‹ Histoire de la marine française (volume 4)Chapitre 60 sur 75 · AVA>T-GARDE · texte numérisé non relu

AVA>T-GARDE

Le Bon, île Cou.

Le Bourbon, de La V'ige-

rie.

Le Maure, niarquis d'Ani-

freville.

Le Fortuné, cowte de Blé-

oac.

L'Orgleillfu.k, marijuis

de Graucey.

L'Illustre, de Beauliea.

Le Duc, de Flacourt.

Le Grand, Foraut.

1 frégate, 3 brûlots, 2 barques lonjjues.

L'Excellent, Du Magnou.

L'Apollon, marquis de

Laiigeron.

L'Invincible, d'Eslival.

Le Tonnant, mar(|uis de Preuilly.

La Rfi.nk, vice-amiral d'Estréks.

Le Foudroyant, Jeaa Cabaret.

Le Glorieux, de Valbelle.

Le Fier, d'Haiily.

L'Ainmblf, de Sèbeville.

Le Vaillant, comte de Sourdis.

1 frégate, i brûlots, 5 barques longues.

Le Précieux, Panetié.

Le Sans-Pareil, de Tourville.

Le Terrible, Des Ardents.

Le Conqwrant, de Tivas.

L'Aquilon, Louis Cabaret.

Le Prince, de Villeneuve.

Le Téméraire ,d' lnive\\\[e.

Le Sage, de La Barre.

L'Oriflamme, tli^ Béthune.

1 frégate, 3 brûlots, 2 barques longues.

Bataille navale de Schooneveldt.

(7 juin 1673.)

La jonction des flottes alliées força les Hollandais à se replier. N'ayant que cinquante-deux vaisseaux et autant de bâtiments légers (l), Ruvter ne voulait pas les risquer : il les entraînait par de grandes manœuvres à combattre par divisions, à faire des tête à queue, à écarter les brûlots, à se maintenir à leurs postes de combat. Les Hollan-i dais prirent enfin position au nord-est d'Ostende, a entre le Rand et le Steenbanch où ils étoient tellement fortifiez des sables qu'ils croyoient le lieu inaccessible :2j . ;> De Schooneveldt, ils couvraient Middelbourg et Flessingue (3) .

C'est là, " dans leur fort, " que la flotte anglo-française les attaqua le "7 juin 1673, jour anniversaire de la bataille de Solebay. La situation était l'inverse de celle où Ruvter javait surpris ses adversaires. Persuadés " qu'il ne voudrait pas s'opiniâtrer au combat et qu'il prendrait le parti de se retirer» devant leurs forces supérieures (4), les amiraux

(i) 14 frégates, 14 yacht» et 25 brûlots, selon Brandt, p. 556.

(2) « Lettre d'un secrétaire du prince Robert» (B. N., Mélanges Colbert 164, fol. 506).

(3.) Le 23 mai, à Schooneveldt, Ruyter donnait des instructions générales pour la marche de ses trois escadres (Bbandt, p. 556).

(4) Bataille navale de Schooneveldt ou Waicheren. 7 juin 1673 :

Sources françaisks : Relations du comte d'Estrées. 9 juin (Archives Nat., Marine B*5, fol. 117 : E. Sce, t. Il, p. 302); du chevalier de Vaibelle. 8 juin, Il aux bancs appelés Nous en sommes dehors » (Archives Nat., ■Marine B*5, fol. 101, J26 : E. Sue, t. Il, p. 311); du marquis de Grancey, A bord de V Orgueilleux, 8 juin (Archives Nat., Marine B''5, fol. 115); d'un officier de la Reine. 10 juin (B. N., Franc. 25161, fol. 105). — Mémoires du inarijuis de Vii.lette, édition Monmerqué, p. 14. — « Le combat naval donné par les armées de France et d'Angleterre à celle des Ilollandois » ,: Gazette de France, 1673, p. 573. — Relation de ce qui s'est passé entre les armées navales de France et d' Angleterre, et celle de Hollande pendant les années 1672 et 1673, p. 117. — « Observations sur les

GUERRK DE HOLLANDE 555

alliés avaient décidé la veille de le faire « insulter » par un délachement de trente-cinq vaisseaux légers et treize brûlots.

Conduits par Forant, doyen de nos capitaines, à défaut d'un officier général (1), le Grand, le Maure, l'Illustre (:2), lAnollon, l' Invincible, le Vaillani (3), le Conquérant, l'Aqui-

trois combats qui se sont donnez cette dernière campagne 1673, « provenant des papiers du comte d'Estrées (Archives Nal., Marine B*306, fol. 483). — Lettre du comte de Limoges au comte de Bussy. A bord de la Reine, 8 juin (ï.eltres de Bussy-Raiiuttn. Amsterdam, 1768, t. III, p. 78). — A. Jai,^ Abraham Du Qiiesne, t. II, p. 98. — « Relation des actions particuliùres de chaque capitaine dans la dernière bataille, " original de Seignelay (Archives Nat., Marine B*5, fol. 112 : copie de Jal dans B. N., Nouv. acq. franc. 4972, fol. 80). — Lettre du chevalier de Valbelle à D' Aimeras. Paris, 24 décembre (Archives de Mme Bossolaschi, copie de Margry dans B IN., Nouv. acq. franc. 9390, fol. 90). — Lettre de Colbert de Croissy. Londres, 29 juin (B. IN., Mélanges Colbert 164, fol. 668). — Ordre de bataille (Bibliothèque du ministère de la marine, nis. 142,

SocKCES ANGLAISES : Hîs Highness Prince Rupbrt's letter to the earl of Arlinijton. From on hoard the Royal-Charles off the Osterbank the 29'*' of niay 1673, distant from East Capel, seven leac/ues. In the Savoy, printed bv Tho Newcomb, 1673. In-fol. — Le capitaine Richard Haddock aux commissaires de la marine; et Hartgill Baron à Williamson. A bord du Royal Charles, 29 et 30 mai (v. st.); G. Lyttelton à lord Arlington. A bord du Royal Prince, 30 mai (v. st.) (F. H. Blackburne Daniell, Calendar of State papers. Domestic séries, march i'' to october 3i^^ 1673. London, 1902, in 8", p. 309, 310, 314); « Lettre d'un secrétaire du prince Robert contenant l'avantage remporté sur mer contre les HoUandois. Du bord de r Admirai d'Angleterre, le 30 de may v. st. » (B. N., Mélanges Colbert 164, fol. 506).

Sources hollandaises : Missive Van den Heer luytenant-admirael de RrvTER qeschreven den S. H. den Heere Prince van Orange in't schip de Seven Provincien, /ec^^<?rtf/e ten ancker op Schoonevelt den 8 junii 1673. i'iacard in-fol. (B. N., Imprimés M. 9409). — Pertinent Verhael van aile het qene in de Zee-flaqe tusschen de Engelse, France en Vereenighde Nederlandsche Vloot is voorçevallen, op den 7 junii 1672 [1673] en Vervolgans. Amsterdam, gedruckt by P. Arentsz, in-4' (B. N., Imprimés M. 9407). — Gérard Branut, la Vie de Michel de Ruiter (1698), p. 564. — La Vie de Corneille Tromp, t. II, p. 478.

(1) Que le comte d'Estrét-s proposait de désigner (Archives Nat., Marine B*306, fol. 480).

(2) T)e la division du marquis de Grancey.

(3) De la division du comte d'Estrées. .:.:.}

Ion et VOriflanune 'V] s'ébranlaient vers huit heures du malin et marchaient grand largue par brise d'ouest-nordouest, « rangés en croissant. » Impassibles, les Hollandais attendirent le choc, l'ancre à pic, jusqu'au moment où Cornélis Tromp lança l'ordre d'appareiller au plus près : a Au lof! Au lof! " et lavant-garde hollandaise, à sa voix, tint ferme contre la violente attaque d'Amfreville, Tivas, Béthune, Louis Gabaret... « Si toute la flotte eust esté ensemble et qu'elle eust attaqué en mesme temps 1 ennemy, il couroit risque dans le premier feu d'estre poussé sur les bans (2). »

Avant juré dans un cabaret de la Rochelle d'aborder Cornélis Tromp (3), Tivas tenait parole. Son Conquérant se mesurait avec le Goitden Leeuw, lui mettait cent hommes hors de combat et forçait l'amiral hollandais à transporter son pavillon sur le Prins te Paard. a Tivas le serrait de si près qu'il l'auroit abordé, » s'il n'avait été emporté par un boulet. « Les occasions de guerre sont périlleuses, écrivait Valbelle en guise d'oraison funèbre; mais la gloire qu elle apporte a toujours passé pour une assez grande récompense. M. de Tivas n'en aura pas d'autres; il est fort regretté des Anglois et de tout le monde. »

Impatients de se signaler aussi, les capitaines de brûlots avaient foncé « avec une témérité qu'ils emplovèrent mal à propos : " faute d'être " escortés et couverts comme il était d'usage, " tous furent tués ou blessés, Vidant, Rocuchon, Serpaut le cadet, Chaboisseau, Saint-Michel, Desgrois; de leurs brûlots détruits ou démâtés, cent trente hommes parvinrent à se sauver (4).

A midi, l'escadre rouge menée par le prince Rupert

(i) De la division Des Ardents.

(2) "1 Observations sur les trois combats... »

(3) V'iLLETTE.

(4) Lettre de V'auvré (B. N., Mélanges Colbert 164, toi. 655).

