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LA LIGUE DE COGNAC

Une femme jadis s était dressée en face de l'Anglais triomphant : une femme fut encore la libératrice du territoire, dont elle sauva rinté.;;rité par une énergique résistance aux impérieuses demandes des vainqueurs. Par vin traité habile, elle désarma Henri VIII (1) ; et des liens formés par une ingénieuse diplomatie paralysèrent bientôt Tempereur. Non contente d'assurer la défense du royaume, de pourvoir à la protection des frontières, de solliciter de Soliman II une diversion en Autriche, la régente Louise de Savoie préparait à son fils une éclatante revanche.

La même ardeur patriotique qui avait jeté nos corsaires du Ponant contre les Anglais et les Espagnols, avait fait des prodiges sur les bords de la Méditerranée. Elle avait improvisé des chantiers à Marseille pour fabriquer les galères que jadis Ton commandait à Gênes (;2). Yice-amiral et capitaines, Saint-Blancard, Doria, Rostan et Baux, avaient construit chacun une division (3), si bien qu'au lendemain du bilan pessimiste dressé par François L", notre flotte du Levant s'était accrue de quatorze galères neuves (4), que renforcèrent l'escadre du vice-amiral de Bretagne Lartigue (5) et les corsaires normands du fameux Jean Fleury (G).

(i) 30 août 1525.

(2) VALiiELLE, B. N., Franc. 5072, fol. 99 v".

(3) Les premiers construisirent quatre galères chacun, le dernier tteux.

(4) Dont les nouveaux chefs de division furent Antoine Doria, Magdalon d'Ornesan, frère de Saint-Blancard, et Maurice de .lonas (B. N., Franc. 5502, fol. 5 v", 31 v°; Nouv. acq. franc. 1483, p. 49).

(5) Trois galions et les nefs Jacfjucs et linnaveutxire (B. N., Franc. 14368, fol. 72 V", 107 v". 182 — Saxcïo, t. XLI, col. 184).

(6) B. N., Clairambaull 1225, fol. 143.

■201 histoiiîp: de la maium: française.

Quand François I", libéré par le traité de Madrid (1), eut repassé la Bidassoa, Tobjet de cette concentration de nos forces navales apparut soudain. Par une étroite alliance signée à Cognac (:2), le roi, le pape, le duc de Milan, Venise et Florence s'engageaient à délivrer l'Italie de l'oppression impériale. Douze de nos galères devaient être prêtes à porter secours aux confédérés sur quelque point que ce fût de la cote italienne. Une armée française de douze mille hommes pénétrerait par les montajjnes dans le Milanais, que les troupes pontificales du duc de La Rovère prendraient à revers par lAdda. Aux escadres alliées, était réservé le soin de chasser de Gênes et Naples les garnisons espagnoles.

Une diversion iiuitlenduc faillit bouleverser ces combinaisons. Au début de jnin 1526, trente-six bâtiments barbaresqucs arrivaient aux iles d Hvères et pénétraient dans la gargate de Marseille, où ils causaient beaucoup de dégâts. Repoussés d'Aigues-Mortes par le capitaine Palais, de Maguelonne par les bour^^eois de Montpellier, les corsaires de Sinan le Juif l'cfoulèrent jusqu'aux portes d'Agde la petite troupe qui défendait la côte. Ce jour-là, le 20 juin, leurs trois colonnes d'attaque, fortes chacune de cinq cents hommes, eussent remporté un succès, sans l'arrivée opportune du lieutenant royal Pierre de Clermont, qui les rejeta à la mer (3). Quelques jours plus tard, Sinan le Juif manquait de peu un audacieux coup de main sur Barcelone.

Ce fut André Doria qui châtia le lieutenant de Barberousse. N'ayant cjue onze galères et deux brigantins, il

(1) 14 janvier t526.

(2) 22 mai 1526 : la lijjuo fut publiée le 8 juillet. — Cf. G. JACorKTù?;, La politique extérieure de Louise de Savoie (1525-1526 .) Paris, 1892, in-S", dans la Bibliothèque de l'école des Hautes-Etudes.

