INSURRECTION DE LA CATALOGNE
En Catalogne, l'insurrection avait éclaté avec une telle violence que là domination espagnole balayée en un instant jusqu'à la mer ne tenait plus que quelques ports, Gollioure, Rosas, Tarragone, où elle demeurait désespérément accrochée. Aux vingt-cinq mille hommes de l'armée castillane, les Catalans n'opposaient d'abord que huit mille soldats (2). Mais sur ce nouveau champ de bataille, nous étions accourus. Une première armée de secours infligeait aux Espagnols une sanglante défaite devant Barcelone, le 27 janvier 1641. Condé mettait le siège devant Collioure afin d'isoler Perpignan; Philippe de La Mothe-Houdancourt passait les monts; et Sourdis passait la mer pour l'appuyer avec la flotte du Levant et douze cents hommes de troupes.
Les insurgés mettaient à sa disposition comme base navale le petit port de Cadaquès : « Je n'y trouve pas assez de seuretté, » objecta l'archevêque (3), auquel les Hollandais conseillaient la conquête des Baléares. Faute de mieux, il s'en contenta, surveillant de là et Rosas et
(1) G. Fersajjdbz Ddro, t. IV, p. 272. — Geschiedlaindige tentoonstelliiiff van het neclerlandsche zcewesen te 's Gravenhaqe, 1900, in-8°, p. 40. — Carlos RoMA du Bocage, p. iil.
(2) " Relacion tlel P. Maestro Ignacio Mascarenas. » Lisbonne, 20 juillet 1641. (Mémorial histôrico espanol, t XVI, p. 138).
(3) Toulon, 18 janvier 1641 (Ibidem, t. XXII, p. 423).
Collioure. Sous les forls de Rosas, le ûl mars Kîil, im délachement aux ordres du commandeur César de Chastellus (Ij enlevait cinq grands transports armés chacun d'une quarantaine de canons. Le lendemain, un autre détachement mixte de vaisseaux et de galères, commandé par le baron de Haumes i':2j, répétait sous Port-Vendres la même opération. Deux galères et deux polacres tombaient en notre pouvoir (3j, ainsi que l'étendard de la capitane monégasque, enlevé, la hache au poing, par le baron Jean- Philippe de Valbelle, glorieux trophée que Sourdis envoya aux députés catalans (4;.
La campagne débutait heureusement. Une fausse manœuvre du commandant et de l'intendant des troupes compromit tout. A l'ordre de descendre vers Tarragone en laissant une division de garde à Gadaquès (5), Sourdis répliqua véhémentement à La Mothe-Houdancourt et à d'Argenson (6) : Mais c'est a écorcher l'anguille par la queue. Quinze jours vous donneraient la prise de Collioure et par conséquent de Perpignan; et lors, on vous pounait mener et l'armée navale et l'armée de terre. Par
(1^ Les vaisseaux de Chastellus, Du Quesne, Garnier, d'Aulps, Maran ; les galères de Ternes, Saint-Jusl, Aiguebonne, de Ton, Gravezon, Du Roret.
(2) Les galères de Haunies, Vaihelle, lUiPlessis et Montréal; les vaisseaux du chevalier Paul et de Banos.
(3) Le P. Mascarenas aperçut toutes ces prises dans le port de Barcelone, où l'on avait de plus expédié de Marseille six transports chargés d'armes et de soldats (Mémorial histôrico espanol, t. XVI, p. 49). — DespbÉs, « La vie de M' le bailly de Valbelle : .. Bibl. d'Aix, ms. ii94.
(4) Sourdis aux députés de Catalogne. De la Capitane, Cadaquès, 27 et 29 mars 1641 (Miguel Parets, De los inuchos sucesos dignos de viemoria que han ocurrido en Barcelona y ottos luçjares de Cataluna (1626-1()60}, dans le Mémorial histôrico espanol, t. XXI L p- 81. — La Prise de cim/ vaisseaux char()és de blé, deux galères et une polacre sur les Espagnols par l'(irclierèf/ue de Bordeaux. Paris, 1641, in-S").
(5) Daté de Barcelone, 13 avril 1641 (Correspondance... de Sourdis. t. II, p. 558).
(6) Ihidein, p. 570.
la comparaison de Perpignan à Tarragone, vous jugerez €6 cfui est plus utile au service du roi : en l'un, je trouve la facilité et utilité par la conjonction des terres;: dans l'autre, je ne vois qu'un dessein vaste sans aucun but » .
Ni les observations de l'archevêque, ni les récriminations de Condé qui attendait, pour assiéger Gollioure, le concours de la flotte (1), ne purent rien changer à la fatalité. Sur l'assurance de La Mothe-Houdancourl qu'on pouvait a faire périr l'armée d'Espagne dans Tarragone », Richelieu avait donné ordre aux vaisseaux et aux galères de tenter l'impossible pour y arriver (2). - — « Je ne dois répondre d'aucun accident, je vous en avertis pour ma décharge, écrivait Sourdis (3). S'il peut tomber sous le sens que cette ville soit pressée ou qu'elle le puisse être en l'état où nous sommes, je me soumets à être tenu pour un fou. " A l'armée de treize mille cinq cent trente hommes qui tenait garnison dans Tarragone (-4) sous le commandement de Federigo Colonna, prince de Botcro et connétable de Naples, que pouvions-nous opposer, Français et Catalans réunis : onze mille quatre cents soldats (5) !
« Tenir la mer dans le large " avec une trentaine de bâtiments, sans aucun mouillage assuré, le long « d'une plage sauvage » de douze à quinze milles (6), rendait le blocus illusoire. Sourdis tenta d'y remédier par la prise du fort de Salé le 9 mai, et le 13, de la tour des Alfa-
(1) Condé à Sourdis. Narbonne, 25 avril (Ibidem, p. 579).
(2) Richelieu à Condé. 8 juin et 19 juillet (Chantilly, archives des Condé, publiés dans le Mémorial histàrico espaiiol, t. XXIII, p. 128, 157). — Richelieu à Sourdis {Ibidem, p. 159).
