LES CAMPAGNES DU VICE-AMIRAL D'ESTRÉES AUX ANTILLES
Les Hollandais ne voulaient point demeurer sous la honte du retentissant échec de Ruyter aux Antilles. Mais quand, de l'attaque massive, ils passèrent aux coups de main isolés, partout une foudroyante riposte les arrêta, en attendant l'engagement décisif d'escadre à escadre qui devait les mettre hors de cause.
(i) Ses états de services sont longuement énumérés dans les lettres patentes qui lui donnent, le 30 mars 1677, le commandement de la Hotte (Fernandez Drno, t. IV, p. 151).
(2) 27 juin 1677 (Archives ]Sat., Marine B*7. fol. 324).
(3) 30 juin (Ihiflem, fol. 265).
(4) Lavisse, t. VI1-.
Aux abords immédiats de notre forteresse de la Grenade, les corsaires Jan Erasmus et Jurian Adrian avaient débarqué dans la soirée du 27 mars 1675 cent dix hommes « armés de pots à feu, grenades, fusils, pistolets, gargoussiers pleins, sabres et coustelatz : » ils avaient remporté sur les huit hommes de la garnison un facile succès, quand soudain le canon tonna sous la forteresse. Un vaisseau du roi mouillé en rade, CÉmerillon de Ghadeau de La Clochetterie, attaquait leurs deux frégates, débarquait la compagnie du lieutenant de La Glye et forçait les vainqueurs de la veille à se rendre à discrétion (1).
L'an d'après, c'était une escadre de dix vaisseaux, menée parle vice-amiralJacob Binckes, qui tentait de nous déloger du Nouveau-Monde. A Cayenne, elle réduisait le fort vSaint- Louis {^). Les forts de l'ile Marie-Galante se rendaient de même; à Saint-Martin, le commandant de Magne se faisait tuer en repoussant les assaillants (3). N ayant qu'une division légère à leur opposer (4), le chef d'escadre Rouxel de Médavy, marquis de Grancey (5), ne s'embossa pas moins
(1) Les originaux des capitulations de Sainte-Marthe de La Lande, le 28 mars, et d'Erasmus, le 29 mars, se trouvent aux Archives Nat., Colonies CAi. — " Relation sincère et véritable de ce qui c'est passé à la Grenade depuis la descente qu'ont fait les deu.v fameux corsaires liolandois nommé Jean Erassemus et Jurian Adrian jusqu'à leur embarquement prisonniers dans le vaisseau du Roy VEmei-illon... La Grenade, 30 mars 1675; » — Sainte-Marthe de La Lande, gouverneur de l'ile, à Colbert. La Grenade, 30 mars (Archives Nat., Colonies G'^Ai; Fonds Moreau de Saint-Méry, Colonies F. 17). — De Baas à Colbert. La Martinique, 4 mai (Archives Nat., Colonies C^Al).
(2) La sonmiation faite au fort est signée : « Jacob Bencks, à bord de la Défense [rfe Bescherminq^, » 31 mai 1676 (Archives Nat., Marine B*7, fol. 179).
(3) De Baas à Colbert. Fort Royal, 27 juillet (Archives Nat., Colonies C* Al).
(4) Le Marquis et le Galant, de 44 canons et 250 hommes chacun, et la Friponne, de 14 pièces et 60 hommes, avaient rejoint sous le commandement de Larson le Fort, de 60 pièces et 300 hommes, l' Emerillon et les Jeux, de 34 canons et 150 hommes, et trois barques longues montées de 40 hommes chacune (Archives Nat., Marine B*30, fol. J23y'').
(5) Ses instructions, en date du 26 avril 1675, portaient de mettre nos
avec deux vaisseaux dans les eaux de la Guadeloupe pour la couvrir (l) ; et, passant à l'attaque, il désempara sous 1 île Nevis trois navires ennemis.
Gomme Tun des compagnons de Binckes, le capitaine de vaisseau Pieter Constant engageait les habitants de Saint- Domingue « à secouer le joug insupportable du roi, » de simples marchands bretons et normands se chargèrent de la réponse. C'était au Petit-Goave, le 16 juillet IG7G. N'ayant que deux cent dix-sept hommes avec une artillerie légère, des bâtiments de commerce nantais et dieppois (2) n'hésitaient pas à livrer bataille à cinq vaisseaux de guerre armés de pièces lourdes et montés de neuf cents hommes (3) . Ils luttèrent un jour et une nuit.