(3) Lettres de Pierre de Cleraiont. 8 juin, 22 juin, il juillet (B. N., Frane. 3073, fol. 49 v" : Clairambault 326, fol. 201"% 207, 215. — V.u.-

BKI.I.K, fol. 104 v").

n'hésiî.a pas à lui livrer combat dans le canal de Piombmo. Dans une furieuse attaque où il ne s'épargna point, non plus que ses neveux Lazarino et Filippino, qui furent comme lui blessés, André Doria détruisit ou captura onze bâtiments ennemis et mit les autres en fuite. Lui-même n'avait perdu que la Donzella et une galère de Rhodes, coulées toutes deux (1). 11 était alors au service du pape, qui avait pris à la solde du trésor pontifical les huit galères et les deux brigantins du hardi condottiere (2).

A quel sentiment avait-il obéi en abandonnant notre drapeau, sinon au dépit de passer en sous-ordre de Pcro INavarro (3)? C'est au transfuge espagnol, relaxé des cachots du Castel Nuovo à la suite du traite de Madrid (-4), que François I" avait confié le commandement en chef de la flotte confédérée (5). Non plus qu André Doria, son compatriote Fregoso n'entendait relever d'un chef hiérarchique autre que le roi : et alléguant les grands souvenirs laissés à Gènes par une longue série d'aïeux, il eût voulu prendre la direction des opérations navales; en cela, il n'avait d'autre mobile que l'honneur, protestait-il, et non son intérêt (6).

Pareilles dissensions intestines, non moins que les divergences de vues entre les alliés, expliquent les vicissitudes fcâcheuses de la campagne. Avec une partie seulement de nos forces navales (7), seize galères, deux galions et quatre brigantins, Navarro avait occupé Savone sans

(i) Valrkli.e, fol. 104 V».

(2) GcGUELMOTTi, Gucna (Ici pirati, t. I, p. 243, 276.

(3) Sanuto, Biarii, t. XLII, col. 109.

(4) Coleccion de documentos inedilos parala hixloria de Espana, t. XXV,

(5) 9 juin 1526 (R. N., Clairambault, vol. 825, fol. 114).

(6) Lettres de Fregoso. Lyon, 25 et 31 juillet; Marseille, 8 août 1526 (H. N., Franc. 3012, fol. 92, 121, 125).

(7) Cette année-là, nous n'eûmes pas moins de 52 vaisseaux armés dans la Méditerranée : 14 navires, 8 galions, 4 carraques, 17 galères, 3 fustes, 2 grosses barques, 4 brigantins (Extrait du compte de Ragueneau, R. IN., Franc. 17329, fol. 188).

coup férir, le IG août (1). D'autre part, treize galères du provcditeur vénitien Luigi Armer et huit autres du capitaine pontifical André Doria n'eurent point de peine à prendre les forteresses de La Spezia, Porto-Venere et Portofino : pour ce faire, elles avaient à bord quatre mille fantassins de Médicis. Toutes les escadres réunies tirèrent vers Gènes, au nombre de cinquante-six bâtiments : mais faute de ces vaisseaux fortement accastillés, qu'on appelait des galères bâtardes, elles ne purent riposter, le 2 septembre, aux grosses pièces du môle. Une seconde démonstration, le 9, eut le même insuccès. Les chefs d'escadre et Frcgoso convinrent unanimement que, sans l'appoint de quatre mille fantassins de l'armée de la Ligue, il serait impossible d'enlever les fortifications toutes nouvelles du célèbre Martinengo (2).

Le blocus à distance fut décidé : les Français l'exerceraient de Savone, les Italiens de Portofino. En peu de temps, les assiégés éprouvèrent pour un million de dommage et se virent enlever deux convois de ravitaillement ; l'un arrivait de Sicile sous escorte d'un vaisseau de guerre (3) ; l'autre, formé des cuvraques Ferrara et Boscaina et de quatre transports, fut enlevé en Corse, près de Saint- Florent, par un détachement de huit galères (4). Navrés de la ruine de leurs compatriotes, ni Fregoso ni Doria n'en voulaient plus être témoins : l'un parlait de se retirer à

(i) Lettre de l'abbé de Nagera à Charles-Quint. Milan, 27 août (Coleccioii de ilocinncntos incditos paia la historia de Eapana, t. XXVI, p. 62).

