérac, du Cardinal du chevalier de Coupeauville, et de trois vaisseaux hollandais (le P. Foubnier, p. 279. — Cf. aussi Cn\B\UD-ARNADD, Etudes historicjues sur la marine militaire de France: bataille de Guetaria, dans la Bévue maritime et coloniale, août 1886).
(iLKURK DE TRENTE ANS ^^
les batlcrics élaieiiL démoulées; un hnilut, dépêche coiilre Tamiral espajjnol pour lui donner le coup de (;;ràoe, manqua le but* et accrocha sa tunique de >'essus à un vaisseau dunkerquois voisin de Hoccs. Ce fut Lope lui-même qui eut le triste courage d'incendier son vaisseau, atin de ne point nous laisser de trophée. Dans Tair embrasé, tout s'allume, une flùle armée en guerre, les barques, les chaloupes amarrées au môle, les maisons de Guetaria, la montagne elle-même. Une pièce de canon, projetée lorsque saute la sainte-barbe, va tomber près de Zaraus.
Hocés s'est échappé en chemise, demi-nu. Ses collègues, les généraux Juan Bravo de Hoyos, Luis de Aguilar, les amiraux Juan Pardo Osorio, Alonso de Mesa, Asensio de Arriola et Pedro de Marquintana, les capitaines Anionio de Ravgada, Baltasar de Torres, Cristobal de Garnica, Gonzalo ÎNovalin et Pedro Fernandez Coria ont tous péri, en sauvant l'honneur : plutôt que d'amener leur pavillon, ils s'en sont fait un suaire. Un pavillon dunkerquois tout percé de balles fut recueilli sur le rivage par le commandeur César de Chaslcllux. Plus heureux que ses collègues, le général Nicolas Judice Fiesco, aidé du capitaine Pedro Montanio, parvint à fuir avec le Santiago, ras comme un ponton. La flotte espagnole n'était plus; quatre mille hommes avaient péri; u ce qui avait pu échapper de l'eau et du feu, était sans armes, sans habits et sans cœur ". Nous, « nous n'avions perdu que vingt-cinq hommes, une poule et un pigeon » . Jamais victoire navale n'avait été plus éclatante. L'archevêque de Sourdis y voyait la revanche de la bataille des Açores, perdue soixante ans plus tôt par Philippe Strozzi. Et telle est en effet l'importance de la maîtrise de la mer que la défaite de Guetaria ébranla en Portugal une domination qui dalait de la vicaire des Açores.
C'était aussi, semblait-Il, pour la résistance de Fontarabie le coup de grâce. Les remparts étaient éventrés, les pièces hors de service et les défenseurs réduits à ce point que le soin de relever les morts, de panser les blessés, de porter les munitions était dévolu aux femmes. Le lendemain de la bataille, le marquis de Gesvres, s'approchant du boulevard de la Reine, leur apprit la destruction de l'escadre sur laquelle ils fondaient des espérances. — Tout notre espoir vient de la force de nos murailles, répliqua Pérez de Egea; et, elles détruites, d'une muraille encore plus forte : nos poitrines.
Contre elles, La Valette avait mené Tassant avec une mollesse insigne, sous le prétexte que la brèche était impraticable; en voyant débarquer les marins de Sourdis tout prêts à le remplacer, il avait relancé à l'attaque une misérable troupe de cinquante hommes. Le 5 septembre, Condé l'envoyait à Guadalupe renforcer le régiment du Vigan aux prises avec toute une armée. L'énergique résistance de Fontarabie avait permis à l'amiral de Castille et au vice-roi de Navarre d'arriver par la montagne du Jaizquibel. I.à encore, la rivalité de Sourdis et La Valette les avait servis : le duc avait repoussé la proposition faite par l'archevêque d'établir un camp de couverture solidement retranché. Furieux d'être envoyé aux avant-postes et " de quitter son attaque, après avoir réduit Fontarabie aux abois, " il envoya porter en haut lieu l'expression de son dépit. — «Ces Messieurs sont admirables en leurs discours, s'écriait Richelieu (Ij, mais si peu effectifs en leurs opérations que j'en ay honte. " Et il plaçait son dernier espoir en Sourdis : « Il faut prendre Fontarabie à quelque prix que ce soit. Surmontés-vous, je vous suplie. Si j'estois aussy robuste que le courrier que je vous envoie, je
(1) liichelieu au roi. 17 septemljre (Lettres de Richki.iki", t. VI, p. 178).
, ié;
cois puissent estre cogneuz et chastiéz (1). » La Valette s'était enfui en Angleterre. On le condamna par contumace à perdre la tête... Dans le butin abandonné, sur les pièces de marine aux armes du grand maître, une devise fameuse soulignait notre défaite : Ratio uliima regum (2) .
L'attaque de la Corogne, Laredo et Santona.
Ratio ultima regum! A en croire un de nos espions tombé entre les mains des Espagnols, le roi en personne devait venger l'affront. D'Oloron, l'armée de Condé dévalerait sur la Navarre et, masquant Pampelune par un rideau de troupes, ferait un crochet sur Saint-Sébastien qu'investirait par mer la flotte de Sourdis. Sourdis aurait préalablement pris possession de Pasajes : sous la protection de cinq galions aux équipages renforcés, de nombreux transports y auraient débarqué vivres, munitions et parc de sièp^e : des détachements appuyés par des vaisseaux de Hollande auraient fait diversion du côté de Santander et de la Corogne. L'espion prêtait généreusement à Sourdis cent trente navires et seize mille hommes de troupes (3). L'archevêque n'avait que soixante-treize bâtiments avec
(1) Richelieu à Chavigny. 17 septembre (Lettres de Ricdeueu, t. VI, p. 181. 182).
(2) La flotte se disloqua aussitôt après (Archives Nat., Marine B*^, fol. 214).
(3) Copia de itna rarta que embrio a esta corte a un scnor viinislro el alcayde y capitan de Fuente-Rahia, en que le dâ cuenta de una expia de Francin que oy tiene presa y de las cosas que ha declarado, Madrid, 1639, in-4°. L'espion avait été saisi le 4 février 1639 : il fut interrogé à Vittoria.
