V. Ai
tés et la rade éclairée par un gigantesque incendie (1), cependant qu'un autre drame se déroule sur terre. Sans user des fausses attaques prescrites pour donner le change, Hérouard de La Piogerie a foncé droit devant lui comme l'a fait Jean d'Estrées : il a par trois fois lancé ses colonnes à l'assaut «d'une double palissade sans aucun rempart, nv fossé, » qui constitue le fort. Trois fois repoussé par Montigny de Glarjes, il est frappé à mort, ainsi que le commandant du contingent de vSaint-Christophe, Bailliencourt; blessé, le chevalier de Grandfontaine bat en retraite avec les débris des colonnes d'assaut. « De tous les officiers, il n'v en a quasy pas qui ne soit sortv du combat avec quelques blessures (2). » Les capitaines de vaisseau Gabaret, de Lézines et de La Borde sont parmi les morts. Nous avons huit cents hommes hors de jeu (3)... et c'est une victoire.
La flotte hollandaise n'est plus. A part le vaisseau amiral, le Zeelandia et l' Alcyon qui gisent échoués, ras comme des pontons et troués comme des écumoires, tout le reste, — cinq vaisseaux de ligne (4), trois transports (5), un brûlot et une patache (6), — a été la proie des flammes. Rœmer Vlacq, Galtié Galtjes, Frederik Sweers, Pieter Constant, Pieter Coreman, deux autres capitaines de vaisseau, trois cent quarante-quatre hommes sont hors de
^1) K Plan du fort et des enviions de Tabago, avec le port où s'est donné le combat « (B. N., Géographie. G. 5797 (365). — « Liste de l'équippage des vaisseaux de l'esquadre Françoise, » communiquée à Binckes par un prisonnier fMercure hollandais, 1677, p. 171).
(2) Relation du comte d'Estrées. La Grenade, 14 mars.
(3) Massiac de Sainte-Colombe à Thovnard.
(4j 't Huis te Kruininqen de 56 canons, Middelburq de 36, Leyden de 34, Popkesburq de 24, de Goitden Star de 28.
(5 Duc d'York de 26 canons, de Gouden Monnik de 31, Sphaera mundi de 28.
(6) Le Zaayer et la Fortune ( « Liste de la monture des vaisseaux de M. le commandeur Jacob Binkes, le 3 mars 1677 : « Mercure hollandais, 1677, p. 173 : cf. également Archives ]Sat., Colonies C" El).
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combat. Les passagers réfugiés à bord des transports, colons et escbives, nègres et planteurs ont péri par centaines (1). Autant que la Hotte, la colonie hollandaise a subi un désastre.^
Prise de Corée et de Tabago.
(Octobre-décembre 1677.)
Mais Tabago reste un point d'appui pour la demidouzaine de corsaires hollandais qui courent la mer des Antilles et causent aux colons « des apréhansions continuelles d'eslre enlevés, eux et leurs esclaves (2). » Jean d'Estrées n'a rempli (ju'une partie de sa mission.
Cne nouvelle escadre qu'il est venu chercher (3), appareille le 3 octobre IG77 à Brest. Ses onze vaisseaux de ligne et six flûtes ou brûlots (4) sont sous le commandement en second du chef d'escadre marquis de Grancey et du lieutenant-général des lies d'Amérique comte de Blénac,
Le 31 octobre, la flotte était devant Gorée, îlot fortifiée l'abri du Cap Vert, dont les Hollandais avaient fait le siège de leurs opérations commerciales. Sur ce rocher deux forts, le Fort-Nassau à la base, le château d'Orange
(1) Quatre à cinq cents, selon la « Relation" du comte «l'Estrées, confirmée par le « récit sincère " fait à la Haye par un des capitaines de vaisseau hollandais (Gazette de France, 1677, p. 480).
(2) « Mémoire concernant l'isle de Tabac par M. de F5aas. » 1677 (Archives Nat., Colonies C" El).
(3) Lettre du coujte d'Estrées. 25 juin 1677 (B. N., Mélanges Colbert 174, fol. 393).
