LIVRE XIII
guerre, le Bienfaisant, de soixanle-qualre, armé en flûte, et les frégates la Dia)if et VKcho. L'amiral i]oscawen, appréciant, à leur juste valeur, les services que rendaient nos bâtiments, résolut de tenter un conp de main pour s'emparer de ceux qui nous restaient. D'après ses ordres, le capitaine de vaisseau Laforey pénétra dans le port, avec des embarcations montées par six cents hommes. Protégés par une nuit très obscure et par le bruit de l'artillerie, les Anglais arrivèrent, sans être aperçus, auprès du Prudent et &\x Bienfaisant. Ces deux navires, qui n'étaient gardés que par un petit nombre d'hommes, furent facilement enlevés. Les équipages, autant pour être à l'abri du bombardement c|ue pour aider la garnison, passaient la nuit à terre. Nous avions commis une faute grave en ne prévoyant pas l'action hardie qui venait d'enlever à la défense sa dernière ressource. Lesemljarcations anglaises, poussées par un vent favorable, sortirent du port ayant le Prudent et le Bienfaisant à la remorque : le premier de ces vaisseaux, s'étant échoué, fut livré aux flammes, le second put être conduit hors de portée des feux de la place.
La garnison, depuis le commencement du siège, n'avait reçu d'autre renfort que trois cents Canadiens et soixante Indiens : le gouverneur était prévenu qu'il ne pouvait compter sur aucun autre secours. Le 26 juillet, la place se rendit ; l'ile Saint- Jean, comprise dans la capitulation, fut occupée par les Anglais. Les frégates la Diane et Y Écho tombèrent entre les mains de l'ennenii. Deux mille cinq cent onze officiers, marins et soldats de marine furent faits prisonniers de guerre ; onze cent vingtquatre se trouvaient en état de servir, et les treize cent quarante-sept autres, c'est-à-dire plus de la moitié, étaient malades ou blessés. On voit que les équipages avaient pris une part active à la défense de Louisbourg.
312 HISTOIRE TiE LA MARINE FRANÇAISE
La prise de cette place était le plus grand succès que l'ennemi eût obtenu depuis le commencement de la guerre. La possession de l'Ile Royale avait, pour nos adversaires, une importance capitale, Louisbourg étant le poinl d'où partaient de nombreux corsaires qui faisaient au commerce anglo-américain le plus grand mal. Le Saint-Laurent était ouvert aux flottes ennemies et celles-ci désormais ne devaient rencontrer aucun obstacle pour aller à Québec.
Pendant que les Anglais faisaient le siège de Louisbourg, d'importantes expéditions étaient dirigées contre les forts qui défendaient l'entrée du Canada. Le major général Al^ercombie descendit le lac Ghamplain sur une nombreuse flottille, portant seize mille hommes qu'il débarqua, le 5 juillet, à petite distance de Ticonderaga. Le général anglais voulut enlever cette place par un coup de main, sachant que les Français étaient en marche pour la secourir. La garnison, placée à l'abri des retranchements, laissa l'ennemi s'approcher avant d'ouvrir le feu. Fusillés à bout portant, décimés par l'ai-lillerie, les Anglais battirent en retraite dans le plus grand désordre. Les troupes britanniques, et notamment les Ecossais, avaient déployé le [Aus brillant courage pour exécuter les ordres imprudents de leur général. Les pertes de l'ennemi étaient de deux mille hommes, au nombre desquels figuraient cenl vingt officiers. Ce succès, honorable pour nos armes, ne pouvait modifier l'ensemble de la situation. Le glorieux chef des troupes françaises au Canada, le marquis de jMoidcalm, ne recevant plus de secours, se voyait contraint d'abandonner les postes les plus éloignés, et de ne laisser, dans ceux qu'il conservait, que des garnisons insuffisantes.