Le capitaine Pierre Chevalier, du Saint-René de Nantes, tomba mort; Jean Pimont, capitaine de /'.<4/ceon de Dieppe, fut coupé en deux; Martin, capitaine du Roi-David de Hon- Heur, le bras emporté, combattait encore quand trois nouvelles blessures le jetèrent bas ; Jean Dupont, capitaine du Dauphin du Havre, l'arrière de son vaisseau emporté par un coup de canon qui avait fait sauter la sainte-barbe avec
colonies à l'abri de toute attaque soit des Hollandais, soit des Caraïbes de la Dominique (Ibidem, fol. 150).
(1) Il avait renforcé d'autre part les défenses de l'île. Grancey à Colbert. La Rochelle, iO septembre 1676 (Archives Nat., Marine B^7, fol. 182; Colonies Q? F^ 53.)
(2) Le Saint-René, de Nantes, 14 canons et 28 houinics. Le Florissant, de INantes, 14 — 40 — Le Dauphin, du Ha\re, 18 — 50 — L'Alcion, de Dieppe, 18 — 50 — Le Roi David, de Ilontleur, 16 — 35 — La Marie, de Dieppe, 2 — 14 — Le Lis couronné, 22 — 40 —
(^3) Des vaisseaux de 52, 44, 30 et 26 pièces, plus un navire de 8 pièces, dit la 11 Relation de ce qui s'est |iassé à la coste de Saint-Domingue depuis le 7 juin 1676 jusques au 28 juillet » (Archives Nat., Colonies I*'^164"). C était en effet l'arinement des vaisseaux de Jacob Binckes, la Défense ou de Bescherniing, de Pieter Constant, le Zeelandia, de Pieter Stolwyck, le Popkesburcj, et de Jean Erasmus, la Fortune, cités dans la « Relation » . Cf. plus bas la liste de l'escadre de Binckes.
vinpt-cînq de ses hommes, combattit jusqu'au moment où le navire sombra; seul, le capitaine du Lis Couronné, Jean Ducasse, s'était conduit en couard, se laissant couler à Teau pour gagner la côte à la nage, tandis que ses gens combattaient. Le manque de poudre et de munitions seul obligea les survivants à cesser le combat et à abandonner leurs navires criblés de coups. Les Hollandais étaient maîtres de la rade : mais leur cause à Saint-Domingue était perdue. Le gouverneur de la Tortue, M. de Cussy, y arrivant le lendemain, ressaisit la population, un instant ébranlée, en l'appelant sous les armes.
De la colonie hollandaise de Tabago, Binckes se fait une place d'armes pour préparer l'attaque de Sainte-Croix et de nos autres iles avec la connivence des Caraïbes de Saint- Vincent et de la Dominique (l). Huit compagnies d'une trentaine d'hommes «malades et traînants, » voilà toute la garnison dont dispose notre lieutenant-général des iles d'Amérique (:2). M. de Baas a donné congé au chef d'escadre de Grancey qui, pour » soutenir l'honneur de la marine (3), » joue à u l'admirai (4). » L'humeur dudit sieur de Grancey est sy répugnante à l'obéyssance, écrivait-il à Colbert (5), qu'il nous a désobéy plusieurs fois avec des méprix injurieux. »
C'est au grand chef de la Hotte, au vice-amiral d'Estrées, qu'est dévolue la charge de rétablir la situation. Avec dix vaisseaux, deux frégates et trois barques longues, en partie équipés à ses frais, il reprendra Cayenne, ruinera Surinam et, avec l'appoint des contingents des
(1) Jolinet à Colbert. La Martinique, 11 septembre (Archives Nat., Colonies C^AJ).
(2; De Baas à Colbert. Fgrt-fîoyal, 1" juillet (Ibidem;.
(3) De Baas à Colbert. 27 juillet (Ilndem).
(4) Colbert à Grancev (Archives Nat., Marine B*7, fol. 182).