(4) Vaisseaux : le Tenihle portant le pavillon du vice-amiral d'Estrées, le Tonnant portant la cornette du marquis de Graticey, le Belliqueux ayant à bord le comte de Blénac, le J)iic, le Prince, l'Etoile, l'Alcion, l'Hercule, le Brillant, le Bourbon, l'Iùneritlon ; — Flûtes : le Dromadaire, le Tardif et la flûte-hôpilal ; — Brillots : le Périlleux, la Maliqne et. le Brutal; — une barque longue et une caïche. I>a liste des états-majors de chaque vaisseau a été publiée dans le Mercure Galant de mars 1678, p. 132,
au sommet, avaient des remparts de trente-deux pieds d'épaisseur et quarante-deux pièces en batterie. Sept vaisseaux aux ordres du comte de Sourdis foudroyent le Fort- Nassau, que le marquis de Grancey s'apprête à enlever à la tête de quatre cent cinquante marins et de deux compagnies de grenadiers. Epouvantés, les Hollandais gagnent le château d'Orange. Quelques boulets en ont raison et la garnison se rend à discrétion le 1" novembre (l). Vivres et pièces d'artillerie embarqués, les bastions sont détruits, bien que cette rade merveilleuse puisse servir d'escale aux vaisseaux de la Compagnie des Indes (2).. La ruine du commerce hollandais sur les côtes d'Afrique sera complète l'an d'après, lorsque le fort d'Arguin défendu par trente pièces de canon se rendra au capitaine Du Casse (3).
Le (> décembre 1677, le comte d'Estrées est devant Tabago, où il a donné rendez-vous à la division restée aux Antilles (A). Une colonne de neuf cent cinquante hommes parvient à travers bois, ravines et rivières à mener des mortiers et trois pièces lourdes sur la hauteur d'où l'on dominait l'année précédente le fort et les vaisseaux. Binckes est toujours là, on l'apprend par des transfuges. Mais il n'a plus que le P?'écieiix, relevé par lui et placé sous les ordres du corsaire Erasmus, le vaisseau amiral de Bescherming, le seul qu'il ait pu renflouer de sa défunte flotte, et trois bâtiments légers (5).
(1) « Plan de l'isle de Gorée avec ses deux forts, et le combat que nous avons rendu le premier du mois de novembre 1677 » (Mercure Galant, mars 1678, p. 152-153).
(2) Rapport du comte d'Estrées, s. d. (Archives Nat., Marine B*7, p. 420. — Affaires Étrangères, Afrique 12, p. 7. — B. N., Franc. 20625, p. 204, 446. — Siixr-YvEs, p. 23).
(3) Commandant l'Entendu, 29 août 1678. » Relation de la prise du fort d'Arguin» (B. N , ISouv. acq. franc. 9339, fol. 94).
(4j Et composée du Belliqueux, du Bourbon, du Brillant et de l'EmerilloH (Archives ^at., Marine B*7, fol. 41 9j.
(5) ,11 Relation des prises des forts de Tabago et de Gorée, » par M. de
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Le comte d'Estrées renvoie [)révenir que, si les Français présents à Taba^jo sont contraints malgré eux de combatlre, la vie de quatre cents prisonniers hollandais répondra de cette violence. Le 10, il fait ouvrir la tranchée sous la direction de l'ingénieur de Combes (1) et sous le commandement alternatif du lieutenant-^jénéral de Blénac et du chef descadre de Grancev, dont on évite ainsi les conflits de préséance. Landouillette, inventeur de boulets ou balles ardentes, pointe les mortiers (2) : « Cent pistoles contre quatre que le fort sautera au troisième coup. » Et de fait, un coup long que l'ennemi salue du chapeau, un autre plus court règlent son tir : et la troisième bombe, défonçant tout, éclate dans la sainle-ltarbe du fort qui saute avec un fracas épouvantable (3). Têtes, bras et jambes volèrent en l'air : de l'amiral Binckes et des seize officiers qu'il avait à sa table, on ne retrouva point les corps. Deu.\ cent cinquante Hollandais avaient péri, les survivants fuyaient comme des fous. La colonne d'attaque s'empare sans coup férir des ruines du fort, et trois de nos vaisseau.x (4) de l'escadre en rade. Seul, le corsaire Erasmus parvint à s'évader à travers les roches avec un léger bateau.
Tabago était nôtre. Le Précieux reconquis, le vaisseau amiral de Bescherming, une Hùte, une frégate, cent soi.xante canons, cinq cent vingt-cinq prisonniers, tels étaient nos trophées (5).