(2) Lettres d'Armer et Navarro (Saxito, t. XLII, col. 556, 566, 580, 586, 624). — Lettre de Fregoso. Savone, 18 septembre (B. N., Franc. 3038, fol. 89). — Valiîellk, fol. 105 v". — Manfroxi, Sloria délia marina italiaiia, p. 268.

(3) Coleccion de dociiiticitlos iiiedilos para la historia de Espafia, t. XXVI, p. 59, 63.

(4) Compte de Ragucneau (R. N., Franc. 17329, fol. 188). — A. Grsn- NiANO, Annali di Geiion, fol. 288 v". . — P. Jovk, trad. Sauvage (1570) t. II, p. 67.

Nice (1) ; l'autre se fit rappeler par le pape, qui venait de signer une courte trêve avec l'empereur (2). Atterre des succès des Impériaux à Gênes et devant Sienne, désappointé par la mollesse de nos opérations et par le refus de Henri VIII d'adhérer à la ligue, Clément VII avait écouté les propositions de Moncada (3).

Les Génois profitèrent de cette défection pour prendre l'offensive contre Portofino. Mais leurs troupes, malgré l'habileté de Martinengo, leurchef, durent battre en retraite avec de loui'des pertes (-4). Il était même question de reprendre contre Gênes une attaque combinée de la flotte et d'un corps d'armée du provéditeur Pesaro (5), quand une grave nouvelle vint jeter le désarroi parmi les chefs. Une flotte espagnole s'armait à Carthagène pour secourir les Génois.

Navarro proposa d'aller la brûler. Armer, par une saison aussi avancée, jugea le projet impraticable. André Doria, après une courte absence, sembla revenir tout exprès pour appuyerson collègue. En dépit deleurs remontrances contre un émiettement de la flotte, qui compromettait l'issue de la campagne, Navarro ne laissa en croisière de blocus que la division d'Armeretparlit pour Marseille avec son escadre, accrue de quatre galères (G) . Cette fugue parut aux alliés une façon d'abandonner la guerre, alors qu'en réalité Navarro avait reçu de François I" l'ordre formel de barrer, coûte que coûte, le passage aux Espagnols (7).

(1) B. N., Franc. 3038, fol. 89.

(2) 21 septembre (Sanuïo, t. XLIII, col. 15, 31).

(3) Sur les négociations diplomatiques qui furent engagées soit entre les divers alliés, soit avec l'empereur, on lira avec fruit V.-L. BocnniLLY, Giiillauiite Du Bellay, seigneur de Lanqey (1491-1543). Paris, 1905, in-S", p. 26; et la première défection de Clément VII, dans le Bulletin italien (1901), p. 213.

(4) Lettre d'Armer. 4 octobre (SixuïO, t. XLIII, col. 65).

(5) Sancto, t. XLIII, col. 193.

(6) Ibidem, col. 143. — Masfrom, p. 269.

(7) Lettre de François I" à' Antoine de Villiers. 25 octobre (B.N., Coll.

Il venait quérir, avant de se porter contre Garthagène, un renfort de douze gros voiliers, qu'il était «merveilleusement marry " de n'avoir pas depuis longtemps reçu (1). Et pourtant le commandant de la nouvelle escadre, Antoine de Villiers, sieur d'Ancienville, non plus que le lieutenantamiral Claude Durrc, n'avaient plaint leur peine (2). Mais comment armer promptemenl une flotte, quand il fallait emprunter une douzaine de grosses pièces aux châteaux royaux, d'autres canons aux municipalités de Lyon, de i\îarseillo, d'Aix et au corsaire Jean Fleury, des canonniers au maître de l'artillerie, des vaisseaux aux particuliers (3) ! Faute de trouver prêts ces renforts indispensables, Navarro dut renoncer à l'attaque de Garthagène et, le 3 novembre, retourner au blocus de Gènes (i).