(3) A Condé (Corn spoiulance de Soupdis, t. II, p. 626.) ■
(4) Mémorial histôrico espahol, t. XXIII, p. 116. 1
(5) ToRMÉ Y Lioni, dans Mémorial histàrico espannl, t. XXIII, p. 13, note.
(6) Correspondance de Sovbdi.s, t. III, p. 31
(;L'KltRE I)K TKENTt: ANS 76
gues (1), puis par le devis d'un fort du côté de Tamarin (2). Un mois ne s'était pas écoulé qu'il était aux prises avec les vingt et une galères de Garcia Toledo duc de Fernandina, qui venait de capturer à Collioure le Lion-d'Or de Féraut (3), mais de se faire battre à Rosas par les deux vaisseaux de Quélus et Boissis f-4). Voltigeant aux abords de Tarragone, Fernandina attaqua » un des boutz de nostre garde » , à quatre lieues du gros de nos croiseurs : H La bonne fortune voulut que la première descharge à portée de pistolet emportât la poupe de la Capitane [espagnole], tuât douze ou quinze hommes sur la Gitzmane et fit d'autres ravages sur celles qui marchoientà la teste (5). » Ce sévère accueil obligea Fernandina à aller se refaire aux Baléares.
Batailles navales de Tarragone.
^4-6 juillet et 20 août 1641.)
Au lieu de le poursuivre à outrance (6) avec toutes ses forces (7), accrues de quelcjues vaisseaux de Provence (8), Sourdis commit l'imprudence de lui laisser opérer une jonction redoutable avec les escadres de Naples, de Gènes et de Sicile, avec Melchior de Borja, Gianettino Doria et
(1^ " Relation de ce qui s'est passe en 1 armée navale du roi, depuis son arrivée devant Tarragone » (Ibidem, t H, p. 594).
(2) 8 juin (Archives Nat., Marim; B\ , fol. 399).
(3) Condé à Sourdis. 23 mai (Correspondance de Sourdis, t. II, p. 602^.
(4) D'Argenson à Sourdis. 20 mai (Ibidem, p. 592). — Le P. FounKlER (1667), p. 228.
(5) Sourdis à Condé. 16 juin (Archives jNat., Marine B*,, fol. 400).
(6) Ainsi qu'il avaii été envisagé le 8 juin dans un conseil de guerre (Coi-respondance de Sourdis, t. II, p. 618).
(7) Alors de 15 vaisseaux, 4 pataches, 5 bnilots, il galères et 2 prises (Ibidem, p. 626). — L'État général de la marine pour 1641 se trouve dans B. N., Franc. 16735, fol. 225, 268.
(8) Richelieu à Condé, 8 juin (Mémorial histôrico espanol, t. XXIII,
Francisco Mejia. Un avis, intercepté par nous, prévenait les défenseurs deTarragone qu'une double diversion allait être tentée par l'armée du marquis de Leganez et par la flotte du duc de Fernandina (l). Le 3 juillet 1641, le fort des Alfagues signalait : Quarante et une galères en vue.
Vaisseaux, pataches, brûlots, nos trente-deux voiles prirent leurs formations de combat en demi-lune depuis Salô jusqu'au cap Bondinar, les quatorze galères dans les creux de la ligne, de façon à utiliser contre les forceurs de blocus tous nos feux. Sourdis, qu'un fort accès de goutte retenait couché à Tamarin, avait passé le commandement au chevalier de Cangé.
Le 4 juillet 1G41, au jour frisant, la flotte espagnole apparut dans l'est, du côté du contre-amiral de Cazenac, et se déploya en trois divisions pour nous envelopper. Mais en apercevant un jour entre 1 escadre de Cazenac et celle de Gange, elle s'y engouffra sous les bordées de douze vaisseaux (2). Vingt-neuf galères passèrent sous la conduite de Melchior de Borja et gagnèrent le vent. La trentième, la San Felipe coupée de la colonne, abordée en
(1) Colonna, prince de Botero, au secrétaire d'Etat d'Espagne, 4 juillet (Cori-espondance de Sourdis, t. II, p. (i36).
(2) Bataille navale de Tarragone, 4-5 juillet 1641 :
SouRCKS FRANÇAISES : Belation (le ce qui s'est passe entre iainiée du Roy et les gallères d'Espaqne. Ai.x, Estienne David, 1641, in-4''. — B. N., Franc. 20607, fol. 182; Affaires étrangères, EspiKjne 20, p. 59; Le P. FouR- XIER, Hydrog?-aphie, p. 289; Coiiespondancc... de Sourdis, t. III, p. 51.
— ■" Menu du combat des galères livré le 4 juillet» (Ibidem, t. III, p. 47).
— « Relation de ce qui s'est passé en l'armée navale du roi es mers du Levant » (Ibidem, t. III, p. 14). — Lettres de d'Argenson (Ibidem, t. Il, p. 659), Garnier (Ibidem, t. III, p. 62), Paul (Ibidem, t. III, p. 91). — Relacio de una carta enviada per lo excelentissim senjor ai-chebisbe de Bordeus. Barcelona, 1641, in-4°.
Sources espagnoles : Belacioii del dia del socorro de Tarrncjoua por el senor marqnis de Villafranca. Zaragoza, 1641, in-4°. — u Primer socorro a Tarragona » (Mémorial historico espanol, t. XXIIl, p. 141, 147.) — « Diario del ejercito espanol en las comarcas de Tarragona » (Ibidem, p. 479). — J^ettre du prince de Botero Tarragone, 4 juillet (Correspondance... de SouBDis, t. II, p. 636).
proue eL en poupe par les galères de La Brossardière et Yauvrc, était capturée : La Brossardière recevait dans celle hrillanle action une grave blessure el le caj)itaine Galou, du régiment des galères, s'y faisait tuer. Deux autres traînardes, attaquées par Jean-Philippe de Valbclle, eussent aussi été réduites sans la molle contenance de la Reine et de la Pille. La bataille, à laquelle Sourdis, malade et gisant sur un matelas, venait assister en chaloupe, comprit dès lors deux théâtres distincts. Melcliior de Boria, cherchant pour ses vingt-neuf galères Tabri des liattcrics de Tamarin, était aux prises avec la division Cazenac qui le canonnait « terriblemente » .