Courcelles. Tabago, 24 décembre 1677 (Archives Nat., Colonies C'EI). — " De ce qui c'est passé à Tabago, » par Saint-Aubin d'infreville. 1" janvier 1678 (Archives Nat., Marine B*8, fol. SiO). — .< Plan du fort et du port de Tabago, » avec l'indication des positions des assiégeants [Mercure Galant, mars 1678, p. 162).
(1) L'ingénieur de Combes, à bord du Brillant que commande Chadeau de La Clochetterie, a passé toute la saison à mettre les Antilles en état de défense (Archives Nat., Marine B*7, fol. 186. — Saist-Yves, p. 17).
(2) Archives jNat , Marine B'25, fol. 225.
(3) De Courcelles cité.
(4) L' Étoile, l'Hercule et le Bourbon.
(5) De Courcelles cité. — Rapport du comte d'Estrées (Archives Nat.„
Le comte d'Estrées compte en cueillir d'autres. Il passe à la Grenade en janvier 1678. à Saint-Christophe en mars, à la Martinique en avril, envoie à Saint-Domingue et à la Tortue quérir l'aide des flibustiers dont l'effectif atteint un millier d'hommes (l), et, le 7 mai, appareille à Saint- Christophe à la tête de dix-huit navires royaux et douze bâtiments corsaires (2) pour une entreprise qui lui parait (i presque infaillible (3) : » la conquête de Curaçao.
Un Français, qui a été trois mois prisonnier dans Tile, répond du succès. Toute la défense consiste en une compagnie d'infanterie, une quarantaine de planteurs " et autant de pauvres Juifs. " Au heu d' » insulter par mer le fort» de Curaçao, on le tournera en débarquant à la file dans la baie de Sainte-Barbe à trois lieues de la forteresse. Une batterie et deux mortiers traînés par des bœufs jusqu'au sommet de la colline qui domine la position, la réduiront « dans peu de jours » à merci (4).
Le naufrage des îles Aves.
(ii mai 1678.)
a Vous n avez point de pilote qui connaissent ces parages, objecte son capitaine de pavillon. — C'est mon affaire, réplique l'amiral, encore une fois, laissez-vous
Marine B*7, p. 431). — Lettre du comte d'Estrées. 31 décembre [Ihiclem, p. 456). — Archives Nat., K. 1232. — B. N , Franc. £0625, fol. 203, 448. — Sii:«T-YvES, p. 25.
(1^ Jacques Nepveu sieur de Pouancey écrivait le 4 mai 1676 : » Il y a plus d'un millier de ces hommes qu'on appelle flibustiers. Il en est parti une flotte, dont le général est le marquis de Maintenon, de 600 » , (Archives Nat., Colonies Cl. — Pierre de Vaissiere, Saint-Domiii(jue, p 20).
(2) Archives ISat., Marine R'^S. p. 258. — Saist-Yvks, p. 28.
(3) Archives îSat., Marine B*7, fol. 197.
(4) " Mémoire pour l'entreprise de Corosol " (Archives Nat., Colonies G** Bi. Martinique à la date de 1677).
conduire (Ij. " El il ordonne de faire roule sur Tilot d'Orchilla au nord du Venezuela; l Étoile, Hanquée dun bâtiment flibustier, a mission de faire une descente dans l'île de Buen-Avre qui forme avec les iles d'Aves et de Curaçao un cordon parallèle au littoral du continent.
Dans la soirée du 11 mai, bauteur prise, on se croit à une vingtaine de lieues dans le nord d'Orchilla, alors qu'à l'estime du pilote Bourdenave, on est à l'ouest de cette côte « haute et saine. — Ce coquin me vient toujours dire des sottises, » gronde l'amiral en le mettant à la porte. Et il fait le signal de courir la bordée du sud-sud-ouest, Il les huniers bas toute la nuit, » sans vouloir écouter les conseils du marquis d'Amblimont.
A neuf heures du soir, des coups de feu éclatent en avant du Terrible ; un bâtiment flibustier vient d'échouer. Le vaisseau amiral aussitôt « d'amurer la misaine et de border l'artimon, » afin de virer de bord. Au moment où on le croit paré, le Terrible touche un banc de roches; les vaisseaux qui le suivent, lofent ou laissent arriver afin d'éviter entre eux les abordages : et en voilà une douzaine au plein sur des écueils invisibles. Nulle part, on n'aperçoit la terre, et les ténèbres ajoutent à l'horreur de la situation.
