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LA CORDELIERE " ET " LE REGENT

Dans la nuit du 9 au 10 août 1512, les postes d'observations échelonnés le long de la côte, de sept eu sept lieues, de Dinan à Brest (4), signalèrent l'approche d'une grosse flotte (5). a Prinsà despourveu, non sov donnant garde des Anglois (6), 1) nos marins levèrent l'ancre avec une telle

(1) Sanlto, t. XV, col. 95 : Spost, p. 26, xvu-xix.

(2) Sanuto, t. XIV. col. 580 : Spoint, p. 37.

(3) Les 15 gros vaisseaux et 8 caravelles de Lezcano, avec 5.000 hommes, arrivèrent à Southampton le S septembre (Sasuto, t. XV, col. 227 : Spont, p. 41).

(4) Depuis le lOjuin (Dom Morice, Mémoires. . . île Brclacjue, t. III, 903). \p) Sanutu, t. XV, col. 227.

(6) Alain Bouchart, Chroniqueur contemporain. Les Graiules cioniques

précipitation que Hervé de Portzmoguer, capitaine de la Cordelière, n'eut même pas le temps de débarquer ses invités (1), entre autres de nobles dames auxquelles les hasards de la guerre réservaient une cruelle surprise (2). On marchait à l'ennemi, afin de ne pas se laisser enfermer dans la rade de Brest, où l'on pouvaitcraindrc une attaque combinée des troupes de débarquement et de la flotte anglaise (3).

Enfin, l'occasion s'offrait au capitaine l)reton de confondre ses envieux. Ne l'avaicnt-ils point desservi auprès de sa maîtresse au point qu'en 1506, lors du voyage d'Anne de Bretagne à travers le duché, Portzmoguer n'avait pas osé paraître devant elle. Tandis que la reine visitait Saint- Pol de Léon, port d'attache habituel dvi capitaine, celui-ci s était tenu en mer avec ses vaisseaux. Il avait fallu que la reine prît l'initiative de le mander près d'elle, à Morlaix :

<Ie Bretalqne, éd. II. Le Meignen. !Xantcs, Soc. de» Bibliophiles bretons, 1886, in-4», fol. 274.

(1) Hervé avait comme hôtes les parents de sa femme, les Coatjunval, Hervé son beau-père, Prégent Coatmenech et François Le Baillif, les uns seigneurs de Coatjunval, les autres simples expectants de la seigneurie. Il y avait là l'expectant de Quillimadec, Maurice Kérasker et Tanguy Kerlezroux, et d'autres noms bien bretons, Jean le Saint, Christophe de l'isle, fiabriel Brezal, Olivier et Yvon Nez, Yvon Kerdren, Jean Bouteville, Mandez Quiniou, Jean Tanguy, N. Dolo, Yvon Le Digouris, Guillaume Marreo, Jean Kermelec, trois cents gentilshommes {Bulletin de la Société archéoloqique du Finistère, t. VIII, p. 164). — T^es Kcrlezroux et Coatmenech venaient de Plouvenez, au diocèse du Léon (Bèforniation de la noblesse du diocèse de Léon, 1443 : B. N., Franc. 22320, fol. 316).

(2^ On consultera, avec fruit, sur le combat de la Cordelière et du Réqent : Germain Brice, Chordigerae navis conflaqratio. Lutetiae, 1513, in-4° : traduit en vers français par Pierre CnoQUP:, héraut d'Anne de Bretagne. — J.\L, Etude pour une histoire de la marine française : Marie I.a Cordelière (xvi" siècle), extrait des Annales maritimes et coloniales, décembre 1844. Paris, 1845, in-8''. — J.\l, L'JIeriwus de Germain Brice; Errata pour Marie La Cordelière. Paris, 21 mars 1845 (Annales maritimes et coloniales, t. XC, p. 717). — A. Spont, The War with France (1512-1513). London, 1897, in-8", XLVin-219 pages (Publication of the Navy records Society).

(3) Lettre de Spinelly à Henri VIII. 17 août ^Spont, p. 48).

dans 1 entrevue qui suivit, en présence de nombreux seigneurs, Portzmoguer se justifia si bien qu'il conquit l'affection de sa maîtresse et que le commandement de la Cordelière et des nefs ducales lui fut donne comme à un des plus loyaux serviteurs de son pays (1).

