L'ESCADRE DE PERSE
Pour donner aux Asiatiques « une grande opinion de sa puissance, » pour affermir la Compagnie " si fortement qu'elle pût s'accroistre dans la suite, " Louis XIY inter-
(1) Mémoire touchant Vétahlisxement d'iine mission cltrélienue dans le troisième monde, autrement appelé la Terre Australe, méridionale, antarctiqiie et inconnue. Paris, 1663. — Tous les mémoires présentés par l'abbé Paulmyer à Golbert, notamment en janvier 1667 et conservés aux AFfaires Etranjjères [Mémoires et documents. Fi-ancc '^i.Zi-, fol. 52), ont été publiés par M. Louis Delavaud, Documents coloniaux extraits des papiers de Du Fresne, dans la Revue de l'histoire des colonies françaises, 1916, p. 403.
(2) Lettre (le François, évèque iriléliopolis, à Colbert. Bantam, 13 juin J672 (B. N., Mélanges Colbert 164, fol. 456, 457).
vint. Une flotte royale de six vaisseaux, deux Hûtes et un hôpital allait sillonner pendant trois années entières, aux côtés des navires de la Compagnie, les mers d'Extrême- Orient. Mais pourquoi, après la fâcheuse expérience de Mondévergue, conher l'escadre de Perse à un nouveau mestre de camp de cavalerie et exposer par là Jacoh Blanquet de La Haye aux cabales de « Messieurs de la marine " ? Pourquoi mettre au-dessus de ses collègues le directeur hollandais Caron, sous prétexte que " sa connaissance profonde de tout ce qui se peut et doit faire dans les Indes " le place hors ligne? C'était aller au-devant des conflits.
A défaut de l'entrepôt de l'île Dauphine, inutilisable u soit parce qu'il est trop reculé, soit parce que les vents y portent difficilement, soit parce que le commandement dès armes ne s'accorde pas assez avec le commerce il), » l'amiral de La Haye aura à en rechercher d'autres (2). Il aurait d'abord à créer une ligne d'étapes : à l'île Sainte Hélène, un sieur Skinner proposait d'établir notre domination (3), presque au moment où les Anglais s'y installaient (4). Au sud de l'Afrique, une belle échancrure « de deux bonnes lieues, " la baie de Saldanha (5), explorée lors de l'expédition de Mondévergue qui y avait même nommé un éphémère commandant, fut réoccupée le 25 août 1670. Jacob de La Haye fit mettre en pièces les écussons des Pays-Bas et arborer nos armes sur les pitons voisins. La topographie levée » au graphomet, » des rela-
(1) Golbert à de Faye. 31 mars 1660 {Lettres de Golbeet, t. III, 2" p., p. 440).
(2) Golbert à La Haye. 4 décembre YQQ'è {Ibidem, p. 461).
(3) Propositions faites à Golbert par l'intermédiaire d'un certain l<a Feljère (Calendar of State papers. Domestic séries, 1671. London, 1895, in-8», p. 316).
(4) Henri DkhÉrain, Dans l'Atlaiitit/iie. Paris, 1912, in-i2, p. 19,
(5) Golbert à de Paye, 31 mars 1669 (Lettres de Golbert, t. III, 2° p., p. 440).
tions nouées avec les indijjènes, l'escadre, sans plus, remit à la voile le 8 octobre (Ij.
Peu de jours après le départ de la Rochelle (2), des avaries avaient contraint He laisser à l'arrière le Iriornphe, la Sultane et H Indienne, qui ne devaient rallier qu'à Madagascar après un crochet au Brésil. Mécontent de ce relard, l'amiral révoqua le capitaine Forant et le renvova en France avec deux autres officiers disgraciés, au vif mécontentement de tous leurs collègues qui vinrent, chef d'escadre en tète, demander à l'amiral compte de son acte. La Haye répondit en invitant u Messieurs de la Marine à ne point cabaler ni être partialisés comme ils avaient toujours fait (3). "
Ah! cet esprit de parti, qu'il nous a toujours desservis! Ameutée contre Mondevergue, n une troupe de financiers et de marchands " avait amené sa disgrâce : et encadré de quatre gardes, l'ex-amiral reprenait la route de la France où il mourut de chagrin dans la prison du château de Saumur.