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trente-cinq compagnies de débarquement (Ij. Quant à Condé, il opérait en Roussillon. — Non, notre objectif n'était point Saint-Sébastien.
A l'extrémité d'une péninsule que fermait à la gorge une ceinture de remparts, la Gorogne abritait derrière une estacade reliée à deux forts les trente-cinq vaisseaux d'une nouvelle escadre confiée à Lope de Hocés. C'est là que mouilla, le J) juin 1(539, l'armée navale de Sourdis. A la suite d'une reconnaissance nocturne, notre conseil de guerre décida d'attaquer (û) La division Coupeauville (3) masquerait le fort San Anton, la division Régnier (4) l'autre fort; douze bâtiments légers (5j soutiendraient l'attaque de l'cstncade par les pinasses. La trouée faite, douze brûlots s'engageraient dans le port sous la protection des vaisseaux de Gange (0). Au large, les grands vaisseaux de Philippe Des Gouttes et Launay-Razilly déjoueraient toute attaque à revers ou briseraient toute tentative de sortie de l'escadre embouteillée (7).
(1) Quarante vaisseaux, 21 brûlot*, 12 Hûtes chargées de troupes (B. N., Cinq-Cents Colberliô, fol. 23 : Franc. 3747. fol. 132).
(2) Ordre de bataille du il juin 1639 (Archives Nat., Ma/ine H*,, fol. i41) — « Deslibérations du conseil de l'armée navalle du Roy en l'année 1639 " : signées de Sourdis, Des Gouttes, lieutenant général de l'armée et chef d'escadre des grands vaisseaux, Launav-Razilly et Cangé, chefs d'escadre faisant fonction de vice-amiral et contre-amiral, Anielot de Beaulieu, intendant, Clermont-Tonnerre, maréchal de camp (f/>i(lem, fol 232).
(3) Le Cardinal, le Grand-Saiut-Jean, le Manuedo. l' lùneiillon, la Maqdeleine.
(4) Le Saint-Charles, l' Intendant, la Renommée.
(5) I.a Perle, le Pctit-Saint-Jean, l'Hermine, la Princesse, la Marguerite, le Turc, le Neptune, la Frégate de Brest, l'Es/jérance, la Royale, la Cardinale, l'Espagnol.
(6) liCS brûlots de Brun, vieux Jamin, Fourchault, Collo, Robert, Baubrye, Gandouin, Le Thilliat, Vidault, Massé, Martin, La Chesnaye, conduits et soutenus respectivement par la Vierge, le Cygne, le Coq, la Fortune, l'Europe, la Victoire, le Dauphin, le Corail, le Saint-Louis, le Faucon, la Licorne, le Triton.
(7) Cf. r «Ordre et amathelotage des vaisseaux de l'année navalle du roy >' (B IN., Franc. 3747, fol. 97). Des Gouttes montait le Saint-Louis,
Anxieux, le vaincu de Guetaria (1) attendait l'attaque, ses vaisseaux rangés en demi-lune, batteries prêles et frégates parées pour une sortie. Tous nos marins se trouvaient à leurs postes de combat, lorsqu'une dernière reconnaissance, le 1 1 juin, remit tout en question.
Des capitaines prétendirent, en dépit des énergiques dénégations du contre-amiral de Gange, d'Abraham Du Quesne et de Menillet (2), qu'on courait à un échec sous le feu convergent des batteries de terre et de mer, sans avoir chance de brûler plus de quatre vaisseaux : urc seconde eslacade couvrait en effet l'amiral de Portugal et le reste de la flotte ennemie (3). L'ordre de combattre fut rapporté; pour attirer au large le vaincu de Guetaria, Sourdis lui offrit une revanche, voire un combat singulier de vaisseau à vaisseau, de division à division (4). Le cartel ne fut point relevé (5).
Des éclaireurs furent envoyés le 14 juin à Santander, le 30 à Guetaria; un débarquement des troupes de Clermont- Tonnerre fut tenté au Ferrol '6). Mais comme la flotte de Hocés demeurait tapie à la Corogne et celle d'Oquendo à Cadix, on rebroussa chemin par la tempête vers « le rendez-vous de tourmente, » Belle-Isle. Plusieurs bâtiments, lo Couronne entre autres, étaient avariés : la Reine avait péri ainsi qu'une vingtaine de doubles pinasses nécessaires aux débarquements. Mais Sourdis « ne cède ni au
vaisseau amiral, Launay-Razillv la Couronne, Jalesne la Reine, elc (B, N., Cinq-Cents Colbert 45, foL 23).
(t) Appuyé par le marquis de Valparaiso, vice-roi de Galice (Marchese Virgilio Malvezzi, Successi principali délia nionarchia di Spaqna nelianno 1639. Anversa, 1641, in-16, p. 48).
(2^ Commandant la Vierge, le Maqiiedo et le Faucon.
(3) Amelot de Beaulieu à Richelieu. A bord de la Couronne, 29 juin (Archives Nat., Marine B*^, fol. 291. — B. N., Franc. 3747, fol. 111).
(4) «Deslibérations du Conseil de l'armée navalle» (Archives Xat., Marine B»,, fol. 235).
(5) Mémorial histtirico, t. XV, p. 283. (G) Virjjiiio Malvkzzzi, p. 84.
mal, ni à la fortune » . II est résolu « d'achever par le feu ce que l'eau et le vent n'ont pu vaincre, ou de faire périr les ennemis. Tôt ou tard, le métier paie son maître (I) » . Il proposait au choix l'attaque de Fontarabie, Guelaria, Santander ou la Gorogne. La réponse de Richelieu fut nette : contre Fontarabie, Condé, alors en Roussillon, ne pourrait prêter son concours: Guetaria était un but trop mesquin; Santander, un poste trop dangereux. Restait la Gorogne : si des brûlots, des pétards, un vaisseau chargé de maçonnerie rompaient l'estacade, notre Hotte chercherait à brûler les vaisseau.x: ennemis; sinon, elle les tiendrait bloqués. Quant à la hasarder sans espoir de succès, il n'y fallait pas songer; la France, de dix ans, ne saurait en reconstituer une pareille '2).