Onze autres galères menées par P'ernandina avaient introduit dans Tarragone cinq brigantins et quelques barques chargés de vivres; mais sous les foudroyantes bordées de Cangé, elles ne parvenaient [)his à quitter l'abri du môle. Fernandina et Mejia presqiie seuls franchirent notre tir de barrage pour rejoindre le gros de leur Hotte. Nos divisions se relayaient sans cesse et notre feu roulait toujours. A Cangé qui était à la remorque de Yincheguerre, avaient succédé Garnier, Paul et d'Aulps, puis le vice-amiral de Montigny, Ghastellus et Du Qucsne (|u'une heure après, remplaçaient Cazenac, Valbclle et autres venus de Tamarin. Le brûlot de Robert incendiait une galère à la pointe du môle; un autre pénétrait au milieu du port.
La vigueur de notre attaque avait jeté la panique dans la division réfugiée sons le môle : les Génois d'abord, les Espagnols ensuite, chiourmes, équipages, capitaines, quatre mille cinq cents hommes avaient fui à terre, qui en barques, qui à la nage; beaucoup se noyèrent; la mer, trois jours plus tard, avait déjà rejeté à la côte trois cents cadavres. Un seul capitaine, un Napolitain, eut assez d'action sur ses hommes pour les retenir à bord. Dans Tarragone, l'émoi était indescri[)lible, « la confusion
incroyable " . Des charrettes avançaient dans les Hots pour tacher de recueillir les vivres et les munitions; la Duquesa de Gênes et la Patrona de Sicile avalent coulé à pic; la Santa Barbara d'Espagne, commandée par Alonso de Sobremonte, était près de sombrer avec la solde; la Patrona de Gènes et la Quatralba de Sicile, la poupe brûlée, étaient en mauvais point; la Santa Olalla d'Espagne, forcée de gagner la terre du côté de Salô, faillit être enlevée par un parti de cavalerie française (1). Nous avions quatre cent cincjuante prisonniers, dont quatorze officiers et un auditeur général, trois drapeaux.
Sourdls voulut davantage. Stimulés par l'appât de riches primes, nos capitaines de brûlots travaillèrent toute la nuit à garnir d'artifices des barcaroUcs; et le 6 juillet, sous l'escorte des cinq vaisseaux de Du Quesne, ils allèrent à l'attaque des galères restées intactes « L'exécution se fit avec tant de cœur qu'en un moment on vit, de l'armée, les galères ennemies tout en feu. Quelques gens du chevalier Paul en tirèrent une pièce de fonte pour marque que les ennemis les avaient entièrement abandonnées. » Des soldats d'infanterie et des bateaux de ronde eurent pourtant raison des flammes.
La victoire nous coûtait une cinquantaine d'hommes à l'attaque du port, quelque peu davantage dans le choc des deux armées. Nos adversaires eux-mêmes n'évaluaient pas à plus de trois cent cinquante hommes nos pertes (2), et leur exaspération était telle qu'ils avalent mis la tête de Sourdis à prix (3) .
(i) u Diario del ejercito espanol en las comarcas de Tarragona » (MetnO' liai histôrico espanol, t. XXIII, p. 480, 485).
(2) " Diario... » (Mémorial histôrico espanol, t. XXIII, p. 487). — Després écrit dans la Vie de Vâlbellc. " « Les Français n'ont perdu que environ deux cens hommes : " le jeune Jean-Baptiste de Valbelle, le chevalier de Sourdis et le baron de Vaulgrenant étaient parmi les blessés.
(3) Avis de Madrid. 9 ju\\\ei ^Correspomlancc. .. de SorRDis, t. II, p. 644).
Résolu (Je tout risquer pour dé^jagerïarra^one, rennenii «joua de son reste » . Jorge de Cardenas, duc do Maqueda y Najera, mit à profit les retards de la Hotte franco-hollando-portugaise de Brézé pour quitter la garde du détroit de Gibraltar. Avec les escadres de Galice et de Dunkerque (l), il rallia le 4 août à Carthagène les galères de Naplcs. de Sicile et de Gènes, puis se porta à la rencontre de seize vaisseaux que lui amenait de Naples Pedro de Orellana.
Tandis que nos adversaires connaissaient dans les moindres détails nos forces navales, qu'ils savaient être de quatorze vaisseaux, treize pataches, trois brûlots et dixsept galères (2), nous n'avions point la moindre notion du chiffre de la flotte ennemie, tant divergeaient les rai)ports de nos felouques d'avis.
Le 18 août encore, Sourdis s'en doutait si peu, La Mothe- Houdancourt et d'Argenson l'avaient si mal renseigne, qu'il pensait n'avoir devant lui que deux douzaines de vaisseaux de ligne : auquel cas il comptait leur barrer la roule avec les deux tiers de ses vaisseaux, laissant les galères au blocus de Tarragone. En cas contraire, si l'ennemi se présentait en force, toute notre armée navale se tiendrait en un seul bloc. Or, Maqueda n'avait pas moins de trente-cinq vaisseaux et de vingt-neuf galères, en tout cent vingt huit voiles (3). Et huit des galères mal-
(i) Liste des dix-huit vaisseaux de Cardenas de Maqueda et Francisco Feijô de Sotomayor, qui battaient pavillon à bord des galions iSnestia Seiiora de la Asniicion y Santiago et Niiestra Senorn de Begla, de 1200 et 450 tonneaux L'amiral réal Juan de Echaburu avait son pavillon sur le San Joseph, de 700. Josse Peeters avait en outre cinq bâtiments dunkerquois (Archivo gênerai de Simancas, Marina, legajo 3201, copie dans B. N., Xouv. acq. franc. 4976, fol. 172).
