LES COMPAGNIES DE NAVIGATION
» Gouster Taise et le repos acquis par la paix, » sans répandre a Tabondance par le restabllssement du com-
(1| I'. Ci.KMKST, Histoire de la vie et de C administration de Culhert (1846), |). ;iS6, note 2, et 481.
('!) INous avons un spécimen de ces travaux préparatoires dans un uis. <le puu postérieur à 1670 : « Conférence des ordonnances et loix de la marine » (chez M. Gougy, libraire).
(3) Une rédietion spéciale de l'Ordonnance fut faite pour la Bretagne et
nicrce (l), " est un principe d'inertie que ne peut admettre le descendant des drapiers. Un de ses aphorismes familiers sur le commerce « source de la finance, " elle-même « nerf de la guerre (2), " le porte à en considérer l'accroissement comme » bien plus important pour le service du Roy " que celui des forces navales (3). a Les vaisseaux marchands servent de principe à toute puissance de mer, et tout Estât ne peut avoir celle-cy qu'à proportion de ceux-là (4). » Or, le long de nos côtes, il ne s'est pas trouvé, lors du recensement de 1064 i'5), deux cents navires de haute mer i6). Pour le pavillon de la nation française, quelle misère à côté des quatre mille navires de commerce anglais, des seize mille bâtiments hollandais (7) ! Mais comment réagir contre la « meschanle coustume de refretter des vaisseaux hoUandois " plutôt que d'en bâtir nous-mêmes (8).
En France, on n'est que trop enclin à demander à l'Etat une panacée universelle dans ces moments de crise. Quarante ans auparavant, l'ambassadeur Du Fargis, témoin de notre désarroi maritime, ne conseillait-il pas la mainmise de l'État sur les navires des particuliers! Officiers et fer-
publiée sous le titre : Ordonnance touchant la marine sur les côtes de Bretagne. Vannes, 1685, in-i".
(1) Circulaire royale du mois de juin 1664 (P. Boissonxade, Colbert et la souscription aux actions de la Compagnie des Indes, spécialement en Poitou (1664-1668). Poitiers, 1909, in-S").
(2) Colbert à Colbert de Terron. 11 janvier 1666 {Lettres de Colbert, t. III, p. 37).
(3) Colbert à Arnoul. 16 mars 1669 (Archives Nat , Marine R"l, for 52 V»).
(4) Mémoire de Coll)ert de mars 1669 : u Quelle des deux alliances de France ou de Hollande peut estre plus avantageuse à l'Angleterre » [Lettres de CoLBEBT, t. VI, p. 265).
(5) A la R. N., Cinq-Cents Colbert 199.
(6) Mémoire sur les affaires de finances. 1663 {Lettres de Colbert, t. II,
(7) Mémoire de Colbert de mars 1669 déjà cité : à cette date, le chiffre de nos bâtiments de commerce avait passé de 200 à 5 ou 600.
(S) Le chevalier de Clerville à Colbert. Rouen, 18 mai 1663 (Deppi>g, Correspondance administrative sous Louis A/F, t. III, p. 337).
niicrs à la fois, les directeurs de la navigation eussent alors fourni aux capitaines des correspondants, aux facteurs des interprètes, aux armateurs des {)oIices d'assurances que le manque de ressources sur nos ])laces les forçait de contracter à l'étranger (1). Mais le ministre de Louis XIV répugne à ces extrêmes. A la résurrection de la marine riationale il associera l'effort de la nation. Trop de Ailles croupissent dans une « extrême fainéantise : » il secouera leur indolence. « Nos négociants n'ont pas assez de force pour entrer dans les affaires qui ne leur sont pas bien connues (2) : V il leur arrachera " ces deux passions lasches qui gèlent le cœur, la crainte et la défiance (3j. »
Inspiré par un comité consultatif de trois membres qu'il a choisi en 1664 parmi les délégués des armateurs, Colbert prend une série de mesures capitales pour la résurrection de notre marine marchande : droit d'ancrage surtout vaisseau étranger; primes progressives avec le tonnage aux constructions navales (4) ; avantages similaires aux armateurs étrangers qui s'établissent en France (5) ; primes de navigation pour les voyages au long cours; exonération de tout droit de douanes pour les bois propres à bâtir des vaisseaux (6) ; autorisation pour la noblesse de se livrer au commerce de mer sans déroger (7) ; monopole du commerce colonial assuré au pavillon de France (8). Bref, à la mortdu grand ministre, les seuls ports du Havre et de Dieppe en Nor-
(1) Cf. siiprà, t IV, p. 487.