(iUERRE DK HOLLANDE 557

tombait sur Tromp. u Son Altesse attaqua vigoureusement l'aile droite de la Hôte ennemie qui en peu de temps plia et Kt ouverture, où aussylost entrèrent les pavillons hlanc el bleu qui engagèrent Tailc gauche des ennemis (I). " La trouée en effet était faite, la ilolte ennemie coupée en deux par u les blancs, les rouges et les bleus meslés. » Tromp, vent arrière, se retirait « aussi loin que les bancs de sable lui purent permettre. » « S'il eust esté poussé par l'escadre rouge, il eust esté obligé de donner dans les bancs de Vuergat 2). n Maltraité par lluperl, canonné par Storv, Wetwans et Rives, assailli par un brûlot, privé du soutien du vice-amiral Scbram qu'un boulet avait emporté (3), n'ayant que onze vaisseaux contre vingt-buit, Tromp tint assez pour donner à Ruyter le lemps de manœuvrer ses adversaires.

Ruvler avait reviré pour tenir tête au comte d'F.strées qui marchait sur lui, la division Des Ardents en pointe, la division de Grancey en queue. Mais Grancev quitta le pavillon blanc pour tomber avec l'escadre bleue de Spragge sur les Zélandais de Banckert. " J'accusai d'abord notre chef d'escadre d'imprudence et de témérité, écrivait Valbelle; et néanmoins je ne fus pas assez sage pour me retenir; et me laissant aller à mon penchant, j'arrivai sur lui pour l'aider à se défendre. » Sa manœuvre fut imitée par les chevaliers de Sèbeville et d'Haillv et le capitaine Du Magnoii qui désertèrent la division d'I^strées pour se grouper autour du marquis de Grancey et du contre-amiral anglais d Osserv dont la double pression força Banckert à rompre. « Les ennemis plièrent devant nous; cinq firent

(1) u f-etti-e d'un secrétaire du prince Robert. "

(2) « Observations sur les trois combats... »

(3) Le portrait de Volckhard Adriaensz Schrain figure dans l'ouvrage du D''D. F. ScuEcnr.KER, Heriiiucrinffsdaqeii nit de Nedevlandsche Zecyeschii— dénis, p. 63.

vent arrière par pure faiblesse; et à la réserve d'un assez prand, tous les autres fuyoient. Banckert, voyant le désordre de sa division, revira pour rassurer ses gens et fut attaquer le marquis de Grancey, qui soutint vertement le fevi de son canon et lui Ht sentir celui de l' Orgueilleux . Le combat fut chaud; et si ledit Banckert n'eût pas perdu le mât de son petit hunier, il aurait été opiniâtre. Cet accident l'obligea d'arriver. Si deux capitaines de brûlots se fussent conduits avec un peu de jugement, nous aurions eu le plaisir de lui en mener un à bord. »

il Chose digne de remarque, nous devions ne combattre que le corpsde bataille des ennemis, et nous avions eu affaire et à l'avant-garde et à l'arrière-garde. Sans M. le comte d'Estrées, qui demeura toujours au vent et qui le conserva, n'ayant que M. de PreuUy avec lui, nous aurions eu bien de la peine à nous tirer d'affaire : la manoeuvre qu'il fit, sauva les brebis qu'un zèle indiscret avait égarées du troupeau. 1) F'rappé du désarroi de son arrière-garde, Ruyter allait en effet à son secours : mais il lui fallait passer sous le canon du comte d'Estrées et de son matelot, Raymond- Louis de Grevant d'Humicres marquis de Preuilly, restés seuls en ligne de tout le corps de bataille des blancs : (i C'était, sans mentir, une assez belle chose à voir, écrivait Valbelle, que de regarder ces deux navires affronter M. Ruyter accompagné de deux pavillons et six autres grands navires qui venaient droit à eux. Je voyais la Heine avec le Tonnant, et point d'autre navire ni derrière ni à côté. Le Tonnant fut dégréé par le canon de ces mangeurs de fromage qui ne le manient point mal; sans branler, il fît sur eux une belle décharge. Celle de la Reine, quand Ruyter fut vergue à vergue d'elle, fut violente, et la mousqueterie n'alla point plus vite que le canon. "

Ruyter néanmoins passa, en esquivant le brûlot de Serpaut l'aîné qui manqua également le bâtiment du lieute-

panl-;i 1111 rai Van Nés. Mais son matelot, le Deventer tle Willem \ au Cuijlcnl)ur;;h, fut accroché par le Foudroyant, auquel la rudesse de ^ lahorda^ije cousla d'abord soixante hommes sur la place (l). Pas un de nos matelots ne voulut sauter à lahord du vaisseau eunemy (2). » « Si la fortune m'avoit amené à bord un vaisseau de cette sorte, écrivait Valbcllc, j'aurois esté chercher dans la chambre du capitaine la cornette que je désire (3). » A défaut de Jean Gabaret, capitaine du Foudroyant, ses lieutenants réagirent en sautant sur le gaillard du hollandais. Mais Willem van Cuijlenburgh accourut du château d'arrière' et, saisissant le chevalier de Lhéry par sa croix de Malte, il l'aurait assommé sur le pont sans l'énergique intervention du volontaire Huet du Rivau. Le Deventer, troué « comme un. crible, » ayant cent vingt-six hommes hors de combat, parvint à se décrocher n après une heure de conversation)) ou Gabaret, « extrêmement incommodé du feu continuel de Ruther, » avait eu toutes ses vergues broyées.

Dégagé de l'étreinte de l'escadre blanche, Ruyter chargeait l'escadre bleue, où se trouvaient mêlés l' Apollon du marquis de Langeron, le Fter du chevalier d'Hailly... Sous les bordées de ses grosses pièces, huit vaisseaux virèrent de bord » avec plus de hâte que la bienséance n'eût voulu (4). )) Banckert dégagé par lui, Ruyter revenait sur ses adversaires maintenant eu désordre. Mais au lieu d'envelopper des vaisseaux isolés, l'Orgueilleux entre autres tout désemparé et réduit à l'état de " rocher dans la mer, " il jugea " qu'il valoit mieux tâcher de conserver

(1) Dans la liste de nos pertes, le Foudroyant arrive en effet en tête avec 61 tués et blessés, puis le Sans-Pareil avec 40, le Conquérant avec 34, le Fier avec 24, l'Aquilon avec 22, le Téméraire avec 23, l' Aimable avec 19, etc. (Archives Nat., Marine B*5, fol. 39, 97).

(2) Lettre datée de la Reine, 10 juin 1673.

(3) Valbelle à tl' Aimeras, 24 décembre.

(4) Information secrète de M. de Seuil. Brest, 23 novembre.

560 HISTOIRE UE LA MAllINE FRANÇAISE

ses amis que d'incommoder ses ennemis; " et revirunl au nord pour chercher Tromp, il le rencontra sur les six heures du soir.

a Amis, voici le bon père, » cria Tromp en voyant paraître le pavillon de Ruyter. Lui-même avait alors le sien sur l'Amsterdam^ ayant dû pour la troisième fois changer de vaisseau. Nul autre que Rviyler n'eût été capable d'opérer avec tant d'ordre et d'adresse, au milieu de la lïataille, une pareille jonction d'escadres. Tromp écrasait à son tour le Cambridge^ qui perdit tous ses mats et qui eût succombé malgré l'intrépidité du capitaine Herbert si le Glorieux du chevalier de Valbelle n'avait abattu le grand mât de l'amiral hollandais, forcé par là de battre en retraite, et si le Prince de l'amiral Spragge et le Guernsey n'avaient porté secours au malheureux vaisseau anglais rasé comme un ponton (l).

» La nuit fit taire le canon, d Les alliés gagnaient rOster-Bank, les u bancs appelés Nous en som.mes dehors^ » écrivait Valbelle, qui avait vu avec terreur des vaisseaux de vingt-trois pieds de tirant d'eau s'engager dans des bas-fonds où il n'y en avait pas plus de cinq. Les Hollandais mouillaient à l'endroit où avait commencé la bataille, leurs feux allumés. » Ils avaient témoigné plus de finesse, d'habileté et de courage en cette bataille qu'en toutes les autres. Nous, nous avions tout risqué pour faire parler avantageusement des forces navales du roi notre maître. De neuf brûlots que nous avions, il ne nous en restait qu'un. 1)

En dehors des brûlots, nous n'avions perdu que le Trompeur^ Il le vaisseau le meilleur de voiles et le plus viste de la mer (2). d Les Anglais avaient deux vaisseaux désempa-

(i) V^ALBELLK. — C. Lyïïeltos à Lorcl Arlington.

(2) Commandé par La Borde. Colbert à Desclouseaux et de Seuil 14 juillet (Archives Nat., Marine B^24, fol. 315 et 318). Les Hollandais

rés (1), les Hollandais (|iialro, — on prétendait même qu'ils en avaient onze n réduits à l'extrémité (!2), » — dont l'un, le Deventer, sombra avec cent soixante et onze hommes avant d'arriver en Zélande. Leurs pertes en officiers et en hommes étaient plus lourdes que les nôtres. Les amiraux Schram et David Vluj^h, six capitaines de vaisseau avaient péri. Les Anglais ne comptaient pas plus de quatre capitaines tués; nous, un, Tivas; mais tous nos capitaines de brûlots étaient hors de combat, six tués, trois blessés. " Trois cents hommes en tout (3) n du côté anglais, autant du nôtre (-4), tel était le bilan de nos pertes, le prix de notre victoire.

Les alliés avaient rivalisé de bravoure : u Toutes les relations venues de l'armée disent des choses extraordinaires de la conduite et de la fermeté des Anglois, " écrivait Golbert (5) qui réduisait ainsi à néant les faux bruits colportés par les Hollandais : selon eux, les Français étaient a les seuls qui se fussent bien battus [()]. " a Toute l'escadre a très bien fait, écrivait notre ambassadeur à Londres. M. de Tivas y a donné des preuves d'une valeur extraordinaire. M" Des Ardens, de Grancé, de Yalbelle, Tourville, Sepville et Langeron s'y sont signalés. M. de La Barre, de Coûts, les deux Gabax'ets y ont très bien fait leur devoir... C'est une chose surprenante que, dans une marine renaissante, M. Colbert ayt peiï trouver trente

ajoutaient à tort la Friponne de Sourdis, parce qu'ils en avaient capturé quelques matelots (Pertinent Verhael...)

