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L'ENTREVUE DL PAPE ET UU ROI A MARSEILLE

L'entrevue du pape et du roi de France, où allait se décider cette grave question, fut amenée de la façon la plus naturelle du monde. Un fils de France épousait une nièce du souverain pontife, qui ne pouvait moins faire que

(1) Liste des vaisseaux désignés pour l'escorte, avec le nom de leurs capitaines et le chiffre de leurs équipages qui variaient de 120 à 180 hommes. La Meilleraye, 20 septembre 1532 i?>. N., Moreau 737, fol. 43).

(2) 10 septembre (Lettre de Gilles de la l'ommeraye, dans le P. Hamy,

de venir bénir lui-même le mariage du prince Henri et de Catherine de Mcdicis, duchesse d'Urbino. Ce fut l'occasion pour notre escadre du Levant de se mettre en toilette de grand gala, sous l'inspection d'un commissaire envoyé spécialement à cet effet, Antoine de Proussat de Saint-Bonnet (1), et sous la haute direction du grand maître Anne de Montmorency, chargé du commandement suprême des forces navales durant le séjour de Clément VII (i).

Tandis que le grand maître organisait à Marseille une réception grandiose (;ij, l'ancien régent d'Ecosse, Stuart d'Albany, partait au-devant du pape en compagnie de l'amiral du Levant, Claude de Tende. Nos dix-huit galères (4) avaient à bord une garde d'honneur de quatre-vingts lances (5) et deux compagnies d'infanterie, douze cents hommes (6) en tout, qui assuraient contre tout risque la traversée.

C'est que le parti impérial essavait d entraver l'entrevue projetée entre le pape et le roi de France, en faisant courir les bruits les plus sinistres sur les guet-apens de Barberousse (7). Et de fait, Sinan le Juif, lieutenant du fameux capoudan, venait d'intercepter trois galères génoises riche-

(1) Quittance de Proussaf, sieur de Saint-Bonnet, comme commissaire de l'année de mer tant en I^iovence qu'aux côtes d'Italie (Bibliothèque du Dépôt des cartes et plans de la Marine, vol. 87'^, n" 20).

(2) 31 juillet 1533 (B. N., Clairambault 825, fol. 114 v").

(3) Valbelle, B. N., Franc. 5072, fol. i(J8 et suiv.

(4) (<inq du grand maître Anne de Montmorency, commandées par Christophe de Lubiano, son maître d'hôtel ; six du baron de Saint-Blancard, dont (juatrc appartenaient au roi; trois de son frère Magdalon d'Ornesan, dont deux au roi; deux du capitaine Jonas, dont une au roi ; une de Christophe de Lubiano; une de Bernard d'Ornesan (Archives nat., .) 960', fol. 13()V

(5) Ih{,lem, fol. 117, 117 V".

(6) Ibidem, fol. 118, 148 v", 151 : l'une des compagnies était celle du capitaine Fournillon, commandant la tour d'If.

(7) Lettre du cardinal François de Tournon au duc d'Albany. Home, 9 septembre (Archives nat., K 84, n" 27, publ. dans le Musée des Archives, ii"590).

menl chai^jées. laissées à Messine pai' iVndrë Dorla (l). Notre eseadre attendait son au^juste passager, quand un avis lui vint de Rome d'avoir d'abord à mener à Nice la fiancée, Catherine de Médicis, puis de revenir quérir à Pietra-Santa la cour pontificale, lléuni en conseil de guerre (2), l'état-major de la flotte, — Stuart dAlbany, Claude de Tende, Christophe de Lubiano, Maurice de Jonas, Magdalon d'Ornesan, Saint-Bonnet et Chabannes, — décida de s'incliner devant la décision de Clément VII. On laisserait, dans 1 intervalle, à La Spezia les gens d'armes de la garde d'honneur et une division de trois voiliers, la Billotte, le Ragvsais et le galion de Renteria, pour protéger le port, tant contre les trente-cin{j voiles de Sinan le Juif en croisière dans le canal de Piombino que contre les dixhuit galères d'André Doria, en route pour Gènes.