(2) Colbert de Terron à Colbert. Février 1664.
(3) Discours (l'un fidèle sujet du roy touchant l' établissement d'une Compagnie française pour le commerce des Indes OrzeHfa/es [par l'Académicien Cii.^nPESTiER]. S. 1. n. d., p. 42.
(4) Arrêt des 5 décembre 1664, 7 septembre 1669, 24 octobre 1679.
(5) Arrest du Conseil de commerce. . 7 décembre 1669. Paris, 1669, in-4°.
(6) Arrêt du Conseil d'Estat... 30 octobre 1670. Paris, 1670, in-4''. , (7) Édict du Boy... 13 aoust 1669. Paris, 1669, in-4°.
(8) Ordonnance du Roy... 10 juin 1670. Paris, 1670, in-4''.
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niaiulie, de Saint-Malo et de Nantes en Bretagne auront deux fois plus de navires long-courriers qu'il y en avait dans toute la France quand il reçut la direction de nos affaires maritimes (Ij.
Il Pour le relièvement du navigaige et de la marchandise de la mer, » Targentier de Charles VII réclamait ^ des voves et robines par oîi est besoing que passent les barques pour aler à la mer pourter les marchandises à gros vaysseaulx (2j . » Ces " robines, » Colbert les exécuta en creusant les canaux de Tancarville, Silveréal, Bourgidou, la Radelle, et surtout en ouvrant " la tranchée de l'Aude jusques à la Reige qui se mêle avec la Garonne, » tour de force préconisé depuis 1623 par un apôtre de la ligue des Nations (3). Ce tour de force n'était rien moins que la jonction des deux mers.
C'est à un fermier des gabelles, n'entendant ni grec ni latin, Pierre- l^aul Riquet, que la Méditerranée dut de s unir à l'Océan. Approuvée par l'ingénieur de Clerville avec cette restriction, toutefois, dont Colbert fut marri (4), qu'on n'y pourrait faire passer ni vaisseaux de guerre, ni galères (5), la colossale entreprise fut achevée en quinze ans, en 1G8I, alors que venait de mourir le Moïse du Languedoc. Du point de partage des eaux où l'alimente le bassin de Naurouze, le canal des Deux-Mers descend par un double palier d'écluses vers la Garonne et vers la mer où il aboutit à Cette (6j.
(1) Au 1" janvier 1687, Saint-Malo a 117 grands navires de haute mer, le Havre 114, Dieppe 9(5, la llochelle 93, Nantes 84, Bayonne 61, Dunkerque 59, Marseille 47, etc. (BobÉly, Histoire de la ville du Havre, t. III,
(2) Cf. supra, t. II, p. 281.
(3) Ein[érit'] CK[rcK], le Nouveau Cjnée. Paris, 1623, in-8°, p. 35.
(4) Colbert à Clerville. 28 juin 1669 [Lettres <^/e Colbebt, t. IV, p. 334).
(5) .Mémoire de Clerville du 5 octobre 1666 (B. N., Cinq-Cents Colbert 202, fol. 245).
