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A LA RECHERCHE DES ILES MOLUQUES PAR LE DÉTROIT DE MAGELLAN

Ces notions allaient-elles se préciser? Un nouveau voyage s'organisait, en 1531, aux frais d'Ango, du vice-amiral de Moy, de Tancien régent de l'Ecosse, Stuart d'Albany, et du seigneur gascon de Montbrun, pour reconnaître la route suivie par Magellan. Et c'est à l'un des pilotes même de Magellan, Leone Pancaldo, de Savone, le pilote de la Trinitad^ que Tarmateur dieppois s'adressait pour conduire l'expédition nouvelle. La promesse d'une rente de trois cents livres, au nom du roi, avait de quoi tenter (2)... Pancaldo accepta. Il vint à Paris.

Comme il avait dresse jadis un routier du célèbre voyage de circumnavigation, il n'eut aucune peine à fournir un devis du chemin qu'il comptait suivre : «Après avoir passé le détroit de Magellan, écrivait-il plus tard, je devais aller aux iles de Banda charger des noix muscades et du macis; j'aurais touché à Timor pour prendre un peu de santal, et je serais revenu par le cap de Bonne-Espérance, sans qu'avicun bâtiment portugais parvint à me capturer. En effet, j'aurais doublé le cap à la fin de novembre, et comme

(1) La Coxmoqraphie, par Jean Fonteneau, dit Alfonse, éd. Musset (1904), p. 189. — A. Rainaud, le Continent austral (Paris, 1893, in-8", p. 288 et suiv.) : graphiques de Jave-Ia-Grande d'après la carte du Dauphin et les cartes de Roze (1542) et Guillaume Le Testa (1556).

(2) Lettre de Gaspar Palha au roi de Portugal. Paris, l'^"' mai 1531 (Pera- CALi.o, Sussidi docianentari ver iina monoqrafia su Léon Pancaldo, dans la Raccolta... Colombiana, Part. V, vol. II, p. 292).

les vaissseaiix portugais ne quittent l'Inde qu'en janvier, je ne les aurais pas rencontrés (1). w

Il ne tenait point à retomber dans les chaînes de ceux qui l'avaient indignement dépouillé, lorsqu'il revenait avec le dernier vaisseau de Magellan (2) . Et pourtant, malgré son aversion pour les Portugais, il se laissa circonvenir par eux : il regagna Savone et, movcnnant mille six cents ducats, s'engagea, par un traité en bonne forme, à ne plus faire de cartes nautiques et à ne plus naviguer sans l'autorisation du roi de Portugal (3). Par ce coup de maître de l'agent Palha, nous étions complètement désemparés; mais l'armateur dieppois n'était pas homme à accepter ainsi une défaite.

Une lutte acharnée s'engageait entre la compagnie qu'il dirigeait et la police secrète à la solde du roi de Portugal. G est par les rapports de ces policiers que nous savons les péripéties de la lutte, dont l'enjeu était, pour nous, la découverte de la route des Moluques et, pour les Portugais, le maintien de leur monopole. Un Giovanni Francesco Venezeano, autrement dit le Vénitien, auquel les Normands avaient offert le commandement général de l'expédition, refusa, ne voulant pas emmener en un si dangereux vovage des gens avec qui il ne s'entendait pas; il promettait toutefois de débarquer, à son retour des Moluques, toutes ses épiceries à Rouen, et d'emmener à son second voyage, lorsqu'il saurait la route, des vaisseaux normands. Jusque-là, il avait besoin, lui aussi, pour conduire ses trois carraques vénitiennes armées dans la Marche d'Ancône, des bons offices de Pancaldo. Mais en vain se rendit-il à .Savone :

(1) Lettre de Pancaldo au roi de Portugal. Savone, 3 octobre 1531 ^Pera-

GALLO, p. 303).

(2) Lettre de Pancaldo à Charles-Quint, datée de la prison de Mozambique, 20 octobre 1525 (Peragallo, p. 284).

(3) En 1535, il partit néanmoins pour les Moluques avec deux vaisseaux Italiens, mais il périt au rio de la Plata (Amat di sais: Filippo, Biografia clci viagijiatori italiani. Iloma, 1882, in-8", t. I, p. 265).

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le pilote, soi-disant en pèlerinage, fnt introuvable (1).

La chasse aux pilotes continuait. Fort inquiète de la capacité du célèbre cosmograpbe Jean Alfonse, la Cour de Lisbonne, affectant de le considérer comme un Portugais fugitif, alors qu'il était natif des Sables d'Olonne et s'appelait de son vrai nom Jean Fonteneau f:2), eut l'impudence de lui offrir une lettre de pardon pour le rapatrier en Portugal (3). Alfonse ne se laissa point suborner : mais il ne pouvait point être d'un grand secours pour conduire une flotte aux ^loluques, dont il ignorait la route, sa Cosmographie en témoigne.

