‹ Histoire de la marine française (volume 4)Chapitre 70 sur 75 · L.a Friponne, brûlot, 4ô hommes, chevalier de I.,a Horde · texte numérisé non relu

L.a Friponne, brûlot, 4ô hommes, chevalier de I.,a Horde

Le Dromadaire, Hûte, 26 carions, lôO hommes, capitaine Propos.

(u llelalion d'un voyage fait aux Isles de r.Vmérique et Indes Occidentales en l'année 1680, sur les vaisseaux du Iloy commandés par le comte d'Estrées, 'i par un officier du ffasardeu.v : Bibliothèque de l'Institut, Godefroy 68, fol. 137).

(4) (Juatre capitaines, quatre lieutenants et quatre enseignes par navire (Mémoires du man/uis de Villktik, éd. .Monmerqué, p. 187, note 1).

mouillait à portée de canon de Garthagène, où Talarme ml. sur pied tout ce qui restait de valide. Tout se passa néanmoins le plus galamment du monde. Le gouverneur se hâta de relâcher le capitaine des Hihustiers Champagne : et tandis que le capitaine de Villette-Mursay était convié à sa table où le service se faisait dans de la vaisselle d or massif, les capitaines de Flacourt et Victor-Marie d'Estrées levaient, en compagnie du lieutenant de Gennes, les plans de tous les forts.

C'était le moment où les flibustiers de Grammont entraient, drapeau déployé, dans la ville de la Guavra après avoir enlevé, puis rasé les deux forts qui la défendaient (1). Ils ne la quittaient le 28 juillet qu'à l'approche de deux mille hommes venus de Caracas (2),

Flibustiers et marins du roi fraternisèrent au retour dans l'île de Saint-Domingue, à telle enseigne que le marquis d'Estrées perdit dix mille piastres contre Grammont et dut renoncer à lui tenir tête au jeu. Les « officiers américains » se gaussaient de l'inexpérience de leurs camarades d'Europe : lors d'une descente à la Punta del Drago, une trentaine d'officiers de marine rebroussèrent brusquement chemin en entendant « un bruit effrovable comme d'une armée en marche : " et un flibustier d'en rire aux éclats. L'armée, c'était... une troupe de singes f3j .

(1) « Relation de la prise de la Gouavre, » par Grammont, qui avait commission de M. de Pouancev, gouverneur de la Tortue (Archives Xat , Colonies F'IGi). L'ambassadeur espagnol marquis de La Fuente en demanda satisfaction à Louis XIV (Mgbel-Fatio, Recueil des instructions données aux ambassadeurs de France, Espagne, t. L p- 278j.

(2) Les Hibustiers disposaient alors de 17 navires, 328 canons, 1 875 iiotnmes d'équipage (^Mémoires de Pierre Paul Tarin de Cussv, gouverneur de la Tortue. 24 août 1684 : Archives Nat., Colonies C'I). — A la même date de 1680, d'autres flibustiers français couraient la mer du Sud en compagnie du capitaine anglais Sharp (Journal de l'expédition du capitaine Suahp, publie à la suite du Voyaqe de Guillaume Dampier aux Terres Australes. Amsterdam, 1712, in-12, t. V, p. 176).

(3) Mémoires du comte de Forbix. Amsterdam, 1729, in-i2, t. I.

De nouvelles inslructiotis du roi (I), rerues en octobre, pressaienl le vice-amiral de se mettre à la poursuite des gardes-côtes espagnols et de leur livrer bataille, faute d'avoir reçu satisfaction pour la capture de l Utile (2). Ce fut pour le comte d'Estrées l'occasion d'un nouveau déboire. A l'île de la Trinité où il mouillait le I" décembre 1080, une grêle de balles s'abattit sur le canot envoyé en parlementaire, sans que la vase permit de débarquer pour a chastier tant de barbarie et d'insolence. " Par surcroit, les gardes-côtes de Quintana, que pourchassait notre escadre, avaient quitté l'embouchure de rOrénoque pour une destination inconnue (3).