La Haye à son tour, dès son arrivée à Fort-Dauphin le 4 décembre 1670, allait connaître les difficultés et les déboires. 11 s'était fait dresser un trône, ayant qualité de souverain justicier. Mais comme u il s'y joùoit des ressorts
. (1) Henri Froidevaux, Reconnaissances et projets d'établissements français sur la cote occidentale de l'Afrique Australe sous le règne de l-ouis XIV (1666-1670). Paris, 1899, in-8», extrait de la Revue Coloniale. ■ (2) Les vaisseaux le JSavarre, chef d'escadre François Thiballier de Thurelle, 56 canons, 360 hommes; le Triomphe, capitaine Forant, 38 canons, 250 hommes ; le Jules et le Flamant, capitaines de Luchet et Du Maine, 36 canons et 230 hommes chacun; le Rayonnais, capitaine Gabaret Des Marais, 34- canons, 170 hommes; la frégate la Diligente, capitaine La Houssaye ; les Hûtes la Sultane, l'Indienne et l'Europe, capitaines Beaulieu, La Clide et Dupré; soit 1470 marins et 400 soldats (« Estât des deux escadres envoiées aux Indes Orientalles " : Archives Nat., Marine B*4, fol. 166, et G' 160, dossier La Haye : B. N., Mélanges Golbert 84, fol. 184. — Bibl. du ministère de la Marine, ms. 33S (G. 183), p. 23). , (3) « Journal du sieur De Tremblay. »
dont le secret luy estoit impénétrable (l)," il délaissa Tile Dauphine, où ne demeurèrent, avec quelques missionnaires, que " les anciens habitans " venus du temps du maréchal de La Meilleraye (2). L'abandon fut si absolu que
(1) Bibliographie de l'expédition de Jacob de La Haye aux Indes Orientales :
(2) Journaux : [De La Haye], Journal du voyage des Grandes Indes. Paris, 1698, 2 parties in-i2. — « Journal du voyage des Indes Orientailes sur le bord du Navarre » (Archives Nat , Marine B*4, fol. 54, i02j. —
« Journal du sieur du Tremblay, commissaire à la suite de l'escadre de Perse, » à bord du Triomphe . 1" décembre 1670-4 août 1671 (Ibidem, fol. 63). — « Voyage du navire du Roy le Breton, commandé par M. Du Clos avec deux houcres nommés le Guillot et le Barbot. » Mars 1672-aoiU 1673 (Archives ?^at.. Marine B*5, fol. 335). — Journal de Daniel Thouare, pilote du Triomphe depuis la Rochelle jusqu'à Madagascar. 1670-1671 (B. ]S., Franc. 21690, fol. 204). — « Journal en abrégé des voyages de M. AssELiNNE DE RosvAL tant par terre que par mer (1662-1694 1, » manuscrit vendu à Londres en 1908. — Mémoires de L.-A. Bella>'ger de Lespi- KAY, vendomois, sur son voyage aux Indes Orientales (1670-1675), publiés sur le manuscrit original par Henri Froidevaus. Vendôme, 1895, in-8" : extraits des Bulletins de la Société' archéoloqique du Vendomois. — [De Lestra], Relation ou journal d'un voyage fait aux Indes Orientales. Paris, 1677, in-16. — François Martin, Mémoires (Archives Nat., T»1169', fol. 120). — Soucuu DE Rennefort, p. 381. — [Dubois,] Voyages faits pur le sieur I). B. Paris, 1674; traduits en anglais et édités par le captain Pasfield Oliver, The Voyages niade by the sieur D. B. to the islands Dauphine or Madagascar, and Bourbon or Mascarenne in the years 1669- 1672. London, 1897, in-8».
Lettres : de Jacob de La Haye. A bord de l'amiral. Surate, 7 janvier 1672 i^Archives Nat., Marine B*4, fol. 330), San-Tliomé, 14 septembre (Ibidem, fol. 523), San-Thomé, 9 février, 8 avril et 20 septembre 1673 (Archives Nat., Marine B*5, fol. 310 et suiv. : T^1169', fol. 190); — François Caron. Baie de Cotéary à Ceylan, 4 juillet 1672 (Archives Nat., Coloîiies C-62, fol. 153 : publiée à la suite du Journal du Voyage des Grandes Indes). — « Mémoire touchant le deffaut d'aumosniers dans l'escadre commandée par M'' de La Haye, » envové de Surate par le Dauphin le 7 janvier 1672 (Bibl. Mazarine, ms. 1950). — Colbert à Jacob de La Hâve, 30 juin 1672, 31 août 1673; à Caron, 19 octobre 1672 (Lettres de Colbert, t. III, 2'^p., p. 545, 549, 561). — Copies de lettres de Macara Avachin datées de Mazulipatam (J671, avec firman du roi de Golconde, etc. B. N., Nouv. acq. franc. 9352).
Ouvrages : Théodore Delort, la Première escadre de la Fiance dans les Indes. Paris, 1895, in-S" : extrait de la Revue maritime et coloniale. — Paul Kaeppelin, la Compagnie des Indes Orientales et François Martin, p. 32. — Jules SoTTAS, Une escadre française aux Indes en 1690' Histoire de la Compagnie royale des Indes Orientales (1664-17 19),
la Compagnie des Indes interdit un moment à ses vaisseaux toute relâche à Madagascar.
De ce discrédit, l'île Bourbon profita. On conserve à Saint-Denis unpadronoù l'inscription u Jacob de La Haye, viCE-ROY DES Indes, 1671 (2) » commémore la date du 5 mai 1G71 où il se fit proclamer vice-roi, amiral et lieutenant-général en tous les pays des Indes, la date de fondation d'une capitale, u pépinière où les hommes se conserveroient pour de là fournir les lieux qui en auroient besoin (3). " Les autres établissements étaient Sainte- Suzanne, Saint-Paul et Saint-Gilles (4).
