LA PRISE DE CALAIS
Par son mariage avec la reine d'Angleterre, Philippe II, roi d'Espagne, des Deux-Siciles, des Indes et des Pays-Bas, disposait de la plus formidable puissance navale qui eût existé. Les éléments épars s'en rassemblèrent en 1557 pour nous porter un coup décisif; l'escadre andalouse d'Alvaro de Bazan passait en Guipuscoa, capturant en route quatre de nos vaisseaux (3), tandis que l'escadre basque de Car-
(i) « Discours et rapport du voyage turqucsque " (CuarriÈrk, t. II, p. 522, note).
(2) Lettre de la Seigneurie génoise au capitaine général de la flotte turque (20 juin 1558) ; «Instructio domini Francisci Costa-, niissi ad classeni » à l'Archivio di Stato de Gènes; lettres de Piali au prince Doria, etc. (Mam-rom, p. 398-401).
(3) Lettre d'Alvaro de Bazan à la reine. Laredo, il juin 1557 (F. DuKO, Armada espanola, t. TI, p. 449).
vajal venait au-devant du British Squadron, et que vingtdeux croiseurs de Londres et Lee ralliaient le pavillon Hamand de l'amiral de Wacken (1). L'ennemi était maître de la mer, notre marine hors d'état de livrer bataille (2j , malgré une mobilisation générale, terre-neuviers compris (3), la France à la veille d'une invasion. Un émissaire anglais, Lawrence HoUinshed, avait déjà exploré, en vue d'une descente, les abords de La Hougue et du Havre (A).
Un incident de voyage dérangea l'harmonie de ces plans. Garvajal s'attarda dans une attaque contre Belle-Isle (5), puis contre Guérande et Le Groisic, une ville de corsaires. Mais ses troupes n'avaient pas plus tôt débarqué à Ghémoulin, le 4 mai, que le sénéchal de (Tuérande, Ghauvigné, se jetait sur elles avec trois cents arquebusiers, mille brais longs, et, en guise de canons, des arquebuses à croc montées sur charrettes. Force fut aux pillards, le soir même, de regagner leurs campements de Belle-Isle (6), où les marins du Groisic brûlaient de leur donner la chasse et d'anéantir leurs quarante galions et chaloupes (7) .
De fait, on apprit avec stupéfaction à Londres que Garvajal battait en retraite vers l'Espagne, à la suite d'un violent combat contre un convoi de pêcheurs bretons, escorté par quelques vaisseaux de guerre. Les six maigres prises
(1) 6 juin 1557 (Kervys de liETTEXHOVE, Relations politiques des Pays- Bas et de l'Angleterre sous... Philippe II. Bruxelles, 1882, in-i", t. I,
(2) Lettre de l'ambassadeur vénitien Surian. J^ondrcs, 1'"' juin [Calcndar of State papers, Veuetian, t. VI, 2" partie, p. 1131, n" 912).
(3) Lettre du gouverneur de Bretagne au vice-amiral de Bouille. 18 avril (Doni MoRicE, Mciuoires pour servir de preuves à l'Histoire de Bretagne, t. III, col. 118V).
(4) Avril (Calcndar of State papers, foreign séries of thc rcirjn of Elisabeth (1558-1577), éd. Stevenson cl Crosby. London, 1863, t. I, n" 579).
(5) Le 18 avril {Calcndar of State papers, Venetian, éd. Rawdon-Brown, t. VI, 2« partie, p. 1827, n° 872).
(6) Dom MoRicE, Mémoires... de Bietugne, t. III, col. 1194.
(7) Dès le 30 avril (Ibidem, col. 1187).'
qu'il avait failes ne compensaient point réchec de la campagne navale (1) .