Howard avait louvoyé toute la nuit le long de la côte bretonne. Vers onze heures du matin, sa galère de vigie découvrait nos vingt et un vaisseaux de guerre mouillés en dehors des passes du goulet de Brest, entre la pointe de Saint-Mathieu et celle de Toulinguet, à trois milles au large. Les deux flottes étaient sensiblement égales en unités de combat, vingt et une contre vingt-cinq. Mais les vaisseaux anglais, plus forts de tonnage que les nôtres, étaient accompagnés de vingt-six hourques flamandes et de transports à munitions, (jui dans le lointain faisaient nombre et illusionnaient sur les forces réelles de l'ennemi (2) .

Jugeant la partie trop inégale, nos marins virèrent de bord pour rentrer dans le goulet. Les Nefs de Bordeaux, d'Orléans, de Rouen, les barques Mon'cet et Jea?i Denis, Petite Louise, Rose, Béthune, Romaine, Sibylle, Foy, Marie de Clermont et presque tous les bâtiments français ne prirent aucune part à l'action. Seuls, les vaisseaux de premier rang la Louise et la Cordelière, couvraient la retraite : à leurs côtés, un bâtiment plus petit, la Nef de Dieppe on la Dieppoise, de trois cent trente-six tonneaux, était resté fièrement à son poste de combat. La grande nef Louise battait pavillon du vice-amiral René de Clermont.

L'ennemi n'était plus qu'à deux lieues. Par mer houleuse et vent debout, deux navires, forçant de voilure pour nous joindre, prirent une avance d'un quart de lieue sur le reste de la flotte anglaise. L'un d'eux arriva à portée de

(i) ROUCIIART, fol. 266.

(2) Jjettres de Piero Lando et d'Antonio Bavarin (Spoxt, p. 53, 61).

96 HISTOIRE DE LA MARIISE FRAïsÇAlSE.

canon de la nef amirale de France, avant qu elle eût le temps de lever l'ancre; et en un clin d'œil, il l'accabla d'une grêle de boulets, lui cassa le grand mat et la força à se sauver au milieu des roches. Les deux amiraux s'étaient trouvés en présence : 1 amiral HoAvard n'avait qu'un bâtiment de cinq cents tonnes, la Mary Rose, et quatre cent onze hommes d'équipage (Ij ; le vice-amiral de Glermont avait six cents hommes sur la Louise (2], et c'est lui qui avait été vaincu. Il perdit toute présence d'esprit; spectateur immobile et comme désintéressé du combat furieux que livraient ses deux derniers vaisseaux, il ne songeait qu'à se sauver.

La Mary James, capitaine Thomas Ughtred, attaquait la Cordelière. En cas d'engagement d un navire léger avec de gros vaisseaux, la règle était d'éviter l'abordage et de profiter de son agilité pour canonner les adversaires " en tous jours toupiant autour (3j . G est ce que fit la Mary James, qui ne jaugeait que quatre cents tonneaux. Et tout en tournant comme une " toupie » autour de la Cordelière, elle lui lâcha une bordée de six gros canons courts pointés très bas, presque à fleur d'eau. La carraque bretonne accusa le coup par des craquements sinistres (4j dans la membrure. Que ce fut ou non le but d Ughtred, il était parvenu à occuper son redoutable adversaire jusqu'à l'arrivée du gros de la flotte anglaise, en particulier de deux magnifiques bâtiments, le Régent et le Sonereign, frères jumeaux, de mille tonnes chacun.

Le Sovereign, qui était au vent de la Cordelière, laissa porter sur elle de façon à heurter de l'avant le beaupré ennemi. C'était un rude combattant que Charles Bran-

(i) Spont, p. 4-5.

(2) Sponï, p. 48, n. 2 : la Louise avait 790 tonnes.

(3) B. N., Franc. 1244, fol. 90.

