III
chés à la colline que surplombait la tour d'Ordre, semblait ù l'épreuve du canon. Le plan d'attaque comportait pourtant sa destruction au moyen d'une batterie de six pièces, tandis qu'on essaierait de couler dans le chenal, pour (i l'estoupper 1) , de vieux vaisseaux remplis de pierres (1). Simultanément, on donnerait l'assaut aux deux positions qui dominaient le port et servaient de « bouclier à la Haulte-Boulloigne II , à la tour d'Ordre et au Paradis (2).
Mais le Vieil Homme était un redoutable adversaire, qui usa les efforts du jeune roi. Au bout de trois semaines, Henri H leva le camp; et le siège se transforma en un blocus (3), que dirigèrent le lieutenant général Gaspard de Coligny et le capitaine Nicolas de Villegagnon, nommé surintendant des galères et autres vaisseaux en la côte de Boulonnais. Les galions des capitaines Saint-Sauveur et La Roche, pourvus d'artihciers pour incendier au besoin les transports anglais, se tinrent en observation à Ambleteuse (4) ; deux galères remplirent le même office dans le sud, à Etaples (5) .
Au lieu de bloquer à distance le port de Boulogne, une mesure radicale eût été de l'obstruer, comme on y avait
la tour d'Ordre (Jean Bouciiet, Annales d'Ar/uituine, éd. 1644, p. 590). (i) Lettre du duc de Guise du 28 août citée. — Jean Du Tilleï, fol. 124 v°.
(2) " L'advis de la qualité de ceux qui sont dedans Boullongne » (B. N., Franc. 3127, fol. 42).
(3) «Double d'une lettre missive envoyée par le seigneur Nicolas Nicolaï, géographe du roy, à Mgr du Buys, vice-baillif de Vienne, contenant le Discours de la guerre faicte par le Roj nostre Sire, Henry deuxiesme de ce nom, pour le recouvrement dit pays de Boulon gnoys, en l'an mil cinq cens quarante neuf. Lyon, 1550, in-4'' ».
(4) Selon marché passé en octobre par Villegagnon, chaque galion devait avoir 30 u tant mariniers que ofliciers et gens d'artiftice, pour la conduicte et dcffense d'iceulx, oultre le nombre de gens de guerre qu'il plaira y mettre de renfort. " Mandat de paiement de Coligny et certificat de Villegagnon. Ambletcuse, 8 novembre et 22 décembre 1549 (B. N., Franc. 27297, Pièces orig. 813, doss. Coligny, pièce 42 : Collection A. de Rosny, à Boulogne). — Ces galions tirent des prises (B. N., Franc. 18153, fol. 148).
(5) Lettre de Coligny. 22 janvier 1550 (B. N., Franc. 6616, fol. 144).
songé dès le début et comme Villegagnon y songeait toujours, à telle enseigne qu'il apprêtait de vieilles galères remplies de maçonnerie. De Dieppe, le lieutenant d'Ango lui envoya trois bateaux; François de Montmorency de La Rochepot prêta son aide; à l'estime du surintendant, il suffisait, pour aboutir, d'être maître de la mer l'espace d'une marée (1). Mais décembre, janvier s'écoulèrent, sans que Villegagnon pût mener à bien une entreprise que son collègue, Coligny, jugeait impraticable (2).
Gaspard de Coligny avait de son côté pour objectif de ruiner la Dunette. Cet îlot fortifié était encore intact à la date du 26 janvier 1550, ainsi qu'en témoigne un curieux dessin achevé ce jour-là (3). Mais sous le feu violent de l'artillerie du fort Châtillon, la Dunette ne tarda point à tomber en ruines (4) .
L'investissement complet de Boulogne était imminent, les marchés pour le ravitaillement de l'armée de siège étaient déjà passés (5), quand des pourparlers s'engagèrent avec les Anglais. Pour ravoir Boulogne, on ne se battit pas, on traita en février, on paya en mars (6) : le rachat de la ville fut de 400.000 livres, moitié de ce qu'il aurait coûté aux termes des conventions de 1546. L'Ecosse, comprise dans le traité, respirait enfin; six galères, aux ordres du prieur de Capoue, allèrent quérir notre vaillante alliée; la régente, accompagnée du lieutenant-général Paul de Termes, débarquait à Dieppe le 19 septembre 1550. Sous couleur d'un voyage d'agrément pour revoir sa fille, Marie
(i) Mémoire de Villegagnon au duc d'Auuiale envoyé en Boulonnais. Sainl-Gerniain-en-Laye, 2 décembre 1549 (B. N., Franc. 20577, fol. 33).
(2) Lettre de Coligny citée, du 22 janvier.
(3) Et publié dans le niagnitique Album histori(]ue du Boulonnais, de
M. A. DE ROSNY, pi. XVU.
(4) D'Hautefeuille et BÉnard, Histoire de Boulogne, t. I, p. 266.
(5) 27 janvier 1550 (B. N., Franc. 18153, fol. 142).
(61 24 mars (Boucuet, Annales d'Aquitaine, p. 592. — Hecluard, Fi7lecja())ion, p. 50).
de Guise venait demander à Henri II les moyens de maintenir en Ecosse la suprématie de la politique française (1).
(1) Francisque Michel, Les Ecossais en France, t. I, p. 471. — Dix compagnies françaises et gasconnes, aux oi'dres du colonel de La Chapelle- Biron, restèrent tenir garnison en Ecosse. Octobre-décembre 1550 (B. N., Franc. 4552, fol. 50).