(2) Lettre de Fernando Perez de Contreras^. Palacio, 28 juill.i (Arcliivo gênerai de Si^nancas, Marina, legajo 3200).
(3) Bataille navale de Tarragone. 20 août 1641 :
SorncKS KRi.NCAisES :• .< Helation de ce qui s'est passé au combat do
menées le mois précédent dans le port de Tarragone, mais renflouées depuis, s'apprêtaient à le renforcer encore.
Sa tactique était simple : nous envelopper, si nous attendions le choc au mouillage; nous écraser sous le poids de ses forces navales rangées en profondeur, si nous combattions sous voiles. Les premières lueurs de Taube, le 20 août, lui montrèrent notre petite flotte en bataille, merveilleuse d'audace : le vice-amiral en tête avec six vaisseaux et cinq galères, l'amiral au centre entouré de onze vaisseaux et de sept galères, puis douze bâtiments et six galères à l'arrière-garde. Nous tâchions de barrer la route aux Espagnols en tirant vers la pointe de Salô.
Mais il n'était pas en notre pouvoir de réussir. Condé ne l'avait point caché à Richelieu (1) : « Que les nostres quittent leur poste et se mettent ensemble sous voiles, ne pouvant pas combattre sur les ancres et séparez, et pendant le combat ou dans le changement d'ordre, on pourra ietter ce que l'on voudra dans Tarragone (2). »
« L'avantage du vent estoit le gain de la partie » ; et il
secours de Tarragonne » (Archives Nat., Marine B*^, fol. 402 : B. N., Cinq-Cents Colbert 2. fol. 336; Dupuy 590 : publié par Aubert, t. II, p. 732). — " Relation de ce qui s'est passé en l'armée navale du roi es mers du Levant pendant l'année 1641 » {Correspondance... de Sourdis, t. III, p. 19). — Le P. ForisMER, p. 290.
Sources esp.vgsoles : " Relaciôn de las operaciones de la escuadra hasta aprovisionar à Tarragona « (Madrid, Biblioteca Nacional, ms. H 74, fol. 151 et 153; publiées dans le Mémorial histôrico espahol, t. XXIII, p. 177 et 184). — K El aprovisionamiento de Tarragona, segun el nianuscrito de Tormé y Liori » (Madrid, Biblioteca Nacional, ms. G 86, fol. 62; publiée Ibidem, p. 188). — « Relaciôn de la navegacion y sucesos de la armada del mar Oceano del mando del duque de Nagera y del socorro que introduio a la plaza de Tarragona el marques de Villafranca i> . 18 juillet- 14 septembre 1641 (Madrid, Biblioleca nacional, ms. H 8, Papeles historicos de Felipe IV, t. III; copies dans Archives Nationales, Marine B*^, fol. 409). — « Diario del ejercito espanol en las comarcas de Tarragona « [Mémorial histôrico espanol, t. XXIII, p. 511).
(i) « Pour l'affaire de Tarragona, je la remets à Dieu. » Condé à Richelieu, 29 juillet (ArBERY, t. II, p. 729).
(2) Condé à Richelieu, 19 août 'Ibidem, p. 732).
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Illu.yfrilliniz cf iRcficrnidiilîmc /fEN/n'. de Stï'RDh^. 'Irririinrii: dclSnirdcmiyi "Pnirw
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était contre nous. I^a brise soufHait du sucl-sud-est, amenant grand largue les vaisseaux ennemis. Les galères espagnoles, séparées du gros, masquaient un convoi qui se glissait vers Tarragone. Pour barrer le passage, Sourdis (i qui couroit sur les vaisseaux des ennemis, revira le bord sur les gallères. A l'heure mesme et d'un mesme temps, vaisseaux et gallères s'abatirent, le vent en pouj)e, sur nostre armée, si bien qu'il ne fut plus question de s'oposer au secours, mais aux grandes forces des ennemis. Les vaisseaux nous battoient en flanc et les gallères par derrière, sans que nous peussions nous servir que d'une partie de notre artillerie (1) ».
Maqueda et l'amiral réal Juan de Echaburu, Orellana et Tamiral napolitain Porter y Cascante, Francisco Valensigui et le général Nicolas Judice, aux prises avec notre avant-garde, subissaient une fougueuse attaque où nos capitaines firent preuve d'un « courage et d'une valeur extraordinaire » . Orellana, désemparé de sa grande voile, dut être secouru par la Testa de Oro, Maqueda par les vaisseaux d'Echaburu et Porter, Josse Peeters par deux frégates dunkerquoises.
De notre côté, la Foi^tune de Cazenac et la Licorne de Saint-Étienne étaient «hors d'état de servir (2) » ; tAmiralde-Disraie s'était « merveilleusement bien battu (;i) » sous les ordres de Ghastellus, mais avait souffert en conséquence; le Galion-de-Guise, battant pavillon amiral, les mats et les vergues rompus, avait tenu tête à six vaisseaux espagnols et tiré sept cents coups de canon. Sans qu'un seul de nos bâtiments devînt « la proye de l'enncmv, du
(1) « Relation de ce qui s'est passé au combat de secours de Tarragonne. »
(2) Certificats du contrôleur général Jean I^equeux. Toulon, 12 et l(j octobre [Correspondance de SouRDis, t. III, p. 8(i, 90).
(3) A l'estime des Espagnols {Ihidevi, p. (i-V).
feu OU de la mer (l) « , nous avions contenu des forces doubles, que cinq vaisseaux le lendemain vinrent renforcer encore.
Il n'en restait pas moins que les Espagnols demeuraient tes maîtres du champ de bataille, sans autres pertes que quatre-vingt-trois tués et blessés (2). « En deux heures, vous avez plus fait qu'en six mois pour secourir Tarragone, w écrivait au vainqueur le vaincu de la veille (3). Ses munitions épuisées, Sourdis eut la folle bravoure de se maintenir en vue à une portée et demie de canon, sans « hasarder mal à pro[)OS un combat dont le résultat ne pouvait être douteux (4j " . Au bout de deux jours, il alla se réapprovisionner à Toulon, d'où il promit aux Catalans son prompt retour (5;.