Las d'attendre son collègue espagnol, l'amiral anglais avait paru le 15 juin 1557 devant Cherbourg et brûlé le vaisseau royal du capitaine Coq, impuissant à lutter contre seize gros navires de guerre; mais il s'était fait repousser par les batteries de la Hague (:2j . La croisière anglo-espagnole reprit dès lors pour champ d'action nos côtes de l'Atlantique; elle signalait sa présence, le 10 décembre, par l'attaque de Sucinio et de Sainl-Oildas de Rhuys (iV , le 30, par la capture du plus beau vaisseau de guerre du Croisic, le Grand-Jésus (4), et de son convoi.
Pour parer aux incursions ennemies dans le sud, le Bordelais La Salle, constructeur et capitaine du meilleur galion de la flotte (5), proposa à 1 amiral de Guyenne tout un système de défense mobile : un fort démontable en bois, facile à transporter sur les points menacés; à reml)oucluire de la Gironde, une batlcrie flottante de cent cinquante pièces disposées en trois étages de feux et servies par cinq cents hommes; enfin, le long du littoral, huit garde-côtes, fournis, deux par les ports du sud, de Saint-Jean-de-Luz à Capbreton, trois par les ports du nord, de Bordeaux jusqu'en Bretagne, et les derniers par les villes de la Garonne intéressées au commerce marilime, Toulouse, Agen et Marmande. Du garde-côtes idéal, à l'épreuve du canon et léger à la course, notre capitaine traçait un devis, inspiré de la forme des « barques passaigères» ((>j, qui fut réalisé par les
(i) Lettre de l'ambassadeur vénitien Surian. Londres, 8 juin (Calcndar of Slalc papers, Vcnetian, t. VI, 2'' partie, p. 1147, n" 925).
(2) Journal de Gouberville, p. 497.
(3) Dom MonicK, Mémoires... de fSretarjne, t. III, col. 1206. {k) Ibidem, col. 1208.
(5) R. N., Franc. 20008, fol. 13.
(6) Mémoire de La Salle au roi de Navarre. 1557 (Archii'ex liisloriques de la Gironde, t. L p. 120).
GUERRE COiVTRE L'ESPAGNE ET L'ANGLETERRE. 555
Bayoïinais. Leur Coran haj^hotat, en croisière à Tcmbouchure de l'Adour, était un navire blindé, portant sous couverte un corps de garde (1). L'escadre garde-côtes de Guyenne, ajoutait le capitaine, aura pour équipages mille à douze cents marins d'élite des côtes normandes, pour artillerie l'airain des cloches enlevées des églises du Bordelais et conservées au château de Nantes, pour vivres le butin fait sur l'ennemi.
En faisant appel aux marins normands, rompus à la guerre de croisière, on évitait les rivalités locales. Cette même année 1557, deux galions montés par les échevins bayonnais et les soldats du gouverneur, ne donnèrent-ils point la chasse à trois bâtiments de Capbreton, sous prétexte qu ils avaient pris port dans l'Adour ailleurs qu à Bayonne! Ils furent poursuivis eux-mêmes par deux vaisseaux de guerre de Gapi)reton, aux cris de : « Rendez-vous, larrons! " et plusieurs bordées ne les arrêtèrent point (2).
Comme riposte aux attaques anglaises, nous avions provoqué outre-mer une sédition. Un outlaw, Thomas 8tafford, petit-fds du duc de Buckinghamet neveu du cardinal Pôle, avait débarqué une centaine de soldats anglo-français dans le nord-est, et, la forteresse de Scarborough enlevée, s'était proclamé roi. Ephémère monarchie, qui sombrait dès la fin du mois d'avril sous l'attaque des milices provinciales (3).
Henri II attendait un tout autre résultat de la diversion classique des Ecossais. Les Anglais avaient tenté de leur
(1) DucKiiK, Ilisloirc maritinic de Baynune. Les Corsaires sous l'ancien réqime, xy.hQ. — Dès la tin du quinzième siècle, Léonard de Vinci proposait au duc de Milan la construction de bateaux blindés, où les bombardes étaient protégées par des mantelets de palplanches (Cf. Ravaisson-Moi.lien, Les manuscrits de L^conard de Vinci, ms. 2037 de la Bibl. Nat., fol. 7).