La Hotte française, dès qu'elle « mit le nez dehors (3) « , eut avis de la présence de deux galions dans la Lolindre qui débouque près de Santona, c'était une proie tout indiquée. Gomme les batteries de Laredo pourraient nous prendre à revers, les sergents de bataille Bucquoy et De Caen s'entendent pour les mettre hors de jeu. Ginq bataillons de marins et quinze compagnies de mousquetaires, sous le commandement du chef d'escadre de Gange, enfoncent le 14 août les milices locales du corrégidor Juan de Silva. Le régiment de la Gouronne tourne Laredo, les trois redoutes qui la couvrent du côté de la montagne sont enle-
(1) Affaires Étrangères, Espagne 19, p. 31. — A. Jal, Ahiaham Du Qiiesne, t. I, p. 97.
(2) Réponse de Richelieu aux faits proposés par le sieur de Mcnillet de la part de l'archevêque de Sourdis. Abbeville, 7 juillet (Correspondance de SouRDis, t. II, p. J12). H était aussi question d'attaquer dans les parages des Açorcs les galions de la Nouvelle-Espagne Sublet de INovers et Richelieu à Sourdis. 20 et 24 juin : Ibidem, t. II, p. iiO).
(3) Deux jours après son départ, le 6 août 1639, avait été publié un ordre de bataille qui aniatelotait deux à deu.x les vaisseaux : les escadres de Des Goutles et Cangé comprenaient 33 vaisseaux, 10 pataches, 16 brûlots, 18 frégates et 9 Hùles, avec 1 6 >0 hommes du régiment tic la Couronne (Archives Nat., Marine B\, fol. 2'i-l|.
64 HISTOIRE DE LA MAliJNE FRA^ÇA1SE
vées; cent mousquetaires de 1 amiral avec le lieutenant d'artillerie de La Roullerie font sauter la porte du nord; les chaloupes de débarquement donnent dans le môle. En une demi-heure, Laredo est nôtre. La chaîne du port, comme trophée, servira à la fermeture du port de Brest.
Le 16, nous nous portons contre Santona, le maréchal de camp de Glermont-Tonnerre par terre, les compagnies de débarquement en vingt-quatre chaloupes. Quatre brûlots soutenus par Abraham Du Quesne (1) vont droit aux deux galions : la Gapitane de Galice est enlevée par Cazenac(2), qui a monté à l'abordage pistolet au poing. Cette fois encore, le général i^icolas Judice Fiesco, le seul qui ait échappé au désastre de Guetaria, parvient à s'esquiver en se jetant à la mer. L'autre galion a péri dans les flammes. L'infanterie de marine, doublée par les mousquetaires du roi, n'a pas fait moins bonne besogne contre Santona. Dès qu'elle a mis « pied à terre, l'ennemi prend la fuite. Les enfants perdus suivent et se rendent maîtres de cette île où l'on ne peut aborder que par une chaussée 1) . Les deux cents hommes des capitaines Du Jarry et Marianne en ont dispersé douze cents. Nous n'avions qu un petit nombre d'officiers hors de combat, les capitaines de brûlots Breuil et Saint-Michel, Du Quesne blessé au menton (3)... L'ennemi ne perdait pas moins de deux cents barques et pinasses.
(i) Couimandant le Maquedo, Thibault le Petit-Saint-Jean, Du Mény la Royale.
(2) Commandant la Fortune. — " Lo que sucediô en la villa de Laredo Y Costa de Espaiïa con la armada francesa y el gênerai arzobispo de Burdeos, ano de 1639 » : Biblioteca Nacional de Madrid, ms. H. 72, fol. 101, publié par Aureliano Ferxandez GuKRnA, El libro de Santona. Madrid, 1872, in-8».
(3) Nombre d'officiers furent cités pour leur belle conduite : le maréchal de camp, les sergents de bataille, les aides de camp Jacques de Bléré et Jolv Moncaulst, le capitaine de vaisseau Danton de Pontézière, etc., et jusqu'à des abbés, les abbés de Gaucour et de Gbeselles. (« Relation
La bataille des Dunes (^1 octobre IGîîO) et te combat d'Ouessant (2:2 février 10-40^.
Tandis que Tarchevèque de Bordeaux recherchait vai- Qement à Santander les autres galions de l'escadre de Galice (1), Antonio d'Oquendo et Lope de Hocés faisaient leur jonction à la Corogne. Et leur formation en demilune, prescrite dans l'ordre de bataille du 31 août (2j, témoignait assez de leur intention de nous accabler sous la masse de leurs cinquante vaisseaux. « Tout venoit à nous, écrivait Sourdis; je lève l'ancre pour aller au devant, et si on se rencontre, il y aura combat (3). » La rencontre rêvée n'eut pas lieu; Richelieu laissait à autrui le soin de u tirer les marrons du feu (4) » et de réitérer la tragique aventure, imprudemment évoquée par Olivarès, de l'Invincible Armada '5).
Sur l'avis que la flotte d'Oquendo avait appareillé pour les Flandres, le prince d'Orange dressa une embuscade dans la rade des Dunes où elle devait relâcher. Martin Herpertz Tromp mènerait l'attaque avec soixante-dix navires que soutiendrait Evertsen avec cinquante autres (6).
de ce qui s'est passé en l'armée du roi, en son retour à la mer jusqu'au 18 d'aoust 1639 » : Correspondance de Socrdis, t. II, p. 118V
(1) Sourdis à Richelieu. A bord de l'amiral, à Santona, 22 août 1631) (Archives INat., Marine B*,, fol. 310. — B. N., Franc. 3747, fol. 159).
(2) C. Fernandez DcRO, t. IV, p. 224. — Correspondance de SociiDis, t. III, p. 54, sous la date fausse de 1641.
(3) Sourdis à Richelieu. 26 août (Archives Nat., Marine B*^, fol. 311).
(4) Correspondance du cardinal de Richelieu avec le comte d'Estrades, ambassadeur en Hollande. Août (Lettres, mémoires et iiétjociations de M. le comte d'Estrades. Londres, 1743, t. I, p. 38).
(5) Olivarès à Antonio d'Oquendo (G. Fernandez Duro, t. IV, p. 207).
