LOUIS DE ROU AILLE
(B. N., Estampes Oa 16, fol. 4i.)
cents Normands (l) ; Du Ghillou enfin accrut son escadre d'un contingent dieppois (2).
De l'avis du vieil amiral de Graville, Irop impotent pour prendre la mer, le commandement en chef de la Hotte fut confié au grand veneur Louis de Rouville f3). C'était bien de chasse en effet qu'il s'agissait, d'un laisser-courre sur le roi Henri \ III, tandis qu'il repasserait le pas de Calais, après sa brillante expédition contre Thérouanne et Tournai (4). Mais le grand veneur eut mauvais temps; le lendemain de l'appareillage, un ouragan terrible dispersa ses vaisseaux, en fracassa plusieurs et força les autres à regagner l'aljn des ports (5). Quelques semaines plus tard, en novembre, l'amiral comte d'iVrran regagnait l'Ecosse, nous laissant ses trois vaisseaux de ligne (G).
C'est qu'un terrible malheur venait d'atteindre nos alliés. Le 9 septembre, à Flo^vden, l'armée écossaise avait été écrasée par le comte de Surrey. Dix mille hommes, l'c'dite des clans, étaient restés sur le champ de bataille : le roi Jacques IV avait disparu dans la mêlée, et jamais plus on ne le revit. De ce sanglant désastre, nous ressentîmes le contre-coup sous forme d'un retour offensif des Anglais,
A peine notre flotte avait-elle désarmé, à peine l'arrièreban avait-il reçu congé, qu'un signal d'alarme parut au
24 août et 11 octobre (Spoxt, p. 178. — Rorély, Histoire du Havre, t. I, p. 136).
(1) Lettres de Louis XII. Amiens, 23 septembre (Spont, p. 185).
(2) Composé tics nefs Rose, Françoise, Sacre et Levrière, manœnvrées par 180 matelots. Mandement du grand sénéclial de Normandie, Louis de Brézé. HonHeur, 7 septembre (Spoxt, p. 180).
(3) 17 septembre (Archives nat., K 79, n" 13 : Spoxt, p. 183).
(4) Nous avions perdu la bataille de Guinegate le 16 août, la ville de Tournai le 24 septembre.
(5) Alain Bouchart, Chroniques de Bretagne, fol. 274. — Lettre de Bavarin. Londres, 6 décembre (Saxuto, t. XVII, col. 445).
(6) Lettre de Dacre à Henri VIII. Harbotill, 13 novembre (Ellis, Lelters... 1" séries, t. I, p. 73. — Spoxt, p. 188).
foyer de guerre du Chef-de-Caux. Des vaisseaux ennemis étaient en vue. Incontinent, le lieutenant-général Louis de Rouville monta à cheval pour repousser toute velléité de débarquement. Ses guetteurs, aux ordres du ])àtard de Brézé, garnirent le rempart de la Hève auprès de la tour de Grâce, « le rempare de la descente, " tandis que la population accourait de toutes parts au son du tocsin. A dix heures du soir, sept mille hommes étaient prêts à rejeter l'ennemi à la mer; le cas échéant, leur nombre, si le tocsin avait partout retenti, aurait pu être porté à vingt mille. Mais Fennemi, devant noire déploiement de forces, tourna court et regagna la haute mer (l).
Le printemps venu, Prégent de Bidoux, quiavait hiverné à Dieppe, rendit aux Anglais leur politesse. On lui prêtait rintention de brûler les bâtiments ennemis en pleine rade de Calais. Il fut plus modeste. Une nuit d'avril 1514, il rangea les côtes du Sussex et jeta une colonne d'attaque contre Brighton. Mais les guetteurs anglais faisaient aussi bonne garde que les nôtres. Prégent dut battre en retraite sous une nuée de flèches, dont l'une lui troua la face. Il tint pour un miracle d'avoir échappé à la mort et offrit au retour, comme ex-voto, à Notre-Dame de Boulogne, le masque de sa figure avec la flèche qui l'avait frappé {'-2).