(2) 26 août 1557 (Archives de Bayonne, FF 2, p. 14).
(3) Lettre de l'ambassadeur vénitien Surian. Londres, 29 avril et 6 mai (Calendar of State papers, Venetian, éd. Ilawdon-Brown, t. VI, 2'' partie, p. 1026, n°' 870 et 873).
enlever les îles Orcades; mais l'attaque de l'amiral britannique avait été repoussce; une expédition danoise qui devait la soutenir avait été contremandée à la suite des démarches de notre ambassadeur (I) ; et nous envoyâmes à nos alliés un corps auxiliaire de quatre mille fantassins français; partie des troupes eurent ordre d'embarquer sur l'escadre de Glamorgan de Saanne (2), partie sur les transports apprêtés à Brest par le capitaine de Carné (3).
Avant que la diversion pût se produire, la France fut envahie par l'armée anglo-espagnole d'Emnianuel-Philibert de Savoie. Coligny se jeta dans Saint-Quentin pour enrayer l'invasion : Montmorency se fit battre le 10 août 1557 en essayant de dégager la place, qui succomba ellemême le ^7 : amiral et connétable de France étaient prisonniers, 1 armée et la flotte privées de chef.
Du fond de l'Italie, un sauveur accourut; le duc de (îuise, nous l'avons vu, avait embarqué sur les galères du baron de La Garde la Heur de son infanterie, laissé sa cavalerie au duc d'Aumale, son frère, les autres troupes au duc de Ferrare, son beau-père, et il revenait précipitamment enrayer l'invasion. Il existait, dans les coffres de l'amiral de Coligny, un rapport très circonstancié qu'un agent secret, François de Briquemault, avait fait sur les fortifications de Calais, en profitant des trêves pour s'introduire dans la ville. Sur ce rapport, l'amiral avait dressé un plan d'attaque, que sa fâcheuse captivité, qui allait durer jusqu'à la fin de la guerre, semblait rendre illusoire.
(1) Octobre 1557 {Ibidem, n" 13V7. — Louis Paris, La Clironir/ue tir Nestor. Paris, 1834, in-8", t. I, p. 337).
(2) Lettre de l'ainbassadeur vénitien Soranzo. Reims, 18 juin {Ibidem, p. 1174).
(3) Lettres de Henri II au duc d'Etainpes. 4 octobre (Doni MomcE, t. III, col. 1204). — L'expédition par Brest était de cinq enseignes de fantassins, selon un mandement du duc dÉlampes. Laniballe, 6 novembre (B. N., Franc. 22310, fol. 114).
GUERRE CONTRE L'ESPAGNE ET L'ANGI^ETERRE. :,:n
François de Guise en connaissait heureusement Texistence : il en obtint communication de la femme du captif. Attaquez en hiver, disait le mémoire de Goligny : l'été, les eaux sont si basses autour de la place que les Anglais, craignant pour sa sécurité, y mettent une grosse garnison : en hiver, ils y laissent peu de gens, tant la ville, par la hauteur des eaux, est de difficile accès (1).
