‹ Histoire de la marine françaiseChapitre 8 sur 87 · GUERRE CONTRE VENISE · texte numérisé non relu

GUERRE CONTRE VENISE

Depuis l'affaire d'Otrante, Louis XII avait gardé une sourde irritation contre la République de Venise. ^ Il ne vous suffisait donc pas d avoir perdu mes galères, disait-il à l'ambassadeur Dandolo, il fallait encore que vous confisquiez mon artillerie. Est-ce là cette alliance tant vantée"? N'en parlons plus, pe?' mio honor, et que l'on n'en parle plus autour de moi (5). u

(1) Achevé en 1509 (Amos Bardot, Histoire de La Rochelle, t. I, p. 475).

(2) Sainte-Foix, Essai sur Paris, t. IV, p. 30, 202.

(3) 26 mars 1508 (E. de FrÉville, Mémoire sur le commerce de Rouen, t. II, p. 414).

(4) Cf. la notice consacrée à Marguerite d'Autriche par Le Glay, Correspondance de l'empereur Maximilien I"..., t. II, p. 434.

(5) Plaintes de Louis XII à l'ambassadeur de Venise, Dandolo. Lvou, 29 no>embre 1503 (Spost, p. 40(5).

On n'en parlait plus, mais on y songeait toujours, et la moindre déconfiture des Vénitiens était, plusieurs années plus tard, célébrée avec une joie féroce : <i Le capitaine Prégent se rit de vostre meschief (la défaite d'Agnadel), leur disait-on, en récompense du tour que vous luv fistes quant il fut constrainct d affondrer ses galères (1). »

Tel était l'esprit qui dicta, contre Venise, la ligue de Cambrai (2) : le roi de France, le pape, le roi d'Aragon, le duc de Ferrare, s'unissaient pour combattre 1 orgueilleuse république.

Le 7 juin I5{)î). notre première division navale. — buit voiliers marseillais de Stuart dAlbanv, — s'ébranlait : elle était suivie, à trois jours de distance, des huit {jalères et brigantins de Bidoux (3). Jonction faite avec les contingents espagnols de Sicile (4) et quatre galères pontificales, notre flotte devait se diriger vers la belle colonie vénitienne de Chypre. Mais la mésintelligence entre des alliés aussi peu faits pour s'entendre empêcha do mener à bonne fin l'entreprise. L'abandon spontané des dernières places que les Vénitiens possédaient en Fouille comme garantie de leurs prêts aux rois de Naples, l'évacuation de Trani, Monopoli, Brindisi, Otrantc et Gallipoli désarnui les Espagnols. Notre flotte, trop faible désormais, fit retour en Provence, laissant deux hardis condottieri. Frères Bernardin de Baux et Bérenger de Lionse, s aventurer jusqu'à Chypre avec le Saint-Pierre et le Saint-François : si la destruction, aux Salines de l'ile, de deux bâtiments sema partout la

(1) Ijvon, 12 août 1509 (Jean Le Maire de Hklges, ll/uslrallmis de Gaule Belgique. Paris, 1512, in-fol.).

(2) 10 décembre 1508.

(3) Valrelle, B. N., Franc 5072, fol. 16 v" : Albany avait 4 carraques, 3 barques et une fuste, Bidoux 4 galères. 2 jjalèrcs liâtardes et 2 brigantins.

(4) 12 galères de laniiral de ISaples Bernard de Viilamarin et 10 vaisseaux de l>iinas de Requcsens (F . Drno. Ai-mada espann/a, t. I, p. 92).

terreur (1), en fait d'opérations navales, ce fut tout.

La brillante victoire que Louis XII avait remportée le 14 mai, près d'Agnadel, n'avait point eu, sur mer, son pendant.

Et pourtant, la flotte vénitienne éprouva, de notre fait, un de ses plus sanglants revers. Elle s'était engagée dans le P6, afin de seconder les opérations des troupes de la République contre le duc de Ferrare, Alphonse d'Esté, notre allié. Le capitaine général Angelo Trevisano n'était plus qu'à onze milles de Ferrare. A l'îlot de la Polesella,il avait jeté un pont de bateaux, muni de redoutes, par lequel allait déboucher 1 armée. Ferrare était en grand danger. Ce fut un cardinal qui la sauva. Trevisano se laissa leurrer par une furieuse attaque des troupes franco-pontificales et ducales contre la tête de pont : il n'aperçut point les batteries qui s'élevaient sourdement dans la nuit aux bords du fleuve et que le cardinal Hippolylc d Este dissimulait derrière des troncs d arbres. Et le lendemain, 22 décembre 1509, par un sombre jour d'hiver, Trevisano était éveillé par un fracas épouvantable. Sous une grêle de boulets qui s'abattait sur elle, sa capitane s'effondrait; quinze galères sur dix-huit, trois vaisseaux sur six sombraient ou prenaient feu, le pont de bateaux disloqué partait à la dérive. Il y avait deux mille morts, trois mille prisoniiiers. Une heure de bombardement avait décidé de la guerre. Et il se trouvait parmi les vainqueurs un grand poète pour chanter la victoire (2j .

(1) Novembre 1509 (Sanuto, t. IX, col. 110. — Spoxï, p. 413).

(2) Lodovico Ariosto, Orlaucio ftuioso, XL, 2. — Coelius Calcagnincs, Commentai-, de Venetae classis expuqnatione .^d^sWca, 1544, in-fol.,p. 484. — A. GuGUELMOïïi, La (jnerra dei pirati, p. 75.

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