(5) De Baas à Colbert. Saint-Pierre de la Martinique, 10 avril (Archives Nat., Colonies F='26).
Antilles, attaquera Tabago et Curaçao : telle est sa consigne (1).
Le 17 décembre 167H, Jean d'Estrées débarque huit cents hommes en vue de Cayenne, d'où le chevalier de Lézy vient d'être expulsé. Il forme deux colonnes, prend le commandement de l'une, confie l'autre à Panetié, capitaine du Précieux, laisse à la rade d'Armire les cinq vaisseaux de Louis Gabaret pour se couvrir contre toute attaque du large, embossc le reste devant le fort de Cayenne et, dans la, nuit du 21 décembre, donne l'assaut. Jean d'Estrées, marchant au feu comme un simple soldat, est le premier à se jeter dans les fossés de la place : la vigueur de son attaque électrise les siens; le chevalier de Grandfontaine, malade, se fait conduire en chaise à porteur à l'assaut; Panetié, la mâchoire fracassée, continue à encourager du geste ses marins. Nous avons quarante tués et cent cinq blessés. Mais Cayenne est à nous. Ce qui reste de la garnison hollandaise, deux cent dix-neuf hommes, se rend à discrétion. L'action a duré une demi-heure en tout. Elle nous restitue la Guyane, où le chevalier Lefebvre de Lézy reprend son poste (2).
Le 19 janvier 1677, Jean d'Estrées est à la Martinique. Il y convoque les volontaires de la Guadeloupe, Saint-Christophe, la Tortue pour livrer à son adversaire une bataille décisive. Binckes est à Tabago.
(i) « Instructions du roy à M. le comte d'Étrées, vice-arniral. » 12 août et 1" septembre {Ibidem. — Archives Nat., Marine B*7, fol. 193. — G. S.\iNT-YvES, les Campagnes de Jean d'EstrÊKs dans la mer des Antilles (1676-1678). l^aris, 1900, in-8", e.\trait du Bulletin de géoçjiaphic liistoricjiie et descriptive).
(2) « Relation de la navigation de l'escadre des vaisseau.\ de Sa Majesté depuis Brest jusqu'à Cayenne, » par le comte d'Estrées. La Martinique, 21 janvier 1677 (Archives Nat., Marine B*7, fol. 358). — » Relation de la prise de Cayenne à l'Amérique par les François sur les Hollandois» (Ibidem, fol. 199. — E.-T. Hamy, François Panetié, p. 58). — Rapport du commissaire de marine Patoulet. La Martinique, 23 janvier (Ibidem, fol. 460).
Bataille navale de Tabago.
(3 mars 1677.)
Dotée par la nature « de la plus charmante verdure, de l'ombrage le plus doux, de la fraischeur la plus délicieuse, » l'île de Tabago aurait été une colonie française si ses premiers gouverneurs, Louis Hurault de Veuil et Charles-François de Saint-Rémy, avaient tenu à la Compagnie des Isles la promesse qu'ils avaient faite de la peupler (l). Mais après diverses vicissitudes, elle nous avait échappé. Le duc de Courlande avait envoyé un navire de guerre pour en prendre possession ('2j, alors que déjà une famille de Flessingue, les Lampsins, en avait fait une Nouvelle Walcheren en y transportant <i un nombre considérable de braves hommes (3). » La ville qui se fondait à proximité de leurs magasins et d'une magnifique sucrerie, était défendue par une forteresse en forme d'étoile dont les grosses pièces battaient l'étroite entrée de Klips bay. Dix ans auparavant, une quinzaine de volontaires français de la Grenade s'étaient emparés du fort par surprise (4).
La fortification était inachevée encore : en hâte, on hissa sur les remparts des tonneaux en guise de parapet, quand parurent, le 20 février 1677, les dix vaisseaux de guerre du vice-amiral d'Estrées, renforcés de six navires légers, corvettes, brûlot, galiote et quaïche. L'amiral Jacob Binckes avait en rade une douzaine de navires : en
(1) 24 décembre 1645 (Archives Nat., Colonies C" El).
(2) 1672 (Ibidem, GMl).