Moins que jamais, les Anglais songeaient à l'éventualité d'une attaque : les derniers jours de 1557 avaient été si rigoureux que les rivières charriaient de grands blocs de glace (2). Le gouverneur de Calais, lord Wentworth , avisé du rassemblement dans la Somme de quarante transports, qu'une escorte de cinq grands vaisseaux de guerre attendait près de Boulogne, ne soupçonna pas un instant que Calais fût menacée (3). Son aveuglement eut quelque chose d'inconcevable. Le 30 décembre, les transports étaient à Ambleteuse, convoyés par deux navires de guerre; une armée de douze mille hommes était massée à Boulogne; la cavalerie campait dans la vallée de Licques, et Wentworth était encore à se demander sur quel point porterait l'attaque : Guines ou Ardres? (4)
Tandis que Jean de Monchi de Sénai'pont organisait le ravitaillement par mer de l'armée en campagne, le lieutenant d'amirauté à Dieppe ne restait point inactif. Ponsard de Fors, avec une escadre volante de huit vaisseaux, montés de huit cent cinquante hommes d'équipage, — le Nicolas et le Pantagruel entre autres, — devait appareiller lors de la grande marée du 22 décembre. A la pleine mer du 8 janvier, l'escadre recevrait comme renforts deux vaisseaux de
(1) Brantôme, t. IV, p. 213.
(2) Lettre de René de Sanzay. Nantes, 31 décembre 1557 (^Doni MomcE, Mémoires de Bretagne, t. III, col. 1208).
(3) Lettre datée de Calais, 26 décembre (Calendar uf Slule Papers Foreiqn, p. 351).
(4) Lettre à la reine, 30 décembre (Calendar..., Foreign, p. 353).
fort tonnage et le contingent de Fécamp pour le a voyage de Monseigneur de Guyse (1) » .
Jusqu'au dernier moment, nous donnâmes le change à l'ennemi. L'àpretc des compagnies suisses à réclamer leur solde faillit cependant tout compromettre, en retardant le duc de Guise à Amiens. Il dépêcha de l'avant le corps d'armée dvi maréchal Strozzi pour isoler Calais de Gravelines (â), arrêta, le 31 décembre, les mouvements combinés de la flotte avec ses troupes (3), et le 1" janvier 1558, il investissait inopinément Calais (4-).
Une vingtaine de transports, détachés vers l'armée de siège avec le capitaine Jean Ribaut, capitaine de la Fleur de Lis (5), assuraient le service des subsistances, pendant que l'escadre de Ponsard de Fors, pourchassant les bâtiments britanniques, faisait le vide dans le détroit et isolait la place. Après avoir u rembarré " l'ennemi le long du littoral d'Angleterre, Fors vint, selon qu'il l'avait dit, chercher des l'enforts à Dieppe. Sans attendre la grande marée du 8, il reprit la mer le G janvier (6j, sur les instances pressantes de la Cour de ne plus laisser à découvert les côtes boulonnaises (7).
(1) " Double de lestât des navires que le sieur de P'ors fera tenir prestz pour le voyage de Monseigneur de Guyse : >' le Nicolas (200 tonneaux), la Cathctine (i20), le Pantagruel (110), le Lion (100), le Bon temps (60), la Lézarde (60), l'Esprit (50), le Courrier (50) (B. N., Franc. 3085, fol. 72; Franc. 3397, fol. 14).
(2) Lettre de l'ambassadeur vénitien Micliiei. Paris, 1'^'' janvier (Calendar of State papers, Venetian, éd. l\a\vdon-Bro\vn, t. VI, 3" part., p. 1407, n° 1121).
(3) " Vostre lettre du dernier du mois passé au sieur de Fors, » écrit Henri II au duc de Guise le 7 janvier 1558 (B. N., Franc. 20645, fol. 14).
(4) Sur le siège de Calais, on lira avec fruit l'excellent ouvrage de M. Georges D.\liiMKT, Calais sous la domination anglaise. Arras, 1902, in-S", p. 37. Le seul reproche que je ferai à l'auteur, c'est d'avoir omis le rôle de la flotte française.
(5) Lettre de Wotton à Marie d'Angleterre. 27 avril 1557 (Calendar of State papers, Foreign séries, of the reign of Mary, p. 299).
(6) Lettre de Fors au duc de Guise. Dieppe, 6 janvier (B. N., Franc. 20645, fol. 10).
(7) Lettre de Henri II du 7 janvier, citée.