(1) Le Cambridge et la Résolution.

{%) « Lettre d'un secrétaire du prince Robert. "

(3) Ibidem.

(4) Vauvré écrit le 15 juin qu'il faut 150 hommes pour remplacer les morts, blessés et malades : il expédie 80 blessés et 30 malades à Dunkerque (B. N., Mélanges Colbert 164, fol. 655). Cent trente blessés sont évacués sur Calais [Ibidem, fol. 468 et 520).

(5) A Colbert de Croissy. 1" juin (Archives Nat,, Marine B-24, fol. 256). ^6) Seignelay à Colbert. 13 et 15 juin (A. Jal, t. II, p. 104, n. 1).

capitaines et une infinité d'autres, tant capitaines en second qu'officiers subalternes, pai'mv lesquels on peut dire qu'il n'y a point de rebut (I). " Une seule note discordante : Valbelle avait accusé Jean Gabaret d'impéritie: mais Gabaret, au lieu » d'aller jeter son espée aux pieds de M. le comte d'Estrées " comme on le lui conseillait insidieusement, obtint de passer devant un conseil d'enquête de " six capitaines nommez par le vice-amiral et tous anciens " où son détracteur fut confondu et convaincu de lui avoir a donné des coups de coude pour s'avancer (2). »

Bataille navale du 14 juin.

(i Le Bon Dieu qui nous a servi de pilote, n'est pas toujours pavé pour l'être, écrivait spirituellement Valbelle; et Sa Majesté ne doit pas abuser de sa bonté. Il ne faut pas donner deux batailles parmi de ces bancs, mais au large. " (i Ce fust une grande faute de demeurer six jours mouillé sous le vent d'une armée qui employait ce temps-là à se réparer (3) » et à se renforcer jusqu'à atteindre cent deux bâtiments, soit dix-sept vaisseaux, huit brûlots, quatre frégates et cinq yachts pour chacune des escadres hollan-

(1) Dépêche de Colbert de Groissy. Londres, 29 juin (B. N., Mélanjies Colbeit 164, fol. 668).

(2) Valbelle à d'Aliiiéras. 24 décembre.

(3) « Observation sur les trois condiats qui se sont donnez cette dernière campagne 1673 « (Archives >'at.. Marine B^306, fol. 488; B*5, fol. 91 v";. — Mémoires du comte d'Estrées des 15 et 18 juin (Archives ISat., Maiiiie B*5, foi. 72 et 74 : A. Jal, Abraham Du Qiœsne, t. II, p. i07V — his Hi(]hness Prince RrPEiiï's letter to tlic earl of Arlington, from on board the Soveraign, now under sail, june 5 (v. st.) aboiit sevc-n leagues off Laftoff. In the Savoy, printed bv Tho. ]Se\vcomb, 1673, in-fol. — Missive van de Béer Liiytenant adinirael Tromp, geschreven in't ship den Goulden Leeuw, op Schoonevelt de 15 Juin 1073. 'Sgravenhage, J. Scheltus, 1673, in-fol. (B. ^\, Imprimés M. 9408).

daises. Ayant observe que ses adversaires iravalent plus (jue cent huit voiles, lluvter résolut de '* pousser plus loin ses avantages. '-

Dans la matinée du 14 juin 1673, par vent du nord-est, il prit l'offensive. Les alliés s"v attendaient si peu qu'Edward Spragge, commandant l'avant-garde au pavillon bleu, n'était pas à son bord lorsque Tromp arriva sur elle. Pour remédier au désarroi de l'escadre bleue, le prince Rupert commandant 1 escadre rouge » couppa ses cables, persa l'escadre blanche et passa tout au travers » pour se porter de l'arrière-garde au front de, bataille. " Cette meschante manœuvre, " dont notre major d'escadre Hérouard de La Piogerie fut tout interloqué, ■> apporta un si grand désordre que les rouges et les blancs combatirent mesléz » sur plusieurs rangs de profondeur en masses compactes qui offraient prise aux brûlots.

A cinq heures, les autres escadres hollandaises attaquaient. Fort heureusement, elles ne s'engageaient point à fond. Et l'affaire ne fut qu u une grande escarmouche, " selon le mot du comte dEstrées. Engel de lluvter, tombé sous le feu du Olii Sovereign de Rupert et de deu.x. vaisseaux français, fut dégréé. U Oliphant blanc du vice-amiral Sweers, maltraité par Spragge, mettait à la cape et se retirait de la lutte avec quarante-trois tués et blessés. La division (^rancev, que la fausse manœuvre de Rupert avait fait passer du corps de bataille à l'arrière-garde, soutenait le choc de l'escadre de Zélande. Api'és un vif combat contre Banckert, le Grand de Forant mettait en berne et se retirait vers la Tamise. L'Apollon et VExcellent étaient également avariés, les capitaines de Beaulieu et de Villeneuve blessés. Au demeurant, les pertes de part et d'autre ne grossirent guère celles du combat précédent. Les deux affaires nous coulaient deux cent douze tués et deux cent vingt-quatre blés-

ses (1), aux Hollandais un plus grand nombre (2). a Après avoir tiré jusqu'à la nuit, Uuyter se retira du costé de ses terres. "

Il était arrivé à ses fins. Il obligeait ses adversaires, les soutes vides, à quitter les côtes de Hollande pour l'Angleterre. Et il légitimait l'intransigeance des Pays-Bas dans les négociations qui s'engagèrent le 18 juin à Cologne sous la médiation de la Suède. Sans doute, Louis XIV avait enlevé Maestricht. Mais les Hollandais, à la veille d'être soutenus par la puissante coalition de l'Empire, de l'Espagne et du duc de Lorraine (3), ne consentirent à la France que la cession de Maestricht et de deux autres villes, et à l'Angleterre que le salut du pavillon. Les pourparlers furent rompus.

Le 5 juillet, Ruyter venait rôder aux environs de Harwich. En vue d'une nouvelle offensive, nos divisions garde-côtes (4) étaient dépêchées vers Chatham avec des munitions, des brûlots et un millier de matelots de renfort (5) recrutés à Saint-Malo, Dieppe, Calais et Dunkerque : Il Allez de maison en maison prendre tous les hommes audessous de cinquante ans qui ont jamais été à la mer, » avait dit Colbert (6). Et aux matelots estropiés qui se plaignaient de rester « abandonnez sans récompense (7), » il promettait " une subsistance proportionnée au service rendu. » Le mois suivant, il créait la caisse des Invalides.

(1) Archives Nat., Marine B*5, fol. 39, 97.

(2) Deux cent quatre-vingt-sept dans la seule escadre d'Amsterdam (Brakdt, p. 576).

(3) Août 1«73.

(4) Aux ordres de GomJjault, Machauli et de La Roquefontiès (Archives JNat., Marine B'ii, fol. 25i, 279, 299; B*305, fol. 45).

(5) Archives ÏSat., Marine 8-24, fol. 248.

(6) 21 juin (Ibidem, fol. 270\ — Colbert à Colbert de Croissy. 28 juin (Archives ^at., Marine B-23, fol. 91 v»).

(7) Seignelay au comte d'Estrces. 14 août (Archives Nat., Marine B*30(), fol. 93).

Noire « réputation se soutiendrolt mieux par de grands et considérables succès que par de vaines apparences qui ne servent à rien, » avait déclaré à Rupert le comte d'Estrées (1) au lendemain de l'escarmouche du 1 i juin. Et il revenait à son projet de 107:2 : un débarquement aux Pavs-Bas.

Bataille navale du Texel.

(2t août 1673.)

De part et d'autre, les chefs d'État étaient venus tenir conseil avec les amiraux, Charles II à bord du Royal Sovereign dans la Tamise {'2\, le prince d'Orange à bord des Zeven Provinciën (3). Rupert avait ordre d'attirer son adversaire hors des bancs du littoral, et Ruvter d'ouvrir un passage à un riche convoi attendu des Indes.

Par un chapelain de la flotte anglaise qu'il enleva, il apprit, le 30 juillet, que des bateaux charbonniers embarquaient huit régiments, huit mille hommes, sous les ordres du comte de Schomberg; et par une lettre du pensionnaire de Hollande, Fagel, il fut informé que ces troupes opéreraient un débarquement à Scheveningue, à la faveur d'une diversion navale, mais que ce serait le dernier effort des Anglais. S'il échouait, la paix suivrait bientôt (4). Sur ces avis, Ruvter se rapprocha des côtes de Zélande pour les couvrir de ses cent dix-huit bâtiments (5).

Autrement imposant était l'aspect de la flotte francoanglaise forte de deux cent cinquante voiles, transports

(i) Mémoire du 15 juin.

(2) Le 26 juillet 1673.

(3) I-e 12 août 'Gérard Brandt, p. 600).

(4^ Basn.\ce, Annales des Provinces unies depuis la paix d'Aix-lu-CItapelle jusfftt'à celle de Simègue. La Haye, 1726, in-fol., t. II, p. 417.