(6) D'Estrades à Richelieu. 26 août {Lettres de M. le comte d'Estrauks, t. I, p. 40). — Un portrait de Tromp se trouve dans D. F. Scukurlekr, Herinnerinqsdaqen uit de nederlandsche zeegeschiedenis. Gravenhajje,
Il n'en avait encore que dix-sept quand il découvrit, le 15 septembre 1639 à la hauteur de Béveziers, soixante-dix grands bâtiments chargés de quatorze mille hommes, les escadres de Portugal, de Galice, de Naples et de Dunkerquc, les divisions de San-José et de Masibradi.
Tromp les suit jusqu'aux Dunes et là, avec sa poignée d'hommes, il les bloque. De Hollande, les Etats lui expédient sans discontinuer des renforts, de Calais le comte de Gharost lui envoie des munitions. De jour en jour, sa flotte s'accroît jusqu'à atteindre le chiffre fixé, cent vingt bâti- ' ments. — Il pleut donc des navires en Hollande, gémissent les Espagnols : et ils invoquent l'intervention de la flotte anglaise pour les protéger contre toute attaque dans les eaux britanniques.
Mais Tromp, le 21 octobre 1639, somme ses adversaires de sortir au large, puis l'amiral Pennington de l'CSter neutre. Après quelques volées de canon, Pennington s'efface. Laissant à la division Wittensen le soin de surveiller la flotte anglaise, Tromp fonce sur Oquendo, « son bonnet crasseux sur la tête et son coutelas à la main ». Il a dix-huit vaisseaux; avec treize autres, Evertsen attaque Lope de Hocés; avec douze, Cats fait face à l'escadre de Dunkerque de Michel Dorne; vingt autres bâtiments, sous Denis et Houtebeen, complètent au sud et au nord 1 enveloppement.
Cette mémorable bataille des Dunes fut le pendant de Guétaria. La flotte espagnole fut écrasée; Lope de Hocés périt, le vaisseau amiral de Portugal avait sauté; le viceamiral de iSaples sombra; le vice-amiral de Galice se rendit; vingt-trois galions s'échouèrent; sept mille Espagnols étaient hors de combat, dix-huit cents étaient prisonniers. Tromp avait bien mérité de la France des lettres de noblesse (1).
(1) B. N., Franc. 20607, fol. 117. — I. Commelyjï, Histoire de la vie et actes mémorables de Frédéric Henry de Nassau, prince d'Orange. Ams-
Sortie indemne du cercle infernal, l'escadre dunkerquoise de Michel Dorne reprit la gjnerrc de course qui lui avait valu jadis en une seule campaj^ne cent dix-huit prises et plusieurs tonnes d'or (I). Mais celte fois, elle eut à livrer bataille contre de simples terreneuviers malouins. La rencontre eut lieu le 22 février 1640 dans les pararjes d'Ouessant entre treize bateaux de pêche de « l'amiral » Etienne (^aulier, dit Desprez, et neuf vaisseaux de lipne de Michel Dorne. Elle fut terrible. Aux boulets de trentesix de Taniiral dunkerquois, Desprez riposte avec les balles de ses petits canons de fer; son l)ateau, le Saùit- Pierre, coule bas. A ses côtés, la C atherine-de-grâce prend feu et saute : de l'un, il n'échappe que seize hommes sur cinquante; de l'autre, un seul sur trente-deux. Uii troisième terreneuvier, la Sainte- Hélène, est déjà amariné quand une soudaine voie d'eau fait quitter le boid aux vainqueurs, dupes d'une ruse de guerre : eux partis, léquipage malouin pansa la blessure.
Cependant « le vice-amiral » (31ivier Cdienu, dit la Vignette, attaque furieusement avec deux bateaux de pèche la frégate de vingt-quatre canons du Dunkerquois Jacques Gillot, qu'il coule à fond. Sa conserve, la Gay^de-de-Dieii, sombre en même temps. Mais Chenu, avec ce c|ui reste des cinquante hommes du Saint-Vincent, continue à tenir on respect lennemi : la nuit venue, on entend encore gronder son canon durant qu'il bat en retraite vers Falmouth. Les autres bateaux malouins, sous la protection du Croissant de Jean Collet, ont pris du champ pour se mettre en
terdani, 165(5, in-fol., t. If, p. 48, (51, 63. — I.e P. Foikmkii, Ny(liO(/raphie, 2" éd., p. 28-3.
(1) En trente mois, elle avait capturé 800 navires, dont 118 de m;ii a décembre 16-58, et, parmi ceux-ci, 31 navires de guerre franco-hollandais {^Relacion de los presas que las vaqelcs y fratfatas de la real armada de Ihinquerque y iiavios de particulares hizieron... siendo su qeneral Don Juan Claros de Guzinan, marques de Fiieiiles. 1(539, in-fol.).
sûreté; ils ne laissent que deux petits bateaux de huit canons (1) aux mains des Dunkerquois, honteux d'avoir été contraints par de simples pêcheurs à une bataille rangée. Encore une des prises échoua-t-elle en Bretagne {2).
Les incidents de Gênes.
Dans le Levant, Tannée 1639 avait été beaucoup plus calme. A part un détachement de cinq vaisseaux expédiés le long des côtes d'Espagne « pour y faire tout le mal possible (3) », 1 escadre du comte d'Harcourt (4) était restée en observation le long des côtes provençales. Le i29 juin, elle jetait l'ancre dans la rade de Villefranche ; et, nonobstant les remontrances de Jérôme de Rossillon de Bernex, gouverneur de INice, Cadet la Perle refusa de se retirer. C'est qu'il avait appris la prochaine arrivée de nombreuses galères ennemies qui devaient tenter, avec la complicité de factieux savoyards, un coup de main sur Nice et Villefranche. Sa présence suffit à le déjouer. Nos vaisseaux à la remorque des galères se porlèrent vers San Remo, dès l'apparition de l'ennemi qui se déroba. Seules, deux galères génoises furent, l'une saisie, l'autre détruite, en repré-
(i) Le Saint- Jean- l'Evanqéliste et le Saint- Jean-de- Cancale, de 24 hommes chacun.