Le sentiment qui inspirait Clément VII n'était point la peur. Nous irons toujours près de terre, déclarait-il aux pessimistes, et il y aura force frégates et brigantins ctgrand garde pour nous avertir du moindre danger (3). Mais le pape attendait le retour de sa propre flotte, que Bernardo Salviati avait menée, conjointement avec André Doria, au secours de Coron. La valeur déployée par Salviati dans l'engagement du 2 août, où la flotte de Lofti-Pacha, malgré sa supériorité numérique, avait été forcée d'abandonner le blocus de la ville grecque (4), inspirait confiance, non moins que l'appoint de seize galères, tant du pape que des chevaliers de Malte. Enfin, Salviati vint. Et le 5 octobre, aux salves trois fois répétées de toute l'artillerie, le pape s'embarquait à Livourne sur l(c Réale de France (5J . A la

(1) GUGI.IKLMOITI, t. I, p. 347.

(2) La Spezia, 4 septemlM-e Cil N., Dupuy 486, fol. 51).

(3) Lettre du cardinal de Tournon (Musée des Archives, n» 590).

(4) F. Ddro, Armada cspanola, t. 1, p. 165. — Gdglielmotti, t. I,

(5) Récit du voya{;e dans le journal du uiaitre des cérémonies Petrus

tête de légers avisos, le lloi de galère et le Cercamare fouillèrent rhorizoa; les galères se déployèrent en ligne, la Réale au centre, les capitanes sur les lianes avec quatorze cardinaux, trente-six évèques et le somptueux cortège pontilical : quatre transports chargés des bagages formèrent Farrièregarde : et toute la flotte (1) s'ébranla aux psalmodies de la chapelle Sixtine montée sur la Duchesse, où le Saiat-Sacrement était exposé.

Sous une tente de damas rouge, vert et jaune, (pii tombait en longue traîne jusqu'à la mer, on avait disposé pour le Pontife une chambre tendue de brocard, de soie et d'or. A l'arrière, deux statues gigantesques soutenaient le couronnement, où le grand fanal de commandement allumait ses feux. Le long des bordages, se jouaient des sirènes et des tritons, et la galère glissait au rythme lent d'une chiourme uniformément habillée de damas ronj^c, vert et jaune (2). Le 11 octobre, l'escadre arrivait sans incidents de route à Marseille : le roi venait au-devant du pape, et la réception préparée au Jardin royal était si éblouissante qu'on se serait cru, dit Valbclle, dans le Paradis terrestre.

Ce mot me dispensera de décrire les divertissements habituels en pareil cas, que François I" corsa d'une revue navale aux îles et du lancement de deux galères. Au bout d'un mois, le 12 novembre. Clément YII prit congé, gratifia d'un diamant de grande valeur chacun des officiers supérieurs de la flotte, Claude de Tende, Saint-Blancard, Magdalon d'Ornesan et Christophe de Lubiano, et retourna à La Spezia avec son escorte habituelle des galères de France

Paulus GcALTERius, Diaria ceremonialia sub Clémente VII, Bibliothèque Barberini, manuscrit ii05 : GriGutiLMOTTi, t. I, p. 349. — Gir.VMPOLLiON- FiGE.vc, Mélanges histoii(^ues (Coll. des documents inédits), t. III, p. 515.

(1) Selon les comptes de Jean Crosnicr, il y eut 16 navires, 4 palions, 32 galères et quelques frégates armées et équipées pour la venue du pape

(2) GCGLIELMOTTI, t. I, p. 351. — Valdelle, fol. 168.

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et de Malte (1). Et co fut tout. Si Ton se rappelle la mission dont François I" était chargé par Henri VIII, l'entrevue de Marseille ne lui donna point la solution désirée. Le pape ne transigea pas. Un schisme naissait. Quant à la croisade...

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