A Séville, un informateur, du nom de Martin Ferreira, nous renseignait sur les navigations de ses compatriotes portugais. Mais une lettre qu'il écrivait à un de ses parents à Lisbonne pour demander une carte marine, ayant été interceptée, le roi de Portugal pria la cour d'Espagne de le faire arrêter (4) .

A Anvers, le vicomte de Dieppe avait engagé un autre marin de la même nation, Pero Fernandez, condamné par contumace à la rélégation en Afrique, qui connaissait la route des Indes : une de ses cartes en fait foi (5). Cette fois, les policiers portugais, après avoir songé à enlever Fernandez. reculèrent par peur de 1 opinion. « Il nous parut, dit ingénument 1 un d'eux, qu'en ce pavs lil)re, nous ne pouvions rien faire par force, qui n eût du retentissement et ne nous mit dans de grands embarras (6). »

(1) Lettre de Gaspar Palha. Paris, 1" mai 1531 (Per\g.\Ù.o, p. 296).

(2) MussKT, Jean Fonteneau, dit Alfnnsc dr Saintnnge. Paris, 1896, 11-8°, extrait du Jhtll. de qéoqrapttie hixtnrltpic (1895j.

(3) Vabxu.\gex, Jiist. du Brésil, p. 45.

('<•) Lettre de Joào III, roi de Portugal. 13 mars 1532 (SorSA Vitkbdo, Trnbalhos nauticos dos Povtiiquezes. Lisboa, 1898, in-V", p. llo).

(5) Carte de l'Atlantique. 1528 (Victor Hamzscii und Ludwig SciniiDJ, Kartof/j-aphisehe Denkmiiler (1903), Blatt 1.)

(6) Lettre de Pero Mascarenhas. Anvers, 17 janvier 1532 (S. Viterbo,

Ango était parvenu à ses fins. En dépit ties agents portugais, une nouvelle expédition partit de Dieppe en 1531. L'annaliste Desmarquets, assez sujet à eaution malheureusement, est seul à en rendre compte flj. Selon lui, elle se rendit en Chine. Un ambassadeur de François I", le sieur (le Valois, cjui nous est connu d'ailleurs pour avoir mené an corps de troupes auxiliaires en Danemark (2), avait pris passage à bord : il Ht présent à Tempereur de Chine (?) d'une batterie de quatre pièces de fonte, ce qui lui valut une chaleureuse réception. Et les vaisseaux dieppois purent échanger leurs marchandises contre des porcelaines, du ihé et des denrées exotiques, qu'ils rapportèrent en France.

Rien ne vient à l'appui du récit tic Desmarquets : rien, ni comptes, ni chroniques, ne porte la moindre trace de relations quelcon(jues avec le Céleste Empire. Ce n'est point à dire pourtant que la Cour de ^France demeurait indifférente aux choses d'Extrémc-Oricnt, L'initiativ( il Ango avait porté ses fruits. A llnstar de l'armateur dieppois, François F' avait attache; à sa personne un cartographe lusitanien, fort u expert en la marine !) : il l'avait fait venir de l'orlugal avec femme et enfants, afin de l'avoir toujours près de lui. Sous le nom de « Jean Pachet, portugais 1! , consigne dans les comptes de l'épargne (3), il n'est point malaisé de reconnaître le Joào Pacheco, commandeur de l'Ordre d'Alcantara, qui offrait, peu de temps auparavant, ses services à Charles-Oulnl. Et nous savons, parle mémoire présenté à cette occasion le '2 tiécembre 1535 et notifié par 1 empereur le 9 juillet 1530, que Pacheco projetait d'aller à la découverte tles ilcs des Epices, en partant des côtes de la Nouvelle-h^spague, (jue baigne le

(i) Afémoires c/iiono/oi/ùjims pour servira l liislvlrc de Dieppe et ù celle fie la navi<]atioii fninçaisc, I, I, p. 113,

(2) AS.SKLIXE.

(3) 1539 (Archives nat., .1 962'*, n" 11 : Catulviuc des actes de François /", t. VIII, p. 189, 2()3j.

Pacifique (l) . Comme les comptes de l'épargne ne mentionnent que durant un seul exercice le nom de « Pachet» , j'imagine que les agents portugais avaient encore trouvé le moyen d'empêcher son projet d aboutir.

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