(4) Lettre du Vénitien l'iero Lando (Spom', p. (J2).

don, plus tard duc de Suffolk, le futur époux de la veuve de Louis XII : et il avait une troupe d'élite de soixaîite hommes de la garde royale, commandés par Henry Guilfort. Mais Portzrnoguer ne leur donna pas le loisir de faire leurs preuves. Une bordée bien dirigée força le Sovereign à laisser arriver et à quitter le champ de bataille avec un mât cassé (l). Brandon mit cet échec sur le compte d'une fausse manœuvre du maître d'équipage; aveuglé par la fumée, il aurait dépassé la carraque (2).

Du Régent, Thomas Knyvet, grand écuyer d'Angleterre, s'était aperçu, au moment où il s'apprêtait à aborder /a Nef' de Dieppe, que le feu terrible des Bretons mettait à mal les petits bâtiments de l'escadre (3). Knyvet vira donc de bord pour venir à la rescousse. Tandis qu'il manœuvrait pour gagner au vent, Portzrnoguer se jeta sur lui,

Comme le chien ensiiyt toujours le liepvre

El qu'il s'en joue quant il le tient aux clens (4).

En brusquant l'attaque, il empêchait le Régent àa quitter sa position et le gardait à tribord sous le vent (5). Et ses pièces recommencèrent à tonner : seize pièces de gros calibre (6) lançaient par les sabords des pierres de cent à cent vingt livres, tandis qu'au second et au troisième étage du château d'arrière et à l'étage de l'avant, une nuée de faucons, fauconneaux, scorpions, crapaudeaux, basilics, serpentins, coulcvrines, gros vers ou autres petites pièces

(1) Polydorc Virgile (Jal, Marie la Cordelière, p. 76).

(2) HOUNSHED (SpON'T, p. XXv) .

(3) Pierre CnonrE, vers 54-56 (Jal, ibid., p. 74.)

(4) Jal, ibid., p. 32, n. 2.

(5) Lettre d'Antonio Bavarin, écrite d'après le rapport du pilote de la Cordelière, qui fut sauvé (Spo^t, p. 55).

(6) Comme on le voit dans la miniature représentant le combat de la Cordelière et du Régent, reproduite en chromolithographie en tête de l'ouvrage de Spoxt et en gravure ci-contre.

crachaient la mitraille dans toutes les directions (1). La Cordelière n'avait que 50 canonniers et 100 arquebusiers pour tenir tête aux 100 canonniers et 400 soldats du Régent, aux batteries de la Mary James et d'une troisième nef qui escortait le Régent (2) .

Néanmoins, le tir des Bretons était des plus meurtriers. Knyvet fut emporté par un boulet (3) ; John Garew, le second capitaine, était blessé; la grande nef anglaise avait un mât cassé ; Ughtred comptait un tiers de son équipage hors de combat, une trentaine de tués et soixante blessés (4).

Si l'on observait encore à bord de la Cordelière le règlement qu'elle avait reçu durant la campagne de Mitylène, il n'y eut d'engagés pendant la canonnade que les servants de pièces. Masqués derrière des matelas et des balles de laine, ils tiraient sous un treillis de cordages disposé en forme de voûte au-dessus du pont, afin de parer les projectiles lancés des hunes et des gaillards. Dans l'entrepont, marins et soldats, près de huit cents, et trois cents gentilshommes, rangés en qviatre compagnies d'abordage avec autant de sections de réserve, attendaient le moment d'agir (5). Leurs capitaines étaient « Glaricho » , Dolo, Goaljunval, beaupère de Portzmoguer, et le sénéchal de Morlaix (6).

(i Pour l'heure présente, disait le savant stratégiste de

(i) B.N., Franc. 1244, fol. 82. La description de l'artillerie d'une grosse nef, que donne Philippe de Ravenstein, s'applique exactement à la Cordelière, qui avait bien le nombre de grosses pièces indiqué par lui.

(2) Pierre Choque, vers 125; Polydore Virgile (Jal, ibid.).

(3) Lettre de Wolsey (Spost, p. 50).

(4) Spont, p. 61, n. 2, et 62.

(5) B. N., Franc. 1244, fol. 86.

