LIVRE XIV
navires, encouiLrés de prisonniers et de malades, ayant une partie de leurs canons dans la cale, mesure que le mauvais état des coques avait rendu 'nécessaire, n'étaient pas en état de combattre des bâtiments sortant du port. Il y eut, en outre, peu d'ensemble dans la résistance; la Blonde et la Terpsichore ne s'étaient pas rangées, dès le début du combat, auprès du commandant de la division. Deux frégates ennemies, profitant habilement de cette situation, attaquèrent le Mari;chal de Castrics. La défense de cette frégate fut digne deTliomnie qui la commandait. Thurot, voyant qu'il avait, dans ce combat d'artillerie, une infériorité marquée, voulut aborder un de ses adversaires, mais, par suite du d('labrement de ses mâts et de ses voiles, il ne put y parvenir. Le Maréchal de Castries, sa mâture abattue, ses canons démontés, était sur le point de couler. Thurot ne voulait pas se rendre; il parcourait le pont, encombré de morts et de mourants, encourageant le reste de son équipage, lorsqu'il fut frappé mortellement. Le Maréchal de Castries amena alors ses couleurs; les deux autres frégates succombèrent peu après. Le capitaine Elliot, qui exerçait, en vertu de son ancienneté, le commandement des trois frégates, reçut non seulement du gouvernement, mais de toutes les parties du Royaume-Uni, les plus vives félicitations. Les Anglais étaient heureux d'être délivrés de la crainte que Thurot leur inspirait. Toutefois, nous devons dire que la nouvelle de la mort du vaillant corsaire fut accueillie par un très vif sentiment de regret. La réputation de Thurot, que l'on peut appeler le Jean Bart du xviii^ siècle, était très grande en France, mais elle Tétait peut-être plus encore en Angleterre. Thurot était renommé, de l'autre côté de la Manche, non seulement pour sa bravoure, son extrême habileté et ses remarquables talents
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comme marin, mais aussi pour son humanité, sa courtoisie et sa générosité. L'opinion publique honorait l'homme qui avait, pour mobile de ses actions, Thonncur et non le souci de l'argent. ïhurot était parti de Dunkerque avec cinq liàtimenls et il n'en avait que trois le jour oi!i il eut à coml)attre les frégates anglaises. Pendant la pénible traversée du sud de la Norvège au nord de l'Irlande, deux bâtiments, la Bégon et YAmaranthe, avaient été perdus de vue. On n'entendit plus parler du premier ; le second se rendit au point qui lui a\'ait été assigné en cas de séparation. Après une attente de quelques jours, n'apercevant aucun navire de la division, le capitaine de V Amaranthc fit route, par l'ouest de l'Irlande, et il arriva, le 24 février, à Saint-jNIalo, avec un équipage, « mourant de fatigue, de faim et de soif », suivant les termes de son ra])port.
Nous terminerons ce qui a trait à l'expédition d'Angleterre en disant ce qu'il advint des vaisseaux et des frégates entrés dans la Vilaine. L'ordre d'en sortir leur fut expédié de Paris aussitôt que le ministre eut, entre les mains, le rapportduplus ancien des capitaines, le capitaine de vaisseau Villars de la Brosse. Berr} er parut surpris d'jq)prendre que dix vaisseaux anglais, croisant dans la ])aie de Quiberon, constituaient un obstacle avec lequel il fallait compter. Il prescrivit de désarmer les vaisseaux et les frégates qui se trouvaient dans la Vilaine: puis, comme s'il se fût proposé de montrer publicpiement (pi'il accusait de mauvais vouloir ou d'incapacité les capitaines qu'il venait d'éloigner, en désarmant leurs na- A'ires, il offi'it le commandement de ces mémos navires aux officiers qui s'engageraient à descendre la rivière sans se préoccuper de la croisière anglaise. C'était une grave alleintc portée à la discipline. Berrver fit armer quatre vaisseaux ; il confia le commandement des deux