(6; Biquet à Colbert. 1662, etc. [Lettres de Colbefï, t. IV, p. 303,
Dès Tannée IGTl, le canal était ouvert de Toulouse à Naurouze. Inauguré avec « une barque magnifique faite exprès pour la cérémonie, avec trois des plus grands vaisseaux de la Garonne, » il était sillonné par des coches d'eau qui faisaient trois fois par semaine le service entre les deux points. Quant au port de Cette, le général des galères, escorté de capitaines de vaisseau, de Tarchevcque de Toxilouse et du lieutenant-général de la province, en avait consacré dès lors officiellement la naissance (1).
Dans la forêt des droits qui gênent la circulation commerciale, Colbert pratique des coupes claires. Il accorde la liberté du transit à travers le royaume aux produits manufacturés des Flandres françaises (2). Des ports francs ouvrent aux négociants « les portes de la France comme une étape générale, " sauf à subir, hors de l'étape, des tarifs prohibitifs s'ils tentent de concurrencer nos fabriques : 20 pour 100 sur les marchandises du Levant transitées par Gênes ou Livourne (3), 30 pour 100 sur les produits de l'industrie espagnole... (4). Plus draconienne encore, une interdiction absolue qui frappe les produits rivaux du Milanais et de Gènes, donne l'essor à nos fabriques lyonnaises d'or filé, de damas, de velours et de soieries (5). Et toi est l'élan de l'industrie nationale
322, 339, etc.). — [Sandhaz dh Coubtilz,] la Vie de Jean-Baptiste Colbert. Cologne, 1695, in-12, p. 128.
(1) M. DE Froidotr, Lettre à M. Barrillon Damoncourt concernant la description des travaux qui se font en Lan (juedoc pour la communication des deux mers. Toulouse, 1672, in-8°, cartes.
(2) Et de plus, il accorde aux marchand.s de Lille et pays conquis des frégates royales du Havre pour véhiculer leurs produits en Espagne et Portugal, 1669 (Deppisg, Correspondance administrative sous Louis XIV, t. III, p. 478. — Ainsi donne-t-il la franchise de transit aux marchand» qui 86 rendent aux foires de Beaucaire {Arrest du Conseil d' Estât du 5 juillet 1670. Paris, 1670, in-V).
(3) Arrest du Conseil d' Estât du 9 anust 1670. Paris, 1670, in-4°.
(4) Arrest du Conseil d' Estât du 15 novembre 1670. Paris, 1670, in-4*.
(5) Arrest du Conseil d' Estât du 31 mars 1670. Paris, 1670, in-4°.
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qu'une foule de manufaclures exotiques acclimatées par Colbert en France (1), fonderies à l'allemande, glaces et dentelles à la vénitienne, fabriques d'étoffes à la hollandaise, tapisseries des Gobclins... frustrent nos voisins » des tributs serviles (|ue paie à leur art le luxe de nos villes. ' Mais là sera l'erreur de Colbert de croire " que le royaume de France se pourrait suffire à lui-même, oubliant que le Créateur de toutes choses n'a placé les différents biens dans les différentes parties de l'Univers qu'afin de lier une société commune » entre les peuples.
u Toujours magnifique en idées (2), " Colbert espère condenser dans l'unité d'action les énergies de la race et, par elles, " dilater " l'action de la France dans l'univers. Mais l'union, quelle chimère! " Que nos François, les peuples du monde les plus polis, que leur union soit si difficile, leurs sociétés si inconstantes, et que les meilleures affaires périssent entre leurs mains par je ne sais quelle falalité, " c'est un fait que constate Colbert et un défavit dont il veut "effacer jusques aux moindres vestiges (3). » Oîi deux souverains aussi avisés qu'énergiques, où Louis XI et Henri IV ont échoué en voulant grouper nos marchands dans des Compagnies générales de navigation, Colbert vat-il réussir?
Colbert, dis-je, et aussi le Mantouan Francesco Bellinzani, Eminence grise de Colbert avec titre d'intendant général du commerce et situation prépondérante au Conseil de commerce créé en IGGi, ins{)ccteur général des manufactures (4j , directeur de la Chambre d'assurances maritimes créée en 1669, et qui trois ans plus tard faisait
(1) Germain Martin, la Grande industrie sous te règne de Louis XIV. Paris, 1899, in-8°.