Ces garde-côtes étaient au nombre de cinq, armés chacun de quarante à quarante-cinq pièces. En outre, deux flottes espagnoles se rendaient annuellement au Nouveau-Monde : les galions de Terre-Ferme et la flotte de Neuve-Espagne ou du Me.vique. Sur la force et sur la composition de chacune d'elles, sur l'encombrement de « tous ces vaisscau.x de guerre, si embarrassés de marchandises que, si la moindre escadre les atlaquoit en mer, il leur faudroit plus de trois jours pour mettre leurs canons en estât, » sur leur itinéraire et leurs ports d'attache, les renseignements les plus circonstanciés avaient été réunis. Et tant des mémoires d'un capitaine de vaisseau (^j que des constatations faites sur place, le vice-amiral d'Estrées était en droit de conclure :

(1) Datées de Fontainebleau, 22 mai.

(2) Mémoire du comte d'Estrées. Fort-ltoyal de la Martinique. 20 octobre 1680 (Mémoires du mait/uis de Villktje, éd. Mo.nmerquÉ, p. 223).

(3) Relation par le coiute d'Estrées de ce qui s'est passé à la Trinité ; et autre mémoire de lui daté de la Martinique, 2 mars 168 1 (^Ibidetn, p. 228, 238).

(V) Mémoires de Du Ilalde et de Cherteinps .le Rochefort, capitaine de vaisseau, sur les Hottes espagnoles dans les Indes occidentales. 28 mars et 14 septembre 1680 (Pierre M.\nGnY, Relations et mémoires inédits pour servir à l'histoire île la France dans les pays d'oiitre-mer, p. 192).

« Les connoissances qu'on a prises ces deux dernières campagnes, disait-il, sont si certaines qu'elles nous ont mis en estât d'emporter les places les plus fortes de l'Amérique avec des dépenses et des forces médiocres. Je suis persuadé de la foiblesse des Espagnols... Ce que j'ay veu, me confirme qu'on pourroit les obliger à partager les richesses des Indes, car je ne doute pas qu'on ne pût se fortifier sur la mer du Sud. Il pourroit arriver telle révolution à la monarchie d'Espagne, que ces peuples choisiroient la domination du Roy plustost que celle d'aucun autre prince (l). »

Un dernier coup de sonde opéré en 1682 par le chef d'escadre Gabaret (:2) compléta nos investigations, notamment à Carthagène et à Porto-Bello : » un méchant fort de figure longue » à l'entrée du chenal, deux petits bastions face à la mer et deux redans sur le penchant d'une colline, voilà tout ce qui protégeait le débouché des richesses du Pérou. Le gouverneur de Porto-Bello sentait si bien sa faiblesse qu'au lieu de nous évincer, il nous fournit un pilote, " régala » nos officiers et, dans « un petit charivary qui fut trouvé fort plaisant, o porta la santé des rois de France et d'Espagne.

u Pour faire quelque entreprise " sur les Espagnols, un concours inattendu s'offrait. Des Prussiens se déclaraient <i bien aises de se joindre à nous. i> A l'ébahissement général, nous les avions rencontrés aux Antilles où « personne ne s'imaginoit que le grand électeur de Brandebourg eust des vaisseaux dans des mers si éloignées : tout se passa en saints et en santés où ces bons Allemands se signalè-

(1) Mémoire du comte d'Estrées. Rade du Petit-Goave, 24 août 16S0 (publié par MoNMKHQuÉ, p. 194, 195, 200).