Le l*"" juin 1758, deux escadres (|iiinènMd Poiismoiilii. La première, que commaudail lamind Aiisoii, élail
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chargée de bloquei' nos poi'ls de FOci'an, afin que la secnndo pùL remplir sa mission on tonle sécurité. Cotte dernière, placée sous les ordres du coilimodore Howe, ayant sous son escorte un convoi portant des troupes, mouilla, le 5 juin, dans la baie do Gancalo. Le commandant en chef du corps de débarquement, le duc do Malborougli, l'ut mis à terre avec quatorze mille hommes. Ajjrès avoir exécuté les travaux nécessaires pour l'établissement d'un camp retranché qui leur assurât une position solide, on cas de retraite, les Anglais marchèrent sur Saint-Malo. Cette ville n'était pas en état de soutenir un siège régulier, néanmoins le duc de Malborough put se convaincre qu'il ne disposait pas de moyens suffisants pour s'en rendre maître. 11 fit brûler une centaine de bâtiments de commerce et des magasins contenant du matériel et des approAisionnements destinés à la marine. Cet exploit acconqili. les Anglais revinrent à Cancale, se rembarquèrent et mirent sous voiles, se rendant à Cherbourg. Los avaries, faites par le convoi dans un violent coup de vent, le nombre croissant de soldats malades, déterminèrent les chefs de l'expédition à rentrer en Angleterre. Tout ce c£ui tendait à détruire la puissance maritime do la France était très populaire de l'autre côté du détroit : aussi lopinion accueillit-elle favorablement les résultats de la campagne du duc de Malborough, quelque modestes qu'ils fussent. Le gouvernement, ou plutôt le ministre prépondérant dans le cabinet, Pitt, trouAait dans cette approbation un encouragement à persévérer dans une voie qui devait conduire, du moins le croyait-il, à la destruction des ports français. Le P'' août, une nouvelle expédition (Quitta l'Angleterre et mouilla, le 6, devant Cherbourg. Le lieutenantgénéral Bligk. qui avait remplacé le duc de MaDîorough, envoyé en Allemagne, débarqua avec ses troupes, sous
la protection de l'escadre. La ville de Cherbourg, très peu défendue. en ce qui concernait la partie avant vue sur la mer, était complètement ouverte du côté de la terre. Les Anglais y entrèrent sans rencontrer de résistance ; ils démolirent les fortifications, mais ce à (juoi ils s'attachèrent particulièrement, ce l'ut à ne rien laisser debout de ce qui constituait le port; les navires furent brûlés et les canons embarqués sur la flotte. Le lieutenantgénéral Bligk, après avoir levé une contribution sur la ville, regagnal'Angleterre. Cette expédition avait eu plus d'importance que la première ; elle revenait ayant détruit un port, dont le rôle futur inquiétait nos adversaires, démoli des fortifications et pris des canons. Les intérêts de l'Angleterre avaient été bien servis, mais les troupes, ne s'étant pas trouvées en présence de l'ennemi, n'avaient joué qu'un rôle très effacé. Ce n'est pas ainsi que les choses furent envisagées par le gouveruement britannique. Les canons et les mortiers, pris à Cherbourg, traversèrent la ville de Londres, ornés de (bv'qieaux, entourés de soldats marchant au son d'une nmsique guerrière. La flotte avait reçu l'ordre de ne pas débarquer ses troupes ; peu après, elle mettait à la voile, se dirigeant vers Saint-Malo. Les Anglais, débanjués dans la baie de Saint-Lunaire, marchèrent sur cetb) ville avec l'intention de l'attaquer, mais ils ne tardèrent pas à reconnaît rci que ce [)rojet était impratical)]e. Pendant (]ue l'ennemi délibéi'ait sur la conduite à tenir, le Commodore Howe faisait connaître que, se trouvant en danger à Saint-Lunaire, il se rendait dans la baie de Saint-Cast, située à quehjues lieues, dans l'ouest de son mouillage. Les troupes se mirent en marche pour rétablir leurs communications avec la flotte ; enhardies jiar le souvenir des expéditions précédentes, elles pi-nt'trèrent dans rinlérieui', (''cluuigeant (|nel(|ues coiqis de l'usil