Mais son départ avait entraîné la levée du siège de Tarragone, le 29 août, puis, le surlendemain, l'Investissement de la tour des Alfagues (6). Répondant des cinq pièces de la tour à « la rauque musique " de trente-sept galères, le capitaine de Vinsargues lutta un jour et demi. Ses canons hors d'usage, ses parapets rasés, les rations réduites à six onces de biscuit et un verre d'eau, il capitula avec les honneurs de la guerre et sortit avec armes et bagages, mèches allumées, défilant fièrement devant le duc de Fernandina, qui pour sa bravoure l'embrassa (7).
(1) Le P. FooRNiER, p. 290.
(2) Trente et un tués et blessés à bord du vaisseau d'Orellana, 18 à bord du Léon fiojo, 5 sur la Testa de Oro, 6 sur la Régla, etc. (« Relacion de les muertos y heridos. " 8 septembre) (x^rchivo de Simancas, Guerra, legajo :il98).
(3) Ferrandina à Maqueda (il/emo/-ia/ histôrico espaiiol, t. XXIII, p. 166).
(4) Conseil de guerre tenu à bord de l'amiral, 27 août (B. N., Cinq- Cents Colbert 2, fol. 341).
(5) Toulon, 9 septembre (Mémorial histôrico espai'iol, t. XXIII, p. 194).
(6) « Relacion de las operaciones de la escuadra hasta aprovisionar Tarragona » (Mémorial histôrico espanol, t. XXIII, p. 187).
(7) Vinsargues à Chastelius et Sourdis. Barcelone, 19 et 20 septembre (Correspondance de Soirnuis. t. III, p. 65, 78).
GUERRE DE TRENTE A. N s 8»
Mais qui va porter le poids de l'échec de ïarragone? La Mothe-Houdancourl? Non, il est parent du ministre de la guerre; « et en France, il suffit d'être parent du favori pour avoir — et garder — toutes sortes d'emplois et de charges, sans considération de Tàge, de la capacité, ni do la qualité (l) " . Un exprès dépêché en Cour par les capitaines de galères a désigné le bouc émissaire : leur délation accuse d'incapacité l'archevêque de Bordeaux (2), leur détracteur! Forbin ira jusqu'à prêter son logis pour en faire un tribunal. Car, au moment où Condé et d'Argenson écrivejit à Sourdis : « C'est un crime de ne pas revenir, il y va de la perte de la Catalogne (3), » un ordre de la Cour a disgracié l'archevêque (4) et ouvert contre « sa mauvaise conduite » à la mer une instruction criminelle.
Et de quels ragots ne fera-t-on point état contre lui? Il aurait dit « à un souper chez Valbelle, que le roi était un fainéant et un pauvre homme qui se laissait mener par le nez, que le cardinal de Richelieu ne se souciait de rien que de passer son temps avec la duchesse d'Aiguillon, sa nièce (5) » . Et là-dessus, l'enquêteur Du Plessls-}3esançon ne l'ougit pas de solliciter la déposition du chevalier Paul, non plus que Richelieu de demander à Condé son concours, afin de " voir le fond du pot (6) » .
Ces procédés répugnants u choquent des hommes qui
(i) K Moyciîâ tenus par .VI. de iNoyers pour brouiller l'archevêque de Bordeau.\ avec le cardinal de Richelieu » (Ihitlem, t. III, p. 34).
(2) Dépêche de Girolanio Giustinian au doge de Venise. Corbie, 13 septembre (H. N., Italien 181S, fol. 204. — Vittorio SiRi, // Mercu/io, t. I, p. 472).
(3) Pézenas, 13 septeudire ; et Barcelone, 14 .septendire (Coirespondancc de Sourdis, t. III, p. 72, 76).
(4) Louis XIV à Sourdis. 9 septembre (Ilnih^iii, I. III, p. 71).
(5) " Moyens tenus par M. de ^Noyers... " {Ihidcni, t. III, p. 30 : Cf., p. 88).
(6) Richelieu à Condé. 10 septembre (Chantilly, archives des Condé, n° 104 : publié dans le Mcinoiial hislôrico e.ipnnol, t. XXIII, p. 195).
ont de la naissance et du cœur pour ne rien faire de lâche " . Pour défendre leur chef, treize capitaines de vaisseau, chefs d'escadre en tête, se mettent à la disposition de son frère; « exposés à la censure de ses ennemis » , ils ne veulent point se laisser « déchirer " sans être entendus (l). Avec un magnifique mépris pour les enquêteurs qui leur reprochent « d'aller voir un criminel ", le chevalier Paul, Saint-Étienne, Danton de Pontézière vont à Carpentras visiter l'exilé (2), Cazenac et Arrérac quittent de dégoût le service; Montmeillan troque son commandement à la mer pour un grade de lieutenant-colonel; Garnier demande un congé; Chastellus se fait porter malade (3); notre armée du Levant est dans le désarroi.
« J'espère, avec l'aide de Dieu, que tout tournera à la gloire de Votre Grandeur et à la confusion de vos ennemis " , écrivait à l'archevêque le chevalier Paul (4). Cet espoir fut déçu (5). Plus jamais, on ne vit à la tête d'une armée navale « l'archevêque Turpin " d'une nouvelle Chanson de Roland... «parce qu'on ne pouvoit plus douter des mauvaises . qualités, " — écrira Richelieu, — de cet homme « artificieux, malin, incapahle, envieux et médisant, fanfaron, de peu de cœur et de nulle fidélité (6j » .
A quoi le major d'Aulps opposait le témoignage de l'ennemi : Il la médisance a osé noircir des actions que les
(1) Adresse de Cangé, Cazenac, Chastellus, Paul, Du Quesne, etc., au marquis de Sourdis. 30 septembre (Correspondance de Sorp.Dis, t. III, p. 82); suivie de « Véritéz que les capitaines des vaisseaux s'obligent sur leurs testes de vériffier n , c'est-à-dire de prouver (Archives Nat., Marine B*,, fol. 406).
