‹ Histoire de la marine françaiseChapitre 54 sur 87 · L'ALERTE ANGLAISE · texte numérisé non relu

L'ALERTE ANGLAISE

Le rapprochemenl inattendu de François I""" et Gharles- Quint, dont on disait que le partage de TAngleterre était le gage, avait jeté l'inquiétude chez un autre de nos alliés, Henri VIII. Il se sentait entouré d'adversaires. Jacques V d'Ecosse s'était uni au roi de France par les liens d'une parenté étroite : il était devenu son gendre en avril 1537, et le vice-amiral de La Meilleraye, reconduisant le royal couple en Calédonie, lui avait laissé deux beaux vaisseaux de guerre, la Salamandre et le Maurice, que le roi mettait comme cadeaux dans la corbeille de sa fille IMagdeleine (1) . L'année suivante, la Salamandre (2) revenait chercher une autre épousée; Jacques V, prématurément veuf, demandait en mariage Marie de Guise, veuve du duc de Longueville. Et en mai 1538, Icscadre du lieutenant-général Jacques de Fontaines de Mormoulin, les galéasses Réale, Saint-Jean, Saint-Pierre et quatre vaisseaux escortaient en Ecosse une nouvelle reine (3) .

Or, l'étroite union des deux couronnes semblait le prélude de la guerre sainte prêchée par le pape contre un

(1) LisDSAY DK PiscOTTiK, The Croiiiclcs of Scotland, t. II, p. 370. — The hislorical Works of sir James Balfocr. London, 1825, in-S", t. I, p. 266. — Francisque Michel, Les Ecossais en France, t. I, p. 405, 407.

(2) Commandée par John Barton ou Bertoun; à bord, était l'évéque David Beaton, envoyé de Jacques V (Accounts of thc lord High Treasurer of Scotland, apud Pitcairn, Criniinal Trials, t. I, part 1, p. 292, 322. — Fr. Michel, t. I, p. 422).

(3) Comptes d'armement des trois galéasses, commandées par Jean de Clamorgan, Jean d'Orgemont, Baptiste Auxilia. Mai 1538 (Archives nat., KK103, fol. 91,95, 111 v". — • A. Jal, Documents inédits sur la marine du XVF siècle, extrait des Annales maritimes (1842). — B. N., Franc. 4574).

monarque hérétique (1). Déjà, notre ambassadeur, Castillon, indiquait comme l'endroit le plus vulnérable pour opérer une descente, le pavs de Galles ou le Gornwall. pays » breton l)retonnant " et, comme tel, naturellemenl hostile au reste du royaume ;2j . Le départ de notre ambassadeur, en février 153Î), accrut 1 anxiété du souverain britannique. De toutes parts furent poussés les préparatifs de défense dans l'éventualité d une invasion : une flotte d'une centaine de voiles et plus fut massée à Southampton, les milices du littoral passées en revue, une forteresse projetée à l'embouchure de la Tamise, pour forcer les navires à désarmer avant de remonter le fleuve, cinq ou si.v vaisseaux envoyés en grande garde le long des côtes, pour signaler aux guetteurs placés près des bûchers-sémaphores l'approche de 1 ennemi 3 .

La rupture tant redoutée n'eut point lieu. En avril 15;i}>. les relations diplomatiques étaient renouées : Charles de Marillac débarquait à Londres comme ambassadeur de France. Il arrivait avec des instructions invraisemblables, qui font beaucoup d honneur au caractère chevaleresque de François I", mais fort peu à la perspicacité d un chef d'Etat. Soutenir le parti catholique, encore puissant à la Cour anglaise, était d un prince très chrétien ; mais il se trouvait que ce parti était inféodé à la politique impériale et que notre ambassadeur devait travailler au triomphe de Charles-Quint. En vain, Henri YIII cherchait-il à groxiper. contre l'Empire, Français, Anglais et luthériens allemands : il se heurtait à notre politique de sentiment, dont Frau-

(i) Lettre du connétable de ^lontinorency à Charles de Marillac, ambassadeur en Angleterre. 7 juillet 1539 (Jean Kaulek, Correspondance poHtiquc de MM.de Castillon et de Marillac, ambassadeurs de France en Anqletcrrc (1537-i542). Paris. 1885, in-8». p. 111\

(2) Lettre du 30 décembre 1538 (Guillaume Hirier, Lettres et mémoires d'Estat. Paris, 1566, t. I, p. 341).

(3) KiULEK,p. 89, 91.

RIVALITÉ DE FRANÇOIS l" ET DE CHARLES-QUINT. 371

çois I" fut la première dupe. Deux ans après, lorsqu'un double changement de ministère eut porté au pouvoir en France la faction anglophile, en Angleterre le parti impérial, les rôles furent renversés ; ce fut à nous de faire appel à l'entente franco-anglaise et à celui qui avait inutilement quémandé notre alliance, de se montrer non pas indifférent, mais ennemi fl).

(1) Cf. les vicissitudes de notre politique anglaise dans le beau livre de Pierre de ViissiÈRE, Charles de Maiillac, ambassadeur et houinte politique sous les règnes de François I", Henri II et François II (1510-15G0). Paris, 1896, in-8". p. 23.

RIVALITE

DE FRANÇOIS I" ET DE GIIARLES-QLJTNÏ

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