(5) 75 vaisseau.x et frégates, 25 brûlots, 18 yachts, 20 376 hommes et \\n régiment d'infanterie.

compris (l), dont le défilé au sortir de la Tamise ne couvrait pas moins de six lieues. " A la teste de l'armée, " vop^uait l'escadre tic France, l'expérience passée ayant fait voir a que le corps de bataille convenait beaucoup mieux au général pour donner ses ordres et faire mouvoir les escadres par les signaux (:2j. »

L'arrivée de la division de Martel (3) avait complété nos effectifs, n Brave soldat et mauvais matelot f4j, v le marquis de Martel venait prendre sous les ordres du comte d'Estrées la place laissée vacante par Abraham Du Quesne. Amener le pavillon de vice-amiral, qu'il portait dans la Méditerranée, pour hisser à l'artimon le pavillon de contre-amiral, semblait déjà au vieil officier une déchéance, alors surtout qu'il croyait tenir en mains le bâton de maréchal (5). L'absence de salut du canon et de la voix, quand il monta abord de la Reine, fut pour lui une humiliation, que le comte d'Estrées aggrava en ne lui u donnant pas la main à la porte du vaisseau " pour l'accueillir (6). Cette blessure d'amour-propre allait avoir de désastreuses conséquences.

Le 17 août, les adversaires se trouvaient en présence à quelques lieues du Texel. Une forte houle et aussi le désir

(1) Escadre française : 30 vaisseaux, 9 brûlots, 4 frégates légères, 9 barques légères, 3 Hùtes de charge et des bâtiments à « faire de l'eau " .

Escadre anglaise : 60 vaisseaux, 25 brûlots, 40 transports de troupes, des frégates, des flûtes, des barques longues (Relation de ce qui s'est passe' entie les années navales, p. 136).

(2) 11 Observations sur les trois cùinjjats... »

(3) La Thérèse Royale de Martel, le Pompeux du chevalier de Buous, le Diamant du chevalier de Beauinont (Archives JNat , Marine W'5. fol. 69). — A la garde de la Méditerranée étaient laissées les deux escadres de galères de Manse et Du Plessis-Hrossardière, de dix galères chacune. Elles battirent, sans rencontrer de Hollandais, les côtes d'Italie et d Espagne {Ibidem, fol. 283).

(4) ViLLETTK, p. 14.

(5) Valbelle à d'Alméras. 24 décembre.

(6) B. N., INouv. acq. franc. 4972, fol. 87. — Jal. Abraham Du Quesne. t. Il, p. 111.

GUERRE DE HOLLANDK 561

(jn'avait lluvter de ne rien précipiter retardèrent de plusieurs jours Taclion décisive [l). Durant ce laps de temps, un vaisseau de la Comj)agnie des Indes, le Papenbrug, tomba par méprise dans notre escadre, où il fut aussitôt amariné par le Ilourbon.

L'occasion que jjuettait lluyter se présenta le 21 août : à l'aube, une saute de brise lui donnant 1 avantage du vent, il en profita aussitôt. Par vent arrière d'est-sud-est, il lit le signal de marchera l'ennemi, Banckert en tête, lui au centre, Tromp en queue de la ligne : il était alors à quelque distance du Texel, entre Petten et Kamperduin, vis-à-vis Kijkduin.

A une lieue et demie delà, stationnait la flotte adverse, le comte d'Estrées à 1 avant-garde, Rupert au corps de bataille, Spragge à l'arrière-garde (2). Les deux dernières

(1) Relation de l'intendant GiraiiHn de Yauvré. A bord de l'Apollon, 2 août (Archives INat., Marine, dossier d'Estrées, copie dans B. N., Nouv. acq. franc 4972, fol. 88).

(2^ Bataille navale du Texel, 2J août i{)73 :

SornCKS françaises : Lettre du vice-amiral d'Estrées. 22 août (Archives >iat , Marine B*5, fol. J33, 154 : E. Sue, t. II, p. 324). — Le marquis de Martel à Colbert de Groissy. 6 septembre (Archives Nat., Marine B*5, fol l(i6 : E. Sue, t. II, p 335). — Autre relation du marquis de Martel (Archives Nat., Marine B*5, fol. 140). — Colbert de Groissy, ambassadeur à Londres, à Seignelay. 29 août, 31 août, 7, 11 et 25 septembre (B. N., Mélanges Colbert 165 lus, fol. 500, 563, 592, 683 : E. Sue, t. II, p. 334, 338, 342). — " Suite du journal de navigation des vaisseau.K armez à Toulon par M. le marquis de Martel et de ce qui s'est passé à l'armée navale dejiuis qu'ils y ont esté joints» (Archives Nat., Marine B'5, fol. 80). — « Relation du combat du 21° aoust 1673, envoyée par Mgr à M. le marquis, » c'est-à-dire par Colbert à Seignelay, et écrite d'après les dépositions de Ghappeiain, secrétaire du vice-amiral, et du comte de Limoges qui se trouvait à bord de la Reine, de La Borde, capitaine embarqué avec le chevalier de Tourville, et de Séraucourt, commissaire endjarqué à bord du vaisseau de Martel. Sceaux, 10 septembre (Bibliothèque du ministère de la marine, ms. 340 (G. 185) : Archives Nat , Marine B*5, fol. 173 : A. Jal : t. II, p. 115). — « Extrait des principaux points contenus en la relation de M. le Prince Bupert contre l'escadre de France, » par Seignelay. 13 novendjre (.\rchives Nat., Marine B*5, fol. 187 : E. Sue, t. II, p. 350). — Mémoire du comte d'Estrées « pour ajouter aux remarques faites par M. le marquis de Seignelay sur la relation de Mgr le prince Robert » (Archives Nat.,

escadres " tiendroicnt le lof et soutiendroient le choc, » pendant que les Français iraient de l'avant a pour revirer et gaigner le vent, " de façon à prendre les Hollandais entre deux feux. Ainsi en décida le prince Rupert. Vers

Marine B''5, fol. 192 : E. Sue, t. Il, p. 353). — Després, » La vie de M. le lîailly de Valbelle, » iiis. d'Aix 1194. — « Mémoires pour servir à l'information secrette de ce qui s'est passé dans l'armée navalle pendant la dernière campagne», par M. de Seuil. Brest, 23 novembre (Archive» Nat., Marine B*5, fol. 197 : E. Sce, t. II, p 356. — Gazette de France, (1673), p. 821). — u Relation de la conduite qu'a tenue l'escadre de France le 21/11 de ce mois dans le combat quy s'est donné entre les flottes par le travers de Camperduine » (B. N., Mélanges Colbert 165 bis, fol. 450 : Archives Nat., Marine B*306, fol. 435). — « Observations sur les trois combats qui se sont donnez cette dernière campagne 1673 » (Archives Nat., Marine B*306, fol. 483). — Relation de ce qui s'est passe' entre les arnicas navales de France et d' Angleterre et celle de Hollande, p. 147.

Sources anglaises : Rupert, A brief relation of His Majesties and the Frencli Kinqs Forces iinder niy conimand ivith the Dutch. 1673, in-4° : ic Briefve relation de ce qui s'est passé au combat entre les armées navalles de Sa Majesté et celle du roy de France sous mon commandement contre celle des llollandois le XXI août 1673 près du Texel, » traduite de la relation de Rupert et annotée en marge par le comte d'Estrées (Archives Nat., Marine B''306, fol. 459). — An exact relation of the several engagements and actions of Bis Majesties Fleet... anno 1673, written by a person in command in the Fleet. London, printed for J. B., 1673, in-4''. — P. B. [Philipp BicKERSTAFFE, lieutenant du régiment Lvttelton], à son colonel. Du Royal Prince, à la côte de Hollande, 12/22 août (F. H. Blacburne Dakiell, p. 490). — Relation écrite à bord du yacht Henrietla, capitaine Guy [Ibidem, p. 523). — Relation du combat entre les Jlotes anqloises et hollandaises donné le 11 d'aoust v. st. 1673. telle que les diverses escadres nous l'ont envolée dans leurs lettres. Londres, 1673, placard in-fol. (Archives Nat., Marine B^5, fol. 139). — Julian S. Corhett, A Note on the draïuinqs in the possession of earl of Darmouth [of W. Van DE Velde] illustratinq the battle of the Te.xel Auqust 11, 1673. Printed for the Navy records Society, .1908, in-8° et atlas.

Sources holl.\kdaises : Missive van de Heer Lient. Admirai de Ruyter qeschreven aen haer hooq.-moq . de Heren Staten in't Schip de Seven Provincien den 22 auqust 1673. Placard impr. (B. N., Imprimés M. 9413). — Journal ofte verahel van de derde Ratailje, voorqevallen op maendaqh den 21 auqusty 1673, ontrent de Helder en Tessel, tusschen de Engelse en Franse Vlooten, en die van den Staete der Vereeniqde Provintien. Gedruckt by Jan Dircksz. Placard impr. (B. N., Imprimés M. 9412) — G. Brandt, la Vie de Michel de Ruiter. — La Vie de Corneille Trouip, t. II, p. 487. — La bataille est dite de Kijkduin dans les gravures hollandaises de W. Van de Velde, L. Backhuizen, Decker.

huil heures du malin, sept vaisseaux et trois brûlots du vice-amiral de Zéîande fonçaient à pleines voiles sur les dix vaisseaux et les trois brûlots de la division de Martel, qui avait comme soutien la division d'Estrées. Ruyter arrivait sur le prince Rupert, qu'appuyait notre troisième division, celle de Des Ardents. Tromp attaquait l'escadre bleue d Ed\vard Spragge avec vingt-six vaisseaux et sept brûlots.

Spragge, contrairement à l'ordre de son chef, mit en panne pour attendre l'attaque; Rupert continua à marcher au plu.s près, le cap au sud-sud-est; le comte d'Estrées courait à l'est, afin de percer les forces adverses, si bien que les divers corps de la Hotte alliée s'éloignèrent les uns des autres, desservis par une brume qui s'éleva vers les neuf heures et masqua la divergence de leurs mouvements. Au lieu d'une bataille, il y en eut trois.