(2) Avec le Furieux, la Perle et la Tempeste, commandés par les capitaines d'ArljouvillCj d'Aniblimont et Machaut. Parti du Chef de Baye le 25 mai 1682, il était de retour à Brest en janvier 1683 (Sandras ue Cocr- TiLZ, la Vie de... Colbert, p. 244).

rent (Ij. " Pour la première fois, la Prusse cherchait son avenir sur l'eau : son alliance de la veille avec TKspagne ne lui pesait guère. Mais nous ne lui fournîmes point loc casion de satisfaire ses appétits. Aux Anglais Mordan et Killegrew qui proposaient de conduire huit de nos bâtiments dans la mer du Sud, en se servant des journaux de bord de Narborough, et (|ui avaient préalablement songé à V aller sous le pavillon de Brandebourg, Louis XIV faisait répondre : " Vos propositions ne sont pas recevables, tant que je n'aurav pas de guerre avec la Couronne d'Es pagne (2j. »

(1) Mémoires du inarcjuis de Villkttk, p. 57. — D'Estrées à Scignelay. i mars 1681 f Ibidem, p. 245).

(2) Louis XIV à Harrillon. 28 août 1682 (Affaires Etrangères, Correspoii' daiice d'Aiiçjleterre, t. CXLVII, fol. Wi, 521 v°).

L'évacuation de Messine, portant atteinte à notre prestige, a déchaîné contre nous toute la horde des pirates barbaresques depuis Tripoli jusqu à Salé. C'est à lui donner la chasse que s'attachent nos divisions navales ; Du Quesne, Château-Renault, Valbelle s'abaisseront non sans amertume à poursuivre des forbans. Encore avec ses vaisseaux de ligne (1), Château-Renault ne pourra-t-il rattraper les légers navires salétins qui se sauvent en forçant de rames, et se verra-t-il contraint au blocus de la côte marocaine (2). Avec de légers bâtiments, avec la Sorcière (3), puis avec La Vipère 4), aidée de la Mutine (5), Jean Bart réussit mieux. Il eut la satisfaction de forcer deux bâtiments de Salé à se jeter à la côte de Portugal, où leurs deux cent cinquante hommes trouvèrent la mort ou l'esclavage.

Un de ses compagnons d'armes, Jean Doublet de Hon-

(i) Les vaisseaux le François et V Hercule, les frégates la Mutine, la Fée et l'Éveillée, le brûlot le Périlleux. 1680 (A. Jal, Abrahain Du Quesne, t. Il, p. 366).

(2) i< Instruction pour le sieur chevalier de Chasteau-Renault, chef d'escadre. » 23 mars 1680 {Mémoires... de Villettk. éd. MosmkiiquÉ, p. 172, note).

(3) En 1680 (Archives Nat., Marine B*33, fol. 159).

(4) De 14 pièces, escortée de l'Assurée de 4 pièces, et du Dauphin, armés par Jean Omaër de Dunkerque. Rapport de Jean Bart. Dunkerque. 15 octobre 1681 'H. Malo, les Corsai? es dunkerquois. Jean Bart, p. 154).

(5) Du chevalier de Béthune [Mercure de Fiance, septembre 1681, p, 509).

fleur, se trouvait sur une |)etitc tartane provençale, montée de quatorze personnes, lorsqu'il reconnut à la lunette d'approche une seitie salétinequi forçait de rames. L'écpiipage abattu chantait tout bas le Salve retjina, en larmoyant : a Adieu, nos libertés! " Doublet, « ses pistolets croches a la ceinture, » charge à mitraille l'unique canon du bord, apprête huit gros mousquets montés sur chandeliers de fer et défonce un baril de poudre a à l'ouvert de sa chambrette. « Jour de Dieu,— crie-t-il, — si quelqu'un manque à son devoir, je le tueray et meltray aussv tots le feu à la poudre. Autant mourir que d'être esclave! » Et subissant sans broncher la bordée de vingt et une pièces, au moment où les Maures sautent à l'abordage, il les foudroie si à propos que la » mer en étoit rougie de sang. » La tartane esquive l'abordage, puis revire sur l'ennemi, qu'elle mitraille; et ce sont les pirates qui implorent quartier (l). Mais la contagion de la piraterie a gagné toute la côte africaine. Le même jour, deux navires dunkcrquois (2) sont capturés par le corsau'e tunisien Païasoiy, commandant le Dragon dor.