11 n'échappait à un danger que pour retomber dans un autre. Le vice-amiral Thomas Wyndham, depuis Douvres, le suivait. Comme Prégent s'avançait avec ses dix légers navires sur Calais, Wyndham chargea Stephen Bull de se glisser derrière lui avec cinq bâtiments et de lui couper la retraite vers Boulogne : le reste de l'escadre anglaise, tenue jusque-là hors de vue, surgirait tout à coup. Mais
(1) Lettre de Louis de l\ouville au grand sénéclial. Ilartlcur, 21 noveuibie [1513] (B. N., Franc. 2963, fol. 117). — Cf. la liste des dix-sept vaisseaux anglais qui restèrent en croisière de novembre 1513 à avril 1514 (Spont, p. 185, note 1).
(2) SpONT, p. XLV.
le vieux routier, flairant le stratagème, se retira aussitôt sous les remparts de Boulogne, t]ue défendait La Fayette.
L'amiral Thomas IloAvard, qui arriva sur ces entrefaites de la Tamise, approuva le projet de son vice-amiral; et, formant deux détachements de dix bâtiments chacun aux ordres de Henry Sherborne et de Wiseman, il les envoya l'un à Touest, l'autre à l'est de Boulogne, pour cerner nos galères ^lais il jugeait impossible de s'en emparer de vive force, si on ne lui prêtait six mille soldats (l).
Prégent était dans cette position critique, quand des pourparlers de paix s'engagèrent entre la France et l'Anpleterre. Ils devaient aboutir au traité de Londres, le 7 août 1514. Inutile désormais, la division écossaise qui avait ét('' affectée, sous le commandement de Christophe le Mignon, dit Ghanoy (^), à la garde des côtes de Bretagne, s'apprêtait à regagner l'Ecosse, quand Louis XII, lui donnant contre-ordre, la retint à sa disposition {■\).
xVclielé pour la somme de quarante mille francs fi), le Great-Michel ou Saint-Michel, bâtiment splendide de six grosses pièces par bande, deux basilics en poupe et un en proue, sans compter trois cents petites pièces tournantes on en l)atterie, que servaient cent vingt artilleurs et cent matelots (5), remplaça la Cordelière comme navire amiral de la Hotte bretonne. A la guerre contre l'i^ngleterre, nous avions gagné de cimenter avec lEcosse une amitié séculaire. Lorsque nos alliés curent besoin d'un régent comme mentor du jeune Jacques Y, ce fut en France qu'ils vinrent
(1) Lettre de l'aïuiral Thomas Howard écrite à bord de la Mary Ro.te, en rade de Douvres le 27 mai, à sept heures de nuit (Spom', p. 205).
(2) Par commission du 9 août 1514 (Archives de Nantes, EE 222). Clianoy commandait la Marqueiile d'Ecosse, la Bieppoise, la Petite-Louisr et le St-Michel d'Ecosse.
(3) Septembre (B. IS., Franc. 25720, p. 34.).
(4.) 2 avril 1514 (Eplstolae Jacohi Quarti, t. I, p. 214). (5) J. Leyoex, Preliniinarj publication à la Complaynl of Scollaml, p. 119 : reproduit par Jai., Archéologie navale, t. II, p. 287.
chercher John Stuart d'Albany (1); et plus d'une fois encore, leurs corsaires nous empruntèrent, pour courir sus aux Anglais, des hommes et notre pavillon (2) .
Durant les règnes de Charles YIII et Louis XII, nos destinées maritimes avaient dépendu d'un homme que son mauvais état de santé avait éloigné de l'action et qui pourtant mérite de passer à l'histoire. L'amiral Malet de Graville avait eu la fermeté, bien rare, de tenir tête aux caliales de la Cour, qu'il fût question des projets d'expédition en Italie ou de la réintégration du vice-amiral Louis de Clermont, destitué comme indigne. Il avait avancé les frais d'armement de ses deux vaisseaux en 1494. Et en juillet 1512, en mai 1513, il prêta de quoi armer deux flottes contre l'invasion anglaise. A l'heure même où il aidicvait de verser au roi l'avance, énorme pour l'époque, de 80,000 livres, l'amiral, aussi scrupuleux que patriote, inscrivait dans son testament qu'il en faisait donation à l'État pour il le soulaigement du povre peuple " . Et ce n'est que justice, ajoutait Graville, tant « a esté la chose publique chargée de mes gros estas, grands dons et profis (3) d .