UN COUP DE MAIN RÊVÉ PAR HENRI II
Du temps de Henri II, pareille leçon eût été superflue. Tandis que les marins de Bayonne et Saint-Jean-de-Luz, avec quatre bâtiments, mettaient à sac Puerto-Cavallos et Fonduras dans la Nouvelle-Espagne (2), deux simples navires de Dieppe et La Rochelle, après avoir pillé Santiago de Cuba ne craignaient point de livrer combat dans le canal de la Floride à toute la flotte des galions, mandée par le gouverneur de l'île. Rt malgré ses vingt-deux vaisseaux, le capitaine général Pedro de Las Roelas ne parvint qu'au prix de grandes pertes à couler l'un de ses adversaii'es et à capturer 1 autre.
Mais voici que le roi de France entrait en scène, bien décidé de " faire enti'cprinse sur l'argent que noz voisins
(1) Lettre de Monluc au roi Charles IX. 5 mai 1566 (MoNi.uc, éd. de Rublc, t. V, p. 49).
(2) Lettre de Luis de Velasco, vice-roi de Nouvelle-Espagne. 30 septembre 1558 (Archives du centre hydrographique de Madrid : coll. Vargas- Ponce, dans DuoérÉ, Les Corsaii-es sous l'ancien réqime, p. 348). — Le 12 septembre 1559, " les guallères de Saint-Jean-de-I.,uz, revenues, quelques jours devant, des Indes » sombraient par une effroyable bourrasque dans leur port d'attache (B. N., Franc. 15872, fol. 159).
(3) F. Duno, t. Il, p. 462.
attendoicnt du Péru" . Un courrier spécial, qu'il dépêchait le 15 septembre 1558 à son ambassadeur en Portugal, le lapidaire parisien Thierry Badouère rapporta les renseignements suivants : » La contratacion des marchandises, qui se faict au Nombre de Dios en contreschange de l'or et argent qui vient chascun an du Péru par la mer du Sur à Panama, se faict ordinairement durant le mois de niay. » Si donc l'on envoyait à cette date une douzaine de vaisseaux de guerre aux Antilles, ils pourraient ruiner d'un seul coup les navigations espagnoles.
Ils saccageraient, en passant, Saint-Domingue, faiblement défendue par des levées de terre, et Porto-Rico, dont le port est trop éloigné de la ville pour être couvert par elle. A Nombre de Dios, ils rafleraient l'or apporté pour les échanges : une colonne de douze cents « bons hommes » traverserait l'isthme et surprendrait à Panama la flotte de la mer du Sud, alors à sec dans le port. Puis, longeant la côte du Honduras, l'escadre tomberait sur la flotte de la Nouvelle-Espagne, en partance de la Vera-Cruz vers la fin de juin; et au retour, elle démolirait les fortifications de La Havane. Pareille campagne mettrait « en tel effroy toutes les Indes et tous les contractans, qu'il n'en vicndroit de deux ans ung seul solz (1)» .
La colère de voir traiter en esclaves les cent dix prisonniers de Pedro de Las Roelas, inspirait à l'ambassadeur français un procédé plus radical, qu'il lui déplaisait pourtant d'envisager. Faites bannir, disait-il au roi, et ordonnez aux corsaires de faire « mourir tous ceulx qu'ilz prendront, allans ou vcnans de tràicter es Indes... Et je suis asseuré que le jeu cessera bien tost; car, pour ung des nostres que
(1) Correspondance du chevalier Michel de Seure, ambassadeur de France en Portugal. Lisbonne, 30 janvier 1559 (Bibliothèque de l'Ermitage à Saint- Pétersbourg, ms. n° 110 : copie dans R. N., Nouv. acq. franc. 6638, p. 4 et suiv. : publiée par Edmond Falgaiuolle, Le chevalier de Seure. Paris, 1896, in-8", p. 20V
les Espagnols prendront, il en sera prlns cinquante des leur fl). »