‹ Histoire de la marine française (volume 4)Chapitre 67 sur 75 · LA MENACE ANGLAISE · texte numérisé non relu

LA MENACE ANGLAISE

Le triste abandon de Messine, — La Feuillade ne l'avait pas caché à nos malheureux partisans, — était la consé-

(1) Louis de Rochcchouart-Morternart, mort le 3 avril 1(>88.

(2) II ramenait La Feuillade à bord du Monair/iie qui aborda le 7 avril 1678 à Toulon.

(3) Louis XIV à Du Quesne. 11 mars — Dc^jà, en 1677, les quatre galères du chevalier de Breteuil avaient été détachées en Roussillon pour appuver Navailles (Archives Nat., Marine B*7, fol. 304).

(V) Rapport de Du Quesne. Par le travers de Palamos, 29 mai (Archives Nat , Marine B*8, fol. 128. — B. N., Nouv. acq. franc. 21322, fol. 404). — Du Quesne au chevalier d'Aubeterrc. Baie de Bosas, 2 juin (Guerre, Archives historiques 1241, p. 14: A. Jal, t. II, p. 322). — Madrid, Colecciôn Sans do Barutell, art. 2°, n°' 281, 395, 306: art. 4°, n° 1517.

quence d'une complication nouvelle qui nécessilail le regroupement de nos forces navales. L'Angleterre devenait menaçante. Gomment avait-elle glissé de l'alliance passée à l'hostilité présente? Rien de plus logique. Afin d'éluder nos prohibitions, les Hollandais, plaçant sous pavillon neutre les vaisseau.\ qui dormaient inutiles par milliers dans leurs ports, se faisaient délivrer à Londres lettres de naturalité et lettres de mer. « Une fourbe aussy grossière, » flagrante contravention d'un règlement britannique (1) qui réservait les passeports aux navires nationau.x, ne pouvait être tolérée par nous (2). La complicité de l'Angleterre s'aggrava du transport de » troupes et de toutes sortes de marchandises de contrebande dans tous les Estats d'Italie sous la domination du roy d'Espagne (3). v Quelque liberté que revendiquât l'Angleterre, de pareilles infractions à la neutralité étaient inadmissibles.

11 en résulta des prises de guerre contre lesquelles la Grande-Bretagne protesta (4), mais dont beaucoup, après de multiples procédures (5), furent reconnues légitimes. La tension s'accrut au mariage du prince d'Orange avec la nièce de Charles II; le 10 janvier 1678, la Grande-Bretagne entrait dans le consortium de nos ennemis.

Sans s'émouvoir, Louis XIV fit examiner les movens de u tirer tous les avantages d une déclaration de guerre, " c'est-à-dire de frapper aux points vulnérables l'énorme marine de commerce britannique. " Anglois, Écossois, Irlandois joints ensemble ayant assurément vingt fois plus

(1) Du 21 juillet 1675.

(2) Mémoire au roi d'Angleterre sur les prises. 17 septembre \.6~Q (Lettres de CoLBERT, t. m, 2' p., p. 685).

(3) Colbert à M. de Barillon, ambassadeur en Espagne. 6 octobre 1677 [Ibidem, p. 34 note).

(4) Cf. la note 2 ci-dessus.

(5) Ordre d'informer sur la plainte de six maitres de navires anglais pris par Heaumont et C. 3 août 1677 (Arcbives INat., E. 1789, fol. 97; E. 1779, fol. 181, .188), etc.

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de vaisseaux que les sujets du Rov, hon nombre de petites escadres, dans tout le tour de ces îles, » intercepteraient toutes les relations cnire l'Irlande et l'Angleterre fl), tandis que les corsaires hretons, annaiit en masse (2), viendraient prêter main-forte à la marine rovale et aux câpres dunkerquois. Le rassemblement d'une quarantaine d'entre eux dans la Rance préoccupait à ce point l'An^jlcterre qu'elle songeait à lancer contre eux une dcini-douzaine de l»rûlols et de frégates pour les détruire (3).

Les Communes avaient décidé (i; l'armement de quatrevingt-dix vaisseaux et trente mille hommes, interdit l'entrée de tous nos produits agricoles ou manufacturés dans le Koyaume-Uni (5) et voté un impôt pour u entrer effectivement en guerre avec la France." On disait qu'une division de trente vaisseaux '6; allait renforcer, — sous couleur de guerroyer contre Alger, — les Hottes hispano-hollandaises de la Méditerranée. Des dépêches envovécs dans toutes les directions prescrivaient à nos vaisseaux de rallier Toulon (7). « S'ils se déclarent, disait-on des Anglais, ce sera comme ils ont accoutumé de le faire, en mettant le feu au canon à leur avantage (8). » Et La Feuillade souhaitait à Château-Renault de n'en rencontrer que u le nombre nécessaire pour augmenter la réputation des armes» du Roi '9).