L'AFFAIRE DE GHIO

Dans le bagne de Tripoli se trouvaient entassés sept cents captifs français. « Faut-il, par notre malheur, que nous servions de trophée aux infidelles, pendant que toute la France est en triomphe?» gémissaient-ils (3). — J'y

(i) 1682 (Journal de Jean Doublet, p. 80).

(2) La Ville de Blois et le Pic des Canaries. 27 septembre 1082 (E. RouARD DK Gard, Traités de la France avec les pays de i Afri<juc du Nord. Paris, 1906. in-8», p. 142).

(3) Supplique écrite par eux à Tripoli de Barbarie, le 12 octobre 1073 (B. iN., Franc. 12220, fol. 202;.

remédierai, avait promis Louis XIY, dès que la guerre engagée contre la Hollande et TEspagne aura reçu une solution. Il tint parole.

Un député du commerce de Marseille, Joseph de Saint- Jacques, vint le 11 février 1680 apporter aux Tripolitains un rameau d'olivier, en les menaçant des foudres d'une flotte qui venait de mettre à mal plus de soixante vaisseaux de guerre. Le capoudan Mustapha Chiquetto ne voulut rien entendre. A l'ultimatum du chef d'escadre de V^albelle, dont Saint-Jacques était le passager, la réponse fut catégorique. « La guerre, clama la taiffe. La guerre nous fait vivre, les prises nous nourrissent. " Mustapha comptait sur l'appui de l'Angleterre : il alla trouver le consul anglais qui, sur la nouvelle, d'ailleurs fausse, que son pays nous avait déclaré la guerre, de joie « jeta son chapeau en l'air (1). "

De part et d'autre. Français et Tripolitains s'apprêtèrent à un choc décisif, le Dey en donnant « des ordres très fulminants à ses vaisseaux d'aller prendre les nôtres jusques dans les ports de Chippres et d'Alexandrette (2), » Louis XIV en chargeant Abraham Du Quesne de foicer les pirates, par un blocus alterné avec des croisières de chasse, à mendiera genoux la paix. Gênes, Venise, la Toscane sont invitées à cesser tout rapport avec eux, la Sublime Porte à leur interdire tout abri. Que dis-je ! Comme le grand vizir Ahmed Kupruli s'obstine à refusera notre ambassadeur a les honneurs du sopha» pour l'asseoir à ses pieds sur un humiliant tabouret, Du Quesne fera une démons-

(1) u Kclation de ce qui s'est passé à Tripoli pendant les années 1677, 1678, 1679 et 1680, » par un chirurgien provençal qui fut captif à Tripoli. (B. N., Franc. 12220, fol. 311). — Saint-Geniès à Villermont. 7 mars et 3 mai 1680 (^. Jal, Abraham Du Quesne, t. II, p. 376). — u Vie de M. le baillv de Valbelle, » par Després. Bibl. d'Aix, ms. 1194.

(2) Paul Masson, Histoire du commerce français dans le Levant au XVIP siècle, p. 226.

tration menaçante devant Snivrne et à l'entrée des Dardanelles flj.

Le :25 août IG80, Abraham Du Quesne est devant Tripoli. Ses faibles effectifs n'impressionnent point cette population de pirates, qui s'attendait à voir une escadre dix fois plus forte. Une « réponse froide et négligente, pleine de mépris, » ne nous laisse d'autre alternative que de pourchasser une horde de quatorze vaisseaux sortis de Tripoli au printemps : ingrate besogne où Du Quesne ne voit que du (I déshonneur « pour nous, et, pour les corsaires, une occasion de « s'enorgueillir f!2). »