(2) Mémoires de l'abbé de Ciioisy, éd. Michaud, p. 576.
(3) [CuARPEMiER,] Discours d'un fidèle sujet..., p. 28.
(4) Germain Martin, la Grande industrie sous le règne de Louis XLV, p. 33.
sept millions (1), Bellinxani s'occupe de toutes nos Compagnies, celles du Nord, du Levant et des Indes, du Sénégal, du Canada et du Bastion de France, dont les avatars lui incombent au même titre qu'au ministre. Car ici, Colbert connut TinsuccèSi
Confiant dans le pouvoir de la presse, il emploie à incliner la nation vers les idées coloniales, Téloquence de Tacadémicien Charpentier qui poussera l'hyperbole jusqu'à définir Madagascar « sans exaggération un vray paradis terrestre (2). " Il veut nous doter des " avantages considérables " que procurent à leurs actionnaires les Compagnies des Indes d'Angleterre et de Hollande. Et en 1664, il partage les Océans entre deux Compagnies à charte, celle des Indes Orientales et des Indes Occidentales, les Compagnies de l'Est et de l'Ouest, que suivront bientôt celles du Nord et du Levant. Pour asseoir leur monopole, il leur prête l'appui du pavillon royal, l'escadre des Antilles et l'escadre de Perse. Il les couvre du prestige minisiériel en devenant leur » chef perpétuel, président et directeur pour Sa Majesté (3). » Leurs assemblées solennelles se tiennent au Louvre en présence du roi (4) . "
Organisme gigantesque qui embrasse les deux rives de l'Atlantique, — l'Afrique fournissant à l'Amérique la main d'œuvre, — la Compagnie des Indes Occidentales absorbe toutes nos petites sociétés de colonisation au Sénégal (Sj,
(1) Savary, le Parfait négociant. Paris, 1675, in-i", t. II, p. 112.
(2) [Charpe>tier,] Discouvx ci un fidèle sujet, p. 18
(3) Dernis, Recueil ou collection des titres, édits, déclarations, arrêts, règlements et antres pièces concernant la Compagnie des Indes Orientales. Paris, 1755, in-V, t. I, p. 367,
(4) Le 15 décembre 1668 par exemple pour la Compagnie des Inde» Orientales : B IN., Nouv. acq. franc. 9342, fol. 93).
(5) Dont les comptoirs furent acquis 150 000 livres. 28 novembre 1664 (Archives ISat., Colonies F*17. . — Chemin DrPONTÈs, les Compagnies de colonisation en Afrique Occidentale sous Colbert. Paris 1903, in-8', p. 32).
en Guyane (l) et à la Nouvelle-France (2). Elle rachète Saint-Christophe, Saint - Martin, Saint-Barthélémy et Sainte-Croix à rOrdre de Malte (3), la Guadeloupe (4), la Martinique (5), la Grenade ((Jj, la Désirade, Marie- Galante à leurs seigneurs particuliers. Elle achetait, mais ne payait pas. Des licences accordées au.v armateurs Hrent brèche à son monopole (7j . Des guerres successives avec les Anglais, puis avec les Hollandais, la ruinèrent. Dotée dun privilège pour quarante ans, elle n'en vécut pas dix et mourut insolvable (8).
Et malgré la couverture de quatre millions que lui donnait le roi pour combler le déficit des pi'emières années (9), il n'en allait pas autrement de la Compagnie des Indes Orientales, sa sœur jumelle. Subrogée à la société du maréchal de La Meilleraye dans la possession de Madagascar, elle lui emprunta programme (10) et capitaines. La Meilleraye armait au Port-Louis : c'est près de là que naquit, en juin IGGG, le port de la Compagnie de L'Orient,
(1) Fondé le 12 octobre 1663 par Lefeljvre de La Barre, la Compagnie nouvelle du Cap de Nord ou de Cayenne fut le noyau de la Compagnie des Indes Occidentales qui lui emprunta ses actionnaires (Slewart L. Mims, Colhert's IVest Iiulia policy. New Haven, Yale University Press, 1912,
(2) Qui avait fait remise de sa concession au roi le 24 février 1663 (François-Xavier Gar.neac, Histoire du Canada. 5'^ édition revue par Hector G.AHNEAU. Paris, 1913, gr. in-8°, p. 185).