A Surate, où l'escadre se rendit ensuite avec des présents magnifiques pour le Grand Mogol, éclata un violent débat entre trois directeurs de la Compagnie, Baron qui y résidait, Blot qui arrivait de France, et Caron que le Vautour ramenait de Bantam. A 1 inverse des Français qui considéraient l'escadre comme inutile au développement de nos affaires commerciales, le Hollandais en escomptait le concours. Ce fut lui qui l'emporta : et l'amiral de La Haye s'ébranla pour une tournée triomphale aux Indes (5).
U occupation de Trinquemalé (CeylanJ
(Mars-juillet 1672).
Tour à tour, les Anglais établis à Bombay, les Portugais de Goa, les Hollandais de Gananore saluèrent le pavillon
p. 43. — H. Froidevadx, Bibliographie du sujet dans la Revue historique, année 1900, p. 413.
(1) SoucnD L)K Rennefort, p. 383.
(2) Il a été reproduit dans l'ouvrage du captain Pastield Oliver, p. 72.
(3) Henri Froidevadx, Un mémoire inédit de M. de La Haye sur Madagascar. Paris, 1897, in-8», extrait du Bulletin du comité de Madagascar.
(4) En 1671 (Dubois, apud PasHeld Oi.ivkr, p. 82).
(5) Lettres de La Haye. Surate, 13 et 29 décembre 1671, 7 janvier 1672 (Arch. iNal., Marine B*4, fol. 330, 332, 336).
amiral clcs mers du midi, qui flottait abord de la JSavarre. Le samorin de Calicut fit mieux. Il nous offrit avec son alliance la terre d'Allicot. Le tour était malin. Force de vivre sous les canons du fort hollandais de Grancanor, le samorin nous mettait en conflit avec ses geôliers : à Allicot, leur poste se composait d'une simple paillotte entourée d'une palissade. Mais encore fallait-il les en déloger, ce qui fut fait, après refus du commandant Van Ree d'évacuer la position. : Le surintendant hollandais des côtes de Geylan, Coromandel et Malabare, accourant à la rescousse avec douze vaisseaux, rencontra notre escadre le 21 février au noi^douest du cap Gomorin. L'amiral de La Haye avait aussi douze bâtiments (I), grâce à l'arrivée de deux navires de France (2). Sous prétexte d'exiger le salut, il allait engager l'action contre Reyclof Van Goens, avec toute apparence de remporter » un succès victorieux; d il avait mandé ses capitaines pour leur donner ses instructions (3), quand « ma proposition, écrivait-il, fut tellement désapprouvée par M. Garon que je crus avoir fait un crime de l'avoir pensée. » Par une fatalité dont les conséquences furent désastreuses, il n'avait point été touché par une lettre royale du 20 juin 1671, qui le prévenait d'une rupture imminente avec les Pays-Bas. Pour ne pas encourir le reproche de provoquer la guerre, il évita les Hollandais en faisant » fausse route " au large. Gette faute permettra à ses adversaires de publier qu'il avait fui et laissera dans son esprit » un fort soubson de l'intelligence que Garon vouloit conserver avec la Hollande (4). "
(1) Aux vaisseaux du roi qu il comuiandait, s'étaient joints les navires de la Compagnie, le Saint-Jean- Baptiste et le P/iey/iA- (Archives Na(., Mat-ine B*4, fol. 525).
(2) Le Breton, de 56 canons, et le Baihaut, de 6, arrivés à Goa le 24 janvier 1672 (Bellanger de I<espi>\y, p. 83).
(3) De Lestra, p. 93.
(4) La Haye à Louis XIV. San Thomé, 14 septembre 1672 (Archive»
a L'escadre de Perse » était arrivée à destination, à l'ile sacrée des bouddhistes, des musulmans et des brahmanes. Colbert estimait des » plus important pour le bien et l'avantage de la Compagnie de faire un establissement considérable " à Ceylan (l).Les Hollandais étaient établis à Pointe de Galle et à Colombo sur la côte occidentale : la côte orientale, délaissée parce qu'elle ne produisait pas de canelle {"2), avait un u port très bon, très beau et très prand, " Trinquemalé. C'est là que notre escadre pénétra à travers de vastes " salles de mer» pour aller reposer dans il la baie dormante " de Cotéary.
Les Hollandais, ayant eu vent de nos projets, venaient d'occuper l'entrée de la rade. A tribord une forteresse, à bâbord une demi-lune qui dominait le village de Cotéary, les rendaient maîtres de la situation. Mais ils évacuèrent à notre approche la demi-lune, pour se replier sur le fort de la Pagode (3), là où les Anglais ont édifié, depuis, le fort Frederick.
Caron connaissait ce site enchanteur pour avoir secondé en IG44 le roi indigène contre les Portugais. Le roi de Kandv, " l'un des plus puissans roys des Lides Orientalles, » l'ennemi mortel des Hollandais qui détenaient son frère prisonnier dans une île réservée aux malfaiteurs (4), se fit une joie de nous accorder les baies de Cotéary et Trinquemalé. Des lettres en due forme sur feuilles de latanier (5)
Nat., Marine B'4, fol. 523). — Caron à Colbert. i juillet (Archives Nat., Colonies C*62, fol. 153). — François Martin, Mémoires (Archives Nat., T'1169', fol. 122). — Le « voyage du navire le Breton » (Archives Nat., Marine B*5, fol. 385). — Mercure Hollandais, 1674-1675, p. 521.
