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LA CONQUÊTE DES TRÉSORS DU MEXIQUE

En 1523, Cortès envoyait en Espagne, comme primeur de sa conquête, les richesses du palais de Guatimozin : des masques en mosaïque de pierres fines, avec des oreilles d'or et un râtelier d'ivoire, des joyaux, une fine émeraude de la grandeur d'une paume, de la vaisselle d'or et d'argent où étaient gravées des figures d'animaux, des idoles et des sarbacanes en métaux précieux, des mitres, des ornements d'autel, une coulevrine tout en argent, des vêtements en plumes si artistement travaillés que les étoffes de soie et d'or pouvaient à peine leur être comparées; enfin, des milliers de larges plaques d'or en forme de disques (Ij.

Ces trésors partirent de la Vera-Cruz sur l'escadre de Mendoza, sous la garde des meilleurs lieutenants de Cortès : Alonso d'Avila et Antonio de Quinones. Il y avait, à bord, des jaguars. Une nuit que la cage s'était entrouverte, un des jaguars s'échappa et se rua sur l'équipage espagnol, tuant ou blessant dix hommes. Après s'en être débarrassés, les matelots lardèrent de dards son compagnon, de peur d'une nouvelle attaque. Décimé par cet accident, l'équipage espagnol, en arrivant aux Açores, se trouva tout à coup en présence du capitaine de la flotte d'Ango; Jean Fleury barrait la route à la tête de trois nefs et cinq galions, dont le bâtiment amiral, le Dieppe, était de trois cents tonneaux. Outre ses équipages, Fleury avait deux cents

(1) Lettre de Valladolid, 10 juillet 1523 (Sanuto, Diarii, t. XXXIV, col. 188 v°). — Herreba, 3° décade, liv. III. — Lettres de Fernand Cortès à Charles-Quint, trad. D. Charnay. Paris, 1896, in-S", p. 227.

hommes de la garnison de Fontarabic (Ij. Il ne perdit plus de vue ses adversaires, qui s'étaient réfugiés à Tile Sainte- Marie; et quand les trois caravelles de Domingo Alonso vinrent d Espagne pour sauver les trésors du Mexique, leur livra une poursuite acharnée. Rejointes à quelques lieues du cap Saint-Vincent, presque en vue du port de salut, deux d'entre elles succombèrent après un sanglant combat, laissant tomber entre les mains du vainqueur le rapport de la conquête du Mexique et les émissaires de Cortès, l'un d'eux, Quinones, mortellement atteint {'2).

L'affaire eut un retentissement considérable; l'empereur attacha une telle importance aux riches « accoustremens de plumes venuz des Indes » , éventails de plumes montés en or, heaumes à plumets à tête diabolique, corsets et manteaux d apparat, souliers cousus d'or, qu'il en fit présent à la gouvernante des Pays-Bas, Marguerite d'Autriche (3), laquelle en rétrocéda au duc de Lorraine.

Dans 1 église de Yillequier, en Normandie, un superbe vitrail, daté de l'année même de ce drame, 1523, représente le combat naval d'un grand vaisseau, orné, en proue, d'une salamandre et, sur les bordages, de pavois fleurdelisés, contre deux navires impériaux plus petits. Ce magnifique ex-voto de modestes mariniers, dont les noms sont consignés au bas du vitrail (41, laisse supposer que leur

(1) Liste de la Hotte de Fleury, d'après un document de 1523 (H. C. MuRPHY, The voyage of Verrazzano. New-York, 1875, in-8", p. 165. — Gaffarel, Jean Flewy, dans le Bulletin de la Société normande de géographie (1902). p. 182).

(2) Lettre d' Alonso d'Avila, prisonnier. La Rochelle, 17 juin 1523 (Ramusio, Raccolta délie navigazioni e viaggi, t. lU, p. 294). — P. Martyr d'Anghiera, Opiis epistolaruni, éd. 1530, cp. 778, 782. — F. Dcro, t. I, p. 202. — Raccolta di docnmenti e stiidi pubblicali dalla R. Commissionc Colombiana. Roma, 1892, in-4°, part. III, vol. II, p. 68).

(3) Le 20 août 1523, à Bruxelles (B. N., Collection des V^ Colbert 128, fol. L : publié par H. Micuelant, Compte rendu de la commission royale d'histoire (Bruxelles), 3"^ série, t. XII (1870), p. 5).

(4). '< Jehan Busquet, dit Deleau, marinier..., Jacques Ruault, Robert

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