LES SUCCESSEURS DU GKAM) M A II H E DE LA NAVICATION
Le décès de Richelieu décapitait la marine. Enlevant au grand maître de la navigation l'autorité que conférait au cardinal le titre de « principal ministre, " il laissait le lourd héritage à une débile trinité : un vieillard de soixante-dix-sept ans, un jeune homme de vingt-trois et un enfant de treize, l'oncle, le neveu et le petit-neveu du cardinal. Le grand prieur Amador de La Porte cumulera l'intendance générale de la navigation avec le gouvernement du Havre, de Brouage et de la Rochelle (l) ; Armand- Jean de Maille-Bré/.é en prendra la grande maîtrise (2 ; et le généralat des galères sera dévolu à Armand-Jean de Vignerot Du Plessis de Richelieu (3), avec la capi-
(1) Toutefois, peu avant sa mort qui advint à l'hôtel du Temple a Paris, le 31 octobre 1644 [Gazette de France du 5 novembre 1644), Amador «le La Porte se démit de l'intendance générale de la navigation, dont fut investi le 3 mai 1644 Nicolas Rouault de Gamaches (A. J.\i., Dictionnain' critique, art. Gamaches).
(2) Suivant lettres du 5 décembre 1642. '3) Suivant lettres du 12 décembre 1642.
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taineric des quatre galères de son grand-oncle (1).
Mais quelqu'un troubla "la fête : ce fut le Parlement de Paris. Les lettres d'oflice devaient être entérinées par lui, et une violente opposition s'éleva contre la nomination de Brézé comme grand maître de la navigation. Il fallut l'énergique intervention du vainqueur de Rocroi, beau-père de sa sœur, pour vaincre une résistance (2) qui dura sept mois (3). El encore à peine les provisions d'ofHce étaient-elles enregistrées que des négociations s'engageaient avec le maréchal de Brézé, son père, pour l'en déposséder moyennant " récompense (4j » . Rien par bonheur n'aboutit. La marine resta sous l'égide du jeune vainqueur de Barcelone.
Les galères étaient beaucoup moins en mains. Leur lieutenant général, Forbin, ayant déniissionné (5), le Télé-* maque placé à leur tête avait besoin d'un Mentor. Mais I quel singulier mentor on lui choisit! " Un soldat de fortune déterminé dans la piraterie (6)! ", qui allait, il est vrai, mourir comme vice-amiral de Gornwall au service
(1) Ducale, Richelieu, Cardinale et Fronsac. Brevet du 14 décembre (A. JiL, Abraham Du Quesiie, t. I, p. 128).
(2) GoDAED-FADLïniEB, Lettre inédite du jeune amiral A-J. de Maillé- Bre'zé, duc de Fronsac. Angers, 1887, in-8".
(3) Pourvu de la charge de grand maître de la navigation le 5 décembre 1642, Brézé ne vit enregistrer ses lettres-patentes que le 16 juillet 1643 (Le P. ANSELME, Trésor généalogif/ue, t. VII, p. 909).
(4) « Instructions... pour traiter avec M. le duc de Brézé de la récomt pense de la charge de grand maître de la navigation que Sa Majesté veuretirer des mains de M. le duc de Fronsac, son fdz. « Paris, 9 août 1643 (Affaires Etrangères, Mémoires et documents ^^tl, fol. 10, 53).
(5) Démission acceptée le 25 mars 1643 (Guerre, Archives historiques, 73, p. 617).
(6) Cf. supra, t. IV, p. 600, 657. L'année même, le 25 septembre 1643, le parlement de Rouen refusait à Giron le permis d'armer quatre navires en course (B. N., Franc. 18592, fol. 227). Giron ne put en emmener qu'un au service de Charles l", en passant au travers d'une escadre des insurgés anglais ff.cs voyages et observations du sieur d<; La Bouli.ayk Le Gorz. Paris, 1653, in-4", p. 423).
du roi Charles I" d'Angleterre. Au rude corsaire Giron, Frère Amador de La Porlc décernait bien un certificat d'honorabilité comme à une misérable victime " maltraictée au dernier point " pur la calomnie (l). Mais l'oncle du cardinal était si partial! Jaloux du « Père de la mer, « ne traitait-il point » outrageusement en eimeniv déclaré « son l'rèrc en rcbgion Philippe Des (ioullcs [2 , (|ue le jeune duc de Richelieu prendra plus tard comme chef des conseils de l'armée navale (3). A défaut de Giron, le jeune duc s'entourera de marins « vieillys dans le service de la mer, » Claude de Launay- Razilly pour les vaisseaux (4-), Philandre de Vincheguerre pour les galères (5).
JjC commandeur de Vincheguerre, d'origine ilalioune fVînciguerra), a fait ses premières armes aux terribles combats de Milo le 18 janvier IGOô, — où son père et son oncle Simon de Saint-Jean détruisirent trois pirates anglais, — et de Skiathos, où Frère Amador de La Porte ancuiitit douze navires turcs (6). Des croisières incessantes, 1 expédition de 1616 contre la Goulette (7) ont fait de Philandre un spécialiste écouté : " les lieux où l'on peut fane des entreprises " sont, à l'entendre, Foggia, Chio et Sainte- Maure pour atteindre les Turcs, les Sept-Caps pour la
(1^1 Amador de La Porte à Bouthillier de Cliavijjnv. 23 avril KiV;» (Affains Étrangères, Mémoires et documents 8'fO, fol. JVO).
(2) Extraits des Mémoires du lieutenant-général n'Ai.MKitAs coiiiiiiuiiii|iics à P. Margry, alors archiviste de la Marine, par M rue Hossolasdil. d< Pézcnas (B. N., Nouv. acq. franc. 9390, fol. 59).
(3) Affaires Étrangères, Mémoires et docinneuts 858, fol. 6^).
(4) i" avril l(iV7 (Géiiéaloaie de la famille de Rasilly. J.a\;d, 1903, in-4», p. 364).
(5) Vincheguerre se plaint le 2(i mai ttiW de n'avoir pas encore rceu ses ettres de provisions (Affaires Étrang;res, Mémoires et documenl^ 8:(). foi. 188).
(6) Michel B.\PDiER du Languedoc, fitreuluirc de l' Itistoire fjéiirndt- drs Titrez, 2«- édition. Paris, tG20, p. 688.
(7) Cf. supra, t. IV, p. VOO.
98 HISTOIRE DE LA MARINE FRAiNCAlSE
caravane d'Égvple, les Baléares pour les corsaires d'Alger, les Lipari pour ceux de Tunis (I).