(1) Instructions pour M. de La Haye. 4 décembre 1669 (Lettres de CoL- BEBT, t. 111,2" p., p. 466).
(2) SoccHC DE Rennkfort, p. 254.
(3) Bkllanger de Lespi.nay, p. 103. — De Lestha, p. 98. — Voyage du navire le Breton (Arcliives Nat., Marine B*5, fol. 389).
(4) De Lestra, p. 33, 126.
(5) En arabe, malabare et portugais. Caron à Colbert, 4 juillet (Archives Nat., Colonies C-62, fol. 151).
514 HISTOIRE DE LA iMARINE FRANÇAISE
nous en rendaient, à dater du 8 mai 1G72, les heureux possesseurs.
Nos travaux d'installation furent fiévreusement poussés sous la direction du père Maurice, aumônier du vaisseau amiral qui s'improvisa intendant et ingénieur, et de F'rançois Caron qui installa, le long de « deux grandes croisées de chemin de mil pas de longueur, " les magasins de la Compagnie. Les magasins étaient dans 1 ile Caron, le fort dans lile du Soleil où h trente pièces de canons montés battaient l'entrée » du port. Une autre batterie était projetée à la pointe Breton (1) (chaque anse avait reçu le nom d'un des vaisseaux qu'elle abritait. Flamant, Triomphe, Indienne) ; et la suite montra que notre choix était judicieux : c'est là que les Anglais ont construit le fort Ostenberg. L'hydrographie enfin de la baie de Trinquemalé fut dressée par Yilleneufves Moreau et Salomon le Sage.
Une seule précaution fut négligée, l'inspection sanitaire de la rade ; le lieu était insalubre. En quelques semaines, ( une manière d'hidropizie, l'air et la meschante nourriture » nous enlevèrent trois cent cinquante hommes. Parmi les victimes dont l'île du Soleil fut le cimetière, il V avait une partie de l'état-major, le maréchal de camp de Gratteloup, le chef d'escadre François Thiballier de Thurelle et le capitaine de vaisseau Charles de Certaines (2), le héros du glorieux combat de la Victoire à l'entrée du Tage.
(1) » Plan géométrique de la baye de Trinquemallé... Observations de Viu.EKEUFvES MoRE\c anno 1672. — La baye de Trinquemallé en l'isle de Ceylon où il y a bon fond par tout et où l'on peut eschouer les vaisseaux sans danger. — Port et isie du Soleil dans la jurisdiclion de Trinquenemalé en la grande baye de Cotiary donnée par le roy de Ceylon au roy, par Salomon Le Sage. — Bave de Tronquemalé. Fait à la baye de Tranquenialé le 30° may 1672. Salomon Le Sage h (Archives du Service hydrographique, Portefeuille 205, 6, i à 6. — Henri Dehérain, Cartes françaises (le la baie de Trinquemalé (Ceylan) dressées au XVII' siècle, dans le Bulletin de la section de géographie (Comité des travaux historiques et scientiliques), t. XXXII (1917), p. 382).
(2) Bella>c.er de Lespisat, p. 105, 111, 135.
Et voilà que Reyclof Van Goens vient s'embosser sous le fort de la Pagode : .. il boit avec tons ses capitaines à la santé de ceux f|ui se batteioient le mieux (1). » Le 31 mai, comme notre P/iœnix arrive de Tranquebar avec Jes vivres, un vaisseau lui barre l'entrée de la passe, un second est sous le vent, deux autres au vent. Les soldats de M. de Harmes s'apprêtent à livrer bataille, l'aumônier va dire " un mot de prière, » le moindre coup de canon donnera l'éveil à l'amiral de La Haye. Mais le pusillanime capitaine de La Mélinière prétexte » qu'il n'a pas ordre i'attaquer, » et deux cents Hollandais prennent possession ie son bord à coups de bâtons, sans que nos gens les repoussent autrement que du bout de leurs mousquets (2).
Le surlendemain, t Europe, qui arrive de Porto-Novo, a le même sort. Les deux équipages, cent cinquante hommes, sont jetés à fond de cale du Osdorpt el «pressez comme harangs en caques. " En apercevant nos pauvres navires, (rergues basses, voiles carguées, au milieu de la flotte hollandaise, Ghanlatte, qui ramène de Mazulipatam le Petit Saint-Louis, évente le guet-apens et prend le large.
Sur l'ordre de notre amiral général, le chevalier de Maisonneuve attaque à son tour le 30juin huit navires hollandais. Au moment où le Triomphe va jeter les grappins d'abordage sur le Mirmand, un coup de barre donné à faux le fait tomber sous le vent : dans cette position, il envoie toute sa bordée de tribord à son adversaire tout près de couler bas. Mais lui-même, la drisse de misaine coupée, manœuvre difficilement. Le vice-amiral hollandais va nous tomber dessus, quand Reyclof, de la pointe d'un rocher, ordonne à son second de revirer, notre Breton s'apprétant
(1) 26 mai.