Le marquis de Martel (1) « ne peut exécuter son dessein et demeure sous le vent » du vice-amiral Cornelis Evertsen, qu'il canonne pendant trois heures. » Le comte d'Estrées, vovant que la division du contre-admiral n'avoit pu prendre aucun avantage sur les ennemis, se résokit de les percer affin de leur gaigner le vent et d'aller ensuitte

(1) Ordre de bataille des deux Hottes

AUJKS :

HOLLAiSDAIS :

Escadre blanche •' Avant-garde : M" de Martel Centre : G'" d'Estrées.

Arrière-garde : Des Ardents.

Escadre rouge •• Avant-garde : John Ilarnian.

Centre : P^* Rupert.

Arrière-garde : John Chicheley.

Escadre bleue :

Avant-garde : John Keinpthorne.

Centre : Edward Spragge.

Arrière-garde : C'*^ d'Ossory.

Escadre de Ze'lande Cornelis Evertsen.

Adriaan Hanckert.

Star.

Escadre de la Meuse Aert Van Xcs. Ruyter.

Jehan de Liefde.

Escadre d'Amsterdam Isaac Sweers.

Tromp.

Jan den Ilaen.

secourir le prince Robert. En effect, il perça leur ligne entre unze heures et midy (l). " A la vérité, les Zélandais Evertsen et Banckert contre-attaquaient : leurs deux colonnes défilani à portée de pistolet de la Reine, Tune sous le vent, l'autre au vent, la prirent entre deux feux {"2). Le comte d'Estrées riposta » de deux bords et de tout le feu de sa mousqueterie, " coulant à fond un brûlot et en esquivant un autre qui se consuma sous son beaupré (3). Il n'avait perdu que trente-six hommes. Mais ses matelots Preuilly d'Humières, Du Magnou, Jean Gabaret, Langeron n'avaient pu aborder la division Evertsen sous le vent, tandis que Banckert chargeait d'un » rude chocq " les capitaines d'Estival, d'Hailly et de Sèbeville. Le capitaine d'Estival, un brave qui avaitjadis proposé de prendre d'assaut Cadix (4), fut tué d'un coup de canon : son second sur l'Invincible, Jacob, eut le bras emporté.

De la division Des Ardents qui fit a merveille à son ordinaire " se détacha le brûlot V Arrogant pour tenter d'accrocher Banckert au passage. 11 y eut choc en retour et recul : mais en vain le capitaine Guillotin revinl-il intrépidement à la charge. Banckert esquiva le brûlot enflammé et rallia Ruyter, ainsi que le fit iMcrtsen, tandis que le vent nous éloignait de deux grandes lieues vers le sud.

(i Toutes les forces de Ruyter et de Banckert vinrent fondre sur ma division et sur celle de mon vice-amiral, écrivait le prince Rupert, rendant ainsi hommage à l'habile concentration des feux de son adversaire; de plus, ils coupèrent entre la division de mon contre-amiral et moi, de sorte que, vers le midi, j avais à combattre Ruyter et

(1) Avec Tourvillc pour second, l'anetié el Louis Gabaret.

(2) « Relation de la conduitte qu'a tenue l'escadre de b^rance . "

(3) Martel, à la vérité, revendiquait le uièine fait d'armes.

(4) « t'rojet d'entreprise sur Cadix par le sieur d'Estivalle » (r^rcliives Nat., Marine B'4, fol. 535)

GCERPE DE HOLLANDE 571

toute son escadre à ma hanche sous le vent, vin autre amiral avec encore deux vaisseaux pavillons à ma hanche du côté (lu vent, et Tescadre de Zclande sur mon travers audessus du vent. Ayant ainsi comhattu quelque temps et fait grand feu de mes deux l)ords, j'arrivai sur mon contreamiral [le chevalier John Chichelev], fort éloigné de moi sous le vent, en forçant les ennemis de me laisser passer, n Le prince, aidé de quelques capitaines, avait mis hors de combat le vaisseau du vice-amiral Van Nés, qu'il s'apprêtait même à aborder >i debout au corps, " quand Ruyter intervint et sauva son subordonné. Un brûlot anglais, le Léopard, fut capturé par l'équipage de Ruyter avant d'accom[)lir son œuvre incendiaire.

Cependant l'escadre bleue de Spragge et les vingt-six vaisseaux de Tromp avaient entièrement disparu dans le nord, oîi une furieuse canonnade indiquait que là se livrait un combat acharné (1).

Depuis huitheures du matin, Edward Spragge et Tromp se battaient corps à corps : six fois, l'ampoulette semi-horaire s'était vidée sans que cessât leur feu roulant. Spragge avait dû transporter son pavillon bleu du Royal Prince sur le Saint-Georges, puis sur le Royal C/iarles; mais son canot fut fracassé par un boulet comme il tâchait d atteindre le dernier bâtiment, et Spragge vers quatre heures mourut noyé. Son vice-amiral, John Kemplhorne, qui avait livré bataille au vice-amiral Sweers ("2), et le contre-amiral comte d'Ossory, appuyés par Gabaret, faisaient des efforts désespérés pour tenir en échec Tromj), transbordé lui aussi du Goiildeii Leeuw sur la Comeetstar, quand à ce moment-là,

(1) Les diverses phases de la bataille ont été figurées par W. Van de Vklde, entre 7 et 8, 10 et it, 1 et 2, 3 et 4, 5 et 6 heures.

(2) Les portraits de Johan de Liefde et Isaac Sweer.s se trouvent dans D. F. Sgheurleeb, Het innerincjsdagen uit de nedcrlandsche Zee<jesclucdeinx, p. 125 et 6.

entre quatre et cinq heures, parut le prince Rupert en même temps que Ruyter : également anxieux, ils avaient couru le même bord à portée de canon, sans tirer, pour rallier leurs seconds.

Comme Ruyter cherchait à capturer les vaisseaux » estropiés, " Rupert leur fit un rempart de son corps avec John Harman, John Kempthorne et le comte d'Ossorv qui soutinrent un furieux combat contre les trois escadres hollandaises, pendant que \eRuby^ \e Hampshî're, \e Monmoiith et le Pearl tenaient hors de la mêlée le Royal Prince et que Le Glorieux de Yalbelle forçait Tromp à abandonner le Cambridge d'Herbert, u La merétoiten feu, et les flammes pénétroient à travers l'épaisseur de la fumée, comme l'éclair qui passe au travers d'un air ténébreux. Les boulets, les anges à deux têtes, les chevilles de fer, les mitrailles voloient de tous côtés. La mer étoit couverte de corps. " Du côté des Hollandais, les vice-amiraux Johan de Liefde et Isaac Sweers (1), les capitaines Van Gelder, Sweerius, Yisscher et Kiela avaient succombé ; les capitaines Dik et Le Jeune étaient dangereusement blessés ; l'escadre d'Amsterdam comptait cent quatre-vingt onze tués et blessés, les autres à proportion. Parmi les Anglais, l'amiral Spragge et les capitaines Reeves et Heyman avaient péri; le vice-amiral Kempthorne et les capitaines Courtney, Howard, Jennings étaient blessés; Rupert avait à son bord soi.xante hommes hors de combat.

A ce moment, se présenta u la plus belle etla plus avantageuse occasion qui ait été jamais à la mer. » Sur les six heures du soir, une division fraîche arriva vent arrière, celle du comte d'Estrées. Rupert hissa sur la vergue d artimon le pavillon bleu.

(t) rtans ses observations sur la Relation de Rupert, le comte d'Estrées prétend que son collègue n'eut pas plus de onze tués et blessés, au témoignage de notre commissaire général, M. de Vauvré.

Il Si l'admirai a le vent de l'ennemy, — disaient les instructions reçues au début de la canipagfne, — en mettant un pavillon bleu à la verj^ue d'artimont ou bien au boutdu mast de perroquet d'artimont, alors un chaqun est obligé d ariver dans son ouage, seilleure ou baulteur et aussv près du vent qu'il est, sur des peines très rigoureuses (1). » G était net : Rupert nous faisait le signal de a venir dans ses eaux, c'est-à-dire de couvrir sa queue, afin de luv donner temps de mettre en seureté cinq frégates angloises démastées. M. de Martel mit en panne, en attendant que M. d'Estrées s'avançast pour aller avec toute l'escadre fondre vent arrière sur ce gros d'ennemis et mettre ses Ijruslots parmy eux (2). »

Or, sous le prétexte que ce n'élait pas un signal de combat, que la houle embarquait par les sabords de ses batteries, qu'il fallait garder le vent pour continuer le lendemain la lutte, le comte d Estrées resta le spectateur immobile de la bataille qui s achevait avec le crépuscule. Avant que son aide-major envoyé aux renseignements près de Rupert l'eût édifié sur le signal, la nuit sépara les combattants. Aucun d'eux n'était parvenu à prendre ou à détruire un seul vaisseau adverse. Mais les Hollandais publiaient partout qu ils avaient a battu les flottes royales, avec un entier avantage (3). " Et de fait Rupert, n'étant sûr ni du comte d Estrées, ni de quelques-uns de ses capitaines, se refusait à risquer un nouvel engagement (A).

Dans une critique acrimonieuse, Rupert nous accusait de trois fautes : la nuit, d'avoir laissé prendre le vent à l'ennenii; le matin, de n'être pas arrivé sur Banckert; le

(1) Instructions de Jacques, duc d'York. 1673 (Archives ^at., Marine B*5, fol. i9)

(2) Journal du marquis de Martel {Ibidem, fol. 81).

(3) Stijinelav au comte d'Estrées. 9 septembre (Archives IS'at., Marine B*306, fol. 189).