C'est qvie, du côté de Calais, les événements se précipitaient. Le 3 janvier, le risban et les positions qui commandaient l'entrée du port et l'accès de la ville, tombaient au pouvoir du duc de Guise. Le 8, les vice-amiraux Ralf Chamberlain et William Woodhouse arrivaient à toutes voiles pour sauver la ville (1). Les batteries de siège tiraient encore : mais deux capitaines de vaisseaux anglais, envoyés en reconnaissance, à voir deux bâtiments sous pavillon à croix blanche garder la gorge du havre, tandis que le drapeau l)ri(annique à croix rouge avait disparu du risban, flairèrent un piège {''2). Calais venait de capituler; et si les di.x-huit vaisseaux de guerre de Chamberlain avaient eu le malheur de pénétrer dans le port, toutes les dispositions élaicnt prises pour les foudroyer.
Au rovaume dont elle était détachée depuis plus de deux siècles, la place fut solidement rivée par des forces imposantes : une garnison de quatre mille hommes et une escadre de garde de quatre vaisseaux (3). Il n'y eut point de retour offensif de la Hotte anglaise; un ouragan l'avait si gravement endommagée que Marie d'Anjjletcrrc dut faire appel à l'amiral espagnol Luis de Carvajal pour embarquer les troupes du comte de Rutlarul (4j . Mais à la ruine de la domination anglaise en France, il n'était plus de remède. L'escadre espagnole de Dunkerque, assaillie à son tour par une violente tempête, en cours de route pour
(1) Calcudar of Slate papers, acts of tlie Privy Council (30 décembre 1557, 2-8 janvier 1558), p. 222, 227, 235.
(2) Interropaloire des marins d'un vaisseau armé à llye et amené à Calais par trois navires de Dieppe qui l'avaient capturé. Calais, 27 janvier 1558 (B. N., Franc. 23191, fol. 201).
(3) Daumet, p. 42, d'après les gestes d'Anne de Montmorency (B. N., Cinq-Cents Colbcrt 26, fol. 128, 141).
(4) Cinq mille hommes. Lettre de Marie Tudor au duc de Savoie, 18 janvier (IvEnvYN DK Le'xïenuove, Relations politi(jues des Pays-Bas et de l'Angleterre, t. I, p. 118).
l'An^jleterre, perdit deux vaisseaux sur les bancs et dut chercher un refuge en Zélande.
La chute de Calais causa dans les Pays-Bas non moins qu'en Angleterre un émoi indescriptible, que trahit larmement de vingt-cinq croiseurs, tandis qu'un capitaine espagnol, du nom de Guiliano, demandait une escadre et des troupes pour recouvrer la place : avant un mois, disait-il, ce sera chose faite (1). Il avait échappé à un diplomate de Philippe II cette confidence imprudente que. Calais reconquis, son maître le garderait pour lui (2). Aussi les Anglais jugèrent-ils bon de ne point laisser leurs alliés opérer seuls. L'amiral Clinton alla s'entendre avec son collègue flamand Wacken pour une attaque combinée contre Calais, Rue et Saint-Valéry, et contre l'expédition que préparait Vendôme à destination de l'Ecosse (3).
Mais nos marins n étaient plus d'humeur à se renfermer dans un rôle passif. Ils marcheraient en masse à la rencontre de l'ennemi : tel était le mot d'ordre donné en Normandie et Bretagne par d'Andelot, frère et lieutenant de l'amiral (4). Par Calais, nous étions maîtres de l'entrée de la Manche, dont notre poste d'Aurigny gardait l'autre issue. De la conquête de l'île normande, effectuée le 21 juin, le gouverneur de Dieppe (5) et le capitaine Malésart, fils d'un aubergiste de Cherbourg, avaient été les héros. Ils donnaient à nos corsaires, tels que Jean Ravalet de Sideville (6), une base d'opérations navales, que l'ingénieur
(1) Lettres de l'ambassadeur vénitien à Bruxelles. t5, 20 et 23 janvier (^Calendar of State papers, Vcnetian, t. VI, 3' p., p. 1426).