(2) Relations du capitaine de Harmes (Archives Nat., Marine B*4, fol. 521), DE LESTRi, qui fut fait prisonnier (p. 133), et d'Asseu:>ne de Ron'- VAL, second du bord (p. 248).
à lui faire « un mauvais party. » En vain, à la barbe de Reyclof et de ses dix-sept vaisseaux, de ses treize cents matelots et de ses deux mille gens de couleur, « les nostres firent-ils cent tours et contours d'un petit vent alizé, jusques dans leur baye, pour tâcher de les amorcer. Ils ne purent les attirer au combat (l). "
La Haye n'avait plus pourtant que cinq vaisseaux et trois flûtes (2), les seuls que la faiblesse de ses effectifs, réduits à mille hommes, dont sept cents malades, permit d'équiper (3). Avec eux, il tombera sur Fescadre hollandaise, pendant que nos alliés cinghalais prendront à revers la forteresse de la Pagode, sous laquelle elle se tient obstinément mouillée en trois divisions, tous les vaisseaux liés les uns aux autres par des cables. Mais Garon le détourne avec véhémence d'un projet qui a si peu d'apparence de succès. La famine cependant nous oblige à prendre parti. Et le 9 juillet à l'aube, l'escadre de Perse quitte la baie de Trinquemalé, à la vue des Hollandais impassibles, pour aller quérir des » commoditéz n sur la côte de Goromandel. Jacob de La Haye croit avoir jeté à Ceylan u l'ancre " de notre domination : il a achevé les fortifications de l'ile du Soleil, planté partout des piliers aux armes de France, envoyé un résident auprès du roi de Kandy (4-). De l'acquisition de Trinquemalé, le capitaine de Beauregard va porter la nouvelle en France : il reviendra avec une trentaine d'hommes pour renforcer la garnison du poste, et seize jeunes filles pour assurer la colonisation de l'île Bourbon (5).
Mais déjà notre établissement de Trinquemalé a vécu . Les
(i) De Lestra, p. 136.
(2) Le Navarre, le Jules, le Breton, le Triomphe et le Flamand, la Diligente, la Sultane et le Barbant.
(3) Lettre de Caron. 4 juillet.
(4) Journal du Voyage des Indes, i" partie, p. 230.
(5) Colbert aux directeurs Gueston, Blot et Baron. 1" mars t673 (Lettres de Coi.BERT, t. III, 2' p., p. 556).
soixante-cinq Français du capitaine de Lesbory, laissés pour défendre 1 ile du Soleil, tindienne et le Saint- Jean-Baptiste, étaient sacritiés. Ils le savaient. Le lendemain du dé[)art de La Hâve, le lieutenant François de Tevssières écrivait ses volontés dernières, « estant obligé de combattre incessament (i). » Déjà pointaient les mâtures de l'amiral Reyclof Van Goens. Après avoir jeté douze cents hommes sur l'île Caron. Ilevclof engagea le 16 juillet un violent combat d'artillerie contre les batteries étagées sur l'île du Soleil (2). Le 18, il menait quatre cent cinquante matelots à l'abordage du Saint-Jean-Baptiste, dont les vingt-six pièces (3) servies par quarante et un hommes lui firent subir de sanglantes pertes. Le lendemain, l'île du Soleil capitulait : Lesbory sortait avec les honneurs de la guerre, sans avoir pu obtenir pour nos braves alliés cinghalais la vie (4-). Il fut emmené à Batavia. Le drapeau français avait cessé de flottera Cevlan. Et pour river sa conquête, le vainqueur v laissait comme garde-côtes nos vaisseaux capturés, au nombre de ^ cinq, dont trois grands " (5).
Le siège de San Tliomé.
(Août i672-septembre 1674.
Jacob de La Hâve, parvenu à la côte de Coromandel, en demande les cartes; Caron prétend les avoir laissées à
(1) " Au camp de l'ilc de Trinquoiiialet dans l'isle de Celon, le 10 julhiet 1672. " Il mourut le 15 juillet (Archives ]Sat., M. 587).
(2) Trente et une pièces de fer.
(3) Au départ de France, le 4 mars 1671, le Saint-Jean- B((ptiste, de 500 tonneaux et 26 canons, avait 170 hommes d'équipage commandés par e capitaine Hcrpin (Asselinse dk Ro^val, p. 147).
(4) Articles de la capitulation dans Bella>gkb de Lespinay, p. 164.
(5) Lettre de Reyclof Van Goens. Colombo, 6 février 1673 (Leibbrandt, Précis of the Archives of the Cape of Good Hope (167 1-1676). Capetown, L902, in-8», p. 126).