(4) Ri i^Kirr, " Briefve relation... »

soir, de n'avoir pas obéi au signal de ralliement (l). Hérouard, major de la HoLte, Valbelle et Gabaret, " députez du corps pour justifier nos manœuvres " en présence de Charles II, du duc d'York et du premier ministre Arlington, le firent avec un tel brio (2) que Rupert fut tout d'abord relevé de son commandement et remplacé par John Harman (3). Les deux Golbert, le ministre et l'ambassadeur, imputant à " la mauvaise conduite " du prince l'insuccès de la campagne, protestaient contre ses «calomnies (4), u quand un déplorable incident leur rendit difficile de soutenir que « ces fâcheux bruits étaient de purs effets des mauvaises intentions du prince Rupert (5). u

Un factum d'une étrange aberration avait fait rebondir le débat : » Monsieur d'Estrées a déshonoré la nation, disait ce virulent libelle (6). Tout roule sur lui; car les capitaines auraient fait leur devoir, s'il les y avait menés. Sur tous les combats que l'on a rendus, Monsieur d'Estrées n'a jamais fait aucune action de vigueur. L'an passé, ce qu'il H fait à Du Quesne crie vengeance devant Dieu. L'on peut dire avec vérité que c'est un pauA^re homme, fort décrié parmi les Anglais; » et le factum lui attribuait l'insuccès ou du moins l'indécision de la bataille. A la stur peur générale, on apprit que l'auteur en était le marquis de Martel. La rancune du lieutenant-général contre son chef avait donné des armes à notre détracteur et à nos ennemis (7) .

Disgracié la veille, Rupert revient triomphalement le

(t) Lettres de Colberl de Croissy. Londres, 29 août et 7 septembre.

(2) Valbelle à d'Alméras. 24 décembre. — Colbert de Croissy. 31 août.

(3) Colbert au vice-amiral d'Estrées. 13 septembre (Archives Nat., Maiijie R^24, fol. 417. — A. Jal, t. II, p 114)

(4) Seigneiay à Colbert de Croissy, 5 septembre (A. Jal, t II. p. 121).

(5) Colijert de Croissy à Seigneiay. 29 août.

(6) Du 6 septembre.

(7) F. H. Blackburne Danikll, p. 529.

S septembre exhiber " au roy, au duc d'York, aux ministres, à tous les principaux de la Cour et de la ville le libele diffamatoire contre M. le comte d'Estrées. Cela fait plus de tort aux intérêts du roy [de France] que ce que les I^spagnols et les Hollandois s'efforcent de faire tous les jours pour ruiner Talliance de France. L'on ne feint pas de dire que M. le comte d'Estrées ne se seroit pas comporté si laschemcnl, s il n'en avoit reccu des ordres secrets de Sa Majesté. Le colonel Howart, le comte de Carlisle et d'autres émissaires du prince Robert ont escrit de tous côtéz aux principaux membres du Parlement tout ce qui peut les ai{jrir contre la France (l) . » Mandé immédiatement à Paris, le marquis de Martel est jeté dans les cachots de la Bastille (2). Mais le mal commis est » plus facile à faire qu'à réparer (3).» Martel passe pour une victime dont u la valeur causa la disgrâce : on le mit à la Bastille pour avoir trop bien fait (ij. n

En Angleterre, on « adjouste beaucoup plus de foy à sa relation qu'aux raisons " de notre ambassadeur. Le maladroit vice-amiral semble la corroborer au lieu de réduire à néant les faux-bruits qui se colportent à Londres : Ne donne-il point " à entendre à M. de Grancey que le roy ne vouloit pas que l'on hasardât ses vaisseaux dans le péril, que l'on se défiât des Anglais (5) ! d

Il ne sait ni « orner la vérité, ni la faire connoistre avec éclat (H). » " J ay receu la relation du combat. Je l'ay trouvée si modeste qu'il vaudroit quasi mieux que vous ne l'en-

(L) Colljcrt lie Groissv à Seignclay. ii septembre (B. A., .Mélaiiyc's Colbert J6Ô Ins. fol. 592) "

(2) Soignelay à Golbcrt de Croissy. 17 septembre (A. Jal, t. II, p. 121).

(3) Colbert de Croissy à Seignelay. 28 septeinlîre.

(4) B\sxAOE, Annales des Provinces-Unies, t. II, p. 420. |ô) Information secrète de M. de Seuil.

(0) Seijjnelay au comte d'Estrées. 9 septembre (Areliives ÎNat., Marine B*30(), fol. J89).

voyassiez point au roy, " lui écrit Colberl dans une dépêche chiffrée (l). Louis XIV est « fort fasché (2), » il ne le cache point. Pour apaiser le courroux royal, pour répondre aux insinuations anglaises (3), Golbert ouvre une enquête (4) où il convie le secrétaire du vice-amiral, le commissaire du bord du lieutenant-général et le capitaine de vaisseau de Tourville : » Il examine toutes les plaintes de M. le prince Rupert, tout ce qui en avait été dit en Hollande. » Et dans un lumineux récit de la bataille où il fit ressortir les manœuvres déplorables de Spragge qui avait mis en panne, du prince Rupert qui avait plié, il incrimina M. de Martel de désobéissance et le comte d'Estrées de lenteur (5), déplorant par-dessus tout « que les François se fissent toujours connoistre, en quelque lieu qu'ilz soient, par leurs dissentions (6). " Cette explication, qui répartissait également les blâmes, était une note (li[)lomatique.

Il n'v eut pas d'instruction judiciaire. Mais une information secrète, confiée au commissaire général de Seuil, établit ceci : nos officiers ne s'étaient point engagés à fond, faute de confiance dans le prince Rupert, faute d'affection pour le comte d'Estrées qui les mortifiait par sa hauteur (7).

Pour les Anglais, notre alliance devenait un « grief. " La campagne navale laissait chez eux un malaise qui s'aggravait d'une jalousie. Le relèvement de notre ma-

(1) 29 août (Ibidem, fol. 163).

(2) Seignelay au comte d'Estrées. 23 septembre (Ibidem, fol. 315).

(3) Golbert au comte d'Estrées et à Golbert de Groissy. 30 août !^Lettres de Goi-UKRT, t. III, p. 504-. — Archives Nat., Marine B-23, fol. 124).

(4^' Que réclauiait Golbert de Groissy. il et 25 gepteuibre (B. N., Mélanges Golbert 165 6w, fol. 592, 683).

(5) 10 septembre (A. Jal, t. II, p. 115).

(6) Golbert à Golbert de Groissy. 13 septembre (Archives Nat., Marine B^23, fol. 133).

(7j Brest, 23 novembre.

rine marchande les Indisposait (l). Ils avaient pe^rdu, du fait (le la guerre, le commerce du Nord; la menace de se voir enlever le commerce du Levant par l'entrée en ligne de T Espagne acheva de les ébranler : ce fut « ce qui pressa le plus le roi d'Angleterre à songer à la paix (2). » Le 19 février 1G74, il se retirait de la lutte en traitant avec les Pays-Bas.

Par d'affreuses journées de novembre où la Bei'ne faillit s'évcntrer à Guernesey sur a des rochers à moitié mangez des refreins de la mer, d le comte d'Estrées avait regagné Brest (;î). Sa réputation était compromise par ses manœuvres, son autorité par ses « démeslés (4) : » l'enquête de Brest, si discrète qu'elle fût, acheva sa ruine (5). » Du Quesne, aux escoutes, se flattait de rentrer dans le service " avec l'appui de Vivonne. Une justice immanente allait remettre chacun à sa place, le vice-amiral à la tête d'une simple division et son subordonné, le vieux lieutenant-général, à la tète du gros de nos forces navales.

Du concours que nous pouvions attendre désormais de la Grande-Bretagne, un menu fait donnera la mesure. En Irlande, nous avions fait sept cents recrues pour notre infanterie (6). Quand deux navires royaux se présentèrent à Kinsale pour les embarquer, il ne se trouva pas plus de cent soixante-quatre hommes au rendez-vous (7).

(1) A. T. Ma[IAN, Influence de la puissance maritime dans l'histoire, trad. E. Boisse, p. 74.

(2) Mémoires du chevalier Templk.

('•V) Relation de ce qui s'est passé entre les armées navales, p. 187.

(4) " Croyez-vous, Monsieur le coniriiandeur, disait-il à Valhclle, que je m'accommode avec M. d'Alméras. " Valbelie à d' Aimeras, 24 décembre.

(ô) Colbért recommandait à de Seuil la discrétion, i" décembre (Archives Nat., Marine B*24, fol. 614 v").

(6) Recrutés par M. d'Ilamilton (Archives Nat , Marine B*30, fol. 4, 4o).

(7) Le 6 avril 1675 (Archives îNat., Marine B*6, fol. 372).

Lk FRANCE CONTRE L'EUROPE CONTINENTALE

(i Abandonnée par TAngleterre et obligée d'entretenir d'aussv grandes armées, Sa Majesté ne peut pas avoir la mesme puissance par mer. Et comme elle s'est contentée de mettre quarante vaisseaux dans l'Océan et trente dans la Méditerranée avec vingt-quatre galères, les Hollandois seront maistres de toutes les mers (1). » Ainsi philosophe Colbert, qui ne se tient pas pour vaincu. Il pense substituer à la guerre d'escadre la guerre de course avec des divisions volantes de trois à cinq vaisseaux, assez fortes contre les convois ennemis, assez faibles pour ne pas compromettre par leur retraite " la gloire des armes du Roy. » Panetié garde la Manche, Gabaret la mer du Nord, Château-Renault l'Océan, Gabaret Des Marets les mers de Galice, Gravier le détroit de Gibraltar. Ne pas « donner jalousie aux Anglois (2), » " prendre des précautions contre les Espagnols (3), » tel est le mot d'ordre.

