L'INSURRECTION DU PORTUGAL
Après Guetaria, après les Dunes, la victoire de Cadix, en affirmant notre maîtrise de la mer, acheva d'ébranler une domination vacillante sur des peuples asservis. Le l" décembre 1640, le Portugal brûlait en autodafé de jiaille " el rey de Castella (1) » . Quinze jours plus tard, la Catalogne se plaçait sous la protection de la France. Et l'on escomptait encore [insurrection de l'Andalousie (2).
Depuis soixante ans que le sort des armes avait lié le Portugal à la fortune de l'Espagne, « la tyrannie dominoit par tout, » la tyrannie et la misère. De l'État a glorieusement dilaté 1) du Brésil aux Indes, ses nouveaux maîtres avaient fait une ruine. Sans vaisseaux, — les meilleurs ayant passé sous le pavillon espagnol, les autres se trouvant forcés de recourir à des matelots maures et hindous pour compléter leurs équipages, — sans colonies, — le Brésil étant aux mains des Hollandais, Elmina abandonnée et Ormuz aux abois (3), — les négociants portugais avaient pourtant réalisé ce prodige de ténacité de maintenir sourdement leurs opérations depuis les ports de la Hanse jusqu'aux contins des Indes (4).
Les Portugais tournèrent leurs regards vers la France,
(1) Guilleniio Francisco à de Peny. 20 février 1641 (Mémorial historivo espanol. t. XXII, p. 457j.
(2) Diego Costilla au P. Juan de Estrada. 6 octobre 1641 (Ibidem, t. XVI, P l'O).
(3) CuASTONiÈRES DE Ghe5.ulle, le Meicure portugais, p. 182. — Eugène d'Atriac, Résolution des Etats de Portugal en faveur du roi 1). Jean IV. Paris, 1883, in-8".
(4) Primera proposicion si es util a la monarr/uia de Espana el eoinerrio ahierto con Francia. Madrid, encro 30 de 1640, in-4".
dès qu'ils eurent proclamé rindépendance de leur patrie, dès que le duc de Bragance eul ceint la couronne sous le nom de Jean IV et entouré de tranchées sa capitale. Il s'était pourvu, soit par achat en Hollande, soit par mise en chantiers, de deux douzaines de galions. Mais pour engager la lutte contre la marine espagnole, pour soutenir les vieilles colonies portugaises, le Brésil, les Açores, les Indes insurgées elles aussi (l), c'était bien j^eu. Et le 3 février 1041, des ambassades avaient quitté Lisbonne à destination de la France, de l'Angleterre et de la Hollande (2), pour quêter des secours qu'un traité d'alliance avec la France et les Pays-Bas leur assura (3). n La ligue formelle " conclue entre les trois nations spécifiait l'armement de soixante vaisseaux à frais communs et en vue d'une action commune.
Le plan de campagne du commandant Des Gouttes attribuait le commandement suprême au marquis de Brézé, qui gardait malgré son extrême jeunesse " le rang deub à la dignité du roy (4) d . Il préconisait l'attaque et la destruction de la Hotte de Maqueda, soit à Cadix où elle était pour l'instant, soit a^ large si elle allait au-devant des galions des Indes, soit à Carthagène ou à Hosas, seuls endroits où elle pouvait chercher un abri. A défaut, " les
(1^ « Occorenze presenti intorno al stato di questo regno di Porlogallo. » Lisbonne, 15 juin i64J (B.N., Italien 1817, p. 718. — Archiva dos Açores. Ponta Delgada, t. III (1881), p. 181\
(2) Hcfaçam (la viaqein que a França fizermn Francisco de Mello... e o dontor Antonio Coelho de Carvalho, indo por embaixadores extraordinarios do l)om Joam oIV... ao Luis XIII Lisboa, 1642, in-S".
(3) Traités des i" et 12 juin 1641 (Carlos Rom.\ Du Bocage, p. 56 et suiv., 105 et suiv.).
(4) « Instruction pour M, le marquis de Brézé, lieutenant-général de l'armée navale du Iloy ", datée par \\v.y.v.i.( Lettres... de Richelieu, t. VII, p. 860) du 29 mai 1641 (H. N., Mélanges Colbert 27, fol. 145. — Affaires Etrangères, Correspondance de Portugal 1, fol. 48. — Carlos Roma du BocAGK, p. 192). — Mémoire envoyé à M. de La Tliuillerie, ambassadeur en Hollande, sur la déférence que les vaisseaux des Pays-Bas doivent rendre à ceux du roi. l"'"' juin (B. N., Mélanges Colbert 27, fol. 148 v°).
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principaux officiers des Hottes confédérées " examineraient sur les lieux a un autre dessein de plus longue haleine » dont le commandeur Des Gouttes était également le père. Mais le roi de Portugal allait en produire un troisième, fort II mal digéré (Ij " , qui immobilisa les escadres.
Elles n'avaient pas été toutes exactes au rendez-vous. Si Brézé avait fait sa jonction, dès le 0 aoiit 1G4I, dans la rade de " la l)elle Esclarmonde (2^ " avec les dix vaisseaux et les sept frégates du général Antonio Telles de Mcnezès (3), l'escadre hollandaise d'Aert Gysels ne ])arut dans le Tage que le 10 septembre, et les douze navires frétés dans les Pays-Bas par Tristâo de Mendonça arrivèrent plus taid encore Ces retards permirent au duc de Maqueda de porter secours au duc de Fernandina dans les eaux de la Catalogne, puis de détacher des divisions à la garde du détroit de Gibraltar.
Toute surprise contre Cadix était dès lors déjouée. Brézé rencontra le 11 septembre par le travers du cap Sainte- Marie l'escadre de Jossc Peeters et Salvador Rodriguez, qui batailla tout le jour et le lendemain sans perdre plus de dix-huit hommes (5). Le 4 novembre, c'était l'amiral hollandais Gysels qui subissait près du cap Saint-Vincent le choc des vingt-quatre navires de Martin Carlos de Men-
(1) Lavergne au maréchal de Brézé. " De la iiior vers le cap Saint-Vincent, 25 septembre 1641 >> (Archives de la famille de Hruzé : Lettres de RiciiELiED, l. VI, p. 847, n. 1).
(2) Gazette de France, 15 août et 5 octobre 1641.
(3) Qui battait pavillon amiral à bord du Bon Jésus, de soixante canons et cinq cent quatre-vingt-six honuues. La liste des vaisseaux et frégates du Portugal est donnée dans la Gazelle de France, 1642, p. 821.
(4) Carlos RoMi hv Bocage, p. 78, 110.
(5) Déclaration de l'amiral Salvador Rodriguez. Cadix, 15 septembre. Rodriguez prétendait n'avoir que cinq galions contre quatre-vingts bâtiments (Archive gênerai de Simancas, Gnerra, mar y tierra, legajo 3202 — Copia de carta que escriviô un cavallero de Cadii... del feliz suceso que tui'ieron cinco navios de Dunquerque contra 46 de Portu(jal y Francia .. en 11 y 12 de setiembre 1641. Cadiz, 1641, fol.).
72 HISTOIRE DK LA MARINE FRAINCAISE
cos et laissait quatre bâtiments dans la bousculade (l).
La campagne de l'Océan se terminait sur un échec;
la campagne de la Méditerranée, après des alternatives diverses, s'acheva par un déboire.