(3^ Dk Hochkfort, Relation de iisle de Talmqo on de la novvclle Oiialcre, l'une des isles Antilles [dédiée à Adrien, Jean elGelin Lainpsinsl. Paris, 1666, in-12, p. 80.
, (4) En août 1666 (Du Tertrk, t. IV, p. 166).
dehors de ses équipages assez restreints il est vrai par la prise de possession de nos colonies, en dehors des quatre cents matelots et soldats de renfort (|uil v(Muut de recevoir de Hollande avec un convoi de colons, il pouvait compter sur deux cents transfuges français de Marie- Galante, « résolus de se deffcndre à touttc extrémité » pour échapper à leur juste châtiment.
Mouillée sur une ligne incurvée en travers de la passe, l'escadre hollandaise, moins forte (jue la nôtre en équipages et en canons (1), ayant 3()5 pièces contre 446, mais épaulée par des hatleries de terre, couvrait trois transports de vivres où la foule des non-combattants s'était réfugiée pour échapper aux dangers de l'assaut.
Sous le commandement du lieutenant-colonel Hérouard de La Piogcrie, major de la Hotte, une colonne de sept compagnies d'infanterie et deux cents marins marchait en effet sur la forteresse. Elle devait monter à l'assaut le mercredi des Cendres 3 mars 1677, dans l'instant où notre Hotte forcerait l'entrée du port. " L'action était téméraire du costé de la mer. » Dans des passes aussi resserrées, " il fallait vaincre, ou v mourir n en un terrible corps à corps
(1) Suivant V « Aflieeltling >i que nous citerons tout à l'Iieure, la Hotte hollandaise était mouillée sur une ligne dans l'ordre suivant :
De Zaaxer, brûlot, capitaine Cartsen, 13 hommes;
Zee/a?K/îa, 44'' canons, Pieter Constant, 118 hommes;
JJ Alcyon, prise française de Si canons, Cornelis Slolwyck, 25 hommes;
De Bescherininq, 50 canons, amiral Jacob Bi.nckks, 15)i hommes;
Duc d'Y'oi-k, 26 canons, Frederik Sweers, 35 hommes;
't Huis te Kruininqen, 56 canons, contre-amiral Roemer Vlacq, 128 hommes.
J>e Gouden Monnik, 31 canons, Dirk Schœn, 25 hommes;
Middelhtirt/, 'iG canons, Jean Swart, 83 hommes;
De Gouden Star, 28 canons, Pieter Coreman, 74 hommes;
Pophesbui q, 2'£- canons, I*ieter Stolwvck, .Ï2 hommes;
Leyden, 34 canons, Galtje Galtjes, 73 hommes;
Plus un vacht et les transports dont nous parlons, la Sphœra mundi, 12 canons. — I>ans la liste de l'escadre à ses ordres, Rinckes donne en français les noms de ses vaisseau.x (Archives r^at., Colonies C" El).
avec lés Hollandais (1) : « Leurs batteries à fleur d'eau voyoyent l'entrée du port, d'où on ne pouvait resorlir qu'en se faisant toiier. Et leur canon alla comme de la mousquelerie » , dès que notre double tête de colonne s'engagea dans le « desfilé " avec une valeur qui provoqua (2) la vive admiration de nos adversaires. Ils tiraient » dessus comme sur des estourneaux sans manquer un seul coup. Ce n'estoit pas une bataille, mais un carnage (3). »
Le capitaine le plus ancien en grade, Louis Gabaret, menait l'une des files : L'Intrépide et les cinq bâtiments
(1) Bataille navale du 3 mars 1677 sous Tabago :
SooHCES p"ranc:a.ises : Relation du comte d'Estrëes. La Grenade, 14 mars (Archives Nat., Marine B''7; Colonies C" El). — Relation du commissaire Patoulet. La Martinique, 27 mars (Archives Nat., Marine B*7, fol. 475). — Enquête faite à la Grenade par le major d'Arbouviile sur la perte des vaisseaux brûlés et éehoués. La Grenade, 16 mars (Archives Nat., Marine B*7, fol. 383 : E. SrK, t. III, p. 208). — >< Relation de ce qui s'est passé à la défaite de l'escadre des vaisseaux hollandois à ïabaco : " Gazette de France, 1677, p. 413. — L'ingénieur Massiac de Sainte-C^olombe à Thoynard. Brest, 10 mai (Bibliothèque du ministère de la marine, G. 164). — K Plan du fort et des environs de Tabago, avec le port où s'est donné le combat, qui montre par lettres où estoient nos vaisseau.x et ceux des Hollandois, onze desquels furent bruslés, » ms. (B. N., Géographie G. 5797 (365).
