HENRI II
La marine de guerre dont avait hérité Henri II était dans un état lamentable. Le matériel valait peu, le moral moins encore. Tristes fruits des scandaleux exemples donnés par trois officiers à la solde du Portugal et de l'Angleterre, par 1 amiral Chabot, le vice-amiral Lartigue et le capitaine Auxilia, la concussion était partout, les dissensions incessantes; à Fanarchie, aucun frein; au désordre, aucun contrôle. Il y avait des contrôleurs de la marine : et " les voleries des ministres " parvenaient à réduire de moitié l'armée levée pour l'invasion de l'Angleterre (1). Les commandants de l'expédition d'Ecosse, Montgommery et Chàteau-Ghalon, se querellaient en présence de nos alliés; et, en face de l'ennemi, le général des galères jetait son gant à la figure d'un de ses officiers. La paix venue, une soixantaine de nos meilleurs marins, le capitaine Jean Ribaut, l'hydrographe Rose, les cosmographes Sécalart et Nicolav prirent du service en Angleterre. Il fallut user de subterfuge pour les rapatrier (2).
(1) Relations des ambassadeurs vénitiens (Coll. des doc. inédits), t. I, p. 337.
(2) Sécalart, stylé par Odet de Sclve, notre audjassadeur, ramassa à Southainpton tous ses compatriotes pour les rapatrier. Et Ribaut s'évada
Do cl(''ploral)les aventures avaient dissipé la belle escadre des vaisseaux du capitaine Claude dans le simple passage de Marseille au Havre, parce que le commandement avait été donné à la faveur et non au talent. Quant aux };alères, François I", avec sa prodigalité habituelle, avait fait cadeau de deux des plus neuves au duc de Savoie, oubliant qu'elles n'étaient point à lui, mais à un de ses capitaines fl) ; et il avait cassé aux gages les galères du Ponant (2).
Au lendemain des formidables armements dirigés contre l'Angleterre, nos côtes du Ponant étaient à la merci de l'ennemi. Chargé en 154() d'inspecter la défense du littoral breton, le grand architecte Philibert de Lorme constata partout, à Saint-Malo, à Concarneau, à Nantes, la négligence et le " maulvais ménaige " des capitaines. A Hresl, Chàteau-Chalon La Chatière avait enlevé Tartillcrie du château dont il avait la garde, pour en garnir ses propres navires, armés en course. Par une prise, rcnncmi apprit le déplorable état de la place, devant laquelle parurent bientôt soixante bâtiments anglais. Sans les précautions du vaillant ingénieur, l'artillerie traînée aux remparts, la fausse artillerie exposée en montre, la population de Brest assemblée au tocsin, notre grand port de guerre était emporté ÇA).
c]c Londres avec sept ou liuit inarijis, sous prétexte trallcr enlever à Dieppe un de ses fils séquestré par Ango. 1547 (^Correspondance d'Odct de Selve, éd. Germain Lefèvre-Pontalis (1889), p. 42, 84, 117, 243).
(1) Henri II dut rembourser de ce clief 7J,700 livres au capitaine Cabassoles (B. N., Franc. 11969, fol. 369).
(2) En conséquence, l'architecte Philil)ert de ]>oruie et le président du parlement de Rouen mirent en liberté 540 forçats (cf. la note suivante).
(3) Instruction de M. d'Ivrv, dit de Lorme, publiée par Berty, Les grands architectes français de la Renaissance. Paris, 1860, in-8", p. 51.