Six d'entre eux rencontrent, le 8 juin 1681, un de nos vaisseaux, le Fort, qui croise solitaire au sud des îles Sapienza. Sabords fermés pour masquer ses cinquante-six pièces, cornette serrée pour n'être point reconnu, le chef d'escadre marquis d'Amfreville se laisse approcher. La Lune, le Dragon, le Cheval Blanc ont chacun autant de canons que lui. Il est seul : et c'est lui, 6 stupeur, qui fonce sur eux. Il oblige la Lune à fuir, en jetant sans cesse des cadavres par-dessus bord, et le Dragon à se faire couvrir par deux vaisseaux pour se traîner péniblement, — la vergue de grand'hune brisée et la hune de misaine abattue, — jusqu'au port de la Canée. Les pirates, qui y ont fait leur entrée « en désordre (;î), " continuent vers l'île de

(1) Instructions données à Du Quesne. 28 mars et 21 mars 1680 (f.ettres de COLBKRT, t. III, i." p., p. 202. — Mémoires... de Vm.lettk, p. 266). — r>u Quesne emmenait le Saint-Esprit, le Ferme, le Fortuné, l'Heureux, la Bienaimée, l'Avenant et le brûlot l'Espion. Ordre du 4 février (A. Jal,

t. Il, p ;î6;i).

(2) Du Quesne à Seignclay. Haie de Tunis, 1" octobre-golfe de Paliua, 23 octobre 1680 (A. Jal, t. II, p. 370)

(3) Du Quesne à Seignelay. Zante, 5 juillet 1681 (Mémoires du viarquis de ViLLKTJK, éd. MoNMKRQuÉ, p. 294). — Lettre de l'esclave Méritan au consul de Livourne 27 novembre 1680 (Paul Ma.s.son, p 227). — u Cotnbat d'un vaisseau de Sa Majesté commandé par le marquis d'Anfreville. chef d'escadre, contre six vaisseaux corsaires de Tripoli " (Gazette de France, 1681, p. 544).

Chio... Chio OÙ naguère ils ont insulté notre ambassadeur, déchiré notre pavillon, battu nos matelots d).

0 justice immanente! Du Quesne à son tour trouve les huit vaisseaux de Mustapha Chiquetto retranchés derrière une estacade sous la vieille forteresse génoise qui domine, avec un autre fortin, l'entrée du port de Chio (2). Il n'en a lui-même que cinq, avec quelques flûtes (3). Il n'hésite pourtant point à prendre son poste de combat, à portée de mousquet le 23 juillet 1681. A l'aga du port et au gouverneur de l'île qui demandent des explications, il répond qu'il a ordre d'attaquer » les Tripolins " où qu'ils soient. Il Les aumôniers disent une courte prière, » et le combat s'engage au cri trois fois répété de Vive le Roy! Sous les rafales de cinq mille boulets, la Lune et deux autres vaisseaux sont brisés; « le dommage que notre canonnade fait aux vaisseaux corsaires esta peine croyable; w les forteresses du Nord et du Sud, que les Tripolitains ont garnies de canonniers, doivent se taire; une cinquantaine des leurs sont tués sur leurs pièces; mais les jolies maisons et les fines mosquées de la ville sont aussi atteintes f-4 . Et l'aga se hâte de dépécher en parlementaires des capucins.

Durant un court armistice, Du Quesne va prestement porter une lettre explicative à notre ambassadeur en

(1) D'Arviecs, t. V, p. 316.

(2) Vue de Chio assiégée par une flotte vénitienne à la tin du XVII^ siècle (à la suite de Dampier, Voyage aux terres australes. Rouen, 1715, in-12, t. V, p. 324).

(3) Le Ferme de Du Quesne, le Fort d'Amfreville, le Cheval Marin de Lhéry, la Syrène et le Sérieux, le brûlot l'Espion, les flûtes le Voilé et le Bienvenu, le navire-hôpital le Trident (A. Jal, t. II, p. 385).