(2) Paul et Cangé à l'archevêque de Bordeaux (Correspondance de SocBDis, t. m, p. 84, 87).
(•i) Paul et Garnier à l'archevêque de Bordeaux (Ibidem, p. 74, 85). i4) 43 novembre {Ibidem, p. 88).
(5) Il mourut de chagrin en 1645.
(6) Portraits de divers hommes de guerre ou autres par Richelikd (B. N., Franc. 20867, fol. 301 v").
GUKUUK DE TRENTE ANS 8r.
ennemis même élèveront un jour clans leur histoire (II. Et l'histoire avait prononcé par la bouche de notre plus rude adversaire. — Quelle ingratitude! disait Gianettino Doria : L'homme qui n'a cessé d'avoir des avantages sur les Espagnols, qui leur a pris plus de canons, de vaisseaux et de galères que n"a jamais fait la France, est hanni pour s'être retire devant des adversaires quatre fois supérieurs en nombre, après trois jours de combat! Plût au ciel que j'eusse fait pareille retraite : ma fortune serait faite pour jamais (2). Et la preuve, c'est que les Espagnols disgraciaient le duc de Fernandina pour n'avoir pas su exploiter notre retraite (3).
La preuve que l'archevêque avait vu juste, c'est qu'on revint à son plan de campagne, n à la prise de Collioure et par conséquent de Perpignan, " avant de pousser nos conquêtes en Catalogne. Les Etats généraux de Catalogne, les Bras, venaient de placer sous a l'obéissance du Roy de France " tant leur principauté que les comtés de Roussillon et de Cerdagne (4).
A leur invile, nous répondions par l'envoi de nombreux maréchaux : La Mothe-Houdancourt recevait, avec la viceroyauté de Catalogne (5), la mission de commencer le siège de Rosas et de Tortose (6). La Meilleraye forçait Collioure à capituler le 13 avril 1()42 (7) et, de concert avec Schomberg, investissait Perpignan. Au fils du maréchal de Brézé, Armand de Brézé était dévolu de se a planter devant
(1) Toulon, 12 octobre '^Coiiespondance de Sounnis, t. III, p. Si'). (2^ Déclaration de Doria au maréchal de La .Meilleraye [Correspondance de SouEDis, t. III, p. 42).
(3) Vittorio Si RI, Del Mercurio, t. II, p. 360.
(4) 19 septembre 1641 (Mémorial histôrico espanol, t. XXV, p 391). — Miguel P.\nETS, dans le Mémorial histôrico espanol, t. XXIV, p, 29.
(5^ 25 juin 1642 {Ibidem, t. XXV, p. 438).
(6) Richelieu à M. de Noyers, 24 juin {Ibidem, p. 428).
(7) Un lavis représente « l'aspect de Collioure >• avec les batterie» de siège (B. >'., Dupuy 605, fol. 114).
86 HISTOIRE DK LA M A H I N K FRaNÇAISK
Barcelone », pour barrer la route aux renforts espagnols envoyés tant en Rousslllon qu'à Tortose (Ij.
Il était besoin » d'un chef général " pour supprimer les frictions entre les galères et les vaisseaux, entre Du Quesne, qui avait tiré à boulets sur des galères « sorties sans ordre " , et son collègue de Baumes, convaincu que les escadres ne dépendaient l'une de l'autre que dans le cas d'un combat ou d'une navigation commune et ulcéré contre Du Quesne. » mieux en état d'agir dans un cabaret que dans une armée (2) " . La nomination de Brézé au commandement en chef, apaisant le conflit, groupa en une masse de manœuvre toutes nos divisions.
Bataille navale de Barcelone.
(30 juin-2 juillet 1642.)
Brézé avait quitté Brest le 22 avril 1642, et Cangé Toulon le lourde Pâques : ils allaient au-devant l'un de l'autre (3). Cangé rencontra les sept bâtiments de l'escadre dunkerquoise qu'il força, après un jour de combat, à chercher refuge à Dénia à la remorque des galères de Sardaigne. Josse Peeters, blessé à la tète et à la jambe, et l'amiral Salvador Rodriguez, auquel il avait passé le commandement, rapportaient avec stupeur qu'ils avaient eu à combattre trente-deux bâtiments (4j et que ce n'était que la
(1) Tallemam' des Ré.^ux, les Historiettes, t. II, p. 61.
(2) Lettres adressées au maréchal Urbain de Maillé, duc de Brézé, par Du Quesne. à bord du Maqiiedo devant le cap de Quiers, 17 février 1642; et par de Baumes, aux Modes. 17 février (A. Jal, Abraham Du Quesne, t. I, p 121, 123),
(3) Soit quarante vaisseaux, vingt-cinqgalères et une dizaine de bâtiments frétés aux Anglais ou aux Hollandais ^B. ÎS., Italien 1818, fol. 443).
(4) « llelation de tout ce qui s'est passé au voyage de M'^ le marquis de Brézé, général des armées navalles du Roy. « 22 avril-27 octobre 1642
moitié de nos foix-es navales : vine autre Hotte française d'égale force avait passé en vue, venant du sud (l). C'était en effet l'effectif de nos escadres du Levant et du Ponant (2), dont la réunion le 28 mai, accrue des galères de Forbin, mit en ligne » le nerf ^ de nos forces navales pour une action décisive (3). Deux vaisseaux d'une quarantaine de pièces, cernés le 26 juin par les galères de Vincheguerre à la hauteur de Vinaroz, nous renforcèrent encore. Sur l'avis que la flotte ennemie avait quitté la veille Tarra-
(Archives Nat., Marine B*^, fol. 445. — Gazette de France, 19 avril et 8 août l()42.)
^i) Vingt vaisseaux, huit galères et quatre barques, d'après les lettres des amiraux Josse Peeters et Salvador llodriguez en date du 17 mai 1642 (Archive de Simancas, Marina, legajo 3205 : copie dans B iS., nouv. acq. franc. 4976, fol. 212).
