LE SIÈGE DE BOULOGNE
Henri II avait entrepris d'arracher Boulogne à l'Angleterre. Le 17 août 1549, lors de son arrivée au camp, à Montreuil, un héraut impérial vint lui interdire de toucher à Calais — possession anglaise d'ancienne date, — sous peine d'être traité comme un u jeune homme » : et moi, j'accommoderai votre maitre « en vieux resveur " , riposta Henri II (1). On conçoit, dans ces conditions, quelle fut l'anxiété de la population de Middelbourg, en Zélande, quand apparurent onze galères de Leone Strozzi : l'escadre y avait été poussée par un coup de vent ; mais ce qui n'était qu'un accident, parut une réponse à linsolent procédé de l'empereur (2). Au retour, et comme par bravade, Strozzi enleva, en vue même de Calais, plusieurs bâtiments britanniques chargés de soldats flamands, de vivres et de munitions (3).
Du côté de terre, pour isoler Boulogne de Calais, l'armée du roi, du connétable Anne de Montmorencv et du duc François de Guise attaquait et enlevait du 22 au 26 août les lignes de la Slack, Marquise, le fort Slack à l'embouchure de la rivière et le port d'Ambleteuse. En dépit de ses quatre bastions et d'une garnison de six compagnies,
(1) ViEiLLEviLLE, p. 98. — F. Decrue, Àuiie, duc de Montmorency, p. 83.
(2) Dépêche de Marillac au connétable. Bruxelles, 5 septembre (B. N., Cinq-Cents Colbert 288, fol. 262).
(3) Jean Dd Tillet, La Chronùjue des Roys de France (1551), fol. 124 v". — Dès le mois de juin, des corsaires commandés par Compiègne étaient sortis en croisière. Lettre de Compiègne à Montmorency de La Rochepot. Dieppe, 17 juin (Catalogue de livres et autographes, n" 107, librairie Dumont. Paris, juin 1900, n" 2788).
Ambleteuse s'était rendue dès les premières volées de canon ; le fort Blackness, moins près du cap Blanc-Nez, malgré son nom, que du cap Gris-Nez, capitulait de même; il fut occupé par Jean de Sénarpont, tandis que le commandement d'Ambleteuse était remis à Gaspard deColigny- Châtillon (1).
Ces précautions prises dans le nord, l'armée du connétable entama le siège de Boulogne, en ouvrant des tranchées au sud, sur la rive gauche de la Liane. Ses lignes s'étendaient depuis le fort d'Outreau, en face de la ville, jusqu'au fort de Châtillon, que Vicilleville et Goligny-Ghâtillon construisirent pour battre l'entrée du port et tirer sur la tour d'Ordre. On peut s'en rendre compte par a il vero ritratto di Bologna,al présente assediato dal Ghristianissimo re di Francia " , belle gravure d'Henricus Van Scholl (2).
Mais les assiégés n'étaient point pris au dépourvu. Sous l'active impulsion du vice-amiral Clinton, ils avaient complété la défense par deux ouvrages nouveaux : un fortin de briques, appelé le Paradis ou le Jeune Homme, par opposition au Vieil Homme de la tour d'Ordre qu'il reliait à la citadelle, couvrait au nord-ouest le port et la ville basse. Une muraille de cent pieds de long, haute de vingtsix, garnie de casemates et de batteries avec une garnison de cent hommes, s'avançait en pointe à l'entrée du chenal, afin d'abriter les vaisseaux anglais contre les feux de notre fort de Châtillon (3). Cette dunette, en blocs massifs arra-
(1) Lettre du duc de Guise. Du camp près d' Ambleteuse, 28 août (Bulletin du comité des travaux historiques (1891), p. 35). — Décrue, p. 84. — Lettre du 30 août (B. N., Clairambault 343). — Ribier, t. II, p. 241.
(2) Reproduite dans le magnifique Album historique du Boulonnais, de M. A. DE RosNY. Paris, 1893, in-fol. long. — Cf. également Correspondance politique d'Odet de Selve, p. 237, note.
(3) Ainsi Henri II lui-même avait fait braquer le canon sur trois vaisseaux anglais, chai'gés de vivres et de munitions, qui tentaient de ravitailler