(2) Michel Dorne à Diego de Portillo Haie de Barias, 29 février 1640 (Archives de Simancas, Guerra mar y tieri-a, legajo 3186 : Copie dans H. N., INouv. acq. franc. 4976, fol. 141). — « La généreuse résistance des Mallouïns à la Hotte de Dunkerque; extraordinaire du 23 mars 1640 », dans la Gazette de France, 1640, p. 166.
(3) L'un de ces vaisseaux, monté de 60 Français et 13 Hollandais, fut capturé le 27 mai 1639 en vue de Malaga par deux galères espagnoles (il Rclacion verdadera de los grandes encuentros y refregias que dos galeras de Espafïa... han tenido con cinco navios de Franceses », publié par E. DccérÉ, Histoire maritime de Bayonne, les corsaires sous l'ancien régime. Bavonne, 1895, in-4", p. 375).
(4) Le P. FoLio'iEB, p. 283. — Giouhedo, Storia délie Alpi marittime, col. 1913.
GlEKUb: UE TUK.NTE ANS
saillcs de l'appui donne l'année précédente à la Patronne d'Espagne par la République de Gènes (2), Gênes allait récidiver.
Sourdis avait pris en I6i0 la lieutenance générale de la Hotte du Levant troquée par le comte d'Harcourt pour un commandement à terre. Il avait les dix-neuf vaisseaux et les dix brûlots de Montigny (1), les dix-huit galères de Forbin, mais " point de troupes pour agir à terre ('2) ». Par surcroit, avis, conseils, ordres et contre-ordres par leur incohérence augmentaient son embarras. — Faites diversion du côté de Final ou de Villefranche, écrivait Harcourl : vous attirerez vers la côte une partie de l'armée de Piémont, » pendant que nous irons au secours de Casai (3; " . — Faites la conquête de la Sardaigne, conseillait un autre : Cagliari ne peut être secourue que par des paysans mal armés (4). — a Prenez la route de Sicile et de Majorque, écrivait-on de la Cour, pour essayer de profiter de la mauvaise humeur en laquelle se trouvent les habitants de ces lieux-là. De là, vous pourrez revenir par la Barbarie pour conclure le traité de paix depuissi longtemps proposé (5). 1) Entre toutes ces lignes de conduite, comment prendre parti? Sourdis le fera au gré des événements.
D'abord, qu'il se tienne sur ses gardes! Une felouque noire en forme de » bastion de cannes « , fabriquée à Naples par un Bourguignon ou un Lorrain, s'approchera » en plein jour sous prétexte d'ami » et tâchera de mettre le feu au vaisseau amiral. « Le capitaine, homme résolu, haut de stature, délié de corps, maigre, basané, a les cheveux
(1) Ordre au chevalier de Monligny d'appareiller dans les huit jours après son arrivée à Saint-Martin de Ré. 30 avril i640 (Archives Nal., Marine B\, fol. 321).
(2) Sourdis à M. de Novers (Correspondance de SouiiDi.s, t. II. |>. KiU).
(3) Harcourt à Sourdis. 17 avril {Ibidem, p. 150).
(4) Bidaud à Sourdis. Gènes, 31 mai {Ibidem, p. 161).
(5) I.ouis XIII à Sourdis. 4 juillet {Ibidem, p. 201).
et la barbe noires à la française (l). » Mais les matelots de notre vaisseau amiral sont des gars de Saint-Malo difficiles à prendre en défaut (2).
Sourdis est à ce moment-là en embuscade dans la Rivière de Gênes, aux aguets de neuf galères napolitaines qui amènent des troupes à Final : il a détaché en vedette vers la Corse une brigade légère de « dragons " (3). Mais la proie, dûment avertie par les Génois, s'est dérobée : « mal armée de chiourme et fort embarrassée de soldats, » elle se glissera vers sa destination, durant une absence des galères de Forbin parties « au-devant du pain 1) . — « Vous ne devez pas espérer que les galères fassent grand'chose tant qu'il y aura si peu de capitaines dessus, et tous Provençaux, » écrit le bouillant archevêque, outré d'avoir n perdu une occasion qui ne se rencontrera jamais (4). " D'autant que Garcia Toledo, duc de Fernandina, publie partout que nos galères se sont cachées à son approche.
Sous l'outrage, Sourdis bondit. Laissant aux vaisseaux de Montigny le soin de barrer la route à l'escadre de Naples (i sur les avenues de Gaète, » il revient à la tête des galères aux équipages renforcés lancer co fier cartel, digne « des anciens romans de chevalerie : — Le désir que vous avez de rencontrer dix-huit galères du roi et la peine que vous disiez avoir prise d'avoir été les chercher en pareil nombre aux îles Sainte-Marguerite, m'a obligé de vous les amener ici, afin de vous obliger d'avouer qu'il n'y a point
(1) Bidaud à Sourdis. Gênes, 23 juillet 164-0; Du Coudray à Sourdis [Ibidem, p. 230, 258, 306).
(2) Sourdis à Jacques Duuié. 2i mars 164-0 (Bobélv, Histoire de la ville du Havre. Le Havre, 1881, in-8», t. II, p. 603).
(3) Bidaud à Sourdis. Gênes, 8 juillet; Sourdis à Bidaud. De la capitaine vers Albenga, 10 juillet [Correspondance de Socudis, p. 207, 209. — Archives Nat., Marine h\, fol. 322 v°).
(4) Sourdis à Richelieu. A bord de l'amiral [Correspondance de Sourdis, t. II, p. 232j.
de galères au monde qui osassent les aborder (1). » Fernandina, tapi dans le port de Gênes derrière un rempart de galères de ia République et de navires marcbands, ne bouge pas. Sourdis, mouillé à portée de pistolet, fait reconnaître la position et apprend par le rapport de Saint- Etienne, Baumes et Du Goudrav que l'ennemi est « en posture de recevoir beaucoup de mal» . Sur ce, il demande au doge la libre pratique telle qu'elle était donnée aux Espagnols. Sur une réponse dilatoire, il menace de « tout casser » à coups de canon (2) ; et les Génois n'ignorent point qu'il a proposé à la Cour d'occuper leur port de la Spezia, « le plus beau lieu qui fi'it en la nature pour tenir un nombre inhni de vaisseaux (3) ».