Sources hollandaises : « Missive ou lettre du commandeur Binkes escritte à S. A. le prince d'Orange, à bord du vaisseau la Deffense du pays [en hollandais de Bescherntinq^, encré dans la rade Cleips-bé à l'isle de Tabago le 22' de mars 1677 .. (Archives Nat., Colonies G'" El : Mercure hollandois, 1677, p. 162). — Binckes au prince d'Orange. 23 avril (J. G. de JosGE, Geschiedenis van het nederlandsche Zeewesen. 'S Granvenhage, 1837, in-8°, t. III B, p. 335). — Afheeldinq van den aanval der Franschen op het Eiland Tabago, op den 3 maart 1677, intéressante gravure représentant les positions des deux flottes au début du combat (Ibidem, p. 326). — Gedenckwaei'diqhe voyagie naer West-lndiae, onder het beleydt van den Commandeur Jacob Binckes, nevens desselfs Voorval met de France op Tabago. Beschreven en bij-gewoont door H. V. B. Amsterdam, 1677, in-4". — Belle estampe hollandaise représentant l'attaque du fort de Tabago, avec les flottes en feu dans le fond (B. N., Géographie DD. 558, fol. 57).
(2) D'après un capitaine de vai.sseau hollandais arrivé le 30 mai à la Haye (Gazette de France, 1677, p. 480).
(3) Massiac de Sainte-Colombe cité. Il tenait ses renseignements des passagers du Fanfaron.
qui le suivaient (1), » essuyèrent près de neuf cents coups de canon, sans en tirer aucun qu'après avoir pris leur poste à la portée du pistolet. " Alors le Marquis se jette toutes voiles dehors sur le Leyden qui forme la pointe du croissant : et les trente-cinq homniesde l'enseigne d'Aunav ont tôt fait de clouer les écoutiiles sur les débris de l'équipage de Galtjé Galtjes réfugié à fond de cale.
A la gauche, en tétc de notre seconde HIe (:2), le vaisseau amiral le Glorieux gouverne sur le centre ennemi pour le défoncer. — " Au troisième qui me paroit le plus gros! " commande Jean d'Estrées. VA sous un feu violent qui nous couche bas quarante hommes, sous la menace du brûlot de Zaayer qu'vui tourbillon emporte heureusement à la dérive, le Glorieux ^ellc ses grappins sur l'étai de misaine du 'f Huis te Kridninghen, qui porte 5(j canons. L'abordage réussit : le chevalier d'Hervault fait prisonnier le lieutenant ennemi, le sieur de Lisle enlève le pavillon du contreamiral îloemer Vlacq et « les ennemis sont menés si vite par les nôtres, qu'en moins d'un quart d'heure, nous en fumes les maîtres. " La victoire est saluée des cris enthousiastes de : "Vive le Roi! ^
!i Mouillé en barbe du vaisseau amiral " de Binckes, le Précieux du Lyonnais Mascarany file son cable pour l'aborder. Mais il tombe sous le vent du Bescherming et, à longueur de pique, soutient pendant trois heures le feu des 50 canons de Jacob Binckes. La chance, qui nous a jus-
i^l) L'Intrépide, de 56 canons, capitaine Louis Gabaret;
Le Fendant, tie 54, — — comte de Blénac;
Le Marcjiiis, de 46, - — — chevalier de Lézines;
7,e Galant, de 46, — — «le Montortié;
I^e Soleil d'Afiiifuc, de 30, — — de La Borde ;
Les Jeux, de 36, — — de La Cassinière.