(6) Lettres de Piero Lando et d'Antonio Bavarin (Spont, p. 54, 63) : « Mgr Enores de Claricha, Mgr Simon de Loy, Mgr Vangel, » dit le second; « El S' Gabriel de Chacho, el S' Synion de la Hay, cl S' Cornangel, le « siniscalcho di Morles, » dit le premier. De Loy et Cornangel sont vraisemblablement le second, Dolo ou Dolou, et le S' de Coaljunval des documents bretons (Spoxt, p. 54, n. 5; Cuoque, vers 276).

Louis XII, Philippe de Ravenstein, je voys plus souvent les navires se rendre par force de balre devant que on soit abordez (1). " C'est qu'il n'avait pas vu périr la Cordelière. Criblée de boulets, faisant eau, avec cela vieille et usée, — car une quinzaine d'années (2), c'est la vieillesse pour un vaisseau, — la Cordelière voulut en finir. Elle se jeta sur l'ennemi. Je ne crois pas, malgré l'aflirmation d'un contemporain, que la grande nef anglaise fuyait sous le vent « comme désespérée et jà vaincue et mise à oultrance (3) » . C'est même une question de savoir laquelle des deux nefs lança la première les grappins d'abordage. Toujours est-il qu'une fois accrochées, elles ne se séparèrent plus, même pour mourir.

Le héraut de Bretagne prête à son compatriote Portzmoguer une énergique allocution, demandant à l'équipage de se sacrifier pour le salut de la France et pour rhonncur tie la bonne duchesse. Et l'équipage se sacrifia : le sang ruisselait partout, les tillacs étaient jonchés de morts et de blessés, quand, cntin, après deux heures et demie d'une lutte sanglante, la victoire se dessina du côté des Anglais (4). Quatre cents hommes bondirent sur la Cordelière (5), ayant à leur tète Richard Gyldeford, maître armurier du roi et bailli de Winchelsea (6).

(i) B. N., Franc. 12^, fol. 90.

(2) Construite au » cay de Morlaix » par Nicolas Coetanleiu pour 22,5t2 livres, 9 sols, 2 deniers, elle fut lancée le 30 juin 1498 (Arch. de la Loire-Inférieure, E 208 : « Bordereau de la mise faicte pour le parachèvement de la grant nef de Mourlays, appelée la MarcschaUe, » ou Cordelière. — Bulletin de la Société archéologifjue du Finistère, t. VIII, p. 170).

(3) Pierre Cuoquk, vers 150 (Jal, Marie la Cordelière, p. 34). Jal a montré, en consultant le poème latin de Germain Brice, qui a servi de modèle à Choque, que les feuillets de l'ouvrage de Choque ont été intervertis et qu'il faut placer les vers 150 à 227 après les vers 228 à 288, et les vers 289 à 302 après la série 363 à 407 (Jal, Annales maritimes, t. XC (1845), p. 725).

(4) Lettres de Ravarin et de Wolsey (Spont, p. 51 et 53).

(5) Lettre de Lando (Spont, p. 62).

(6) 11 avait été envoyé avec cent soldats sur le Réyent (Spoxt, p. xxi, n. 2).

Voyant que ses gens commençaient à plier, Dolo, prévôt ou second capitaine de la Cordelière, pour leur donner du cœur, leur promit du secours. Il grimpa dans la hune de misaine, en se hissant à la force du poignet aux manœuvres courantes, car les agrès étaient rompus (1), et fit pleuvoir sur l'ennemi une grêle de projectiles; Portzmoguer montait en même temps dans la grande hune. De là, il put se convaincre que son pauvre navire, environné de toutes parts, était à la merci des Anglais. Dans le lointain, la flotte française restait immohile. Seule, la Dieppoise, capitaine Rigault de Berquetot, essayait de porter secours au » vaillant et vertueulx " Breton. Mais cernée par cinq navires anglais, dont elle soutint l'attaque durant sept heures entières, elle ne devait se dégager qu'à la nuit, avec le concours de quatre navires du Croisic, ayant son château d'avant emporté, son gaillard haché, trente-deux tués et de nombreux blessés (2).