Surate. A Tranquebar, le gouverneur de cette colonie danoise nous avait promis des vivres; une visite du susdit Caron lui fait changer d'avis. Dès lors, la conviction de notre amiral est faite. N'ayant « aucun secours de personne sur qui il se puisse fier, « et convaincu que François Caron a des accointances coupables, il s'en débarrasse en l'expédiant en France à bord du Jules (1). Le vaisseau sombra à l'entrée du Tage, sous le fort de Gascaes, en mai 1673 (2), entraînant dans l'abîme son passager. « C'est un grand malheur, écrivait Colbert à notre ministre à Lisbonne : cherchez quelques plongeurs et faites en sorte de retirer les canons « du bord et " les pierres considérables » que le directeur ne pouvait manquer d'apporter des Indes (3)^ Et maintenant que la mort de Caron le soumet au juge- • ment de l'histoire, comment expliquer ses palinodies? La Haye en voit la cause dans l'orgueil sans cesse meurtri de l'ancien aide-cuisinier de la Compagnie des Lides néerlandaises. « Monsieur Caron pensait qu'en formant un établissement de commerce dans l'Inde, il en serait toujours le maître absolu et qu'il ferait connaître aux Hollandais la perte qu'ils avaient faite en ne le gardant pas. II se donna tous les soins nécessaires pour monter le commerce des Français au-dessus de ceux des Hollandais et des Anglais. Mais, lorsqu'il vit arriver d'autres directeurs qui lui disputaient l'autorité suprême, il redevint tout à fait Hollandais, surtout lorsqu'il connut que l'entreprise de Ceylan avait pour but de chasser les Hollandais de cette île et puis de l'Inde. Il voyait en outre qu'on ne lui laisserait pas le commandement des armées et des postes, et peut-être l'ar-
(1) Le 24 septembre 1672 (Journal du Voyage des Grandes Indes). — Lettre de Jacob de La Haye. San Thonié, 14 septembre (Archives Net., Marine B*4, fol. 530).
(2) ASSELISUE DE ROXVAL, fol. 41, SOUCUC \iV. Be>>efort, p. 385.
(3) Colbert à Desgranges. 12 mai 1673 (Archives ^at.. Marine B*3, fol. 68).
gent des Hollandais le déterminèrent à leur être favorable (1). "
Si Jacob de La Haye avait fait pareillement son examen de conscience, peut-être aurait-il eu à s'accuser d'une sévérité qui indisposait tout le monde, Caron comme ses officiers. Un caractère insupportable lui avait valu ces justes observations de Colbert : «Vous n'estes satisfait d'aucun des officiers qui servent sous vous, et aucun d'eux aussy n'est satisfait de vous. Dans tous les commandements, il est nécessaire de souffrir quelquefois les défauts des hommes. Les rois mesmes ne pourroient pas se faire obéir par force, estant du naturel des François d'être traités avec douceur ['2j. » Sa rudesse était telle que tout l'état-major d'un vaisseau, du Breton, avait déserté en territoire anglais (3).
La dernière faute inspirée par Caron avait été la prise de San Thomé, le grand marché de toute la côte, que les Portugais avaient bâti sur l'emplacement du village de Méliapour, mais que le roi de Golconde avait repris depuis une dizaine d'années. Pour avoir essuyé une insulte du gouverneur indigène qui offrit, en guise de vivres, du sable de mer, La Haye donna l'assaut à San Thomé le 25 juillet 1072. Et bien qu'elle eût sept cents hommes de garnison, la furia française en eut raison le jour même (4) . Nous allions v subir un siège de deux ans.
Il A peine nos Français y furent-ils, en effet, qu'on vit toutes les campagnes circonvoisines fourmiller de cavalerie, gens de pied, éléphants, gens de travail avec tous les instruments nécessaires à bloquer une place (5)." Pour
(1) Delôrt, p. 52.
(2) Colbert à La Hâve. 30 juin 1672 {Lettres de Colbert, t. III, 2' p. p. 544).
(3) Journal du voyaqe des Grandes Indes, 2' p., p. 105, 175.
(4) Une dizaine d'hommes (BELL,\XGEn de Lespinay, p. 145. — Journal du voyage des Grandes Indes, 2'' partie, p. 2).
(5) Carré, fol. 289.
tenir tête aux belliqueuses Iribus du roi de Golconde, notre amiral général dans toute l'étendue des mers et pays orientaux (1) sacrifia sa flotte : du Triomphe et de la Navarre f2), fort avariés du reste, il tira assez de canons (3) pour garnir les quinze bastions de l'enceinte et riposter aux batteries lourdes des assiégeants, à des projectiles de cent huit livres (4. Les matelots de Maisonneuve et des lascars indigènes composaient toute la garnison. Quand l'amiral Reyclof parut le 20 septembre 1672, nos vaisseaux sous grand pavois, les huniers déferlés, n'en prirent pas moins leurs positions de combat; et l'ennemi passa outre (5). Le 10 mars suivant, après que les Mores eurent tout l'hiver poussé leurs travaux d'approche, une sortie en masse de la petite garnison les culbuta et mit douze mille hommes en fuite (6). A.vec le Breton et le Flamand, La Haye détruisit près de Mazulipatam six vaisseaux mores et produisit une telle impression sur le gouverneur de la place que celui-ci s'entremit près du roi de Golconde pour amener la paix. Le 15 mai 1673, arriva de Golconde un firmanqui nous accordait la ville de San Thomé moyennant un présent. — Seul cadeau digne de gens de guerre, des armes curieuses suffiront, pensa La Hâve; et au lieu de les confier à François Martin, notre habile agent à Mazulipatam, il prit pour plénipotentiaire le capitaine de Chasteaupers. Sa mesquinerie et sa maladresse eurent pour corollaire l'alliance du roi hindou avec les Hollandais.