(3) Un demi-million.
(4) 122 000 livres à .\I. de Champigny.
(5) 240 000 livres à Dyel.
(6) 100 000 livres pavés à Cérillac. Tous ces contrats en date de juillet, 14, 25 et 27 août 1665 sont aux Archives Nat., Colonies F*17; et dans Dv Teuihe, Histoire qénérale des Autistes habitées par les François. Paris, 1667- 1671, t, III, p. 250, 266.
(7) SwARï, le Parfait négociant, t. II, p. 131.
(8) Arrest du Conseil d'Estat <jui ordonne que les propriétaires des Isles et autres créanciers privilégiez de la Compagnie des Indes Occidentales seront payez... Du 8 avril 1769. Paris, 1680, in-4°.
(9) Assemblée des intéressés de la Compagnie des Indes Orientales au Louvre, 15 décembre 1668.
(10) Cf. plus haut, p. 241.
Lorient (l). Golbert avait rêvé pour elle d'un avenir semblable à celui de la Compagnie hollandaise des Indes, de diA'idendes de 25 et 30 pour 100, de Hottes de soixante vaisseaux capables de faire la guerre aux rois indigènes et de ramener vers la mer Rouge et listhme de Suez un commerce intense dont une autre Compagnie française aurait bénéficié de l'autre côlé de l'isthme. Il lui avait donné pour armes symboliques le soleil et le globe où brillait une Heur de lis : Florebo quocumque ferar (2j. La Heur se fana avant que le ministre fût descendu dans la tombe. Seul, le partage du monopole avec d'autres armateurs (3) prévint une irrémédiable déchéance de la Compagnie.
C'est que les colosses avaient des pieds d'argile, n'ayant point pour support la nation. Malgré l'habile mise en scène d'une réclame retentissante, bien que le roi fit porter en grande pompe, tambours battant, trompettes sonnant, à l'hôtel de chacune des Compagnies les trois millions de sa souscription, son exemple n'entraîna que la Cour, princes, ministres et conseillers d'Etat, et tous ceux qui relevaient de Colbert, secrétaire général de la marine, fermiers, collecteurs de taxes, payeurs de rentes et « marchands de vin privilégiés (4). n L'énergique pression du minisire arracha aux Cours supérieures un million, en menaçant de «disgrâces » ceux qui résistaient (5), taxa les négociants normands, menaça les armateurs bordelais, se fit sentir partout, sans parvenir à rassembler les quinze millions de l'actif de la Compagnie des Indes Orien-
(1) A. JÉGOu, Histoire de la fondation de Lorient. Lorient, 1870, in-8°, p 43, 48.
(2) E. Lavis.se, t. VII', p. 239.
(3) 19 avril 1681 (Deiums, t. I, p. 351).
(4) u Liste des intéressez en la Compagnie des Indes Orientalles. » 1664 (B. N., Clairambault 532, fol. 57, 65).
(5) Lettres de l'intendant Pellot, du président Brulart, etc. 1604 (DeppiNG, t. III, p. 362).
taies : des cinq Miilllons et demi du capital social de l'autre, les trois cinquièmes étaient sortis des coffres du roi (Ij... Louis XI, deux siècles avant, n'avait pu obtenir de ses bonnes villes cent mille livres pour créer la Compagnie de navigation du Levant (^j.
