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LA DÉFENSE DES COTES DU PONANT

Dès 1 instanl que rAiigleterre et TEspagne entraient en ligne, le théâtre de la guerre navale se déplaçait. C était sur l'Océan qu'il était urgent et de » merveilleux proffit " de se rendre " maistre de la mer (1). » Louis XII agit en conséquence. En Bretagne, le grand maître et le capitaine de Brest, Gilles de Tissue (2j , en Normandie, le viceamiral René de Glermont, en Guyenne, l'amiral Louis de La Trémoille et le vice-amiral Regnault de Moussy eurent ordre de tenir parés à tout événement les navires de leurs circonscriptions et d'organiser la défense côtière (3). Le commandement en chef des forces navales, que Louis de la Trémoille revendiquait (4), fut dévolu au subordonné de l'amiral de France, René de Glermont (5).

Comme il importait de nous concerter avec notre allié, Jacques IV d'Ecosse, et surtout de stipendier ses troupes, on lui dépêcha une flottille de cinq bâtiments que les Anglais coulèrent ou prirent au passage (6). Une petite division écossaise, qvii ramenait en France notre ambassa-

(i) Lettre de l'amiral Louis de La Trémoille. Rouen, 10 juin 1512 (B. N., Franc. 3925, fol. 56 : A. Spont, The War with France (1512- 1514). London, 1897, in-8 , p. 21, publication of the Royal Navy records Society.)

(2) B. N., Franc. 5501, fol. 106.

(3) 21 février et 9 mars 1512 (E. de FrÉville, Mémoire sur le commerce de Rouen, t. II, p. 415. — Archives municipales de Bayonnc. Délibérations : registres gascons. Bayonnc, t. I (1896), p. 496).

(4) Lettre du 10 juin, citée.

(5) Suivant patentes du 2 juillet (B. N., Pièces Orig. 784, Glermont, p. 49 : Spont, p. 29).

(6) Lettre de Pierre Martyr. Burgos, 20 mai (Martyr d'Anguiera, Epistolae, n° 486).

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(leur, Charles de Tocque de La Motte, eut le même sort : un des bâtiments fut capturé, un autre parvint ù gagner la Zélande, le troisième s'enfuit en Danemark avec l'ambassadeur à bord (l.)

Entre les deux pays alliés, le contact fut rétabli à travers la mer d'Irlande par un Aaillant corsaire malouin, Philippe Roussel. Sa Itarque, la Pounie, n'avait que cinquante tonnes; mais des formes rases et sveltes et un accastillage intentionnellement surbaissé pour mieux tirer à fleur d'eau, en faisaient un excellent navire de course. Soit en Irlande, soit au large de Kirkudbright, elle n'enleva pas moins de douze bâtiments richement chargés, dont la vente en Ecosse fit la fortune de l'équipage et permit au capitaine d'habiller ses marins d'un coquet uniforme, un peu voyant peut-être, des jaquettes rouges et bleues (2).

Dans la croyance que les escadres anglaises opéreraient trois descentes, à Calais, à l'embouchure de la Seine et à Fontarabie (3), la côte du nord-est était soigneusement gardée; quatre grands vaisseaux faisaient le guet au large de Honfleur (4) ; et un bateau blindé, acquis par Bavonnc, servait de vigie à la frontière basque (5). La grande nef la Coî^deliêre enfin, commandée par Portzmoguer, courait de fructueuses bordées au large du cap Finistère, non loin des ports de Guipuscoa, ovi une escadre achevait ses prépatitspour rejoindre les Anglais (6).

Le bruit courut à Marseille que les Anglais avaient noué

(t) Juillet [Letters and papers foreiqn and domestic of the reiçn of Henry VIII, by J. S. Brewer. London, 1862 et suiv., in-8", t. I, n°' 3326, 3340, dans la Collection des Calondar of State papers).

(1) Record Oflicc, Chapter House book 83, p. 76 : Spont, p. 42, note 3, et p. 198

(3) Lettre de La Trémoille du 10 juin, citée.

(4) British Muséum, Caligula El, fol 108 : Spoxt, p. xx, note.

(5) Archives de Bayonne, CC 340.

(6) Lettres datées de Londres, 14 juillet et 3 août (Sà>CTO, t. XIV, col. 580, 596 : Spont, p. 38, 42).

des intelligences avec les consuls bordelais : quatre bâtiments étaient déjà arrivés à Bordeaux avec une cargaison d'armes dissimulées sous du sel, quand une femme, par basard, découvrit et révéla la supercherie: la rébellion fut étouffée avant l'arrivée de la flotte britannique (1). Décontenancés par les sévères mesures de défense que prit le duc de Longueville, les Anglais renoncèrent à un coup de main sur Bordeaux. Un de leurs espions les mieux informés opinait pour un tout autre plan de campagne : une escadre légère venant avec la haute mer à Honfleur, y brûlera une centaine de bâtiments encore mal armés; sans s'attarder dans la Haute-Normandie, trop fortement occupée par François d'Angouléme. elle ralliera en mer le gros de la flotte et pillera la Basse-Normandie. Une course rapide vers La Rochelle la mettra vite en possession de ce port, surtout si la chaîne n est pas tendue. La dernière étape sera Fontarabie, d'où il est facile de ruiner le Labourd et la Guyenne 2) .

Le 3 juin, l'amiral Ed\vard Howard quittait lîle de Wight à la tête de vingt-deux vaisseaux de guerre et trois mille deux cent quatre-vingt-cinq hommes (3).

Prenant une tout autre direction que l'itinéraire tracé par l'espion, il mouillait dans la baie de Bertheaume; ses colonnes pillèrent à leur aise Le Conquet, Crozon et les villages jusqu'à Brest. De résistance, point. L'excommunication lancée par le pape Jules H contre Louis XII faisait effet : les paysans bretons refusaient de marcher contre les alliés du pape. " Ce n est pas de plein gré, c'est de force, disaient-ils, que nous défendons le roi de France contre Sa Sainteté." Ecœurés, des gentilshommes prièrent l'amiral

(1) Valbelle, B. n., Franc. 5072, fol. 27 bis.

(2) British Muséum, Caligula Ei, toi. 108 : Spont, p. xx, note.

(3) Rôle de la flotte anglaise d'Howard (Record ofHce, Chapter Honse booli 83 : p. 3-13).

Howard de surseoir à ses exécutions barbares : « Je suis venu faire la guerre et non la paix, répondit l'amiral. Estce à des gentilshommes de parler de paix au lieu de défendre par les armes leurs foyers?» Et entre autres manoirs, il incendia celui d'un capitaine qui allait bientôt se dresser devant lui, je veux dire Hervé de Portzmoguer.

De retour à Southampton avec de nombreuses prises, il intercepta les vaisseaux et munitions de guerre que le roi de France envoyait à son allié, le duc de Gueldre (1), puis vingt-six hourques bien armées qui allaient prendre une cargaison de sel à la baie de Bourgneuf. Des Dunes, Howard rebroussa chemin vers l'Océan (i), afin de faire sa jonction avec l'escadre espagnole de Juan de Lezcano, qui allait quitter le 15 août les ports du Guipuscoa, faisant route vers la Manche («i). Mais auparavant, il se rencontra avec la flotte française, qui achevait sa concentration à Brest.

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