(1) Colltert au commissaire Desclouzeaux. 7 février 1678 (Lettres de COI.BKHJ, t. III, 2^ p., p. 79).

(2) Colbert au duc de Ghaulnes. £2 avril (Ibidem, p. 93).

(3) Avis de Jersey, 2 février v. style 1678; Guernesey, 7 février v. st.; Dartmouth, etc. (F. H. Blackburne DAMELt,, Calendar of State papers. Domestic séries (1677-1678). p. GOhi-, 623, 633).

(i) Le i'' mars 1678.

(5) Le 30 mars {Mercure Ilollaiidois, 1678, p. li-V).

(6) La division de John (Iluirciiili, comte de Marlhorough (Lettres de CoLnKRT, t. III, 2" p. p. 101).

(7) Gabaret à Colbert. lîade de Toulon, 3 mai (Archives Nat., Marine H'8, fol. 109).

(8) Du Quesne à Colbert. lladc d'ilytres, 12 avril (A. Jai,, t. Il, p. 315).

(9) Archives ISat , Marine H*8, fol. 68.

L'éventualité de rinterventioa britannique donnait au gouverneur des Pays-Bas espagnols l'espoir de « quelque redressement" d'une situation désespérée (1). Après Cambrai et Valenciennes perdues Tannée précédente, l'Espagne venait encore de voir succomber la ville et la citadelle de Gandque Louis XIY avait obligé le 12 mars 1678 à capituler. Créqui avait battu les Impériaux, passé le Rhin et pris Fribourg le 17 novembre précédent. Maestricht avait été enlevée aux Hollandais. Nos succès compensaient les défaites infligées à nos alliés suédois par les Danois et par les Brandebourgeois.

D'habiles dispositions prises par Colbert avec l'approbation de Louis XIV paralysaient le commerce des Pays- Bas. Du Quesne, renforcé par les garde-côtes provençaux d'Estienne Jean, croise entre la Sardaigne et l'Afrique aux aguets du convoi hollandais de Smvrne qu'Evertsen attend anxieusement à Cadix. Les galères de Du Plessis-Brossardiere patrouillent entre la Sardaigne et l'Italie pour y capturer les vaisseaux ennemis. « Le chevalier de Château-Renault occupe l'entrée de la Manche, le comte d'Estrées les isles de l'Amérique, et l'escadre de Pannetier et les armateurs de Dunkerque, les costes, de Hollande et les mers du Xord, en sorte que le commerce des Hollandois est interrompu de toutes parts (2). »

Les Hollandais déprimés par de « furieuses alarmes, " chassés de l'Océan par nos corsaires (3), étaient à bout. Ils s'avouaient vaincus, assoiffés de paix, effrayés à l'idée des « efforts extrêmes à faire pour rétablir la perte du commerce (-4). " Ils pesèrent sur leurs alliés pour leur faire

(i) Le duc de Villa Hennosa aux Etats des Provinces Unies. Bruxelles, 9 mai (Mercure hollandois, 1678, p. 191).

(2) Colbert à Louis XIV. 24 mai 1678; — Louis XIV à Du Quesne. 28 mai (Lettres de Colbert, t. III, 2« p., p. 102, 106).

(3) Avis de Liibeck, 23 mai 1677 (Gazette de France, 1677, p. 453).

(4) Avis d'Amsterdam, 22 mai (Ibidem, p. 438).

accepter nos conditions, " tant dures qu'elles pussent estre, » et sauver des Pays-Bas espagnols ce qui allait « estre perdu infalliblenient (1). » Un armistice leur fut accordé le 10 mai 1078. La décision intervenait avant que l'Angleterre eût pris parti, inclinée du reste à garder la neutralité par la promesse d'un subside de trois millions.

Les traités de Nimcgue avec les Pays-Bas, l'Espagne et l'Empire (2) reculaient à l'est nos frontières. Valenciennes, Cambrai, Maubeuge, Condé, Yprcs et la Franclie-Comté nous étaient cédées par l'Espagne, Fribourg par l'Empire : à travers la Lorraine restituée à son duc, le libre accès à Mclz et à l'Alsace nous était garanti. En forçant le Brandebourg et le Danemark à restituer « tout ce qu'ils avaient occupé sur la Suède (3), » même dans n le fond du Nord, le roy imposait des lois. "

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