Sur ces entrefaites, arriva la nouvelle que l'escadre espagnole tant redoutée avait relâché, le 11 novembre, dans le golfe de Saint-Florent en Gorse pour se refaire d'une rude traversée. Sur trente-deux vaisseaux, deux avaient sombré dans une tempête et cinq avaient été perdus de vue. A la tête du corps expéditionnaire, qui ne comptait pas moins de quatre mille fantassins, trois cents cavaliers et de nombreux canons, étaient placés Hernando de Alarcon et le vice-roi de Naples en personne, Carlos de Lanoy.

Clairambault 1225, fol. 14'i'), — Instruction à La Ponimeraye de ce qu'il aura à dire de la part du roi à Pcro jNavarro. 3 octobre (B. N., Franc. 5123, fol. 2. — BocnniLLY, p. 32).

(1) Lettre de Navarro à Montmorency. En galère, Savone, 28 septembre (B. N., Clairambault 326, fol. 581).

(2) Claude Durre, sieur du t'uy-Saint-Martin, et Villiers avaient commission d'ordonner les dépenses de l'armée de mer en l'absence de Navarro. 26 septembre (x\rcliivcs de la marine, B**2, fol. 1).

(3) L'escadre comprenait, entre autres vaisseau.x, la Grande-Maîtresse, la Brave, la nef des trois hunes, et la Jhichesse, achetée à Doria. Lettre de François I" à Villiers. 26 septembre (B. N., Clairandiault 1225, fol. 141. — Valbp;llk, fol. 107).

(4) Lettre de Bertran Laurens, garde des munitions du roi. Marseille, ^ novembre (Archives des Bouches-du-llhône, B 1260, fol. 78).

Navarro dépêcha message sur message à ses collègues demeures à leur poste de IjIocus à Portofino. Mais il ne s'ébranla, pour les rejoindre, qu'après l'arrivée à Savone de l'escadre de relève marseillaise. Laissant aux voiliers de Villiers le soin de continuer le blocus, il n'emmena que les galères, ce qui porta la flotte de choc à trente-cinq voiles. Par malheur, plus de la moitié d'entre elles étaient détachées au.x vivres à Porto- Vcnere avec Armer, quand Navarro eut avis, par un brigantin capturé au large de Portofino, que la flotte espagnole suivait. Presque aussitôt, dans la matinée du 22 novembre, trente gros vaisseau.x parurent à la hauteur de Sestri-Levantc , faisant route vers Gènes. Navarro n'avait que seize galères, dont si.\ françaises, les autres vénitiennes et pontificales par moitié. Malgré son énorme infériorité, malgré le mauvais temps, il donna l'ordre d'attaquer, et gagnant le vent une heure avant le coucher du soleil, il entama une violente canonnade qui dura jusqu'à neuf heures. Armer, qui observait de loin l'engagement, ne s'y mêla point, dans le but, il le dit lui-même, de ne point compromettre son escadre.

La victoire pourtant se dessinait du côté des alliés (l). Un vaisseau espagnol, criblé de boulets, sombra avec son équipage et les trois ou quatre cents soldats du capitaine 8aavedra;des galères françaises et vénitiennes qui l'avaient cerné, compagnons de guerre et soldats sautaient à la mer pour ramasser le Jïutin qui surnageait sur le lieu du sinistre. Trois autres grands vaisseaux soutenaient le choc de Navarro et de Doria, pour couvrir la retraite de leurs conserves. Dans la nuit noire, la Portonda, qui battait pavillon de

(i) Sur la bataille de Sestri ou Capo di Monte, consulter : Saxuto, t. XLIII, col. 354, 382, 410, 426. — Agostino Giustixiaxo, Annali di Genoa, fol. 278. — Ubertus Folikïa, Genueiisiiim Hisloriae, lib. 12. — Belcarius, Ilerinn Gallicarum commentarius, lib. 19. — F. DuBo, Armada Espanola, t. I, p. 142. — Don Martin de los Héros, Historia del condc Pedro Navarro, p. 348. — Mankrom, p. 270. — Bourrilly, p. 34.

l'amiral d'Alarcon, était le point de mire de nos coups. L'étendard emporté par un boulet de la Réale, les agrès hachés, à demi démâtée, les canons hors d'usage et trente boulets dans la carcasse, la Portonda finit par s'échapper vers Calvi ; Villiers, prévenu peu après, dépécha de Savone deux vaisseaux pour lui donner le coup de grâce (1). Les autres bâtiments espagnols s'étaient éparpillés dans toutes les directions. Deux d'entre eux, des navires basques, étaient tombés entre nos mains (2) : un troisième s'échoua à Monaco; et les cinq cents hommes qui le montaient, furent anéantis ou capturés jusqu'au dernier par la garnison française de Savone, tandisqu'ils essayaientde se frayer lui chemin vers le Milanais.