Pour exécuter sa menace, Sourdis va quérir l'escadre de Montigny, sans se douter qu'il s'est produit un coup de théâtre. Deux dépêches, expédiées par notre agent à Gênes, ne lui sont pas encore parvenues : l'une contient : » Ce matin, le fanal a fait signe d'une armée de galères du côté de Ponant. Ce sont les galères de Naples; elles ne sont qu'à dix milles d'ici. " L'autre ajoute : " Le duc de Fcrrandine se prépare en grande diligence » au combat (4). Chargées de mauvaises troupes, " d'enfants et de gens maltraités de rogne, 'i trop faibles pour affronter les vaisseaux de Montigny qui battaient l'estrade du côté de Livourne, les quatorze galères de Nazies avaient passé au dessus de la Corse et abattu leurs mats aux approches de (4ênes pour n'être point aperçues de Sourdis (5).
fl) Ibidem, p. 263, :î()8.
(2) Sourdis à Chavigny, — à Messieurs de Gênes [Ilndein, p. 272. 264).
(3) Sourdis à Richelieu. La Spozia, 16 juillet (H. N , Ihipuy ~V*, fol. 224). La Cour lui donna ordre de surseoir à l'exécution de son plan. 4-6 août (B. N., Cinq-Cents Colbert 27, fol. 71 v«).
(4) Bidaud à Sourdi.s. (Tcnes, {^-t nohi '^Correspondance de SoiKUis, t. 11,
(5) Avis de Naples adressé à Sourdis (Ibidem, p. 244).
Les dépêches ne touchent rarchevêque qu'au moment de sa jonction avec Montigny. Elles le stupéfient et l'exaspèrent, car son départ prend de ce chef une apparence de fuite. « Ne pouvant dissimuler son déplaisir, il le fit éclater sur les galères, " incapables de lui fournir des avis. A une revanche possible sur vingt-quatre vaisseaux et trente-sept tartanes qui chargent des troupes à Naples, le bailli de Forbin se dérobe, faute de vivres et faute d'eau : à six de ses capitaines qui offrent de suivre les vaisseaux de ligne, il refuse un congé (1) : et il part pour la France. « Aussi mauvais marin que mauvais capitaine, " il donne un fort méchant exemple à ses subordonnés, qui ne sont que trop " accoutumés à ne bouger des îles d'Hyères et à faire des métairies de leurs galères " . Et Sourdis de se faire de Forbin un ennemi mortel en accréditant une calomnie qui a cours en Provence : c'est un proverbe parmi les femmes que leurs enfants ne courent pas grande fortune à la guerre quand ils sont avec le bailli, étant certains qu'il ne combattra jamais (2). « En France, écrivait un Parisien (3), les galères ne servent de rien qu'a consumer de l'argent. Elles servent comme d'un enfer à tourmenter les méchants. »
A peine les galères de Forbin avaient^elles disparu, que Sourdis se vit narguer par les galères napolitaines de Melchor de Borja, « les rames à la main, » toujours prêtes à fuir dès que ses lourds vaisseaux tentaient de les approcher. L'archevêque n'a d'autre ressource que de guetter aux abords de Naples les vaisseaux qui chercheraient à sortir (4) .
(1) Relation du voyage des galères par M de Saint-Martin {Ibidem, p. 362).
(^2) Sourdis à Richelieu. Porto-Vecchio, 8 septembre; Du travers de Naples, 19 septembre {Ibidem, t. II, p 301, 311; Cf. p. 371; et t. III, p. 30).
(3) Les Confessions de Jeati-Jacqiies Boucuard, p. 154.
(4) Il détache le chevalier d'Aulps, commandant la Magdeleiue, avec
Près de l'île Nisida, un grand bâtiment montre carène sous la garde de trois autres navires et la protection de deux batteries. Sourdis l'envoie brûler; le capitaine Gazenac fait taire le feu d'une batterie ; et les navires de garde, cjui ont refusé de saluer notre pavillon, sont saisis. Ce sont des bâtiments anglais et hambourgeois simplement affrétés par les Espagnols, et qu il faudra relâcher (1). Autre mécompte : le vice-amiral de Montigny qu'il détache vers Alger pour exiger la délivrance des Français captifs et notre remise en possession du Bastion de France, revient sans avoir rien obtenu (2).
Il L'archevêque n'avait ni l'cxpérieuce, ni la prudence d'Ulysse pour se garder des sirènes de la Govir. » Quand il vint faire son rapport au roi, Forbin l'avait déjà précédé et dénigré. Sourdis demanda la destitution de son adversaire : mais la crainte de voir passer la succession à un autre ennemi mortel, La Valette, amena l'archevêque à résipiscence (3).
Bataille navale de Cadix.
( 22 juillet 164-0. )
Sourdis avait été remplacé dans le Ponant par un neveu de Richelieu. A moins de vingt ans, Armand-Jean de Maillé-Brézé assumait la charge de lieutenant général des
cinq vaisseaux pour croiser aux abords des iles Ponza et visiter les navires à destination de Naples, 20 septembre (Archives INat., Marine B^,, fol. 340 V».)
fl) Sourdis à Richelieu. Du golfe de Naples, 19 et 29 septend)re (Correspondance de SouRDi.s t. II, p. 310, 322. — Le P. Foiumkii, llydrourtiphie).
(2) Cf. supra, t. IV, p. (596.
(3) Vittorio SiBi, // Mercurio ovcro historia dei correnti ternpi. Casale, 164-4, in-4», t. I, p. 472. — Fort bien en Cour, Forbin avait été député par l'Ordre de Malte conune « andiassadeur extraordinaire pour féliciter le roi et la reine de Iheureuse naissance de Mgr le Dauphin n (B. N., Franc. 12396).
Gi HISTOIRE DE LA MaRINE FRANÇAISE
galères 1), à vin^t et un ans, celle de lieutenant général des vaisseaux. Elève du bailli de Forbin et du commandeur Des Gouttes, une seule campagne sous les ordres du comte d'Harcourt l'avait formé au commandement, où il allait débuter par un coup de maitre.