(2) Première escadre, vaisseaux qui arriveront de Provence : dix-neuf vaisseaux, quatre flûtes, six brûlots. — Deuxième escadre, vaisseaux qui arriveront de Ponant : vingt et un vaisseaux, deux Hûtes, six brûlots. — En dehors de ces effectifs, il restait treize garde-côtes en Ponant (État de la dépense de la marine. Janvier 1642 : B. N., Franc. 16735, fol. 268).
(3) Bataille navale des 30 juin, 1" et 2 juillet 1642.
SorncKS françaises : « Uelation de tout ce. qui s'est passé au voyape de Monseigneur le marquis de Brèzé, général des armées navalles du Roy « ,
i.2 avril-27 octobre 1642 (Archives nationales, Marine B*,, fol. 445).
Heiation des combats d'entre l'armée navale du Roy, commandée par le niarijuis de Brézé et celle d'Espagne. Du bureau d'adresse, 8 août 1642, ia-4''. — Lettre de lainbassadeur vénitien Girolamo Giustinian, Lyon, 12juillet 1642 (B. IN., Italien 1819, fol. 183). — Le P. FonnsiEn, Hydrographie, p. 295. — Miguel Parf.ts, De los muchos sucesos dignes de menciôn que han ocurrido en Cataluna, cap. 125, dans le Mémorial histôtico espanol, t. XXIV, p. 43.
SouKCES ESPAGNOLES : Helacion que se envié a Su Majestad de lo sucedido en los très reencuentros que tuvo la Armada Real del cargo del sei'ior iluguc de Ciudad Real en Levante, gobernando la Real D. Juan de Ficheverri, gobernador del lercio de los galeones : ano 1642 (publiée parC. Fernande/. Dciio, t. IV, p. 310). — Lettre de Rodrigo de Contreras, 4 juillet (Memorial liistérico espanol, t. XVI, p. 423). — Lettres de l'amiral Tonias de Echaburu, prisonnier. Toulon, 30 septembre et 4 octobre (Archivo gênerai de Simancas, Marina, legajo 3205 : copie dans B. IN., nouv. acq. franc. 4976, fol. 216). — Déclaration du chef d'escadre Pedro Gil. Vinaroz, 8 juillet (Mémorial liistérico espanol, t. XIX, p. 285). — Lettres des PP. Sébastian Gonznlez et Martin Montero. Madrid, 8 et 26 juillet (Ibidem p. 287, 291). — Lettre du marquis de J^eganès adressée de Vinaroz à la reine (Ibidem, p. 293).
gone et montait vers le nord, Brézé fit route vers Barcelone pour la couvrir.
Trop lent, Ciudad-Réal avait laissé s'accomplir la jonction de nos escadres; et bien qu'il eût rallié des galères à Carlhagène et l'escadre de Peeters à Dénia, il ne pouvait aligner plus de trente-six vaisseaux contre quarantequatre (1), six brûlots contre quatorze et dix galères contre quatorze, avec une nuée de barques longues pour écarter nos brûlots (2).
Le 30 juin 1642, du haut du rocher formidable qui domine Barcelone, la vigie de Montjuich fit le signal : (i Ennemis en vue! " Nos galères s'espalmaient le flanc hors de l'eau, quand l'alarme futdonnée. Sans les attendre, Brézé et Cangé doublèrent la pointe de Montjuich pour gagner le vent, le vice-amiral de Montigny suivant à distance. La population se pressait sur le môle, sur les remparts, sur les hauteurs, pour assister au poignant spectacle d'une bataille navale.
Giudad-Réal avait hissé successivement le grand étendard, signal d'attaque, et le gaillardet, signal d'abordage. Couvert de voilure, perroquets et civadière au vent, roulant au point qu'il fallut fermer les sabords de la batterie basse, il fonça sur les quinze vaisseaux de Brézé, coupa leur ligne à la hauteur du huitième, et tomba sur l'escadre de Montigny pour la disloquer aussi. Brézé avec les vaisseaux coupés de la ligne revira de bord : passant comme le tonnerre au travers de l'ennemi, il esquiva trois
(1) La flotte espagnole, trente-six vaisseaux, dix galères, trois frégates, trois pataches, six brûlots, six tartanes, trente-cinq barques longues, était répartie en divisions de trois vaisseaux aux ordres de Ciudad-Réal, Pablo de Contreras, Josse Peeters, Francisco Feijô de Sotoinayor, Juan de Irarrapa, Juan Pujadas, Alonso Rodriguez de Salamanca, Francisco Rodriguez de Ledesma, ïomas de Echaburu, Juan Miguel Balaqui, Pedro de Oronsoro, Juan de Leyva.
(2) Mémorial histôrico espanol, t. XVI, p. 371,
GUËUHE DE THEME ANS 8ît
brûlots en flammes détachés contre lui et ressouda les tron(;ons de son escadre.
Ciudad-Réal avait brouillé ses voiles pour l'attenare. Les amiraux Sancho de Urdanivia et Tomas de Echaburu manœuvrèrent si maladroitement (ju'ils s'eiu'hevétrèrent beaupré dans place d'armes : le brûlot de Cristëbal de de Salinas, pour comble d'infortune, s'accrochait à eux, Brézé arrivait dessus et un de nos brûlots donnait dans le las : les navires d' Urdanivia et Salinas devinrent la proie des flammes. Le Sa?i Tomas de Aquino, enveloppé par (juatre de nos vaisseaux et deux brûlots, abandonné par le sergent de bataille Francisco Zuniga, se rendit avec les trois cents hommes de l'amiral Tomas de Echaburu. La Testa de Oro du mestre de camp Luis de Sotomayor, qui courait sur son erre sans s'apercevoir que Ciudad-Réal avait renversé sa manœuvre, se trouvait enveloppée et accablée de coups, lorsque le galion amiralissime la prit sous la protection de ses soixante-six pièces.
Nos galères ayant mis trois heures à gagner le vent, tombèrent sur les douze vaisseaux de l'arrière-garde et sur la division des galères, qui pliaient sans rendre combat. La nuit suspendit l'action.