Mais qu'était ce léger succès à coté de la réussite du plan espagnol? Lanoy était parvenu à prendre pied en territoire italien. En dépit de la poursuite de la flotte alliée, qui dut chercher à Civita-Vecchia un abri contre la tempête, vingt vaisseaux espagnols débarquaient quatre mille hommes environ à San-Stefano dans le Siennois, cinq autres portaient leurs renforts dans le royaume de Naples, à Gaète. « Chose de peu de compte, si l'on avait icy affaire à gens qui eussent cueur et gentil et hardy, — écrivait de Rome Renzo da Ceri. — Mais sont presbtres et Florentins pour tous potaiges (3).» Le pape éperdu donna ordre, en effet, de diriger immédiatement une partie de la flotte sur l'Arno pour protéger Florence, et il manda à son secours le reste des navires, galères et gros vaisseaux. Laissant au provéditeur vénitien et à Saint-Blancard le soin d'accomplir, avec seize galères, la première de ces missions, Navarro alla quérir à Savone les dix-huit voiliers de Villiers, qui venaient de charger cinq mille hommes. Villiers prit la mer; mais

(1) S\NUTO, t. XLIII, col. 496. — Decruï:, Anne de Montmorency, p. 89.

(2) Extrait du compte de Ragueneau (B. N., Franc. i7329, fol. 188).

(3) Rome, 29 novembre (B. N., Franc. 3009, fol. 48).

la tempête avait dispersé ses vaisseaux, les matelots s'étaient mutinés : bref, Navarro dut s'occuper en personne de transporter à Livourne les troupes commandées par Renzo da Geri (1).

Les craintes de Clément VII n'étaient que trop fondées (2). Du nord, l'armée du connétable de Bourbon et de Frvindsberg, du sud, les troupes de Moncada et des Colonna convergeaient vers la Ville Eternelle. Navarro, qui s'obstinait au blocus de Gênes, reçut du pape l'ordre pressant de relourner protéger les Florentins contre les bandes féroces de Frundsberg (;î). Tout l'espoir du Saint-Siège reposait dans l'armée navale. Et le capitaine général, n'ayant pas d'argent, n'avait ni ses vaisseaux en état, ni ses équipages au complet (4). Il ne quitta point Savone (5),

Seules, deux de nos galères et la division d'André Doria (6) prirent la route du royaume de Naplcs, oîi les troupes de Rcnzo da Geri tenaient tête au vice-roi espagnol et le mettaient en pleine déroute non loin de Gaète. Gette victoire rendit qucl(|uc courage au pape, déjà tout prêt à traiter avec l'ennemi : il manda incontinent à André Doria de barrer aux fuyards le chemin de la retraite (7).

A Doria s'attacha un prétendant au trône de Naples,

(1) Lettre de Saint-BIancard. Savone, 23 décembre (B. N., Clairauibault, vol. 327, fol 98). — Lettre de Ferez. Rome, 15 décembre (Cnleccion de docinncntox inedîtos. . . de Eapana, t. XXVI, 66).

(2) Sur les alternatives de crainte et d'espoir du pape, et ses résolutions sans cesse changeantes, lire Boueuilly, p. 33.

(3) Lettre de Navarro au roi pour lui soumettre la demande du pape. Savone, 18 janvier 1527 (B. N., Clairauibault, vol. 326, fol. 42, copie; Franc. 3037, fol. 15, orig).

(4) Lettre de Renzo à Montmorency. Rome, 17 février (B. N., Clairauibault, vol. 326, fol. 67).