Car la défaillance d'un allié s'aggravait de l'entrée en ligne d un ennemi. Le 9 novembre 1673, sur une dépêché de notre consul de Cadix, l'escadre du détroit de Gibraltar

(1) Colbert au comte de Frontenac. 17 mai 1674 (Lettres de Colbeht, t. III, 2'= p., p. 574).

•JL) Mémoire pour mon tils concernant la marine. » 24 septembre 1673 (Bibl. du ministère de la marine, ms. 339 (G. 184) : B. N., Nouv. acq. franc. 4972, fol. 103).

(3) Colbert à d'Alméras. 25 août 1673 (Archives Nat., Marine B*2'«-, foi. 391).

LA FBANCE COiNTRE L'EUROPE GO N T 1 NE iN l' A LE 5T9

faisait le branle-bas pour tomber à l'aube sur les quatre vaisseaux de Tamiral Jijôn : la guerre avec l'Espagne venait d'être déclarée (l). Jacinto Lôpez Jijôn n'échappa à l'étreinte de Gravier, La Fayette, Tambonneau et Forbin qu'en s'affalant, cables rompus, à l'abri des remparts de Malaga (2).

Forcé d'évacuer la Hollande pour couvrir nos frontières, Louis XIV enlève les clefs de la Franche-Comté, Besançon et Dole; Turenne, dans son immortelle campagne d'Alsace, bat les Impériaux et les Lorrains à Zintzheim (3); Condé remporte sur le prince d'Orange la victoire de Seneffe (4). Espagnols, Impériaux, Hollandais sont partout contenus. Louis XIV leur offre la paix : uîais le prince d'Orange croit de » sa gloire et de son avantage )' de continuer la guerre. Le 1" juillet, le Brandebourg, puis le Danemark ont adhéré à la coalition de l'Europe contre nous.

L'ennemi escompte en Normandie, en Bretagne, en Guyenne, en Provence, des troubles que le roi redoute. Il a des complices à Quillebeuf que le chevalier de Rohan doit lui livrer, à Marseille où l'appui de la flotte espagnole amènerait la proclamation de la République (5). Contre des gens aussi informés que les Hollandais de « toutes nos rades, pertuis, passages, entrées de rivières de toutes

(1) Le 15 octobre 1673. Le 19, Louis XIV mandait de courir sus au.v Espagnols (Guerre, Archives historiques 357, fol. 28).

(2) Le Brusque avait pour capitaine Gravier, le Joli Forbin, le Cheval marin La Fayette, la Syrène Tambonneau (D'Alméras et Gravier à Colbert. 25 novembre et 1" décembre i(J73 : Archives Nat., Marine B-24, fol. 25G, 258; B'16, fol. 222. — G. Fornandez Dlko, Armada espaiiola, t. V, p. UGj.

(3) 16 juin 1674.

(4) 12 août 1674.

(5) François BiVAi.ssON, Archives de la Bastille, t. VH. — xA.ragos, le Boussillon aux premiers temps de sa réunion à la France, dans Académie des sciences et lettres de Montpellier. Mémoires de la section des lettres, t. VII, p. 171.

sortes, ') que peuvent dix-sept vaisseaux, nos seules forces navales dans le Ponant (1).

l.A CROISIÈRE DE TROMP SUR NOS COTES DU PONANT.

Le 28 mai 1674, une flotte énorme franchissait le Pasde-Calais avec Tromp et Ruyter. Des vedettes du gouverneur de Calais (2) avaient compté soixante-six vaisseaux de ligne, dix-huit brûlots, cinquante-quatre bâtiments de service et force chaloupes canonnières. Trois colonnes de débarquement, sous pavillon bleu, blanc et rouge, des batteries de campagne » de nouvelle invention, " des « chariots à pointe " garnis de mousquetaires pour briser le choc de la cavalerie (;3j, des sections de grenadiers pourvues comme aujourd'hui de gibecières à grenades, des compagnies de " soldats de rang et de file (-4) » donnaient au corps expéditionnaire l'aspect des armées modernes.

Tous nos ports se tenaient parés contre l'avalanche : le Havre défendu par le duc de Saint-Aignan (5j, Cherbourg un instant menacé (6), Saint-Malo aux batteries de rem-

(1) Instructions de Louis XIV au comte d'Estrées et à Colbert de Terron. 18 et 30 mars 1674 (D. JNkuville, les Etablisseineuts scientifiques de l'ancienne marine, p. 113).

(2) La chaloupe Don-de-Dieu, entre autres, capitaine Robert L'Houiel, qui avait dû chercher l'abri de Dunkerque sous la poursuite de deux navires de guerre en flanc-garde. 20 mai (Archives Nat., E. J779, fol. 27).

(3) Journal de Jan van den Berg, volontaire à bord du Hollandia, vaisseau amiral de Tromp (Le Mercure Uollandois. Amsterdam, 167(5, in-16, p. 628).

(4) Ordonnance de Ruyter. A bord des Seveii Provinzien, 18 mai 1674 (Gérard Brandt, la Vie de Michel de Buiter, p. 629).

(5) Colbert a M. de Logerie. 6 juin (Archives JNat., Marine B-28, fol. 189).

(6) Gérard Br.Aaoï, p. 630.

parts renforcées de seize pièces de gros calibre (l), Brest où le gouverneur de Bretagne massait les milices de la province pour seconder la petite division du vice-amiral d'Estrées d), Rochefort dont on protégeait à la hâte les approches par le camp retranché du Vergerou, les lignes de Fouras et les cinquante pièces de canon du fort de la Pointe (3). " Ruyter, pensait-on, mettra huit à neuf mille hommes d'infanterie pied à terre pour attaquer le retranchement du Vergerou et, s'il le force, brusler Rochefort et tous les vaisseaux du Roy. Il se servira aussy de ses vaisseaux pour attaquer par la rivière et en fermer l'entrée par le moyen des bastimens maçonnés qu'il mène avec luy (4) . » Mais impossible de « prendre aucune résolution, que les ennemis ne se soient attachés à un dessein et que l'on ne connoisse certainement ce qu'ils veulent faire (5). »

A l'ouvert de la Manche, « un détachement considérable " s'enfonce au large : c'est Ruyter qui va en Amérique conquérir les Antilles françaises. Ses collègues Tromp, Banckert, Van Nés gouvernent droit sur Belle-Isle. Ayant à bord l'auteur des fortifications élevées pour le surintendant Fouquet, ils escomptent les connaissances de l'ingénieur d'Aigremont pour se rendre maîtres de cette place forte.

A la sommation du général Willem Van Hoorn, commandant les troupes de débarquement, le gouverneur de Belle-

(1) Archives Nat., Marine B^28, fol. 217, 332.

(2) Ihidem, fol. 188, 199.

(3) Le camp retranché du Vergerou était formé par le lieutenant-général cl'Alméras, les lignes de Fouras étaient fortiliées par l'ingénieur de Sainte- Colombe et le fort de la Pointe occupé par Bellefontaine (Le P. Théo- DOnK DE Blois, Histoire de Rochefort. Blois, 1733, in-4°, p. 63).

(4) Colbert à d'Alméras, 11 juin (Lettres de Colbeht, t. III, p. 520).

(5) .Mémoire signé par " les principaux ofHciers de marine » présents à Rochefort, d'Alméras, marquis de Grancey, Château-Renault, Gonibaud, Forant, Tourville, Saint-Aman», en u response à la dépesche de Mgr Colbert du 29 may 1674 >. (J. Deurbue, Tourville, p. 441).

Isle répond en faisant au parlementaire les honneurs de la place. D'une forteresse bâtie sur le roc et défendue par deux cents canons, M. de Logerie montre l'aspect formidable et l'imposante garnison : le marquis de Coëtlogon vient de s'y jeter avec quatre-vingts gentilshommes et six cents miliciens du pays de Vannes. Le parlementaire emporte l'impression, confirmée par le traître d'Aigremont, que la place est invulnérable; une descente, tentée le 29 juin sous la protection des frégates E</am et Wapen te Dort avec le concours des fameux chariots à pointe, n'aboutit qu'à une déroute; «le courage invincible" des Bretons jette à la mer sept bataillons hollandais (l), avant même que se soient ébranlées les divisions navales d'Alméras et d'Estrées mandées au secours de Belle- Isle (2).

Désorienté, incapable de rien tenter contre notre division de la Charente que couvraient cinq estacades (3), Cornélis Tromp rabattit ses prétentions sur de maigres îlots de la côte bretonne, Noirmoutiers dont la conquête le 4 juillet ne lui coûta pas moins de cent trente-trois hommes et un lieutenant-colonel, puis Houat et Haédic. Servis par l'inaction de nos petites escadres (A), les amiraux Aert Van Nés et Adriaan Banckert installent leurs patrouilles aux abords des côtes bretonnes, depuis Ouessant (5) jusqu'aux confins du Poitou : si bien que, pour

(J ) Gazette de France, 1674, p. 655. ■ — Journal de Jan Van den Berg (Le Mercure hollaudois, p. 643).

(2) Par Colbert le 4 juillet (Archives ^at., Marine B^28. fol. 225; B^26, fol. 245).

(3) Tromp aux Etats généraux. A bord du Hollandia sous Noirmoutiers, 26 juin (Missive van de Heer... Tromp. S'Gravenhage, 1674, in-4°. — /-a vie de Corneille Tromp, t. II, p. 515).

(4) Dont se plaint le duc de Chaulncs (Archives Nat., Marine B'28, fol. 253).