(2) Mémoire de M. de Rubbav, 6 février (Alexandre Teclet, Relations de la France et de l'Espagne avec l'Ecosse au XVI" siècle, t. I, p. 298).
(3) Rapport de l'amiral Clinton à la suite de sa mission à Bruxelles, Hn de mai (Kervyx de Lettenhove, t. I, p. 205, 226).
(4) Lettre de l'ambassadeur de Venise Micliiel. 1*' avril fCalendar of State papers, Venetian, t. VI, p. 1483, n" 1210).
(5) Journal de Gouberville, p. 437.
(6) Ibidem, p. 504.
GUERRE CONTRE LESPxVGNE ET L'ANGLETERRE, ôGl
Antoine de Maioricy, auteur des forlifieations des îles Ghausey el de la Houjj,ue, mit aussitôt en état de défense (l).
A défaut de l'amiral prisonnier, le colonel du ban et de l'arrière-ban de Normandie se fit chef d'escadre. Depuis longtemps familier avec la guerre de course (2), Jean V, baron de Clères, obtint commission royale pour équiper dix grands vaisseaux et courir sus à Icnuemi, ainsi qu'un bon et vaillant homme de guerre (3) . Le bruit de ses armements à Dieppe jeta si loin l'effroi, que dans la crainte d être attaqué par lui, le commandant du convoi des Açores, Alvaro de Bazan, revint en Espagne quérir des renforts (4) ; une escadre anglaise parut le 13 mai devant Dieppe, dans l'espoir de le paralyser. Yains efforts! le 29 mai, cinq de nos vaisseaux enlevaient, entre Nieviport et Flessingue, deux bâtiments britanniques venant d'Espagne; outre trois cent mille francs de prises, ils rapportaient, par certaines lettres trouvées à bord de cutters, des renseignements précieux sur la révolte do l'Irlande (5).
Une seconde croisière du baron de Clères fut plus fructueuse encore. En juillet, il tombait sur une division anglaise qu'une bourrasque avait séparée de la flotte de Clinton et s'en rendait maître après un vif combat. A bord des neuf prises, cent cinquante grosses pièces d'artillerie, dont
(i) B. N., Nouv. acq. franc. 20030, p. 10.
(2) Dès 1551, le vaisseau de guerre du baron se ravitaillait à Boulogne, les 17 août et 10 novembre, au cours de sa croisière fructueuse contre l'ennemi (Archives de Boulogne-sur-Mer, liasse 706).
(3) Commission en date du 20 janvier 1558 fOi-aison fuiièhre sur le trèspas de Jacques de CU-re : B. N., Franc. 20230, fol. 97).
(4) Lettre du chevalier de Seure. Juin 1558 (F.\i,gairolle. Le rlievalier de Seure (1896), p. 21, 34).
(5) Lettre de l'ambassadeur de Venise, Michiel. 23 juin (Calendar of Slate papers, Veiielian, t. VI, 3' p., p. 1508, n" 1242. — Calendar of State papers, Forcifjn, p. 383).
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moiLic sur affût, appartenant à un parc de siège, ne laissaient aucun doute sur les desseins de l'ennemi. Le roi, le cardinal de Lorraine, auxquels le baron était venu faire son rapport, attachèrent un g[rand prix à cette victoire navale, où ils voyaient Feffondrement d'un projet d'invasion (1).