(5) François \" lui mande de relever l'escadre des voiliers en blocus. 11 mai (B. N., Clairauibault, vol. 1225, fol. 145).

(6) Sasuto, t. XLIV, col. 294.

(7) Lettre datée de Rome, 6 février (B. N., Franc. 20487, fol. 10). Selon cette lettre, le pape était prêt à livrer aux Espagnols le comte de Vaudémont et tous les Français alors à Rome.

Louis de Lorraine, comte de Yaudcmont, qui tenait ses droits de la maison de Lorraine-Anjou. Avec eux, s'embarquèrent les fameuses bandes noires de Jean de Médicis, dont le commandement avait passé au Pérugin Orazio Baglionc.

Contre Pouzzoles, leur attaque écboua. Elle réussit contre Gastellamare, de l'autre côté du golfe, parce qu'ils avaient été rejoints dans l'intervalle par le pi^ovéditeur vénitien da ^lula, successeur d'Armer. Cinq cents Napolitains arrivés la veille, le 27 février L527, pour défendre Gastellamare, ne purent tenir contre le bombardement de la flotte et le mouvement tournant des troupes de débai^quement qu'Orazio Baglionc amenait par la montagne. La conquête fit tache d'huile. Sorrente, Vico, Torre del Grèce envoyèrent leurs clefs.

Le 6 mars 1527, une colonne de dix-sept cents hommes, soutenue par la flotte, marchait sur Naples; après une escarmouche au passage du rio Sebeto contre Moncada (1), elle délogeait les Espagnols du faubourg de la Maddalena et avançait jusqu'à la porte du Carminé. Par un trompette, Yaudémont envoya sommer la garnison de capituler. Mille hommes de plus, et il était maître de la ville. La population resta coi. Le canon du Castel Nuovo tenait en respect nos galères. Un ouragan s'annonçait. Bref, il fallut pour la flotte chercher ailleurs un abri, après avoir rembarqué les troupes.

A Salerne, Yaudémont prit sa revanche, le 17 mars, en s'emparant de la ville sans coup férir. Le lendemain, Orazio Baglionc, laissé à la garde de Salerne avec quatre galères et six cents fantassins, foudroyait les trois têtes de colonne d'une armée de quinze cents hommes, que ^îoncada et le

(i) Baeça, Vida de don Hugo de Moncada, p. 61. — Lettre de Vaudémont au roi après la prise de Gastellamare (B. N., Clairanibault 326, fol. 5).

prince de Salerne amenaient de Naples. Deux cent cinquante soldats restèrent sur le terrain. Le reste battit en retraite (1).

Aux rêves ambitieux de Vaudémont, le pape mit un terme, en signant la trêve du 25 mars avec le vice-roi espagnol et en rappelant l'escadre de Doria. Epouvanté de la marclie sur Rome de l'armée de Bourbon, il s'était précipitamment dégagé de la ligue, sans pouvoir se soustraire pour autant au ressentiment des Espagnols. Le connétable félon refusa de reconnaître le pacte signé par Lanoy. Et le 0 mai, à deux heures du matin, il donnait l'assaut à la Ville Eternelle. En vain, les arquebusiers français de Renzo da Ceri et Guillaume Du Bellay, les soldats de Baglione opposèrent-ils une vive résistance. Le pape Clément VII tombait prisonnier, Rome était mise à sac, et un poète data son œuvre : « Ex Urbis cadavere (2). " André Doria, qui avait inutilement tenté de forcer le cordon des assiégeants (3), reçut, par surcroit, l'ordre de consigner aux vainqueurs le port de Civita-Vecchia (4). Au lieu de s'y soumellrc, il prit la route de la France : le Li juillet, ses huit galères et ses deux brigantins entraient à la solde du roi (5). Et tout de suite, Doria se signalait par une action d'éclat d'une portée considérable.

A la prise de Rome, les Français répondirent par un coup de tonnerre. Gênes, la place forte des Impériaux en

(1) Sasuto, t. XLIV, col. 143, 188, 234, 283. - Man-kront, p. 273.