Près d'un général hindou « d'esprit françois, " nous avions mieux réussi. Plein d'estime pour une nation de
(1) C'est le titre que se donnait Jacob de La Hâve (Archives ^îat., M. 587).
(2) Carré, fol. 289.
(3J La Navarre avait 56 canons, le Triomphe 38.
(4) De Lestra, p. 178.
(5) Journal (lu voyage des Grandes Indes, 2* partie, p. 13.
(6) La Haye à Louis XIV. 14 mars 1673.
litres bons soldats et de {T;ens sans dissitnnlalion (1),» Ghirkhan Loiidy, représentant du roi de Viziapour, se Kt un malin plaisir de déclarer à un ambassadeur hollandais :
Il Les François sont des peuples fort belliqueux et gouvernez par un puissant monarque; au contraire, les Hollandois ne sont que des marchands. Puisque vous êtes voisins en Europe, vous le serez aux Indes : car je donne aux François le lieu de Pondicéry, afin d'y establir la nation. » C'est ainsi que, le 4 février 1(573, le Yendômois Bellangcr de Lespinay planta notre pavillon sur « le petit village " de Pondichéry, le lieu le plus propice de la côte pour ravitailler San Thomé (2).
Ici, en l'absence de La Haye, Reyclof Van Goens s était heurté le 17 juin à l'énergique riposte de nos pièces de rempart, aidées du canon de la Navm^re qui était échouée de façon à battre la mer. La Haye accourut au secours de la place, mais en quel état! Entraîné par un ouragan à l'embouchure du Gange, le Flamand An capitaine Machault avait succombé dans un combat contre trois flûtes hollandaises (3). L'amiral n'avait plus que le Breton.
Quand il parvient le 21 juin en vue des collines de San Thomé, di.x-sept vaisseaux hollandais étendent leur rideau depuis Madras jusqu'au sud de la ville. Quatre sont par le travers du Breton, trois autres accourent, Reyclof s'apprête à recevoir l'amiral prisonnier. Notre vaisseau cingle en effet droit sur l'escadre hollandaise; mais les hommes sont à leurs postes de combat, les canonniers le boute-feu en mains, " leurs forces et leur valeur réveillées " par des
(1) Journal du Breton : Arcliives Nat., Marine H*4, fol. 511.
(2) Bella>gkr de Lkspin.w, p. 199. — H. FnoinKVAvx, les Débuts de !' occupation française à PondichérY {1672-1674), d'après des documents nouveaux ou inédits. Paris, 1897, in-8", extrait de la Revue des Questions historinues.
(•J) Journal du voyage des Grandes Indes, t. II, 2* p., p. l'i(). — Dk Lestba, p. 186.
rasades d'eau-de-vie. Et quelle n'est pas la stupéfaction de Reyclof ! Loin de se rendre, » ce brave général de La Haye, avec un seul vaisseau, passe comme un éclair au milieu des siens, » faisant feu des deux bords. Puis, « trois fois vingt-quatre heures, il se deffend et se bat toujours en retraite jusqu'à ce qu'il ne lui reste plus un grain de poudre, ny un boulet, » mais aussi jusqu'à ce qu'il ait regagné San Thomé (1).
Dans la nuit du 20 août, nouvelle action d'éclat. Avec une poignée de matelots et de lascars, avec deux pièces de campagne, l'amiral marche sur le camp des Mores; » y entrer, tuer ce qui se rencontre devant nous et faire fuir le reste, ce fut une même chose : » les charges de la cavalerie more viennent se briser sur le carré des matelots de Maisonneuve, » aussi fermes qu'à l'exercice. » Le camp hindou est détruit (2). Devant le désarroi de ses alliés, Reyclof quitte la rade pour mettre hors de cause nos propres alliés.
Si tièdes qu'ils soient à notre égard, les Anglais de Mazulipatam, qui ont dix vaisseaux, sont d'un voisinage gênant. Reyclof les fait envelopper subitement au lever du jour par le vice-amiral Jean Frederiks, de Groningue, qui les accable de mitraille, enlève vice-amiral, contre-amiral, un troisième bâtiment (3), cent dix canons et périt durant le combat. Les vaincus, dont l'un n'a plus de gaillards, — les ayant fait sauter avec les assaillants, — viennent tout pantelants quérir secours et assistance à San Thomé 4).
Averti du misérable état où nos victoires ont réduit les Pays-Bas, La Haye propose à Reyclof les plus hautes dignités pour l'attirer au service de la France. Pour
(1) De Lkstra, p. 182. — « Voyage du navire du roy le Breton " .