Le Terrible battant pavillon amiral, le Tonnant portant la cornette du chef d'escadre de Grancey, le Prince, le Belliqueux, l'Hercule, le Défenseur et, à deux lieues de là, le Bourbon, toute une division navale gisait éventrée. C'était une catastrophe sans nom. Les Hollandais prétendaient nous avoir attirés dans ces parages à la poursuite de trois de leurs vaisseaux : le canon d'alarme, pris pour le signal d'un
(i) Première relation du naufrage, par le sieur de Méricourt. A Lord du Duc, Petit-Goave, 2 juin 1678; — Abrégé de la relation. 3 juin (xVrohives Nat., Marine H'8, fol. 261, 269 : Colonies, F^a6). — Rapport du comte d'Estrées. Brest, 13 août (Archives ^ni. Marine B*8, fol. 277j.
engagement, aurait précipité notre marche à la mort (1^.
Et que faire? Porter une ancre vers le large pour se haler dessus? Vents et courants rejettent sur les brisants la chaloupe qui la porte : « Il ne fait pas bon ici, dit tout bas le capitaine de pavillon de Méricourt aux officiers du Terrible; rangez-vous du côté de Féchelle où nous ferons venir la chaloupe. " « Le jour venu, poursuit-il, nous vîmes trois petits bâtiments sur le côté, équipages à la nage, des brisants à perte de vue et, au vent, deux petits bâtiments flibustiers, " où le vice-amiral se fit porter » avec sa cassette. "
Cruellement puni de sa témérité, Jean d'Estrées ignorait totalement où il était naufragé. Le lieu de la catastrophe, — les flibustiers le lui apprirent, — était un archipel dont les seuls habitants étaient les oiseaux, <i les rescifs d'Aves qui tenaient plus de quatorze lieues de pays. " Les flibustiers s'empressaient â sauver nos équipages : a S ils avaient su que M. le vice-amiral n'eût pas des gens de pratique, ils se seraient offerts pour le conduire : il faut des praticiens; l'on ne navigue pas en ce pays-lâ par la hauteur. » Le Terrible, après avoir talonné pendant sept heures, s'ouvrit : " quantité de soldats et matelots à la nage » furent recueillis par la grande chaloupe de Méricourt; d'autres s'étaient réfugiés sur les parties qui émergeaient de 1 épave, « le mât de beaupré et l'épaule de tribord. » Mais quatrevingts hommes avaient disparu sous les flots. Dn Belliqueux et de l'Hercule, la chaloupe amirale sauva une centaine d'hommes; le Tardif donna asile à quatre-vingt-dix naufragés du Bourbon; un millier d'autres furent hébergés sur les derniers vaisseaux restés valides. Le capitaine d'Amblimont ne quitta le Défenseur qu'après avoir évacué son équipage et se sauva à la nage le dernier.
(1) Jonathan Atkins, gouverneur des Barbades, à Coventry. 1/Ji août (W. N. S.\I^SB^RY, Calendar of State papers. Colonial séries. America and West Indies {1677-1680), n" 1646).
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La flûte le Drotnadaire s'ajouta le leiidcinain à la funèbre liste : sept vaisseaux de li^ue, trois traiiS[)Orts, trois navires flibustiers, cinq cents canons de marine et une batterie de campagne (l), la Heur do la flotte, presque tous nos canons de fonte, cinq cents marins étaient sous les eaux. Terrifié en voyant flotter sur le lieu du naufrage les " reliques » des vaisseaux écboués, le capitaine de Bonneville qui revenait de patrouiller du côté de Curaçao, rapporta en France la sinistre nouvelle. Le comte d'Estrées, après avoir reformé à Saint-Domingue un embryon d'escadre (2), avait pris tristement la route de la métropole à bord du Duc (3). La responsabilité du désastre lui incombait tout entière. Le capitaine du pavillon du Terrible a refusé de signer la relation du naufrage dressée par Flacourt, sous prétexte « qu'elle ne contient pas la vérité. » « La perte de l'escadre que M. le vice-amiral vient de fère, déclarc-t-il, est trop grande pour la passer sous scillence comme je fis l'an passé à Tabacq. » N'avant « eu que le nom de capitaine du vaisseau » amiral dont a Monsieur le vis-amiral a voulu faire les fonctions, •' j en décline la responsabilité (-4).