(2j Cf., sur le sac de Rome, la liste des sources dans Gughkl.'MOTti, La Guerra dci piiatl, t. I, p. 287, et Léon Dokez, Le sac de Rome (1527). Relation inédite de Jean Cave, Orléanais. Rome, 1896, in-8°, cf. p. 74.

(3) Elocjio htorico d'Andréa Doria. Parme, 1781, p. 245 : E. Pktit, André Doria, p. 60. — Bourrilly, p. 44.

(4) Sascto, t. XLV, col. 218. — GuGUKLMOTTr, t. I, p. 289. — Man- FROxi, p. 274.

(5) Ce jour-là, Doria toucliait une avance de 18450 livres (B. N., Franc. 5502, fol. 93). — Il devait recevoir 38000 ducats par an (Ma>-fro>i, p. 274).

Italie, fui en un instant cernée. Lauti^ec, avec un corps mixte de Français, de Vénitiens et de bannis génois; André Doria, avec vingt-quatre galères; Charles Du Solier de jVIorette, qui succéda comme capitaine général des vingtgcpt vaisseaux ronds (1) au sieur de Villiers (2), combinèrent contre elle leurs efforts. Un blocus rigoureux réduisit promptement à la famine les assiégés (^^).

Sous la protection de trois galères espagnoles et de cinq galères génoises qu'vin bastion élevé à l'entrée du port épaulait, un important convoi de blé de Sicile attendait à Portofîno un instant propice pour passer. Doria ne lui en laissa pas le loisir. Douze cents hommes de Filippino et Antonio Doria barrèrent, près du village de San-Michelc, la route qui venait de Gènes et que la compagnie d'escopettiers de l'enseigne Cicala, postée derrière les roches, prenait d'cnfdade, A l'aube, parurent huit cents hommes, expédiés par le doge au secours de Portofino. Le capitaine de la garde palatine, Agostino Doria, et Agostino Spinola, qui les commandaient, délogent les escopettiers de Cicala, les rejettent en désordre sur le bataillon des Doria, capturent Filippino, mais, au moment de recueillir les fruils de leur victoire, se voient subitement rappelés à la défense de Gènes. Cette ville était serrée de près par les troupes de Ccsare Fregoso, détachées de l'armée de Lautrec.

Avant de partir, Spinola avait engagé les patrons de l'escadre bloquée à prendre l'offensive contre une flotte démoralisée, pensait-il, par l'échec des compagnies de débarquement (4). La brusque attaque d'André Doria, le 15 août,

(ï) 12 navires, 3 carraqucs, 2 fastes, 6 barques provençales et 4 yalions normands, selon lettres de provision du 30 mai (B. N., Franc. 17329, fol. 188 y").

(2) Lettre de François I"' à Villiers, alors à Savone. 11 mai (B, N., Clairambault 1225, fol. 145).

(3) 1>. JovE, trad. Sauvage (1570), t. II, p. 68.

(4) GcicnARDiN, liv. IV, chap. iv.

déjoua ce projet. Les galères adverses cherchent à s'enfuir dans la direction de Ropallo ; mais, au bout de deux milles les forçats jettent leurs rames en criant : » Liberté! " La galère de Giuliano de La Riva, familier du doge, une seconde galère génoise, sept autres de Sicile, de Gènes et d'Espagne, la grande carraque de Giustiniano, avec une riche cargaison en provenance de Chio et du Levant, tout le convoi, trente-deux bâtiments tombaient au pouvoir de Doria. Seul, le bossu Giustiniano, l'un des meilleurs marins de la République, avait échappé avec sa Gobha (1).

La victoire de Portofino eut un effet moral immense. Le 19 août, Gènes était attaquée du côté de vSan-Pier d'Arena par Fregoso et Laulrec. De la grande nef Grimalda encore en chantier et transformée en bastion de fortune, les escopettiers de Gesare Fregoso foudroyent les troupes de Martinengo. Le grand ingénieur tombe prisonnier. Le doge, le podagre Adorno, à cette nouvelle, s'affole, relâche Filippino Doria et capitule, alors qu'une flotte espagnole arrive de Valence à son secours (2). Il fut remplacé par un gouverneur français, par Trivulce.

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