Tout à coup, une détonation épouvantable retentit; la Cordelière s'ouvrit comme un volcan, en lançant sur le Régent des torrents de flammes. La sainte-barbe venait de sauter. Un marin français venait d'y mettre le feu, aimant mieux sauter que se rendre (3) . Des douze cent cinquante hommes qui étaient à bord, le feu n'épargna qu'une vingtaine de personnes, le pilote entre autres, qui furent faits prisonniers (4). Martyrs de leur dévouement, Hervé de Portzmoguer et tous les siens, son beau-père, ses parents, ses officiers, le maître d'équipage Martin le Nault (5) avaient péri par le feu le jour de saint Laurent, comme

(1) l^ierre Choque, vers 276, 284.

(2) Accusation portée par Rigault de Berquetot contre le vice-aniiral de Clermont. 29 décembre 1515 (Spont, p. 66; cf. aussi p. 54).

(3) Lettre de Wolsey (Spont, p. 58).

(4) Spont, p. 55. Ce furent ces gens-là qui donnèrent le relevé de l'équipage, en l'exagérant, semble-t-il.

(5) Spont, p. 54, n. 5 : » Il en mourut de Bretons envuon 500. n

La Cordelière et le Régent

(B. N., Franc. 1672, fol. 9 \" : l'uiiiie de Diicc un la Cordeliè>,

avait péri, martyr de la foi, saint Laurent, le diacre de l'Eglise romaine. II n est point démontré, en effet, quoi qvi'en dise le chroniqueur breton Alain Bouchart, que l'intrépide capitaine Portzmoguer, voyant la situation désespérée, se jeta à la mer tout armé et coula entraîné par le poids de son armure (1 ).

« Potins niori (jiiani fœdari! » Plutôt la mort que la soudlure! Les Bretons étaient restés fidèles à leur devise, à l'hermine sans tache de leur pavillon : ils s'ensevelissaient dans les fleurs de lis et dans les blanches hermines. Et ils mouraient vengés. Le Régent, accroché à l'épave incandescente, léché par des tourltillons de flammes, brûlait comme un fétu. C'est à peine si une soi.xantaine d hommes, sur les sept cents de l'équipage, purent se sauver à la nage dans les deu.x navires les plus proches (2). Trois canonniers sur cent échappèrent fîV). Par là, jugez du reste. Quand la flamme cessa de grésiller, les carcasses des deux vaisseaux descendirent ensemble dans l'abîme, côte à côte.

L'amiral Howard jura de ne pas se présenter devant le roi avant d'avoir vengé la mort du vaillant chevalier Thomas Knyvet (4). Le 13 aoiit, il débarquait à terre et réussissait à incendier vingt-sept petits bâtiments : il en emmenait cinq autres avec huit cents prisonniers (5). Il avait tenu son serment.

Le vice-amiral Picné de Glermont n'était pas de même

(1) Jal, Marie la Cordelière, p. 78, et Dictionn. critique, art. Portzmoguer. — Alain Bouchart, fol. 274. — Spont, p. xxv, n. 2. — L'un des rares survivants, Olivier le Mercier; de Brest, obtint franchise d'impôts et de charges publiques. La pension, il faut l'avouer, était maigre pour vingt années de nobles et loyaux services et pour action d'éclat sur la Cordelière. Amljoise, juin iôlô [Catalogue des actes de François I", t. I, p. 51).

(2) 60 d'après Woisey (Spot, p. 58), 120 d'après Bavarin (ihid., p. 53), 180 suivant Lando (ihid., p. 62).

(3) Spot, p. 63, n. 2.

(4) Lettre de Woisey (Spoxt, p. 50).

(5) Spont, p 63.

trempe. Il n'avait que trop montré sa pusillanimité (1). Le capitaine Rigault de Bei'quetot accusa formellement son chef de s'être enfui lâchement et d'avoir par là causé la défaite; il offrit de faire la preuve tant par les marins et les gens de la côte que » par les adversaires et ennemis qui y estoient », au besoin par un duel judiciaire (2). L'enquête eut lieu, et si Rigault fut révoqué pour son acte d'indiscipline (3), le vice-amiral fut destitué (4) : tous les capitaines avaient déposé contre lui.