Depuis l'année 1638, nos agents travaillaient l'opinion portugaise. Ils offraient aux mécontents de « leur mettre entre les mains les forts du Tage : cinquante vaisseaux avec douze mille hommes les aideraient à «se délivrer delà sujétion d'Espagne (2) n . Le sergent de bataille De Gaen, chargé comme nos chefs d'état-major modernes de dresser les plans de campagne, réduisait même à seize vaisseaux, deux pataches et quatre transports les forces nécessaires pour s'emparer des Hottes des Indes armées à Lisbonne (3). Et » le bruit courut par toute 1 f^spagne que la flote françoise devoit venir vers le Portugal pour tenir en suspens les armées du Castillan (A) " .
Le 20 juillet 1G40, à quelques lieues de Cadix, Brézé venait d'apprendre la parlance de la flotte de la Nouvelle- Espagne, quand des salves répétées éclatèrent dans les ténèbres d'une brume épaisse. Une escadre barbaresque était tombée au milieu de la flotte espagnole. Dans l'incertitude des événements, Brézé courut la l)ordée de
(1) Le 20 mars 1639. ISé le 28 octobre 1619, Armand était le fils du maréchal Urbain de Maillé-Brézé et de ^Nicole Du Plessis, sœur du cardinal de Richelieu, qui tut le parrain de l'enfant. Condé était son beau-frère (Cf. la notice de Godard-Facltrier, Lettre inédite du jeune amiral A.-J. de Maillé-B'ézé, duc de Fronsac, précédée d'une notice hiatoriquc. Angers, 18S7, in-S", extrait de la Revue de l'Anjou).
(2) Instruction au sieur de Saint-Pé allant en Portugal. 15 août 1638 -(AcBEHY, t. II, p. 221. — Carlos RoM.A DU Bocage, Subsidios para o estudo das relaçoes exteriores de Portugal em sequida à restauraçâo (1640-1649). Academia das sciencias de Lisboa, 1916, in-8°, p. 183).
(3) " ^lémoire donné par M. de Caen touchant les entreprises qu'on peult faire par mer sur les ennemis. » Février 1640 (R. ^., Franc. 3769, fol. 157 : Cinq-Cents Colbert 45, fol. 64).
(4) CoASïONSiÈRES DE Gbenaille, le Mercure portugais. Paris, 1643, in-8», p. 252.
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Test, envoyant en quête dans la partie de Touesl Bochard de -Menillet.
Le 2-2 au matin, Menillet, découvrant une quarantaine de vaisseaux, conçut le projet audacieux de les refouler sur Brézé qui louvoyait sous le vent, de façon à les prendre entre deux feux. Et l'intrépide capitaine, passant a loui;iieui de pique entre deux vaisseaux, lança son Faucon sur le (;ulion vice-amiral de la flotte de la Nouvelle-Espagne : car c'était elle qui était en vue. Gomme il chargeait résolument, il reçut du vice-amiral Jacques Dumé l'ordre de renrer et de rallier le gros de la flotte. Il obéit et dut, pour cela, prolonger à demi-portée de canon toute la ligne ennemie, qui le laissa passer sans tirer un seul coup : les matelots espagnols, pour se parer au combat, n'étaient occupés que d'alléger leurs bords en jetant à la mer force ballots.
Suivant une formation de combat qui donnait toute liberté d'allures aux trois chefs, à Brézé, Jacques Dumé et Coupeauville, nos divisions avaient une composition uniforme, sept vaisseaux de ligne, une frégate et trois brûlots, de façon que chacune pût se suffire pour éclairer sa marche et frapper des coups décisifs (1).
(i) Escadre de raïuiral : \ aisseau amiral de Brézé, capitaine Des GouUes, le Triomphe du sergent de bataille De Caen, le Faucon de Menillet, le Coq de Portenoire, le Grand Alexandre de Boisjoly, l'Espéraiice-en-Dieu de Cruzet, le Saint-Charles de llégnier, trois brûlots, la frégate la Princesse, une flûte de service, une flûte-hôpital, un traversier portant les vivres de l'amiral : quatorze navires (au début de la campagne, De Caen commandait /(' Faucon, -Menillet le Coq, etc.).
Kscadre du vice-amiral : Le Cyqne de Jacques Dumé, l'Olivarès de Razet, le Saint-Jean de Beaulieu. l'Intendant de Conflans, la Maqileleine de Marsay, la Marquerite de La Treille, l Hermine de Thibault, trois brûlots, une frégate : onze navires.
Escadre du contre-amiral : Le Cardimtl de Coupeauville, l'Homme <!'() de Lignières, le D'Oquendo de Guiton, le Septune de Villemoulins, le Turc de Brocq, le Saint-Joseph de Bontemp.s. le Petit Saint-Jean du chevalier
(i6 HISROIRE DE LA MARINE FHA^CAISK
Précisément, la Hotte adverse se prêtait à vme attaque de Hanc. Fort embarrassé dans ses évolutions par un convoi à couvrir, Jeronimo Gômez de Sandoval Favait laissé à la garde de deux galions du général Luis Fernandez de Côrdoba; et à la tête de douze gros vaisseaux, il se portait au-devant de nous (1). Vers trois heures, il ouvrit le feu. Charles Duval de Coupeauville, suivi de deux ou trois bâtiments, le menaçait en queue, Brézé l'attaquait en tête; il avait le vaisseau amiral, le Triomphe amateloté avec lui,
Des GouUes, trois brûlots, une frégate : onze navires. Ordre d'escadres, 8 juin 164-0 (B. IS., Franc. 8022, fol. 33). — Jacques Dumé avait reçu la permission d'arborer le pavillon vice-amiral, suivant lettres de Richelieu, datées de Rueil, le 6 avril 1640 (BonÉLY, Histoire de la ville du Havre, t. II, p. 605).