(4) Du Quesne à Colbert. Scio, 25 juillet 1681 (A. Jal, t. II, p. 28). — « Mémoire au sujet de l'affaire arrivée à Chio. » 6 octobre 1681 (Archives Nat , K. 1459) — « Combat donné par le sieur Du Quesne, lieutenant général des armées navales du Roy contre huit vaisseaux de Tripoli dans le port de Chio >. (^Gazette de France, 1681, p. 548, 552, 636). — « Histoire de Tripoly, » par un chirurgien de marine captif (K. IN., Franc. 12220, fol. 284).

LE CHATIMENT DES PIRATES li AR B ARESQU ES 111

Turquie, puis revient exercer un lilocus si sévère que, seuls, «les poissons peuvent entrer ou sortir (1). » Ainsi espère-t-il réduire à merci les « deux mille cinq cents hommes du reste des équipages " barbaresques.

Mais » l'affront signalé fait à la Bien-Heureuse Porte » par le bombardement de Chio a provoqué à Constanr tinople un indescriptible émoi. Menacé d'incarcération aux Sept-Tours, Gabriel-Joseph de La Vergue de Guilleragues, notre ambassadeur, riposte fièrement : « L'empereur de France est assez puissant pour tirer vengeance de cette injure. »

Abraham Du Quesne s'en chargera au besoin. Il répond au pacha de Smyrne qui vient faire une. enquête (2) : «J'ai ordre de rassembler tous les autres vaisseaux qui sont sur les croisières, pour aller aux Dardanelles apprendre si l'ambassadeur de Sa Majesté a eu audience sur le sopha. sinon de l'embarquer et de le repasser en France. Je serois hors d'embarras si javois ordre de romj)re. » Dans une dépêche chiffrée, il développe au roi son plan de campagne, — le blocus de Gonstantinople et la mise à contritution de l'Archipel. » Je vois les choses faciles, si on veut les faire en leur temps, en faisant paroistre les forces navales de Sa Majesté en ces mers, vingt vaisseaux, quinze galères « de durance, » douze galiotes à bombes!, ce qui serait d'un grand éclat dans toute 1 Europe et fort glorieu.x pour la France. Sa Majesté employeroit sa marine pour une campagne qui feroit redouter sa puissance dans l'Asie, ainsy qu'Elle a fait en Europe; et pour peu qu'Elle appuyé ces nations qui ont le pied à l'estrier, les Polonois et Moscovites, et mesme l'Allemagne, ne marcheroient-ils pas tous ! "

(i) Mévioirc.t (lu chevalier d'AiiviEUX, t. VI, p. 202.

(2) Avis Ac Gonstantinople. 24 août (Gaietle de France, 1681, p. 634. — G. DE Flas.sax, Histoire générale etraisonnee do la diplomatie française. Paris, 1809, in-8», t. IV, p. 33).

Voilà l'avenir; mais « voicy le plus délicat, » le présent. Le 7 août, le capoudan-pacha vient mouiller sous la forteresse de Chic « avec seulement trente-trois gallères, " écrit dédaigneusement Du Quesne. Lui n'a que neuf bâtiments, et si peu de boulets qu'il craint « qu'il arrive scandale (1)." Il n'envoie pas moins signifier au capoudanpacha que, si les Tripolitains ne demandent pas la paix, il les brûlera dans le port : qui voudra les défendre, aura le même sort. La situation est angoissante : le capoudan n'at-il pas ordre de «venger l'affront " et le sang répandu à Ghio, puis d'emmener à Gonstantinople les vaisseaux corsaires. Mois l'énergique attitude d'Abraham Du Quesne a porté ses fruits. " Le maudit vieillard ! grognent les Turcs; il a faict une grande provision dans le marché où l'on vend les finesses et les fourberies (2). » Des négociations s'engagent, pendant lesquelles le capoudan pousse l'amabilité jusqu'à inviter nos marins à goûter dans l'ile les plaisirs de la chasse. Il a hâte qu'elles se terminent, car les coups de vent fatiguent ses galères, et il ne doit quitter Ghio qu'après notre départ.