Mais qu'était-il besoin d'offrir à l'étranger le moven de s'immiscer dans nos affaires privées et de perpétuer ies dissensions intestines? Sollicitée par Rigault, l'intervention étrangère eut lieu, mais non toutefois sur le lerrain où on la conviait. Elle resta dans le domaine littéraire, et un littérateur servit déjuge en dernier ressort. Voici comment.

Dans l'entourage de la reine Anne, on s'occupait d'élever des autels à la n vertu " du vaillant Breton. Le secrétaire de la reine, Germain Brice, écrivit un poème latin, Cliordigerae novis conflagralio, farci de prosopopées mythologiques et de boursouflures emphatiques : c'est là tout son mérite. Un pensionnaire du roi, plus tard légat pontifical, Jérôme Aléandre, en écrivit la préface f5) ; et le héraut de Bretagne Pierre Choque, qui avait jadis fait la campagne de Mitylcne sur la Cordelière, mit le poème en vers français (6) .

(1) A. BoucuAP.T, fol. 274.

(2) 29 décembre 1512 (Spont, p. 66).

(3) La Dieppoise fut confiée à Chanoy, qui couiinandait, durant la bataille, la ISef de Bordeaux (Archives de Nantes, EE 222). Clermont rentra toutefois en grâce : il exerçait les fonctions de vice-aniiral à l'avènement de François 1" (B. N.,P'ranç. 5500, fol. 270). Quant à Tligaultde Berquetot, il continua d'armer pour son compte. Le 18 août 1517, il vendait au roi sa nef l'Henniiie, de 500 tonneaux, pour la somme de 15000 livres (B. N., Pièces orig., vol. 307, doss. Berquetot, p. 2).

(4) 29 mai 1514 (Spont, p. 67, n. 1).

(5) Sous forme de lettre à Germain Brice.

(6) Publié par Jal dans Marie la Cordelière, tirage à part, p. 24.

Il s'y trouvait certaines appréciations un peu vives contre la politique anglaise, entre autres le reproche de félonie. Le chancelier de TÉchiquier en prit ombrage. C'était Thomas Morus. Il riposta par quelques épigrammes, flèches inoffensives, qui blessèrent pourtant l'amour-propre du latiniste. Germain Brice exhala sa fureur dans l'Aiiti-Morus, lourde compilation de toutes les fautes contre la prosodie et le goût qui avaient pu échapper au chancelier (l). Les humanistes, à cette époque, n'entendaient pas raillerie sur le chapitre du style. Morus quitta donc les graves affaires de l'État pour écraser son adversaire d'une verve hautaine autant que pédante (^) . Et comme il n'y avait pas de raison pour que le litige prit fin, le chancelier anglais soumit à l'arbitrage d'un neutre, Erasme (3), l'objet de la scandaleuse querelle. On ne dit pas que Brice accepta l'arbitrage : toutefois il cessa ses invectives. Voilà comment des écrivains férus damour-propre crurent honorer des héros.

« Lovai Breton! que nul son nom s'efface (-4) ! » Le cri du héraut de Bretagne a traversé les temps. iVujourd'hui, un de nos croiseurs porte le nom de l'héroïque capitaine de la Cordelière; mais pourquoi l'a-t-on défiguré en Primauguet? De Portzmogucr (en breton « la porte de la muraille») en Plouarzel, au haut d'un petit plateau qui domine l'anse du même nom, on voit au large jusqu'à Molène. C'est là que fut le berceau du capitaine.

La forme Primauguet, à la vérité, est des plus anciennes, puisque, quelques mois après le glorieux combat, on le trouve sous la plume du grand marin qui allait venger les

(1) L'ouvrage parut en 1519.

(2) Thomas Morus, Genncmo Brixio salutem, 1520. Cf., sur toute cette querelle, Jal, l'Heiveiis de Germain Briee [Annales maritimes, t. XC, p. 278 et suiv ).

(3) Thomas Morus D. Erasmo, dans les Œuvres de Thomas MoRus, Bâle, 1563, in-V, p. 429; J.a, l'Herveus, p. 729.

(4) Jal, Marie la Cordelière, p. 49.

Bretons sur le lieu même de la bataille, aux u croyx Primoguet " (1), sans doute près des croix qui rappelaient sur la plage les héroïques trépas.

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