(1) Bataille navale de Cadix, 22 juillet 1640 :
SouBCES fra>'l;aises : « Relation du combat donné par l'armée navalle du Roy es mers de Ponant, commandée par M. le marquis de Brézé, contre l'armée navalle du Roy d'Espagne s'en allant aux Indes Occidentalles », [par le capitaine de Memllet] (Guerre, Archives historiques, vol. 60, pièce 16 bis). La relation est anonyme: mais la façon dont Menillet se met en scène est un premier indice, que confirme la mention de cinq hommes tués à son bord. Et nous verrons de quelle façon il se plaindra de la perte de ces cinq hommes. — Le P. Foubnier, Hydroqraphie, 2"^ édition, p. 285
— u Ordres d'escadres » , et " ordres et signaux de jour et de nuit que M. le marquis de BuÊzé, général de l'armée navale de S. M., veut estrc observez. » A la rade de La Palisse, 14 juin 1640 (B. N., Franc. 802£, fol. 30, 33) — « Procès-verbal fait le jour du combat » par David Babaud Du Bois, sous-enseigne du Triomphe et délégué du sergent de bataille De Gaen {Ibidem, fol. 36 v") : un plan du combat, dont il ne reste que les lépendes dans celte copie, était annexé au procès-verbal (Ibidem, fol. 37 v°j.
— Relation du combat donné par l'armée du Roy, commandée par M. le Mart/iiis de Brézé, contre l'année navale du Roy d Kspaqiie près Calix : oii les ennemis ont perdu prés de deux mille hommes et plusieurs vaisseaux. Paris, En l'isle du Palais, 1640, in-8". — A. Jal, Abraham J)u Qnesne, t. I, p. 106. — Mercure français, 1640, p. 558.
SouBCES ESPAGKOLES : Déclaration de quatre naufragés du San Juan, galion coulé par la Hotte française. San Lucar, 24 juillet 1640 (Archives de Simancas, Marina, legajo 3175 : copie faite pour Jal dans B. JN., ?souv. acq franc. 4976, fol. 149). — Déposition du pilote Juan Ximenez, envoyé aux informations par le duc de Médina Sidonia, et rapportant sa conversation avec Jeronimo de Sandoval, général des galions. San Lucar, Î3 juillet (Archives de Simancas, Mariiui, legajo 3175). — Liste de la flotte espagnole et liste des documents qui StC trouvent dans les collections des Jésuites, Navarrete et Sans de Baïutell, apud G. Fernandez Duro, t. IV, p. 264, note.
le Faucon et le Coq, que poussait une faible brise d'i sud-ouest. Au lieu de rester à la tête de sa division, le vice-amiral Dumé ralliait l'amiral et le dépassait dans la ligne; Portenoire, lui aussi, quittait son rang pour tirer par le créneau qui s'ouvrait entre le Cygne de Dumé et le vaisseau de Brézé. Nos autres bâtiments, mal postés, masqués par notre ligne de bataille, l'incommodaient de leur feu plutôt qu'ils ne la secondaient.
Foudroyée en poupe par Brézé, assaillie en proue par trois brûlots, la mature d'avant en flammes et soi.\anle hommes hors de combat, la Capitane de Sandoval (l) linit par écarter d'une bordée notre vaisseau amiral; et protégée comme d'un rempart par un brûlot qui n'avait pas pris feu, elle s'esquiva. Le Grand- Alexandre de Boisjoly, gardant le contact, donna à Brézé, Portenoire et Menillet le temps de contourner les brûlots en flammes et de recommencer le combat. Sandoval ne fut dégagé qu'à la nuit par l'opportune entrée en ligne de la Gallega, commandée par Sancbo de Urdanivia.
Moins heureux, le San-Juan, pris entre deux de nos brûlots, périt avec son capitaine Diego de Guzmân, marquis de Cardenosa, et quatre cent quatre-vingts hommes sur six cents. Un troisième galion avait été réduit au silence par Dumé; mais sur l'assertion d'un prisonnier qu'il y avait sept cents hommes à bord, Dumé recula devant i'aléa d'un abordage.
Les Espagnols fuyaient vers Cadix. Brézé, « à jour
(i) La tlolte espagnole comprenait la Capitane de Sandoval, l'Ainiralede Pedro de Ursua, la GaUec/a de Sanclio de Urdanivia, le San Juan de Diego de Guznian, le San Jeronimo de Francisco de Ledesina, le Sanliatjo i\i- Gaspar de Carasa, le Cuevas de Juan de Chavarri, la (Jrca de Zabala, la Pinque de Juan de Illaraga. Côrdoba restait avei; l'amiral Asensio de Arriola à la garde (In convoi (G Fernandez Dijko, t. IV, p. 2GV).
failly, 11 avait fait prévenir ses capitaines d'être à son bord dès l'aube. L'enseigne porteur d'ordre ne put joindre que Bontemps, Gruzet, Razet, Guiton et Menillet (1) ; le dernier lui lança cette virulente apostrophe : Il II V a de bons violons en nostre armée! Au lieu de tirer sur lennemi, ils m'ont tué cinq hommes. Et l'amiral? Où diable voulez-vous que je le cherche, puisqu'il ne fait pas de signal (2)? »
Lorsque de rares capitaines (3) arrivèrent au conseil à la pointe du jour, Brézé et Des Gouttes arpentaient fiévreusement le tillac. A une lieue de là, on apercevait la flotte de la Nouvelle-Espagne, qui cherchait dans la baie de Cadix un abri (A). Brézé n'avait pas assez de forces pour lui donner le coup de grâce. Il tonnait contre le sergent de bataille De Caen, qui, en transmettant mal les ordres, avait laissé courir les vaisseaux toute la nuit bâbord au vent, au lieu de talonner l'ennemi, et contre les amiraux Dumé et Goupeauville qui avaient manqué d'initiative en quittant la conduite de leurs divisions pour suivre le pavillon amiral. Bref, il faisait bénéficier son auditoire d'une excellente critique des opérations i5;. La défaite des Espagnols, au lieu d'être décisive, ne se soldait que par la perte d'une patache, d'un galion et de quelques centaines d'hommes. Nous, nous ne comptions pas plus d'une trentaine de tués.
(1) Capitaines du Saint-Joseph, de l'Espérance, de i Olivarès, du d' Oqueudo et du Faucon.
(2) " Procès-verbal fait le jour du combat » par David Babaud Du Bois, sous-enseigne du Triomphe. 22 juillet (B. N., Franc. 8022, fol. 36 v°).
(3) Les commandants de l'Olivarès, du Cji/ne, du Coi^, de la Fortune^ de l'Hermine et de la Princesse.
(4) B. N., Nouv. acq. franc. 4987, fol. 290
(5) « Errores excrcitus seu classis nostrae » (B. N., Franc. 8022, fol. 38).