Dans le temps même que les flottes de Glinlon et Wacken effectuaient leur jonction, l'offensive du maréchal de Termes, gouverneur de Calais, non moins que la croisière de Clères, jeta le désarroi dans leur plan de campagne. Au lieu d'attaquer nos ports, elles furent réduites à défendre les leurs. — Dunkerque cstbloquée par les Français, écrivait Clinton à la reine d'Angleterre : envoyez-moi des instructions par la voie d'Ostende (i!) . La ville de Dunkerque était déjà enlevée depuis le 6 juillet. Mais le maréchal de Termes eut le tort de s'attardera embanjuer le butin ; il avait laissé derrière lui la place forte de (Travelines, dont la garnison venait d'être renforcée par sept cents hommes de l'escadre de Carvajal (3). Envoyés en reconnaissance devant cette ville le 10 juillet, Sénarpont et son collègue d'Estouteville s'étaient promptemcnt rendu compte que leur chef allait être pris entre deux feux et l'avaient supplié de l)attre en retraite : on avait dégarni, pour marcher, Calais, Ardres, Boulogne, Abbeville; la frontière était ouverte. Le maréchal répliqua qu'il s'ébranlerait le lendemain, après avoir fait partir à la marée de la nuit les navires chargés de butin (4), entre autres les prises dunkerquoises l'Aigle et
(1) Lettre de l'ambassadeur de Venise, Michicl. La Ferté-Milon, 16 juillet (B. N., Italien 17J9, fol. 66 : Calendar of State papers, Veuetiaii, t. VI, 3« p., p. 1519, n" 1252).
(2) A bord du Lion, 8 juillet (Kkrvyn dk Lkttexhovk, Rr/titions politi/jnes fies Pays-Ihta et de i Anqlelei-re, t. I, p. 229).
(3) Lettre de Surian. Bruxelles, 26 juin (Calendar of Slale papers, Venctiau, t. VI, 3-^ p., p. 15J1, n" 1245).
(1') Lettre de d'Estouteville à Henri II. Juillet (B. N., Moreau 774, fol. 123).
le Chien, commandées par La Place, un de ses hommes d'armes (1) .
Il était trop tard. Quinze mille hommes du comte d'Egmont étaient à ses trousses. Goutteux, en litière, le vieux maréchal fut prévenu par son jeune et fou,yueux adversaire, et, l'Aa franchie à son embouchure, près de Gravelines, le 13 juillet, il se vit barrer la route parEfjmont, qui avait passé la rivière en amont. Sautant à cheval et, le bras tourné vers Calais : " Voilà votre pays, cria-t-il à ses troupes; battons lenncmi pour y arriver. » Les Gascons, couverts à gauche par les bagaj];es, à droite par la mer, chargeaient avec furie, quand le canon tonna soudain sur leur flanc droit. Dix vaisseaux de Carvajal les accablaient de boulets, et cinq cents marins du Guipuscoa venaient renforcer le centre espagnol. La bataille était dès lors perdue. Quinze cents des nôtres tombèrent, le double demeura prisonnier, le maréchal entre autres. Comme trophées de la victoire de (-Jravelines, les marins emmenèrent deux cents de nos soldats (^) .
La concentration des flottes anglaise et hollandaise avait chassé nos croiseurs vers l'ouest. Bernardo de Fresneda, archevêque de Tolède, et le régent Fijjueroa faillirent l'expérimenter à leurs dépens. Passant de Zélande en Espagne, ils avaient relâché à Falmouth et ils reprenaient leur route le 21 juillet, quand, à quelques lieues du port, quatre vaisseaux français aux aguets leur tombèrent dessus. C'est avec la plus grande peine que les Espagnols échappèrent à l'abordage et regagnèrent le port. Mais notre petite division, en courant des bordées du cap Lizard à Dungeness, les perdait si peu de vue, que les Grands d'Es-
(t) Auquel Henri II confirme l'autorisation d'armer en guerre les deux vaisseaux. 9 août (B. N., Franc. 4588, fol. 18).
(2) Dk Thou, Histoire universelle, t. III, p. 240. — Campana, vita del Filippo II. — Coleccion de documentos historicos del archiva municipal de la ciiiddad de San Sébastian. San Sébastian, 1895, p. 23.
pa^jnc demandèrent à Tamiral d'Angleterre une escorte (1). L'amiral avait de tout autres soucis.