{5) Oh croisent vingt vaisseaux hollandais (Archives !Sat., Marine B*28i fol. 350V

tenir en respect les corsaires ennemis, le chevalier de Clerville proposera d'envelopper d'une ceinture de bastions à triple étage de feux les saillants de la côte d'Armorique (l).

Il eût fallu y joindre une barrière morale (2). a Quelque apparence de révolte " y était trop bien pressentie par Tromp (3) pour n'être pas provoquée par lui. C'est là, de Douarnenez à Concarneau, que peu de mois plus tard éclatera l'insurrection des Bonnets rouges (4), bientôt suivie de la révolte. de Bordeaux

Par ailleurs, Banckert laisse échapper un riche convoi qui arrive des Antilles (5) . Et nous n'avons garde de donner dans le « grossier paneau » que nous tend un de ses capitaines : Jan Van Brakel essayait d'attirer dans une embuscade notre division de Brest en feignant de passer à notre service sous la clause qu'un combat simulé masquerait sa trahison (G). Les opérations des Hollandais tournaient mal.

Tromp allait-il les rétablir? Cinq divisions le suivaient vers le sud : au Pasajes, les garnisons de Guispuscoa devaient se joindre à ses troupes pour marcher sur Bavonne (7). » Nul dehors, point de fossés, pas un canon en élat de tirer, et pour toute garnison cinquante vieux

(1) Il Devis de ce qui est à faire pour la construction des tours proposées en quelques endroits des costes de Bretagne pour empescher les corsaires ennemis d'y mouiller » (B. N., Thoisy 90, fol. 222).

(2) G. RoussKT, Histoire de Louvois, t. II, p. 198.

(3) Lettre de Tromp. A bord du Holbindia, 8 août (Le Mercu/-e hollandais, p. 652).

(4) Arthur de La BonDEnii-:, la Révolte du papier timbré advenu en Brcta(/ne en 1675. Saint-Brieuc, 1884, in-8°, p. 93.

(5)' Archives Nat., Marine B'28, fol. 286, 294 v°. — Gazette de France, 1674, p. 676, 743.

(6) Colbert au duc de Ghaalnes et au comte d'Estrées. 14 septembre (Archives INat., Marine B*28, fol. 310).

(7) Gazette de France, 1674, p. 676, 743, 998. — Archives Nat., Marine B^28, fol. 286, 294 v°.

coquins et la garde bouDjeoise commandée par M. le maire qui, au premier coup de canon, ouvrirait les portes, " telle était " la clef du royaume. « Mais il y avait là le Gascon Antoine de Gramont, Gramont que le roi avait « honoré d'une embrassade bien tendre » en lui confiant le salut de Bayonne. Et sept cents cadets de Gascogne d'accourir à son appel, cinq mille Béarnais de les rejoindre en bandes, une frégate de Rochefort d'apporter trois mille fusils avec deux cents milliers de poudre. Il J'avoue que je commençai alors à respirer, » écrivait Gramont. Et de passer aussitôt à l'offensive : il mande au.x alcaldes de Saint-Sébastien que tout appui prêté aux Hollandais serait la rupture du a traité de bonne correspondance entre frontièi^es. Je leur donnois ma parole que le retour vaudroit matines et que j'étois en état de les aller brûler jusques dans Vittoria et de ruiner le pays à jamais. Ma lettre porta coup (1). » La junte déclara à Tromp qu'il n'y avait rien à faire contre Bayonne; il était arrivé quinze jours trop tard (2). Et Tromp reprit vers la Méditerranée sa course vagabonde.

Peu de temps avant, la division Valbelle venue de Brest (3) avait rallié aux Colonnes d'Hercule l'escadre toulonnaise de Vivonne et Du Quesne (4), dont la file s'allongeait de toute la flotte malouine de Smyrne enca-

(1) Mémoires du maréchal de Gramost, dans la Nouvelle collection de mémoires éditée par Michaud et Poujoulat, t. VII, p. 330.

(2) Tromp était à Saint-Sébastien le 8 août fLe Mercure hollandais, p. 652). — Dépêches du premier président à Bordeaux, d'AuIède, sur les machinations des Hollandais et des Espagnols contre Bayonne (Archives JNat., Marine BHS, fol. 39i-4J2).

(3) Elle comprenait dix vaisseaux tirés des ports de Brest et de Rochefort. Colbert à Valbelle et à son second d'Amfreville. 10 et il avril 1674 (Archives Nat., Marine B-28, fol. 118, 119). — Desphés, « La vie de M. le bailly de Valbelle, » ms. d'Aix 1194 : Després commandait la Couronne, un des quatre brûlots attachés à l'escadre.

(4) Dont la liste est dans le ms. de la B. N , Clairambault 867, fol. 106.

(Irée par les quatre vaisseaux de l^aul Des Gorris de la Guerche (1).

Il Devant Tanger, M. de Yivonne appella tous les capitaines au conseil pour leur exposer que, sur ses mémoires (2), le Rov avoit assemblé un nombre si considérable de vaisseaux avec des bruslots pour entrer dans la baye de Cadix, de là dans le Pontal et y brusler tous les galions d'Espagne. Mais que ce dessein, quoique grand et bien conçu, n'estoit pas aisé à exécuter et qu'il estoit bien aise, avant que d'aller plus avant, d'avoir le sentiment de tous les capitaines... Tous estoient unanimement d'accord qu'il falloit pousser l'entreprise à bout, ne voyant aucune difliculté à entrer dans la baye. "

A la stupeur générale, Vivonne fut le seul à ne pas Il s'opiniàtrer à une entreprise " qu'il avait conçue. Sous prétexte que « le secret avoit esté mal gardé " et qu'on manquait «de pilotes-pratiques des lieux (3), " il vira de bord vers la Catalogne (4). Cette irrésolution déconcertante, cette façon lamentable de répondre aux vœux d'un roi qui avait « fort à cœur le succès de l'entreprise sur Cadis (5), " renversait les rôles. Au lieu de frapper Tennemi d'un coup de massue, elle nous exposait à en recevoir de lui.

Tromp ralliait le 26 août à Cadix Nicolas de Cordôva, général des galions d'Espagne, et, sur un ordre venu de Madrid, se mettait à notre poursuite. Le 24 septembre,

(1) « Rendez-vous que donne M. le comte de Vivonne à M. le commandeur de Valbelle, chef d'escadre. » Toulon, 8 mars 1674; — « Rendezvous de l'escadre des vaisseaux du Roy comn\andée par Paul Des Gorris, sieur de la Guerche. » Toulon, iO janvier (Archives Nat.. Marine B-26, fol. 103).

(2) Colberl à Vivonne. 2 avril (Arch. Nat., Marine B'^iS, fol. 105 v»).

(3) Mémoires du marquis de Villette, éd. Monmerqué, p. 19.

(4) Colbert à Vivonne 28 juillet (Archives Nat., Marine B*28, fol. 256 V»).

(5) Colbert à Valbelle. 12 juillet (7Aù/em, fol. 235 v").

devant Barcelone, vingt-cinq galères du marquis del Yiso le renforçaient encore (l). Mais Vivonne resta insaisissable. Il s'était dérobé, non sans emmener à Toulon une prise de quarante-huit canons et trois cent cinquante hommes d'équipage, le San Pedro, de Matteo Callardameto, que La Favette et Langeron avaient capturé à Saint-Feliu (2).

Sur la nouvelle qu'une de nos divisions était détachée au secours des Messinois révoltés (3), Tromp fut invité par la reine d'Espagne à lui donner la chasse. Cette fois, il refusa d'agir sans ordre des Etats généraux (4). Et il reprit la route de la Hollande avec des équipages affaiblis, guettés entre Ouessant et les Sorlingues par Jean Gabaret et Château-Renault (5), tandis que l'escadrille du corsaire Bernard Le Moign, en croisière aussi à l'ouvert de la Manche, faisait subir de lourdes pertes au commerce néerlandais (6). De sa longue et infructueuse campagne sur nos côtes, Bankert revepait fourbu, et de son « meschant succès )) aux Antilles (7), Ruyter revenait consterné.

(1) Mercure hollandois, p. 656.

(2) Valbelle à Colbert. Baie de Rosas, 18 août (Archives Nat.. Marine B*6, fol. 219) — Relation de Vivonne (R. ]N., Nouv. acq. franc. 21322, fol. 428). — Avis daté de la baie de Rosas, 20 août (Gazette de France, 1674, p. 969).

(3) Louis XIV à Vivonne, 4 septembre 1674 (Correspondance du maréchal de Vivox.NE, lelative à l'expédition de Messine publiée par Jean CoitDEY, t. I, p. 13).

(4) Le Mercure hollandois, 1675, p. 661.

(5) Avec onze vaisseaux et cinq corsaires nialouins. 30 novembre (Archives Nat., Marine B»28, 393 v°, 399, 407). Colbert à Éon de Saint-Malo. 30 novembre (Emile M.^vxcel, L'arsenal de la marine et les chefs maritimes a Diinkeique. Dunkerque, 1901, in-8°, p. 44).

(6) Capitaine de la frégate la Toison d'Or, Bernard Le Moign, « estant dans la baie de Torbay, coste d'Angleterre, avec une frégate de son escadre, dite la Renommée, » enlève le 8 novembre 1674 le Grand Duc de Toscane, navire hollandais. IjC 11 décembre, il enlève à l'ouest des Sorlingues un navire d'Amsterdam (Archives Kat., E. 1779, fol. 161, 299). — Le 5 décembre, il enlevait près des Sorlingues le Golden L-yon de Saardani chargé de sucre pour 221000 livres (Acts of the privy Council of Enr/land. Colonial séries L (1613-1680), éd. W. L. Grant. London, 1908, in-8% p. 670).

(7) B. N., Thoisy 90, fol. 355.

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