Le lendemain 1" juillet à dix heures, la bataille recommença. Démoralisé par ses pertes, Ciudad-Réal avait été incité à une revanche par le chef d'escadre Josse Peeters. Maître du vent, il gouverna sur nous par le travers de Garrafa. Sur trois lignes, Cangé, Brézé et Montigny reçurent le choc, tandis que les galères de Forbin tombaient cette fois encore sur les derrières ie l'ennemi et forçaient Alonso Rodriguez de Salatnanca à couvrir de cinq vaisseaux la Testa de Oro tout éclopée depuis la veille. En allant à l'abordage :omme un simple soldat, Jean-Philippe de Valbelle,
vice-amiral fies fjnlères, recevait une balle dans le corps (1).
Le chevalier de Cangé à Tavant-fijarde soutenait Fatlaque de Ciudad-Réal, Balaqui et Tomas de Mundaca (2) que releva, deux heures après, le mestre de camp irlandais de Tirconel (3) avec cinq nouveaux bâtiments. Ciudad-Réal, ainsi libéré, et Sancho de Urdanivia, échappé au désastre de la veille, firent un barrage pour isoler de tout secours le Galion-de- Guise, que « sa grandeur, ses enrichissements et dorures à la poupe et au phanal » signalaient aux coups (4). Le seul des nôtres qui parvint à portée fut lui-même enveloppé dans un cercle de feu d'où il eut peine à sortir. Depuis une heure jusqu'au crépuscule, Cangé lutta sans défaillir, le pavillon de contreamiral toujours battant. De ses cinq cent quarante hommes, cent cinquante étaient tombés. Pour venir à bout de sa résistance, il fallut un accident; il fallut la maladresse d'un des nôtres.
Un de nos brûlots commandé par Massé (5) se jeta tout en flammes contre le galion d'Urdanivia, fut dévié du but et vint donner contre le Galion-de- Guise qui prit instantanément feu. « Le bras droit rompu d'une mousquetade, » Hercule de Conigan de Cangé « ne voulut pas survivre à la perte de son vaisseau. » L'ancien compagnon des amiraux de Montmorency, d'Harcourt et de Sourdis, le rude adversaire des Espagnols (6), qui l'estimaient « la meil-
(1) Octave Teissier, Dixcours signalés du commandeur de Moxïfrin sur le caractère des darnes de Valbelle. Paris, 1903, in-16, p. 15. Valbelle mourut de sa blessure à trente ans, le 12 décembre 1646.
(2) L'amiral Balaqui commandait la hour jue Coucordia et Mundaca la frégate San Fernando.
(3) A bord du galion Maqdalena
(4) Les Confessions de Jean-Jacques BocciiAnD, parisien, suivies de son voyaqe a Rome en 1630. Paris, 1881, in-8°, p. J37.
(5J B. >'., Mélanges Colbert J08, fol. 239.
(6) Compagnon de Montmorency en 1625 (Archives Nat., Z''' 103), prisonnier des Espagnols en 1632 tandis qu'il conduisait un [^;alion à Malte (B. N., Franc. 22334), Cangé avait assisté aux coudiats des iles ],érins, de
leure tctc de marin qu'eut la France (l), » donna ordre à ses derniers matelots de se sauver: lui, il voulut périr à sou bord. Il n'échappa de tout l'équipage qu'une quarantaine d'hommes. Aux malheureux qui s'accrochaient à leurs chaloupes, des ennemis sans pitié coupaient les mains (2).
Mais comme jadis le Breton Portzmoguer, Cangé, qui était lui aussi de Bretagne, mourait vengé. La Maydaletia du comte de Tirconel, magnifique vaisseau de soixante-six canons et huit cents hommes, sombrait dans les Mammes. L' Ange l Gabriel du mestre de camp Pablo de Paradas, qui était voisin, eut peine à fuir l'incendie.
A la nuit, la victoire était acquise; Ciudad-Rcal se repliait vers les Baléares, ayant perdu trois galions, plusieurs brûlots, deux cent cinq tués, quatre cent dix-sept blessés, plusieurs centaines de prisonniers, les amirau.v Francisco Fcijô de Sotomayor et Tomas de Echaburu, le mestre de camp de Tirconel, le capitaine de pavillon Andrcs de Herrera. Il attendait à Port-Mahon l'escadre napolitaine pour reprendre l'offensive et débarquer en Roussillon, « sous la chaleur du feu des vaisseaux de ligne, " des troupes qui iraient au secours de Perpignan (li).
Brézé veillait. Il ne quittera Barcelone que le jour (4) où il apprendra la chute de la capitale du Roussillon, le 9 sep-
Guétaria, de Laredo, de Tarragone; et il avait armé contre les Espagnols des corsaires coniiiiandés par les capitaines Carpier, Beauvoisin, de La Haye (B. N., Thoisy 91, fol. 119. — Gazette de France, i()42, p. 351).
(1) Relaeiôn que se enhiô. .
(2) Pauets.
(;J) Martin Montero à Alonso de Aniaya. Vailadolid, 18 juillet 1()V2 {Mémorial histôrico espanol, t. XVI, p. 430, iVô). — Lettre de l'aiiiliassadeur vénitien Girolamo Giustinian. Paris, 12 août (B. N., Italien 1819,
(4) Tonne de la capitulation signée le 29 août par le marquis de Florès d'Avila (Mémorial liistorico espanol. t. XXIV, p. 58).
tembre 1642; déjà, l'on aperçoit des hauteurs de Montjuich la Hotte espagnole. Mais Brézé ayant Tordre d'éviter, « maintenant que Perpignan est pris, un combat général, « va s'abriter en Provence contre « les tempestes et le péril du golfe de Lion, u Au printemps, il reprendra les opérations, pendant que nos quatre armées tiendront la campagne en Bourgogne, Picardie, Roussillon .et Catalogne : celle-ci, sous Turenne, attaquera Rosas « l'année qui vient (Ij. » A-insi en a disposé Richelieu.