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TERRE-NEUVE

Vers l'Amérique du Nord au contraire, s'établit, dès les premières années du xvi' siècle, un courant de navigations qui devait résister à toutes les vicissitudes de la politique et à l'action des siècles. On ne sait point exactement de quelle année datent nos premiers voyages à Terre-Neuve. Ramusio nous a conservé deux dates, 150G et 1508, pour les voyages de Denys et d'Aubert (4). ^Fais quelle perspective autrement séduisante nous ouvre cette déposition des pécheurs de Bréhat et de Paimpol, en 1514, qu'ils payaient depuis soixante ans la dime sur les poissons péchés « tant en la coste de Bretaigne, la Terre-Neufvc, Islande que ailleurs (5). » Les Bi'etons furent si bien les premiers dé-

(ij Instructions du roi de Portugal D. Manuel à Joao Serrao pour s'emparer des navires capturés par Mondragon. 14 décembre 1508 (Alguiis (locumentos do aicliivo nacional da Torie do Tombo. Lisboa, 1892, in-fol., p. 206).

(2) Cédulcs de Ferdinand le Catholique, 29 décembre 1508 et 5 février 1509 (F. DuRO, Armada espafwla, t. I, p. 59, 399).

(3) Cédule de Ferdinand, 11 mai 1509 (F. Duno, t. I, p. 400).

(4) Cf. le paragraphe ci-dessus.

(5) Cf. suprh, t. II, p. 399.

lenteurs du « secret de Terre-Neuve » , que la mère de Charles-Quint, en 1511, ne permetlaità l'explorateur Agramonte d'aller vers l'île des Morues que sovis la conduite de deux pilotes Armoricains (1), et que les premières caries du xvr siècle donnent aux régions septentrionales de l'i^mèrique le nom de Terre des Bretons. Nous ne connaissons, pour l'instant, aucun voyage de lerreneuviers bretons qui soit antérieur à 1510 : cette année-là (2j, la Jaajuette^ du petit port de Dahouët dans la baie de Saint-Brieuc, venait écouler à Rouen le poisson péché " es parties de la Terre- Neufve " .

Dans cette même ville de Rouen, elle avait été précédée, peu de mois auparavant, par des indigènes américains, dont la singulière odyssée donne à penser qu'ils se préoccupaient de savoir d'où venaient les Faces Pâles. Au large de l'Angleterre, un de nos bâtiments fit la rencontre d'un canot d'osier couvert d'écorce, que montaient sept hommes aux faces larges et bronzées, couturées de stigmates, comme si des veines livides eussent dessiné leurs mâchoires. Des vêlements bariolés en cuir de phoque, une coiffure multicolore de paille qu on eût dite formée de sept oreilles, achevaient de donner un aspect effravant à ces sauvages qui se nourrissaient de chair crue et qui buvaient du sang en guise de boisson. vSix d'entre eux succombèrent dès leur arrivée en Normandie; le septième fut envoyé à la Cour de Louis XII comme objet de curiosité (3).

Que. Tean Cabot ait arboré, dès 1497, le drapeau britannique

(i) Navaurkte, Coleccion de uiajes, t. III, doc. 31, 32.

(2) A. DE La Borderie, Les Bretons u Terre Neiifve en 1510, clans les Annales de Bretagne, t. IX, p. 436.

(3) La Cour était alors à « Aulereos » = Orléans ? (Pietro Bejiro, Hisloria Veneziana, cap. t:LXV; passage publié dans la Raccolta di doeumenti e studi pubblicati dalla II. commissione Colombiana. Roma, 18!)3, in-4", part. III, vol. II, p. 377. — Euserii Caesariessis, Chronicon eum additionibus Prosperi et Mathiae Palmerii. Parisiis, 1518 : Gakfarei-, Histoire du Brésil français, p. 58).

à Terre-Neuve, ou que 1 Azorëen Gaspar Gorte-Real en ait été le premier explorateur (l), prise de possession et exploration furent si illusoires que le souvenir de l'une s effaça presque complètement en Angleterre et que l'on ne trouve trace de l'autre que dans la nomenclature portugaise de la presqu'île d'Avallon, partie infime de Terre-Neuve. Vers 1517, l'auteur d'un intermède anglais, d'un Interlude, gémissait sur l'indifférence de ses compatriotes devant l'activité de nos pécheurs, dont la moisson faisait annuellement la charge pleine de phis de cent navires (2). Dans le seul port de Saint-Jean, un autre Anglais avait le chagrin de constater, dès 15iî7, la présence de onze navires normands (3j . C'est dire que les pêcheries de Terre-Neuve devinrent, dès le déhut, une industrie nationale et d'un si gros profit que les moines de Beauport, en 1514, le curé de La Hougue (4), en 15:20, prenaient soin de spécifier à leurs ouailles que les morues d'outre-mer étaient soumises à la dime. Jaloux du développement de cette hranche de notre commerce maritime, Anglais et Espagnols à l'envi s'efforcèrent de la détruire. Ils n'y parvinrent jamais. Et telle escadre britannique apprit à ses dépens combien il était dangereux de se heurter à nos terreneuviers honfleurais et dieppois (5) ou à nos terre-neuvas bretons.

(1) «Sur ces découvertes, voyez les ouvrages de Henry HAnnissK, Jean et Sébastien Cahot. l'aris, 1882, in-8" ; — Les Corle-Real et leurs voyaqes au nouveau monde. Paris, 1883, in-8"; — The Discovery of Noith America. Paris, 1892, in-4".

(2) Henry Harrisse, Décourcrte et évolution <-artofpt/plu/pte de Terre- Neuve et des pays circoiivoisins [1 197-1501-1769). Paris-London, 1900, in-4°, p. IV.

(3) Pdrchas, His Pilqriniaqc. London, 1625, in-fol., t. V, p. 822 : le voyageur Anglais était John Rut.

(4) Bibliothèque du ministère de la marine, Recueil des Ordonnances, édits, etc., formé par le bureau des Classes, t. I.

(5) En 1523 (Letters and papers... of Henry VIII, éd. Hrkwkr, t. IV, 1'' partie, n'" 83, 091).

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