(2) De Lestra, p. 184. — Delort, p. 70.
(3) Le Président de 40 canons, le Sanson de 34, VAntelope de 36 (^Mercure hollandais, 1674-1675, p. 523).
(4) Lettre de La Haye, 20 septembre. — Journal... des Grandes Indes, 2« p., p. 108.
toute réponse, lamiral hollandais exij^e dans les dix jours la reddition de San Thomé; sur le dédaigneux refus de son adversaire, il confie à Antoine Pavillon, gouverneur hollandais de Paliacate, la direction du siège et lui laisse trois vaisseaux de ligne. Et nous, qu'avons-nous à attendre?
,.. Dans une pagode ruinée, où des mages hindous interrogent la surface d'une huile luisante comme un miroir, (i je vis passer, écrivait Bellanger de Lespinay, un de nos vaisseaux sur lequel estoit M. Baron, directeur général, qui venant de Surate estoit à la coste de Malabar. Et ce qu'il y a de plus surprenant, est que je cognoissois de nos gens sur le vaisseau (l). » Le résident de Surate arrivait en effet avec trois bâtiments (2) au secours de l'amiral.
Ainsi renforcé (3), La Hâve fonce le 28 octobre sur la division de blocus. Mais lardent chevalier de Maisonneuve se voit contraint de mettre en panne pour attendre le capitaine Amiel, dont le Saint-Jean de Bayonne doit aborder un des vaisseaux hollandais. Ayant trop cargué sa misaine, le Breton perd son erre au moment de jeter le grappin sur l'amiral ennemi. Et les Hollandais, bons voiliers, s'échappent avec de lourdes pertes : soixante-sept hommes, selon les Anglais; leur amiral et un capitaine tués, selon les gazettes des Portugais (4), mais sans échec décisif. Le 1" mai 1674, une catastrophe nous enlevait tout espoir de nous évader. Le Breton, ce beau vaisseau de cinquante-six pièces qui avait si glorieusement porté le pavillon de La Haye, sombrait par grosse
(1) Bellangkr dk Lespinay, p 207.
(2) Partis de Sui'ate le 15 février 1673 [Journal... des Grandes Indes, 2' p., p. 65).
(3j Du Saint-Jean de Bayonne et des houcres GiiiUot et Saint-Denis. (4) » Nous avons tant vu revivre de ces grands que nous tuons journelli-inent qu'on ne s'arrête à rien de tout ce que cette flateuse nation
mer, ensevelissant soixante-quinze personnes sous les eaux (1).
A San Thomé, les désertions devenaient journalières : la famine empirait. L'espoir de l'arrivée d'une flotte anglofrançaise s'évanouit. Gagner » Pondichéry à l'extrémité » n'était pas possible. Il fallait se rendre.
Après un siège de deux ans, le 23 septembre 1674, l'amiral de La Haye sortit de la place avec les honneurs de la guerre, « enseigne déployée, mèche allumée, balle en bouche et tambour battant. » Le roi de Golconde lui offrait le gouvernement d'une province du Dekhan f2). L'amiral préféra suivre le sort de ses derniers compagnons d'infortune au nombre de cinq cent dix-neuf, que deux transports hollandais suffirent à ramener en France, misérables débris de la brillante escadre de Perse (3).
Presque simultanément, le 9 septembre 1674, le commandant de Madagascar, La Bretesche, avait évacué le Fort-Dauphin en incendiant les magasins et enclouant les canons; il ne pouvait plus se maintenir contre les indigènes avec soixante-trois hommes, « dont la moitié et plus hors de service (4j . n
De nos rêves grandioses, que restait-il aux Indes? A Surate et à Pondichéry, deux comptoirs. A Bantam, une colonie de Français évadés des prisons de Batavia. Au Siam, une mission : des lettres de Louis XIV et du pape, apportées en grande pompe par le sieur de Hautmesnil
écrit. » [Journal du voyage des Grandes Indes, 2* partie, p 126, 128, 132),
(1) Ibidem, p. 178.
(2) Journal du voyage des Grandes Indes, 2° p., p. 206.
(3) Ils débarquèrent en mai 1675 à Rochefort et à Dunkerque (Archives Nat., Marine B^30, fol. 140). La Haye fut nommé gouverneur de Thionville, et les survivants ou les veuves reçurent une indemnité de 140 487 livres « pour toutes leurs prétentions. » Août et septembre 1675 (Archives Nat., Marine 8^29, fol. 31, 39).
(4) Kapport de La Bretesche. Daman, 10 décembre 1675 (B. N., INouv. acq. franc. 9342, fol. 10, copie).
et par les évêques de Bérvthe et Métellopolis et présentées au roi dans des corbeilles d'or, y sauvegardaient l'avenir (I).
(I) « Ce qui s'est passé à la présentation des lettres que Sa Sainteté et Sa Majesté Très Chrestienne ont escrites au roy de Siam. 1673. — Nouvelles écrites de Bantam par l'abbé Forget. 1674 » (Bibliothèque du Service hydrographique de la Marine, nis. 5822, p. 17, 18).