Le ministre, mal écouté en France, fit appel à l'étranj^er. Aux rois du Nord, aux princes d'Allemagne, il offrit une part dans des entreprises dont la réussite, « soutenue par de si grandes sommes de deniers et par une protection tout entière de Sa Majesté, » était, disait-il, hors de cause. En leur faveur, le capital de la Compagnie des Indes Occidendales serait doublé, et un directeur de leur choix siégerait à Paris, dans la Chambre de la direction générale (3). Des Allemands répondirent à l'invite et demandèrent, en avril I()G5, à devenir nos vassaux. Contre payement d'une couronne et d'un sceptre d'or à chaque avènement, l'évêque de Mayence et le duc de Bavière obtinrent licence de peupler en Guyane un degré de territoire; mais ils n'y donnèrent aucune suite (4). En fait de colons, les Prussiens ne nous fournirent que des négriers, le capitaine Heinrich Carolof et le noble baron Johann Andréas von Woltrogue (5) .
Notre Compagnie des Indes Orientales ne recueillit pas
(i) 3026545 livres 8 sols 6 deniers sur 5 522 345 livres 8 sols 6 deniers (MiMS, p 8i). — P. BoissossADE, Colbert et la souscription aux actions de la Compaqnic des Iniles, spécialement en Poitou (1664-1668J. l^oitiers, 1909, in-8°. — Cf. les excuses alléguées par les gens de Saint-Jeande-Luz, Narbonne, Montpellier, Angers, pour ne point souscrire (E. Lavisse, X. VIII', p. 241).
(2) Cf. suprà, t. II, p. 385.
(3) « Mémoire des offres faites de la part des Espagnols pour composer une Compagnie de commerce pour les Indes avec divers princes d Allemagne 11 (Lcltres de Colrkrt, t. III, 2' p., p. 429).
(4) Affaires Étrangères, Mémoires et documents, France 2135 : L. DelavAiri, apud Revue de l'histoire des colonies françaises, 1916, p. 394; et 1918.
(5.) Cf. le chapitre consacré à nos campagnes dans 1 Océan ludien.
davantage le concours que le ministre attendait des Portugais. Seules, des adhésions individuelles nous vinrent de négociants hollandais, persans ou autres, qui furent une cause de perturbation plutôt qu'un appui, tandis que les Hollandais par un coup droit nous évinçaient; ils imaginèrent la A-^ente à perte, le moderne dumping qui enlève à autrui toute clientèle (1).
Ils ruinaient ainsi notre projet de rendre au bassin méditerranéen l'activité et l'importance des temps antiques, en faisant passer par l'Egypte un large Hot de transactions commerciales. Notre ambassadeur près de la Sublime Porte demandait la franchise du transit à travers 1 isthme de Suez avec faculté d'établir des magasins à ses deux extrémités (2). Par là, la Compagnie des Indes Orientales en Mer Rouge et la Compagnie du Levant en Méditerranée eussent échangé leurs marchandises (3)
Une opération semblable à celle de Riquet eût encore développé notre trafic : le percement de Tisthme de Suez. Dans son Parfait négociant (4), Savary en lança l'idée; mais il ajoutait sagement : " Il serait dangereux de rendre publics les moyens qui pourront servir dans d'autres temps pour l'avantage de l'Etat et la gloire de la nation française. »
Autant que le trafic océanique, le commerce méditerranéen nous échappait. Pour toute la côte provençale et languedocienne, le recensement de 1664 n'accusait pas plus de trente navires marchands (5). Faussé par la guerre de Trente ans et par la Fronde comme il l'avait été par la
(1) Colbert à Pomponne, ambassadeur en Hollande. 4 juillet 1670 (Deppi>g, t. III, p. 448).
(2) Instructions au sieur de La Haye-V^entelet, ambassadeur à Constantinople. 22 août 1G65 (Affaires Etrangères, Constantinople 7, fol. 202 ; Vasdal, p. 274 j.
(3) Instructions au sieur de Noinlel (Archives Nat., Marine B"5i : Yas- DAi., p. 278).
(5) B. N., Cinq-Cents Colbert 199. — Archives INat., Marine B^488.