A peine avisé de ^i l'horrible malheur, » Colbert mande
(1) Le Terrible, monté par d'Estrées, avait 70 canons, 500 hommes; Le Tonnant, marquis de Grancey, Le Belliqueux, de JNesmond, Le Bourbon, de Rosmadec, Le Prince, Saint-Aubin d'Infreville, LJHercule, de Flacourt, Le Défenseur, d'Amblimont, Le Roy David, Julian, L^a Caïche,
/.e Dromadaire, Périer, Trois flibustiers de 18, 12 et 6 canons et 400 hommes.
(2) I^e Duc, monté par le comte de Sourdis, 57 canons, 300 hommes; le Brillant, l'Alcyon, l'Eincrillon, la flûte le Tardif, trois brûlots et une pinasse chargée de vivres.
i^) Mercure hollandois, 1678, p. 440.
(4) A bord du Duc, à la rade du Petit-Goave, 2 juin 1678 \Jibidem, fol. 261).
les officiers de marine présents à la Cour ou à trente lieues à la ronde, pour les expédier d'urgence sur les lieux du naufrage avec « ceux qui ont autrefois demandé le privilège de repescher tout ce qui estoit dans la mer. d Et les questions du ministre se pressent : « Combien de pièces de canons croyaient-ilz avoir perdu? — Quatre cent quatrevingt-quatorze, répond Flacourt, sçavoir 212 de fonte et 282 de fer.
— Combien a-t-on esté à naviguer autour de Tisle de-s Aves avant de partir pour Saint-Domingue? — Depuis le jeudv 12 jusqu'au lundy 16 rnay.
— Combien a-t-on laissé de matelots et soldatz dans les habitations de Saint-Domingue? — Huit à neuf cents, les uns débarquez faute de vivres à Chantemesle, coste du sud de Saint-Domingue, et les autres dispersez d'eux mesmes et sans ordres, à cause de la disette (1). »
Pour réparer la lourde faute du grand chef de la flotte, un convoi part de France le 23 octobre sous la conduite du vieux Forant et du jeune marquis de Langeron que guide le capitaine Paris (2). Arrivé aux îles Aves où les Hollandais ont cherché à nous devancer, Forant met sa division à l'abri. Et nos marins aussitôt d'organiser le sauvetage. Dans l'onde transparente apparaissaient les canons (i tant sur les varets des vaisseaux qu'espandus sur le sable. L'on ce campa pour ce travail à la pointe de l'ouest.
(1) " Mémoire sur l'horrible malheur qui est arrivé,» par Colbert, et K Mémoire des esclaircissemens à demander sur le naufrage des vaisseaux commandez par M. le vice-admiral, » par Colbert (Archives Nat., Marine B*8, fol. 254, 258).
(2) Forant emmenait deux vaisseaux et deux caïches que rallièrent à la Martinique deux autres vaisseaux et quatre flûtes (Relation de la campagne, 23 octobre 1678-24 mai 1679 : Archives Nat., Marine B*8, fol. 458. — ■I Journal du voyage des isles de l'Amérique,» par le commissaire de Bennes {Ibidem, fol. 466). — Forant à Colbert. Isles d'Aves, 16-17 janvier 1679 (Ihidavi, fol. 473). — Colbert à d'Estrées (B. N., Mélanges Colbert 174 Ins, fol. 59i).
OÙ Ton drossa raslcllier. La cloche à plongeurs] et les autres machines se trouvant entièrement inutiles, l'on [n']eut d'autres recours qu'aux chalouppes avec leurs virevaux ou poullies de pallants, lorsque les plongeurs avoicnt croqué les canons par les dauphins, culasse ou voilées pour les jetter au derrière des chaloupes. » En deux mois, dans a des lieux sv riscahles " qu'on doutait de réussir, nos maîtres d'équipage avec un zèle qui leur valut des médailles d'or repêchèrent la plus grande partie de l'artillerie perdue, trois cent soixante-quatre canons et trois mille boulets. Rt Forant, heureux du succès de sa méthode, la consigna par écrit pour le cas où » on aurait le malheur de faire quelques autres naufrages (1). "