(2) Le Glorieux, de 60 canons, battant pavillon du comte d'Estrées;
Le Précieux, de 54, capitaine Mascarany;
L' lùiterillon, lie ZG, — de Méricourt;
Le Laurier, de 28, — de yiach-duh fAfheeld in (^...^.
qu'Ici servis, tourne. Démâté, le Précieux s'échoue; les matelots valides se sauvent; Mascarany essaie en vain de se touer; pour embarquer cent di.K blessés, il quémande des chaloupes; il va lui-même, en compagnie du lieutenant de Ghampigny, blessé, quérir l'aide du comte d'Estrées. La réponse est qu'il faut brûler le vaisseau. Le capitaine obéit : mais les blessés valides lui arrachent le boute-feu et, pistolets au poing, le forcent à déguerpir.
L'Intrépide, où la seule batterie de l'enseigne Hémon Coinard de La Malmaison compte trente tués, commence à faiblir. A son banc de quart, le capitaine Louis Gabaret, qui a refusé de descendre se faire panser de deux graves blessures, " par la seule raison de ne pas intimider son équipage, " est coupé en deu.x par un boulet. L'approche d'un brûlot fait perdre la tête au lieutenant Courpelau de Saint-Pierre qui s'enfuit avec l'enseigne Coinard, blessé. Blessé aussi, l'enseigne Herpin passe le commandement au garde de la marine Naudin, qui continue à tirer jusqu'à quatre heures, puis va à la nage demander du secours. La moitié de l'équipage est hors de combat. Courpetau de Saint-Pierre, sommé par l'amiral de retourner à son bord y mettre le feu, n'en fait rien (1). Et le lendemain, le dernier officier, le capitaine d'armes Extradié est contraint de se rendre avec la poignée de matelots qui lui reste, vingt hommes, dont sept blessés.
Nos prises prennent feu. Le Leycien, atteint par un boulet rouge tiré du fort, communique le feu au Marquis qui saute avec la majeure partie de ses deux cent cinquante hommes. Le capitaine de Lézines est aperçu pour la dernière fois sur le bord de la sainte-barbe, d'où il implore du secours.
(i) Procès de Courpetau de Saint-Pierre et de Coinard. Courpetau fut condamné à mort à Brest le 9 septembre 1677 (Archives Nat., Marine B^7, p. 527).
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Le Glorieux, accroché à sa capture, tirait contre les derniers vaisseaux ennemis des boulets à deux têtes pour les couler bas quand il se trouve soudain pris entre le Duc d'York qui brûle au vent et '/ Hvis te Kruininghen, où le feu s'allume de toules parts à l'avant et aux galeries. Notre vaisseau amiral tente de se garer du premier par un boutehors; mais il n'a pu s'éloigner du second que d'une couple de brasses lorsque le Kruininghen saute en l'air. Le Glorieux a l'arrière fracassé par l'explosion; le pont s'effondre dans la batterie; tout le navire flambe jusqu'aux huniers. Blessé à la tête, couvert de sang, sans chapeau, sans perruque, Jean d'Estrées gagne la poulaine, où un canot que le garde de la marine Bertier a été chercher à la nage le recueille avec son état-major. Un boulet parti de l'un des deux vaisseaux hollandais qui combattent encore, troue le canot (jui sombre. Soutenu par des matelots, le vice-amiral de France gagne le rivage où il prend pied en intimidant une patrouille ennemie, qui demande quartier. Resté seul, impuissant à lutter contre le feu, l'enseigne d'Armanville quitte le dernier le bord peu de minutes avant l'explosion finale.
Mais voilà que le Middelburg, » les bords emportez à force de coups de canon, " prend feu, puis le Star Popys, puis là Sphaera mundi, puis d'autres navires hollandais. il A l'étroit dans un coin, » tout ce qui nous reste de vaisseaux valides se fait touer pour échapper à la fournaise (l).
Un dessin du temps représente l'épouvantable mêlée, le Glorieux., le Marquis et la barque longue l'Assurée en flammes, le Précieux échoué, le Fendant et le Galant démâ-
(i) 11 Missive ou lettre de commandeur Rinkes escritte à S. A. le prince d'Orange à bord du vaisseau la Deffense du pays [7>e Deschermingl^, encré dans la rade Cleips-bé à l'isle do Tahaijo le 22° de mars 1677 » (Archives Nat-, Colonies C"> El).