LES LYONNAIS ARMATEURS
Il y aurait un beau chapitre à écrire sur la participation des Lyonnais aux voyages de découvertes. Leur esprit d'initiative, qui s'étendait à toutes les branches du commerce, se tenait au courant des progrès sans cesse réalisés dans la connaissance du Nouveau-Monde. L'expédition de Verrazzano, organisée par eux, avait abouti à la découverte de la Nouvelle-France; Roberval, qui poussa plus au nord, eut pour commanditaire un banquier lyonnais (!2) . Des retentissantes conquêtes de Gortès et de Pizarre, les Lyonnais ne se préoccupaient pas moins : et des ouvrages imprimés dans leur ville ouvrirent de vastes horizons sur la merveilleuse civilisation des royaumes aztèques et incas, dont les capitales, Mexico et (]uzco, rivalisaient avec les villes d'Europe (3).
(i) Archives de la ville d'Avijjnon, n" ^Î^TG.
(2) Cf. plus haut, p. 259 et 322.
(3) Nouvelles certaines des isles du Féru (d'après Pizarre). Lyon, Fr. Juste, 1534, in-i6. — Antoine Du PÉret, Plantz, pourtraitz et descriptions de plusieurs villes et forteresses, tant de l Europe, Asie et Afrique, que des Indes et terres neuves. Lyon, 1561i-, in-folio. Vues de Mexico et Cuzco à la fin du volume.
Faute de povivolr accéder à ces terres promises, dont l'entrée nous était défendue par les Espagnols, nous cherchions fortune ailleurs, au Brésil ou en Afrique, d'où ces autres fâcheux, les Portugais, prétendaient encore nous évincer. On connaît la fin lamentable du comptoir fondé près de Pernambouc par Duperret (I). Jean Duperret était tenace; les Lyonnais, intéressés à sou entreprise, ne Tétaient pas moins; et Duperret se flattait, en 1540, d'avoir reçu du roi licence de retourner au Brésil (2). On pourrait multiplier ces exemples de la ténacité de nos marchands à revendiquer la liberté des mers. Pour avoir osé empiéter sur le monopole que les navigateurs portugais s attribuaient aux côtes d'Afrique, Jean Pacquelon, bourgeois de Lvon, s'étant vu enlever son bâtiment, la Marie-des-Bonnes-lSouvelles, obtint, lui ou les siens, des lettres de marque contre les ravisseurs (3), que, vingt ans après, des corsaires poursuivaient encore (4j.
On prêtait à Lyon un tel intérêt aux expéditions navales que le Levantin Chitraca, dit Badoer, venait v écouler les cartes marines et les papiers volés à un navigateur normand, familier d'Ango, Louis de Fretel, l)aron de Flaix (5), et que les banquiers de Lvon étaient les ])remiers avertis, (1 par lettres redoublées ' d'un combat advenu en rade de Brest (6). Tel a citoïen;) de la grande ville du Rhône, (juil-
(1) Cf. plus haut, p. 281.
(2) Lettre écrite de Lyon à Magdeleine Lartessuti (Archives de la ville d'Avignon, 4'" liasse, n" 3V53), pour laquelle Duperret achetait, au retour de son voyage du Brésil, douze pièces de tapisserie de Flandre. 2 décembre loW (Ibidem, n° 33G9).
(3) 5 mai 1557 (B. N., Franc. 5809, fol. 153).
(4) En 1574 (Ch. et P. HriÉ.\nD, Doviniieulsrelatifsà lu marine normande cl à ses armements anx XVI" et X VIP siècles, p. 24. — Arch. nat. Z''', fol. 128).
(5) Dont les vaisseaux désarmaient, en 1547, à Saint-Maio et Harfleur (CoviLLE, Une aubaine à Lyon sons Henri II, dans la Revue liislori/fue, t. LXXXV (1904), p. 71).
(6) En août 1558 (Du Villars, Mémoires, dans la collection Michaud et Poujoulat, t. IX, p. 296).
laume Palherme, clait un des gros armateurs de Fécamp, ou du moins le commanditaire de nombre de maîtres et bourgeois de navires, auxquels son mandataire avait toute latitude de « bailler deniers à proftîct sur telz voiages qu'il adviserait (l) « .
Les Lyonnais se préoccupaient surtout des voies d'accès aux Indes et en Chine, aux pays des épiées et de la soie; de l'entrée des épices en France, ils partageaient le monopole avec les Rouennais et les Marseillais (2) Quant à la soie, c'était une des principales sources de leur fortune. On ne s'étonnera donc point, plus tard, de voir un Lyonnais, d'origine israélite, Louis de Castro, participer à l'expédition mystérieuse que le jeune Monluc conduisait vers l'Océan Indien (3) et d'autres Lyonnais commanditer une exploration q«i, à soixante ans d'intervalle, cherchait à résoudre le problème posé par Verrazzano : l'existence d'une voie navigable de l'i^tlantique au Pacifique (4).
(J) Contrat passé à Fécamp le 30 août 1566 (Ernest uk FrÉvillk, Mémoire sur le commerce maritime de Rouen, t. II, p. 456).
(2) Depuis l'ordonnance de Henri II en date du 10 septembre 1549. Les Rochelais obtinrent une dérogation en faveur de leur ville le 4 novembre 1550 (Anios BAnnoT, Histoire de La Rochelle, t. II, p. 74).
(3) En 1566 (B. N., Nouv. acq. franc. 6638, p. 124).
(4) En 1585 (Abel Desjardins, Néqociations de la France avec la Toscane, t. IV, p. 550).
RIVALITE