‹ Histoire de la marine française (volume 4)Chapitre 7 sur 75 · LE BILAN DE LA POLITIQUE DE RICHELIEU · texte numérisé non relu

LE BILAN DE LA POLITIQUE DE RICHELIEU

Mais Richelieu a compté sans la mort. 11 ne vit pas le retour des ans. Le 4 décembre 1642, il descendait dans la tombe. « 11 est passé, il a plié bagage, il est en plomb. » il On hait d'autant plus un homme, disait-il, que moins se peut-on venger de lui (2). » Sa mort libérait la crainte. Et la féodalité de relever la tète; les Vendôme, les Guise, les d'Epernon de revenir d'exil; les maréchaux de Vitry et de Bassompierre de sortir de prison, la rage au cœur; et le peuple de « déchirer la réputation de M. le cardinal n . « Il faut laisser prendre cours, sans s'en émouvoir, à cette intempérance d'esprit dont plusieurs Français sont travaillés. Le temps fera raison à ce grand homme de toutes les injures: et ceux qui le blâment aujourd'hui, connaîtront peut-être à l'avenir combien sa conduite eût été nécessaire pour achever la félicité de cet Etat, dont il a

(i) Richelieu à Chavigny. 18 s-eptenibre {Ibidem, t. XXV, p. 448).

(2) Maximes d'Etat et fragments politi(/ues du cardinal de Ricuelib;u, publiés par M. G. Hanotaux dans les Mélanges histori(iiies de la Collection des documents inédits, t. III, p. 743.

GUKKRE DE THENTK ANS !;3

jeté tous les fondements (1). » Un avenir très proche allait justifier les paroles du cardinal italien Jules Mazarin. Promu ministre le lendemain de la mort de lliclielicn, il le fit aussitôt regretter.

« Consolons-nous, ajoutait Mazarin, par le sentiment qu'ont de sa vertu les étrangers, oui en jugent sans passion et avec lumière. » La grandeur de la France, son ccuvre, se mesurait à rabaissement de la maison d'Autriche et de la monarchie espagnole. J^a France avait courjuis ses frontières naturelles; par le Roussillon, elle arrivait aux Pyrénées; par la Lorraine et l'Alsace, au Rhin. A Pignerol, elle tenait la clef de l'Italie dont elle voulait réaliser l'indépendance en s'appuyant sur la ligue Parme, Florence, Modène, Venise (:2). Seule, la route de Paris restait ouverte. Elle fut barrée par la victoire de Rocroi (;i). Pour consolider les résultats acquis, des négociations étaient en cours.

Et nos adversaires dressaient tristement leur bilan : (i Avoir laisse perdre au roy d'Espagne les royaumes d'Ormuz, de Goa et de Fernambouc, tout le Brésil et les isles Tercères, le royaume de Portugal, la principauté de Catalogne, la comté de Roussillon, toute la comté de Bourgogne, Hesdin et Arras en Flandre, plusieurs places dans le Luxembourg, Brisac dans l'Alsace ; les royaumes de Naples et de Sicile aussi bien que le duché de Milan réduits dans un estât un peu moins mauvais que s'ils estoient entièrement ruinez; avoir perdu deux cents vaisseaux; avoir tiré

(1) Mazarin au maréchal Urbain de Maillé-Brézé, heau-frùrc de Richelieu (Lettres du cardinal Mazarin pendant son ministère, recueillies pai M. A. ChÉruel, Paris, 1872, in-4''. — A. Cukbcel, Histoire de France pendant la minorité de Louis XIV. Paris, 1879, in-8°, t. I, p. 15).

(2) Le 31 août 1642 (J. V\LmKY, La Diplomatie française au XVI f siècle. Huques de Lionne, ses ambassadeurs en Italie (1642-1656). Paris, 1877, Jn-8". p. 52, 56).

(;3) Le 19 M.ai 164.3.

des entrailles des peuples deux cent seize millions employés inutilement à mettre sus des armées et à esquiper des Hottes, tant de fautes et un amas de causes secondes, sous le nom de destinées, " amenèrent la chute retentissante du comte-duc d'Olivarès, suprême triomphe de la politique de Richelieu (Ij .

Six semaines avant sa mort, le cardinal traçait ces lignes qui étaient un tcslamcnt : « Il n'y a quasi point d'autre moyen de faire une paix seure qu'en la faisant à des conditions si cuisantes pour l'Espagne qu'elle apréhcnde de rentrer en guerre (2). » «L'Espagne ne fait jamais rien volontairement qu'en sa faveur; et la force est le seul moîif qui la porte à faire raison à autruy (3). » Mais la force, où réside-t-elle maintenant en France?

(1) Gl'Idi, Relation de ce qui s'est passe' en Espagne à la disgrâce du comte-duc d'Olivarès, traduite d'italien en français, l'aris, 1650, in-8°, p. 7.

(2) « Instruction dressée par M. le cardinal de Richelieu pour M. d'Estrades allant en Hollande » (Aubery, t. II, p. 843).

(3) Maximes d'Etat de Ricuei.ieu publiés par M. G. Hanotaux dans les Mélanges historiques de la Collection des documents inédits, t. III, p. 753.

MAZAIUN

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