LE PRESIDENT DU CONSEIL DE LA FRANCE ORIENTALE
A peine investie du privilège exclusif de trafiquer dans rOcéan Indien (1), la Compagnie dépêcha les capitaines Kergadiou de Saint-Gilly et Véron d'Oléron, habitués de longue date à ces parages (2), avec un « président du conseil de la France Orientale » et deux ambassadeurs près du Grand Mogol et du Shah. Frère utérin de Flacourt, le président Pierre de Beausse n'en fut pas moins fraîchement accueilli à Madagascar le 14 juillet 1665 (3). Le gouverneur de Champmargou ne se résigna à passer sous ses ordres en qualité de commandant d'armes, qu'après avoir été édifié sur la mort du maréchal de La Meilleraye, son commanditaire.
Sa situation était pourtant des plus précaires : en butte à l'hostilité des insulaires, Champmargou eût succombé
(1) Édit d'août 1664. — Cf. Paul Kakppelin, les Oriçine.t de l'Inde française. La Compagnie des Indes Orientales et François Martin. Paris, 1908, in-8''.
(2) Qui appareillèrent à Brest en octobre 1664. Le Saint-Paul, le Taureau, la Vieige-de-bon-Port et l'Aigle blanc étaient montés de 500 personnes.
(3) L'historien de l'expédition fut le secrétaire du président du Conseil, SorcHU DE Rennefort, Histoire des Indes Orientales. Paris, 1688, in-4°.
LES AVAÏAHS DE LA COMPaGME DES INDES ORIENTALES 400
sans l'opportune intervcMition d'un soldat de fortune; le légendaire La Gaze ou Dlan Pousse, " le héros de Madagascar, I) de son vrai nom Le Vacher de la llochelle, avait tué plusieurs chefs, et conquis, avec la main d'une princesse indij^jène, la souveraineté de la province d'Amboule. Et dès lors, « toute 1 ile eût été sous la domination françoise, si Ton avoit secondé ses généreux desseins. Mais ce n'est pas à de simples marchands ni à des âmes vénales de se mêler de pareilles afaires (l). »
Le président de Beausse se contenta de construire dans la baie d'Antongil le fort Saint-Louis, puis de créer a l'infirmerie de Madagascar v dans une solitude où vivait d'herbes et de gibier une sorte d'hcrmite (2j, à l'île Bourbon. L'infirmerie fut établie dans une ravissante baie encadrée d'^in cintre de montagnes, qui fut appelée, du nom de lun des vaisseaux, Saint-Paul. Le premier registre de l'état civil de Bourbon date de là (3).
L'un des capitaines fut dépêché vers la France avec une cargaison évaluée à un million. Le courtois accueil reçu, à 1 île Sainte-Hélène, du gouverneur anglais dans un fort où l'on grimpait «d'échelle en échelle près d'un quart de lieuë, " ne laissait point supposer l'existence d'un état de guerre entre nos deux nations; et le malouin Truehot de La Chesnayc sans défiance arrivait presque en vue du port natal, lorsque sa Vierge-de-hon-Port fut enveloppée par
(1) PÉTis DK La Croix, Relation universelle de iAfricjue. Lyon, 1688, in-i2, t. IH, p. 527. — E.-F. Gautier et H. Froujkvalx, Un manuscrit arahico-malqache sur les cantpaqnes de La Case dans l'Imoro de 1639 à 1663. Paris, 1907, in-V.
(2) Lo'iis Payen, de Vitrv-le-François. — Drs 165;î, il y aurait eu une « prise de possession, pour le roy, de l'habitation de S. -Paul » (Arcliives du Service hydrographique, 218, 2, 2),
(3) Il était tenu par le cordelier portugais Luis 3Iatonino île Matos (J. IL, Colonisation de l'île liourhon, dans lo Bulletin de la Société des sciences et arts de l'île de la Réunion, année 1886. Saint-Denis, 18j7, in-S", p. 205).
trois vaisseaux britanniques : elle succomba le 9 juillet 1666 après une lutte acharnée (1).
A ce moment-là, la Compagnie des Indes Orientales avait dix-huit navires en mer, une douzaine d autres en chantier, des bureaux dans tous les grands ports et un arsenal en cours, avec '* quais, chantiers, magasins et autres édifices nécessaires à la construction des vaisseaux. 'I Dans la petite baie de Rohellec-bec-er-Roheu, tout près du Port-Louis où le duc de La Meilleraye armait pour Madagascar, naissait en 1666 le port de l'Orient (2),