Mais Du Quesne, en fin Normand, maintient le blocus tant que les Tripolitains n'ont point demandé la paix, restitué tous nos captifs, en particulier dix-huit adolescents, » qui servent à la chambre du capitaine, " rendu une jolie prise propre à être armée en brûlot (3), et consigné entre

(1) Du Quesne à Seignelay. Rade de Scio, 6 septembre et 25 septembre 1681 (publiées par Mo.nmerqcé, en appendice des Mémoires du viarcjuis de VlLLETTE, p. 297).

(2) Substance d'une lettre écrite par un officier du qrand vizir à un pacha touchant l'expédition de M. Du Quesne à Chio. Villefranche, 1683, n-8», p. 19.

^3) Par traité du 27 novembre 1681, selon Du Quesne. Lettre àSeignelav. Milo, 24 décembre 1681 (Moxmeroué, p. 316); — du 25 octobre, selon le chevalier d'Ahvieux (t. VI, p. 203). Les négociations furent menées, de notre côté, par le chevalier Du Mené et le drogman du consulat de Suiyrne. La Madeleine,

les mains du capoudan-pacha le vaisseau l Europe capturé sous pavillon de Majorque (1).

Sur ces entrefaites, une dépêche de Guilleraj^ucs lui impose une nouvelle tâche, l'arrestation de tous les bâtiments qui entrent dans les Dardanelles. Une pression énergique seule empêchera l'incarcération de notre ambassadeur, que La Porte entend rendre responsable de l'incident de Ghio. u Agir avec trop d'honnesteté avec les Turcs, c'est leur donner grand subject d'orgueil et les endurcir dans leur présomption, " déclare Du Ouesne; et il ferait volontiers une démonstration « en nombre considérable de vaisseaux de guerre vers les détroits des Dardanelles f2), )) si Louis XIV ne détournait l'énergique marin il d'en venir à une guerre ouverte avec le Grand Sei}',ncur. Il n'y a rien que vous deviez éviter avec plus grand soin, prescrit-il, la disposition des affaires présentes de l'Europe ne permettant pas une guerre contre les Turcsi'fS). »

Mais ridée d'Abraham Du Quesne portera ses fruits. Moins de quatre ans après, un commissaire général de la marine (4) étudiera sérieusement « les movens de rétablir l'empire d'Orient en faveur d'un des enfants de France, en détruisant celui des Turcs, " si mieu.x on ne préfère (i brûler Gonstantinople, suivant les intentions de Sa Majesté (5) . » Et le dernier acte de la oamfjagne d'Abraham Du Quesne n"est-il pas le prodrome dune rupture. « De la côte où 1 on croit que sont les ruines de l'antique Troie, »

(i) L'autre prise, armée de 1() canons, battait pavillon de France quand elle fui enlevée par les Tripolilains au ca|>ilaiiie Crcvillier(S\MinAS DKCorn- TiLZ, la Vie (le . Colhert, p. 220 : B. IN., Franc. 12220, in fine).

(2) Lettre du Ik décembre citée. — Noinlel au cardinal Cybo (E. Jovv, les Archives (lu cardinal... Cybo a Massa, l^aris 1919, in-8°, p, 129).

(3) Louis XIV à Du Quesne. 16 octobre (Lettres de Coi.bkrt, t III-, 209).

(4) Léonor Gravier d'Ortières.

(5) BibL Nat., Franc. 7176. — H. Omont, Projets de prise de Constantinople et de fondation d'un empire français d'Orient sous Louis XIV, dans la Revue d'histoire diplomatique, 1893.

Du Quesne écrit le lundi de Pâques IG82 à notre ambassadeur qu'il vient l'embarquer « avec toute la nation, » puisqu'au représentant de la France sont refusés les honneurs du sopha (1). Un incident dériva le cours de la campagne.

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